‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 264 sur 291 · T. IX, p · texte numérisé non relu

T. IX, p

raconte tenir « d'aucuns marchans génois qu'en l'isle de Ghio la coustume est que, si une femme veut demeurer en viduité, sans aucun propos de soy remarier, la seigneurie la contraint de payer un certain prix d'argent, qu'ilz appellent argomoniatiquo , qui vaut autant à dire, sauf l'honneur des dames... > Ces marchands génois avaient aussi, à ce qu'il paraît, raconté la même chose et dans les mêmes termes à l'auteur des Sérées, Guillaume Bouchet. Je lis en effet dans la 5 e sérée (p. 173) : « A Chio, les femmes vefves qui demeurent en viduité payent une certaine dace que la seigneurie contrainct payer, qui s'appelle argomoniatiquo, qui est autant à dire en bon françois que cas reposé et inutile 1 . »

Le Moyen de parvenir de Béroalde de Verville, ce livre qui réjouissait tant la reine Christine et où, sous la forme la plus décousue et parfois la plus extravagante, l'auteur a recueilli une foule de ces contes joyeux qui couraient les villes, les campagnes, les ateliers et devaient, pour la plupart, remonter très haut dans le moyen âge, ce livre a fourni à Brantôme quelques bons traits dont il a soigneusement caché l'origine. « J'ay ouy conter à un honneste gentilhomme mien amy, dit-il 2 , qu'une dame de son pays ayant

1. Ce n'est pas le seul emprunt que Brantôme ait fait à Bouchet. On retrouve dans la 34 e sérée l'anecdote du « grand roy Alfonce » et de son bouffon (Brantôme, I, p. 182-183) ; l'histoire de la femme aux vingt-deux maris (Brantôme, t. IX, p. 685) est bien dans saint Jérôme, comme je l'ai dit en note, mais il l'a trouvée bien plus à sa portée dans la 20 e sérée. C'est probablement encore dans la 5 e qu'il a pris le mot de la fille de Gaton (t. IX, p. 651) et (ibid., p. 683) « ceste afforisme des médecins qui disent : Vetulam non cognovi. »

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