‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 66 sur 291 · Tome IX, p · texte numérisé non relu

Tome IX, p

2. « Un jour, moy estant à la cour d'Espaigne, devisant avec une fort honneste et belle dame, mais pourtant un peu âgée » (t. IX, p. 328). — « Moy estant un jour à la cour d'Espaigne, à Madrid, et discourant avec une fort honneste dame, comme l'on faict en ces courtz » (lbid., p. 530). — Ailleurs, il raconte qu'une fois une dame, à Tolède, c là où il y en a de très belles et bien gentilles et bien apprises, » lui fit l'énumération des « trente beaux sis nécessaires pour rendre « une femme toute parfaite et excellente en beauté, » énumération qu'il nous donne et que nous nous garderons de reproduire, car rien n'y est oublié (lbid,, p. 255). c Je m'en rapporte, dit-il, à ceux qui ont veu de belles femmes ou en verront. »

c'est l'un de ceux-ci, rencontré je ne sais où, qui lui conta l'histoire suivante, dont un romancier pourrait peut-être tirer parti :

« Mo y, estant en Espagne, j'ouïs conter qu'Antonio Roques, l'un des plus braves, vaillants, fins, cauts, habiles, fameux et des plus courtois bandoulliers avec cela qui fût jamais en Espagne (ce tient-on) , ayant eu envie de se faire prestre, dez sa première profession, le jpur venu qu'il luy falloit chanter sa première messe, ainsi qu'il sortoit du revestiaire et qu'il s'en alloit avec grande cérémonie au grand autel de sa paroisse, bien revestu et accommodé à faire son office, le calice à la main, il ouït sa mère qui luy dit ainsi qu'il passoit : Ah ! vellaco, vellaco, mejor séria de vengar la muette de tu padre, que de cantar misa : « Ah ! malheureux et « meschant que tu es ! il vaudrait mieux de venger la c mort de ton père que de chanter messe. » Cette voix luy toucha si bien au cœur, qu'il retourne froidement du my-chemin,„et s'en va au revestitoire : là se dévestit, faisant à croire que le coeur luy avoit fait mal et que ce serait pour une autre fois : et s'en va aux montaignes parmy les bandoulliers, s'y fait si fort estimer et renommer qu'il en fut esleu chef; fait force maux et volleries, vange la mort de son père, qu'on disoit avoir esté tué d'un autre ; d'autres, qu'il avoit esté exécuté par justice. Ce conte me fit un bandoullier mesme, qui avoit esté sous sa charge autresfois, et me le loua jusques au tiers ciel, si que l'empereur Charles ne luy put jamais faire mal 1 . »

Il quitta Madrid dans la première quinzaine de

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