‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 36 sur 291 · L'abbaye dHolyrood · texte numérisé non relu

L'abbaye dHolyrood

s'acheminer à l'Islebourg qui n'est qu'à une petite lieue de là. La reyne y alla à cheval, et ses dames et seigneurs sur des hacquenées guilledines du pays, telles quelles, et harnechées de mesmes ; dont, sur tel appareil, la reyne se mist à pleurer et dire : que ce n'estoient pas les pompes, les apprestz, les magnificences ny les superbes montures de la France, dont elle avoit jouy si longtemps ; mais, puisqu'il luy falloit changer son paradis en un enfer, qu'il falloit prendre patience. Et qui pis est, le soir, ainsi qu'elle se vouloit coucher, estant logée en bas en l'abbaye de l'Ilebourg (qui est certes un beau, bastiment et ne tient rien du pays) , vindrent soubs sa fenestre cinq ou six cens marauts de la ville luy donner l'aubade de meschans violions et petits rebecz 4 , dont il n'y en a faute en ce pays-là ; et se mirent à chanter des pseaumes tant mal chantez et si mal accordez que rien plus. Hé! quelle musique et quel repos pour sa nuict !

« Le lendemain matin, on luy cuida tuer son aumosnier devant son logis; et, s'il ne se fust sauvé de

vitesse dedans sa chambre, il estoit mort Quelle

indignité ! Ils luy en ont faict bien d'autres.

« Ce tour faict à son aumosnier, elle en vint si

triste et faschée qu'elle dict : « Voilà un beau comman- « cément d'obéissance et de recueil de mes subjècts ! c Je ne sçay quelle en sera la fin ; mais je la prévois c très mauvaise. » Ainsy que la pauvre princesse en cela s'est montrée despuis une seconde Gassandre en prophétie, comme elle estoit en beauté 2 . »

Le séjour du grand prieur en Ecosse ne fut pas de

Page 1