‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 277 sur 291 · Brantôme, t. IX, p · texte numérisé non relu

Brantôme, t. IX, p

« un doigt de vie donc, dit-elle, je veux que mes ennemis sçachent « que je ne les crains point, et que je ne leur obéiray tant qu'il « sera vivant. Je suis encore invincible de courage 4 . » M me de la Fayette a repris cette anecdote, que Brantôme seul a racontée, mais, cbez elle, en passant du xvi e siècle au xvn e , la nère réponse de la duchesse a perdu toute son énergie : « Je n'ai donc point c encore de maître, lui fait-elle dire, et personne ne peut m'obli- « ger à rendre ce que sa confiance m'a mis entre les mains 2 . »

Je laisse de côté nombre de petits faits et de particularités puisés à la même source et qui, soigneusement recueillis, ont permis de donner une certaine couleur historique au roman ; et je terminerai par deux citations qui me semblent assez caractéristiques :

« J'ay cogneu, » dit Brantôme à propos de la mort du duc d'Orléans, fils de François I er , c j'ay cogneu une dame de par le monde, qui, despuis, en nostre court a bien faict la marmiteuse et la prude, qui en estoit fort esprise d'amour : aussi disoit-on qu'il l'entretenoit comme s'il l'eust nourrie. Quand elle sceut sa mort, elle sceut en mesme temps celle de son mary, qui luy ayda à celler et cacher tellement le regret qu'elle portoit de son prince, que plusieurs qui n'en sçavoient le serpent soubs Fherbe attribuoient du tout ce grand deuil pour le mary; mais il estoit plus voué au prince qu'au mary : et ainsy d'une pierre fit deux coups, et se servit de l'un pour couvrir l'autre. Ainsy la mort de son mary luy proffita, en cela pour cacher son hipocrisie : car sans cela elle estoit descouverte pour les hauts cris qu'elle fit et le grand regret qu'elle démena pour la mort de ce prince, qu'elle sceut seulement un jour avant celle de son mary. Yoylà comment la moictié du monde se desguise et trompe l'autre moictié 3 . »

t M. le duc d'Orléans, » dit à son tour M me de la Fayette, t aimait une des plus belles femmes de la cour, et en était aimé. Je ne vous la nommerai pas, parce qu'elle a vécu depuis avec tant de sagesse, et qu'elle a même caché avec tant de soin la passion qu'elle avait pour ce prince qu'elle a mérité que l'on conserve sa réputation. Le hasard fit qu'elle reçut la nouvelle de la mort de son mari le même jour qu'elle apprit celle de M. d'Orléans, de sorte qu'elle eut ce prétexte pour cacher sa véritable affection, sans avoir la peine de se contraindre 4 . »

Page 1