‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 276 sur 291 · La Princesse de Clèves, 1" partie · texte numérisé non relu

La Princesse de Clèves, 1" partie

3. t Je luy ay ouy raconter plusieurs fois de ses advantures d'amour ; mais il disoit que la plus propre recepte pour jouyr de ses amours estoit la hardiesse ; et qui seroit bien hardy en sa première poincte, infailliblement il emportoit la forteresse de sa dame ; et qu'il en avoit ainsi con-

Ce n'est pas tout. Il y a dans la vie de Nemours un très curieux épisode que Brantôme seul nous a révélé. Au retour d'une ambassade en Angleterre, Charles de la Rochefoucauld, comte de Randan, avertit Henri II que, séduite par la grande renommée du prince, la reine Elisabeth avait laissé entrevoir qu'elle ne serait point éloignée de l'accepter pour époux. Le roi n'eut pas de peine à le décider à tenter l'aventure. Philibert de Lignerolles fut envoyé à Londres pour activer les négociations, qui prirent une tournure si favorable que le duc se disposa à partir pour l'Angleterre. M me de la Fayette, afin de donner un plus haut relief à son héros, s'est emparée de cette histoire, et dans son récit elle a suivi Brantôme pas à pas. Elle n'a négligé aucun détail. S'il nous conte que « par les bons moyens que le roy luy donna, le duc fit de fort « grand s préparatifs et très superbes et beaux appareils tant « d'habillements, chevaux, armes, bref de toutes choses exquises, « sans rien obmettre (car je vis tout cela) pour aller parestre « devant cette belle princesse 4 , » elle ne manque pas de dire : « Il envoya à Paris donner tous les ordres nécessaires pour faire « un équipage magnifique, afin de paroître en Angleterre avec un « éclat proportionné au dessein qui l'y conduisoit. • Brantôme ajoute : « On tenoit à la cour le mariage pour fait, quand tout à « coup ledit voyage se rompit et demeura court, parce que d'autres « amours luy serroient plus le cœur. » Cette cause secrète de rupture, M me de la Fayette s'en est servie avec une rare habileté. Elle l'a attribuée à la passion, encore cachée, de Nemours pour M me de Clèves qui, naturellement, fut profondément émue et reconnaissante du généreux sacrifice qu'il s'imposait pour elle.

Henri II n'avait plus que peu d'heures à vivre quand Catherine de Médicis envoya réclamer à M me de Valentinois des bagues et des joyaux qui appartenaient à la couronne, c La duchesse demanda « soudain à M. l'harangueur, » dit Brantôme, qui seul a raconté le fait : « Comment ! le roy est-il mort ? — Non, madame, reepondit « l'autre, mais il ne peut guères tarder. — Tant qu'il luy restera

quis de ceste façon plusieurs, et moictié à demy force, et moictié en jouant. » (Brantôme, t. IX, p. 166.)

Le duc de Nemours mourut (19 juin 1585) « moins de vieillesse que d'épuisement, » dit de Thou (liv. 81), «à cause des douleurs continuelles de la goutte dont il était attaqué dans tontes les parties de son corps. C'était un prince d'un grand sens et dune grande âme, mais qui dans sa jeunesse avait un peu trop aimé le plaisir. Ce fut, à ce qu'on croit, la cause de cette cruelle maladie qui le tint au lit presque toute sa vie. î

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