Desfraudement, destruction
c vous, dict-il, messieurs les sotz, qui me voulez conc treroller et me remonstrer? Vous estes d'habiles « veaux d'estre si hardis d'en parler : si je faisoisbien, c j'envoyerois tout ast'heure faire despecer vos maic sons au lieu du navire. » Qui furent estonnez ? ce forent ces gallants qui tous rougirent de honte ; et le navire fut desfaict en une après-disnée, qu'on ne vist jamais si grand'diligence de soldatz et goujatz 1 . »
Quand la cour fut arrivée à Bayonne et qu'on eut signalé l'approche de la reine d'Espagne, Catherine envoya au-devant d'eHe, en Biscaye, le duc d'Anjou avec une brillante troupe de noblesse, où, bien entendu, figurait Brantôme. Elle se composait « de princes, seigneurs, de chevaliers de l'ordre, capitaines de gensd'armes, gentilshommes de la chambre 8 , tant du roy que de Monsieur, et gentilshommes servans, vestus de leurs habillemens de poste, fort riches et pompeux qui estoient de velours cramoisy ou incarnadin d'Espaigne, avec force passemens d'argent ; mais les uns estoient plus couverts et enrichis que les autres ; c'est à sçavoir, ceux des princes, ducs, marquis, comtes, chevalliers de l'ordre et capitaines de gensd'armes estoient ainsi quasi tous pareils. Ceux des gentilshommes de la chambre du roy et de Monsieur estoient moindres ; et ceux des gentilshommes servans encore moindres 8 . »
2. De Thou en cite un certain nombre, et ne nomme point Brantôme, qui était alors « trop petit compagnon » pour qu'un historien s'occupât de lui.
. 3. Tous ces habillements étaient fournis par le roi, et la distribution qui en fut faite faillit amener un duel entre Monsalez et Lignerolles, qui « reffusa tout à plat ceux des gentilshommes de la chambre qu'on vouloit lui donner, disant qu'il en méritoit
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La reine Elisabeth fut fort sensible à cette attention, et F amour-propre de Brantôme dut être satisfait de l'accueil qu'il en reçut. « Elle nous fist cet honneur lorsque nous luy fismes tous la révérence de nous en remercier, et me fist fort bonne chère par dessus tout ; ce qui me toucha fort, ayant eu ceste faveur par dessus mes compaignons, de laquelle je receuz plus d'honneur qu'il ne m'appartenoit * . »
Il y eut à son entrée à Bayonne des fêtes splendides, des jeux de toutes sortes, tournois, courses de bagues, mascarades, comédie, etc. 8 .
On avait fait venir des meubles somptueux des châteaux royaux, et entre autres une célèbre tapisserie de Flandre (le Triomphe de Scipion) que François I* avait achetée pour 22,000 écus de ce temps-là, c ce qui estoit beaucoup, dit Brantôme. Aujourd'hui on ne l'auroit pas pour 50,000 escus, comme j'ay ouy dire; car ell'est toute relevée d'or et de soye, et la mieux historiée, et les personnages mieux faicts qu'on eust sceu voir. Les seigneurs et dames d'Espagne i'admiroient fort et n'en avoient veu de telles à leur roy 3 . »
Les tables étaient servies avec une grande magnificence : c Les grands seigneurs d'Espaigne, voire tous ceux qui furent à l'assemblée de Bayonne, sentirent, par expérience, la bonne chère qu'on faict en
aussi bien un des beaux et riches qu'aucuns qui en avoient eus » (Discours sur les duels, t. VI, p. 438).