‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 51 sur 291 · T. VII, p · texte numérisé non relu

T. VII, p

2. Voici, entre autres, ce qu'il raconte de la vaillance de Catherine de Médicis : a Je l'ai veue, nous dit-il, passant par le chemin creux de Sainte-Catherine. Les canonnades et harquebusades pleuvoient entour d'elle, qu'elle s'en soucioit autant que rien. Ceux qui lors y estoient l'ont veu aussi bien que moy. U y a encor aujourd'huy forces dames ses filles qui luy accompagnoient, auxquelles le jeu ne plaisoit trop ; je le sçay et les y ay veues; et quand M. le connes table et M. de Guise luy remonstroient qu'il luy en arriveroit du malheur, elle n'en faisoit que rire et dire pourquoy elle s'y espargneroit non plus qu'eux, puisqu'elle avoit le courage aussi bon qu'eux, mais non la force que son sexe luy desnioit; car pour la peine elle l'enduroit très-bien, fust à pied ou à cheval. » (T. VII, p. 365.)

rencontre avec le lieutenant de Guise, c le bon et brave vieillard, > Jacques de la Brosse : c Je me souviens que le matin de la bataille, que c'estoit de fort grand matin et qu'il faisoit un froid extrême, ainsi que Ton ordonnoit des battailles, ce bon homme vint passer devant le sieur de Beaulieu, capitaine de gallères, et moy ; nous le saluasmes et luy ostasmes le chappeau fort révérencieusement ; il nous l'osta aussi, en nous disant : c Et comment, messieurs, en ce froid ostezc vous le chappeau? > Nous luy respondismes : t A c qui, monsieur, le saurions-nous oster mieux qu'à c vous, qui estes l'un des honnorables et anciens chec valliers qui soit en cest' armée? » Il nous respondit : c Hélas! messieurs, je ne suis que des moindres. » Puis dist : c Je ne sçay que c'en sera aujourd'huy de « ceste bat ta il le, mais le cœur me dict que j'y demeu- « reray ; aussi est-ce trop vescu pour mon aage, là où « il me faict beau voir de porter encor la lance et « l'ensanglanter, où je devrais estre retiré chez moy « à prier Dieu de mes offances et jeunesses pasc sées. » Et ainsi se despartit d'avec nous, que M. de Guyze faisoit appeller, car il le vouloit toujours consulter 1 . »

On connaît les péripéties de cette sanglante bataille. À la première charge de la cavalerie des huguenots, le centre de l'armée catholique fut entièrement culbuté et mis en déroute complète 2 , mais la victoire qu'ils

1. T. V, p. 47. — La Brosse périt à cette bataille, comme nous le disons plus loin.

2. c J'en descrirois bien l'exploict, mais il est assez amplement escrit par nos historiographes et surtout par M. de La Noue, qui estoit des plus advant enfoncez, selon sa coustumiôre valeur. »

tenaient pour assurée leur fut enlevée par une manœuvre habile du duc de Guise, qui commandait l'avant-garde. Sans s'inquiéter de secourir le connétable fait prisonnier, il laissa les vainqueurs du moment se disperser à la poursuite des vaincus, et par une charge heureuse c fit ressusciter tout à un coup ce que nous tenions desjà pour tout mort et enterré; car il me souvient, comm' y estant, qu'après qu'il eust veu jouer tout le jeu de perdition de la battaille et le désordre et fuitte des nostres, et la poursuitte confuse et vaude-routte qu'en faisoient les huguenote, luy, qui estoit à la teste, tournant les yeux qui çà, qui là, il commanda à ses gens de s'entr'ouvrir pour passer un peu aisément ; et, traversant quelques rangs, il se mit à adviser à son aise, voire se haussant sur ses est rie ux, bien qu'il fust grand, de haute et belle taille, et monté à l'advantage, pour mieux mirer : et cela fait et cognu que son temps s'approchoit, il retourne, il regarde encor un peu, mais en moins de rien ; et puis tout à coup il s'escria : « Allons, compaignons, tout est à « nous; la battaille nous est gaignée. » Et puis, donnant fort hasardeusement, s'en ensuivit le gain total delà victoire 4 . »

Le prince de Gondé, qui commandait l'armée huguenote et qui « s'était vu quasi commander à la moytié de la France 2 , » n'avait pas eu plus de chance que le

T. IV, p. 245. — Voy. La Noue, De six choses remarquables avenues à la bataille de Dreux. {Discours politiques et militaires, 1587, in-4% p. 591.)

1. T. IV, p. 246. Voy. sur la manœuvre de Guise le chap. xlv du premier livre de Montaigne : De la bataille de Dreux.

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