T. IX, p
Je l'aime bien aussi; j'en sens pareille flamme, Je la crains plus aussi qu'un Mars tout irrité. Je lui mets à ses pieds ma douce liberté.
Elle a gaigné sur Dieu la moitié de mon âme * .
Dans sa première élégie il avoue que c ses beaux desseins de conquête s'envolèrent dans le vent, > et il parait qu'il ne fut pas plus heureux avec c une déesse portant nom de Diane 2 , » et avec c une belle Renée 3 . »
C'est pour Isabelle de Limeuil, la maltresse délaissée du prince de Gondé (1568) 4 , que Brantôme a écrit les pièces les plus nombreuses. Cet amour lui était venu fort rapidement ; il le lui dit à elle-même dans des vers rimes par trop irrégulièrement :
Si je le dis on ne voudra pas croire Que, n'ayant veu que bien peu votre face, Elle ait si tost asservy mon courage ;
Mais qui voira vostre gorge d'ivoire,
Voz deux beaux yeux et vostre bonne grâce,
Il le croira et beaucoup d'avantage 5 .
2. « Je suis pris d'amour, si jamais homme fut, D'une qui porte nom et beauté de la lune. »
(T. X, p. 427.) Parmi les filles de la reine mère, il y en avait cinq portant le nom de Diane.
3. Renée de Rieux, dite la belle Chasteauneuf, maîtresse de Henri III,
c Grande d'esprit, de grâce et de beauté. »
Mariée à Philippe Altoviti, qu'elle surprit en adultère et qu'elle poignarda. (Voy. t. X, p. 435, 489.)
4. Elle était la troisième fille de Gilles de la Tour de Turenne, seigneur de Limeuil en Périgord.
Outre ses beaux yeux, outre sa beauté, il vante sa douceur dans un joli sonnet :
Doulce Limeuil et doulces vos façons, Douce la grâce et douce la parolle, Et doux vostre œil qui doucement m'affolle Et faict en moy douces mes passions ;
Doux vos regards, douces vos actions, Doux l'entretien et douce la main molle, Douce la voix qui doucement me voile L'âme et le cœur de ses doulces chansons;
Douce la bouche et douce la beauté, Doux le maintien, douce la cruauté Et doux le mal qu'il faut, pour vous, souffrir
Depuis qu'en vous on voit tant de doulceurs. Faictes, au moins, que quand pour vous je meurs Je puisse un peu plus doucement mourir * .
La plus singulière des 26 pièces qu'il lui a consacrées est une supplique à neuf filles de la reine pour les prier d'intercéder en sa faveur près de sa belle maîtresse :
A M nes de Tenye, de la Guionnière, de la Bordésièiv, de Pons, de Launay, de la Guitinière, de Flamin, de Fottfpertui, de Bordeille, filles de la Reyne Catherine de Médieis.
Tenye aux doux regards, et vous, La Guionnière, Qui de l'un de vos yeux pouvez faire pasmer Tout cela que Ton veoit, et la terre et la mer, Et vous, aux beaux cheveux, la jeune Bordésière,
Vous, de Pont et Launay, et vous, La Guitinière, Qui avez bien de quoy vous pouvoir faire aymer, Et vous, belle Flamin, qui sçavez enflammer Tous ceux là qui vous veoient en vertu la première,
Honneste Fontpertui, et vous, gaye Bordeille, Qui en vostre gayté n'avez point la pareille ; Regardez, par accord, mon douloureux esmoy-,
Et si jamais pitié trouva rien dans vos cueurs,
Pour donner une fin à toutes mes douleurs,
Pour Dieu ! priez Limeuil qu'elle ait pitié de moy 4 !
On regrette de ne pas connaître le résultat d'une requête qui a dû bien amuser les vertueuses filles implorées par Pierre de Bourdeille.
Il y a eu certainement quelque demande de M lle de Limeuil le priant d'écrire l' histoire de sa noble famille, soit en vers, soit en prose, car il lui dit :
Pour voz ayeux louer de bonne sorte Il fauldroit bien autre esprit que le mien ; U y fauldroit ce grand historien De qui le nom au vostre se rapporte '.
Mais pour garder que la Parque n'emporte Vostre renom, je me vanteray bien, Si de Phœbus on doit espérer rien, Que pour ce faict j'ay l'espaulle assez forte.
Gelluy diroit la magnanimité,
Le cœur, l'esprit, la grand' dextérité
Et les hauts faicts de vostre noble race,
i. Voy. t. X, p. 472.
2. M. Galy suppose, non sans raison, que ce grand historien dont le nom se rapporte à celui d'Isabelle de la Tour n'est autre que Grégoire de Tours.
Et je diray et vostre grand 1 beauté, Vostre doulceur, vostre humble privauté, Yostre sagesse et vostre bonne grâce 4 .
Il y revient encore dans deux sonnets où, cette fois, mettant de côté toute modestie, il laisse entrevoir ce qu'il pensait du sort que l'avenir réservait à ses vers :
— Je ne suis pas de ces grands courtizans Qui, se poussant d'une gentille audace, Disent le mot avec si bonne grâce
Qu'ilz ont le bruict 2 entre les mieux disans.
Mais bien je suis l'un de ces artizans Qui ont appris sur le mont de Parnasse A faire un vers qui d'aage en aage passe, Et n'ont peine de Poubly ni des ans.
Par le moyen de telle privauté, Ceux-là feront croistre vostre beauté, Si la beauté croist pour estre servye.
Mais je feray, si le siècle advenir De mes escripts se daigne souvenir, Qu'elle vivra d'une éternelle vye 3 .
— Comme un bon painctre, ayant bonne practique, De longue main arrangeant ses pourtraicts,
Ne monstre au jour les plus excellons traicts, Ains les réserve en Parrière-bouticque ;
Ainsi ayant mis en veue publicque, Depuis dix ans, les œuvres que j'ay fais,