‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 72 sur 291 · T. VII, p · texte numérisé non relu

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2. Entre autres la réconciliation de la maison de Guise avec Goligny.

mesmes, quand il les examinent sur leurs vies, sur leurs charges, sur leurs capacitez, sur leur sçavoir, que tous le redoutaient comme font les escoltiers le principal de leur collège, et principalement ceux qui vouloient estre pourveus d'estats : asseurez-vous qu'il les remuoit bien s'ils n'estoient point capables. > Et, à l'appui de son dire, il nous raconte une scène plaisante à laquelle il assista :

c II me souvient qu'une fois à Moulins j'avois prié M. d'Estrozze (car il l'aimoit fort) de luy parler de quelques affaires que j'avois, qu'il me despescha aussitost; et nous fit disner très bien, du bouilly seulement (car c'estoit son ordinaire pour les disners) avecques luy en sa chambre, et n'estions pas quatre en table, où durant le disner ce n'estoit que beaux dis* cours, beaux mots et belles sentences, qui sortaient de la bouche de ce grand personnage, et quelquesfois aussi de gentilz mots pour rire.

€ Après disner, on luy dict qu'il y avoit là un président et un conseiller nouveaux qui vouloient estre receuz de luy en leurs nouveaux estats qu'ils avoient obtenus. Soudain il les fist venir devant luy, qui ne bougea ferme de sa chaire. Les autres trembloient comme la feuille au vent. Il fit apporter un livre du code sur la table, et l'ouvre luy-mesmes, et leur montre à l'un après l'autre une loy à expliquer, leur en faisant sur elle des demandes , interrogations et questions. Ils luy respondirent si impertinemment et avec un si grand estonnement qu'ils ne faisoient que vaxiller et ne sçavoient que dire : si bien qu'il fut contrainct leur en faire une leçon, et puis leur dire que ce n'estoient que des asnes, et qu'encor qu'ils eussent

qu'elle marchoit, luy advint de faire un faux pas ; ce gentilhomme s'advance aussytost pour la redresser et luy ayder. Elle le renvoya bien loing, avecques un certain desdain et rabrouement, disant : Jésus! Y quai discrétion de Frances t Elle estoit bien vrayment desdaigneuse et glorieuse, de rendre le mal pour le bien et payer la courtoisie par la discourtoisie. Le gentilhomme luy eust bien rendu son change ; mais il n'osa, pour le respect de la reyne, sa maistresse, qui le sceut et luy (à la demoiselle) en fit une remonstrance 4 . »

La cour se remit en route le 18 juillet. Le SA décembre elle arriva à Moulins, où, par suite d'une maladie du roi et des graves affaires qui s'y traitèrent 2 / elle séjourna jusqu'au 23 mars 1566. Il y eut, entre autres, une assemblée des grands du royaume d'où sortit la célèbre ordonnance, dite de Moulins, sur la réformation de la justice, rédigée par le chancelier de l'Hospital. Ce fut peut-être là, je crois, que Brantôme entra en relations avec cet illustre homme d'État, dont il ne parle qu'avec respect et admiration, et qu'il proclame « avoir esté le plus grand chancelier, le plus sçavant, le plus digne et le plus universel qui Ait

jamais en France 3 G'estoit, dit-il, un censeur Gaton

celuy-là et qui sçavoit très bien censurer et corriger le monde corrompu

« Tous les estats le craignoient, mais sur tous messieurs de la justice, desquels il estoit le chef; et

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