Bruit, réputation
Où j'ay acquis, entre les plus parfais, Quelque degré en mon art poétique,
Je ne veux point, pour me faire estimer, En ce tableau tout mon art exprimer Ny vos beautez parfaitement pourtraire ;
Mais je vous garde un' œuvre, où je m'attens A vous faire veoir, devant qu'il soit longtemps, Je ne sçay quoy par dessus le vulgaire * .
Depuis dix ans! à quelle époque commencent ces dix années? Nous l'ignorons, ce sonnet, comme les autres, ne portant aucune date. Quant à cette œuvre par dessus le vulgaire (vers ou prose?), je ne puis rien conjecturer à ce sujet.
— C'est au milieu de ces passions que c l'Amour, que j'avois, dit-il, esleu pour mon vray Roy, *
... Me vint abuser, me vantant ma prouesse,
Estimant ma valeur, mon bon cueur, mon adresse,
Disant qu'il me vouloit avancer en grandeur,
Me poursuivre du bien, pourchasser mon honneur,
Et me met en avant de vous aymer, Madame,
Que j'estime et je crains plus que toute autre Dame 3 ...
Cette Madame, c'est Marguerite de Valois ; Brantôme n'a jamais osé prononcer son nom dans les vers composés à son intention, et pourtant grande fut la passion qu'il a ressentie pour elle, comme en font foi le Discours qu'il lui a consacré dans le premier livre des Dames y et les nombreux passages de ses autres
écrits où il ne laisse échapper aucune occasion de célébrer sa beauté, ses grâces et son esprit. Il n'en a jamais été payé que par une bonne amitié, mais son amourpropre y trouvait son compte.
Si j'ay voulu si haut sur l'amour entreprendre Et, peu discret que suis, d'un vol audacieux Attaquer j'ay osé, comme un de nos grands Dieux, Ores que mal me bas te \ à qui m'en doy-je prendre, Qu'à mon trop fol cuider* ? ....
Qu'il est mal avisé celuy qui veut monter Si haut plus qu'il ne peut, cuidant bien surmonter, Gomme ces fols géans, les Dieux bandez ensemble ! Mais, bien qu'un tel amour m'ait esté peu heureux, Gomme il m'a fait content et gaillard amoureux, J'en puis bien triompher bravement, si me semble 3 .
C'est certainement à elle que s'adresse le sonnet qui commence ainsi :
Vous me dites un jour que j'escrisse de vous ; Et quel esprit, Madame, en pourroit bien escrire ? Un Ronsard y faudroit avec sa grave lyre, Un gaillard Maisonfleur avec son style doux 4 .
Et cet autre encore, où il se permet de lui donner des conseils qu'elle a fidèlement suivis , mais sans profit pour lui, c qui aima longuement sans pouvoir estre aimé : >
Et de quoy sert d'estre Dame si grande, D'un clin de l'œil monstrer sa volonté