‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 233 sur 291 · Qu'à ma folle présomption · texte numérisé non relu

Qu'à ma folle présomption

Et de marcher avec autorité,

Estre obéie aussi tost qu'on commande ?

Que sert d'avoir tant de cœurs pour offrande,

Vestir son corps comme une Déité,

Estre parfaite en extrême beauté,

Luyre au plus haut d'une amoureuse bande?

Que sert aussi nourrir dedans vos yeux Tant de doux feux, de regards gracieux, Avoir Thonneur, avoir la bonne grâce

De tant gentilz et braves courtizanz; Bref que vous sert la verdeur de vos ans Pour dormir seule et froide comme glace 1 ?

Nous renonçons à suivre Brantôme dans ses aventures, qui furent pleines de péripéties. Ici il nous dit :

J'ai vescu d'autres fois presque deux mois ou trois Cent fois plus fortuné que l'empereur d'Asie, Ains que ma liberté fut esclave saisie Dans l'œil d'une beauté que pour rare j'avois 2 .

Là, il se plaint que, tandis qu'il c s'ébattoit gaîment dans le sein d'une, »

Un seigneur soustenu de son prince

Est venu, trop puissant, camper en sa province ; Soudain, foible et craintif, il laissa son amour 3 .

Tantôt, enfin, il s'écrie en un moment de découragement amoureux qui dut être très rare dans sa vie :

Je n'escry point d'amour, n'ayant point de maistresse, Je n'escry de douceur, n'esprouvant que rudesse 4 .

1. T. X, p. 403. — Voy. encore t. X, p. 410, et Élégies, p. 489-491.

La suite de ses amours, il ne faut plus la chercher dans ses poésies, mais dans la prose du second livre des Dames, où il a raconté quelques-unes de ses bonnes fortunes, toujours « sans rien nommer. » Laissons-lui la parole :

c J'ay cogneu un honneste gentilhomme, et des moins déchirez de la cour, lequel ayant envie un jour de servir une fort belle et honneste dame s'il en fut onc, parce qu'elle lui en donnoit beaucoup de sujets de son costé, et de l'autre il faisoit du retenu pour beaucoup de raisons et respects, cette dame pourtant y ayant mis son amour, et à quelque hasard que ce fust elle en avoit jette le dé, ce disoit-elle ; elle ne cessa jamais de l'attirer tout à soy par les plus belles parolles de l'amour qu'elle peut dire; dont entr'autres estoit celle-cy : c Permettez au moins que je vous c ayme si vous ne me voulez aymer, et n'arregardez a à mes mérites, mais à mes affections et passions, » encor certes qu'elle emportast le gentilhomme au poids en perfections. Là-dessus qu'eust pu faire le gentilhomme? sinon aimer, puisqu'elle l'aimoit, et la servir, puis demander le sallaire et récompense de son service, qu'il eut, comme la raison veut que quiconque sert faut qu'on le paye ! . >

c II me vint en fantaisie une fois, à la court, d'y servir une belle et honneste fille, habille s'il en fut onc, de fort bonne maison, mais glorieuse et fort haute à la main, dont j'en estois amoureux extrêmement. Je m'advisay de la servir et araisonner aussi arrogamment comme elle me pouvoit parler et res-

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