Essais, liv. II, ch. xvi
4. Aubigné, Hist. univ. (Attache aux deux premiers tomes), éd. de 4626, col. 1188.
Un dernier mot. De ces luttes incessantes, il resta dans les populations des souvenirs de vaillance, et les fils et les petits-fils des combattants du xyi° siècle montrèrent dans les glorieuses armées du siècle suivant qu'ils ne les avaient point oubliés.
V. Expédition au Maroc. Voyage en Portugal et en Espagne. Entrevue de Bayonne.
La guerre avait enlevé à Brantôme les deux princes sur l'amitié desquels il avait pu fonder de grandes espérances, le duc de Guise et son frère, le grand prieur, mort d'une pleurésie gagnée le soir de la bataille de Dreux 1 . Revenu à la cour, il ne paraît point s'être attaché à aucune des factions qui se la partageaient; son temps s'y passa probablement en amourettes, car nous n'avons guère à relever dans ses récits que quelques incidents tragiques ou comiques dont il fut témoin. Il était à Paris le 1 er janvier 1564, lorsque le mestre de camp de la garde du roi, Charry, ennemi déclaré d'Ândelot, fut assassiné sur le pont Saint- Michel par Chastelier-Portaut, un des familiers de l'amiral : c II ne faut point demander, dit-il, si la court fut esmeue de ce meurtre, et principallement la reyne, laquelle se pourmenoit pour lors dans la salle haute du Louvre, avec M. l'admirai et autres du conseil; et l'advertissement luy ayant esté donné, la reyne se tourna soudain vers M. d'Andelot, qui estoit là près, qui luy dist qu'il l'avoit faict faire, à ce que l'on disoit, et qu'un soldat qui estoit à luy et à ses gages, qui
i. Voy. t. IV, p. 155.
s'appeloit Constantin, avoit aydé à faire le coup. Soudain M. l'admirai et M. d'Andelot firent bonne mine; car, de leur naturel, ilz estoicnt si posez que mal aisément se mouvoient-ilz ; et, à leurs visages, jamais une subite ou changeante contenance les eust accusez. M. d'Andelot nyant le tout fit un peu pourtant la mine d'estre esmeu, et dist : « Madame, Constantin estoit « ast'heure icy , et est entré dans la salle avec moy ; » et fit semblant de le chercher et l'appeller luy-mesme, et quelques archers avec luy , par le commandement de la reyne ; mais on ne le trouva point. Je vis tout cela 1 . > Au mois de février suivant, à Fontainebleau, le premier dimanche de carême, il entendit le cardinal de Lorraine prêcher devant le roi , la reine et toute la cour où il y avait deux ou trois cents huguenots. Il avait pris pour sujet du sermon la Tentation de Jésus- Christ auquel il prêta ces paroles : « Hé ! Diable, mon amy, que vous ay-je faict pour me vouloir tenter ainsi ? » c Ce mot là ne fust pas plustost dit qu'il fut relevé de plusieurs de l'assistance, mesmes des huguenots, qui s'en mirent à rire avecques une sourde rumeur, dont après ilz en firent bien leur proffict. Le sermon achevé, s'estant enquis à aucuns de ses gens pourquoy on avoit ry, ilz luy dirent parce qu'il avoit appelle le diable son amy; dont il en fut si fasché, qu'il dit l'avoir dit à l'improviste et sans y songer, et qu'il voudroit avoir donné dix mille escus, et tenir le mot dans la bouche 2 . »
1. T. V, p. 343 et suiv. — La date du l ep janvier est donnée par le Çalendar of state papers. Voy. Lettres de Catherine de Médicis, t. II, p. 136.