Préclautures, enclos
autrement elle en aurait la conscience chargée, et me fairoit tort, et à son petit nepveu Claude de Bourdeille 4 , qui est si bien né et si joly, qui, je m'asseure, l'entretiendra très bien, et en célébrera ma mémoire pour tout jamais, en disant : Voilà un présent que mon grand-oncle me fit.
Je veux aussy que la moitié des plus grands livres de ma bibliothèque soient mis et serrez dans un cabinet de Richemond, et conservez très curieusement sans les dissiper deçà, delà, et n'en donner pas un à quiconque soit : car je yeux que ladicte bibliothèque demeure chez moy, pour perpétuelle mémoire de moy, dans un cabinet de Richemond.
Je veux de mesmes qu'aucunes de mes belles armes demeurent aussy en un cabinet de Richemont, et y soient en mesme garde, comme mes espées, et surtout une argentée que M. de Guyse, mort et massacré dernièrement, me donna au siège de la Rochelle, me defférant cest honneur de dire qu'elle m'estoit bien deue pour la sçavoir bien faire valoir, et telles armes, ainsy qu'il avoit veu. Il y a aussy d'autres et longues, belles hespaignolles toutes de combat, et bonnes et esprouvées. Plus, deux harquebuzes de mesche, que j'ay fort aymées et portées en guerre, et faict valloir. Plus, mes armes complettes, tant de la cuirasse, brassard, sallade et cuissot, que le seigneur Contanho me garde en sa chambre de Brantôme. Plus, une rondelle couverte de velours noir à preuve, que feu M. le prince de Condé me donna au siège de la Rochelle, un mois après, ne s'en servant plus, et me pria de la garder pour l'amour de luy, et porter en guerre; ce que j'ay faict, et bien gardé, comme j'ay faict l'espée susdicte de M. de Guyse, et leur promis les garder tout durant ma vie et aprez ma mort Je veux aussy qu'on me garde avec les susdictes armes un chapeau de fer, couvert d'un feutre noir, avecques un cordon d'argent, que je portois à pied aux sièges de places, où je me suis trouvé assez. Et, s'il est possible appendre toutes les susdictes armes dans
1. Claude de Bourdeille, second fils de Henri de Bourdeille, û connu, sous le nom de comte de Montrésor, par le rôle qu'il joua dans la conspiration de Cinq -Mars et la Fronde et par §es
Mémoires. Il mourut en juillet 1663.
ma chapelle de Richemond, je le voudrais fort, ainsy qu'on faisoit jadis aux anciens chevalliers : la mémoire en seroit beaucoup plus honnorable. Je laisse cela à madame la comtesse ma niepce, qui en aura le soin, puisque la demeure luy est assignée si elle ne se remarye, comme j'ay dict cy-devant.
Pour totalle fin, je donne mes bagues et petitz joyaux à mes susdictz nepveux et niepces de très bon cœur, et les prie de les garder et porter pour l'amour de moy, tant que leur vie durera, en souvenance de moy, leur bon oncle, qui les ay aymez et honorez d'une amytié très ferme et fidèle. Sur ce, je fais fin à cedict testament, au nom du Père, du Filz et du Sainct-Esprit, et de la bénite Vierge Marie, et madame saincte Anne, comme je l'ay commancé.
Je ne doubte point que plusieurs personnes ne trouvent cedict testament par trop long et prolixe : tel a esté mon vouloir et mon plaisir. J'en ay pris le modelle sur ce grand chancellier M. de l'Hospital, de mesme aussy long que j'ay inséré dans mes livres 4 , mais si l'ay -je un peu abrégé. De plus, je suis nay d'une grande et illustre maison ; j'ay le cœur grand, qui me Ta donné, et que j'ay faict paroistre en plusieurs beaux et divers endroictz; j'ay eu de l'ambition, je la veux encor monstrer après ma mort. Aussy que je n'ay voulu confier mes volontez et dire à ces petitz notaires, qui, la pluspart du temps, ne sçavent dire ny représenter nos intentions et vouloirs ; et en eusse dict encor plus sans la trop grande prolixité. Je fais doncques fin selon mon vouloir et contentement, et y eusse mis et adjeusté de beaux et gentilz exemples, pour mieux adoucir le tout; mais c'est assez.
P. DE BOUBDEILLE.
Il est à noter que dans ce testament il n'est fait nulle mention du traité des Rodomontades et Serments espagnols ni de ses poésies. Peut-être pensait-il que la publication de ses vers n'ajouterait rien à sa réputation ; peut-être aussi le manuscrit n'était-il plus entre ses mains.