‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 8 sur 291 · Voy. t. X de notre édition, p. 37 et suiv · texte numérisé non relu

Voy. t. X de notre édition, p. 37 et suiv

« Il eût été bien à désirer, » dit l'historien qui, il y a 232 ans, a fait le premier connaître Brantôme au public, < il eût été bien à désirer qu'il eût fait un chapitre de luy-mesme, comme des autres seigneurs de son temps. Il nous en auroit bien apris, s'il n'y eust rien oublié 1 . » La chose, en effet, était éminemment désirable, quand même il aurait commis quelques oublis volontaires ou involontaires ; et l'on pouvait à bon droit s'étonner que, dans les milliers de pages sorties de sa plume, Pierre de Bourdeille ne se fût pas mis en scène aussi souvent et autant qu'il l'aurait pu, et que, sur ses aventures de voyages et de guerre, sur ses missions, ses duels, ses amours, il eût montré une discrétion qui avait dû coûter singulièrement à son humeur gasconne. L'étonnement doit cesser. Ce chapitre désiré, il l'avait écrit, ne trouvant pas, comme son compatriote Montaigne, que le parler de soi fût odieux ; et l'on peut conjecturer que dans cette autobiographie il avait su se dédommager et largement de la réserve qu'il s'était imposée ailleurs, et avait ainsi suppléé au silence que gardent sur lui les histoires contemporaines où son nom est à peine prononcé.

A propos de l'article que l'abbé Leclerc avait inséré sur Brantôme dans la préface du Dictionnaire de Richelet, le président Bouhier lui écrivait de Dijon le 3 mars 1729 : « M. le marquis de Bourdeille qui est ici pour un procès... m'a dit qu'il avait eu sa vie faite par luimême, mais qu'elle s'était égarée entre les mains d'une personne à qui il l'avait prêtée 2 . » Une note de l'édi-

1. J. Le Laboureur, Mémoires de Castelnau, 1659, t. II, p. 761.

2. Correspondance manuscrite de Bouhier, t. V, p. 704 ; Bibliothèque nationale, fonds français, n" 24, 413. — Cette lettre contient sur Brantôme et ses manuscrits quelques indications dont il sera

tion de 1740 (t. XIII, p. 68) complète ce renseignement en nous apprenant que cette vie, qui remplissait « six grandes mains de papier écrites de la main de Brantôme, » avait été perdue à la mort de Quinet, directeur de l'opéra vers 1 71 2, à qui on l'avait confiée pour la faire imprimer. Je n'ai pas besoin de dire à quel point est regrettable la perte d'un pareil document l que ne peut remplacer, malgré les informations qu'elle renferme, la maigre et assez malveillante notice insérée dans la généalogie dont nous avons parlé plus haut. Pour raconte* 1 sa vie, j'en suis réduit, comme mes devanciers, à relever dans ses récits, en général aussi décousus que la conversation la plus familière, les moindres détails qu'il a jugé à propos de nous donner en passant, sur sa personne et sur ses faits et gestes.

Quelle est la date de sa naissance?

Dans la lettre du président Bouhier il est dit encore que le marquis de Bourdeille l'avait assuré que Brantôme était mort en 1614, à l'âge de quatre-vingtsept ans, « comme il le paroissoit par son épitaphe gravée en la chapelle du château de Richemont. » Ce chiffre de quatre-vingt-sept a été aussi donné par Saint- Simon (il le tenait probablement du marquis), dans une note inédite que M. de Boislisle a bien voulu me communiquer 2 . Mort en 1 61 4, à quatre-vingt-sept ans, Brantôme serait donc né en 1 527, ce qui est inadmissible, comme il est facile de le démontrer.

parlé plus loin. J'en dois la connaissance à l'obligeance de mon ami M. G. Servois.

1. Il ne serait peut-être pas tout à fait impossible qu'il existât encore dans quelque coin de bibliothèque ou d'archives.

2. Elle se trouve au Dépôt du ministère des Affaires étrangères, dans le volume XXXIV des papiers de Saint-Simon, aujourd'hui coté 189.

D'abord, malgré l'affirmation du marquis de Bourdeille, l'épitaphe qui subsiste encore ne porte aucune indication d'âge { . Mais Brantôme supplée à son silence. Il nous dit qu'il était fort jeune et de l'âge de sept ans quand il perdit son père 2 . Or, celui-ci, qui testa le 28 janvier 1 546 3 et mourut peut-être peu de temps après, était certainement mort avant le 9 avril 1 549, puisque, à cette date, sa femme est qualifiée de veuve dans un contrat d'hommage 4 . Brantôme serait donc né entre 1539 et 1542, et serait mort, non pas à quatre-vingtsept ans, mais entre soixante-douze et soixantequinze ans 5 .

1. Voyez-en la reproduction dans le Château de Richemonl et sa chapelle, par le D r E. Galy; mémoire inséré dans le Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, année 1880. — Cette épitaphe n'est qu'un abrégé de celle que Brantôme s'était composée et qu'il avait ordonné par son testament de graver en c grosses lettres » sur sa tombe. Voyez-en le texte dans notre t. X, p. 122.

Page 1