‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 80 sur 291 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

Dans ce même séjour à Rome, Brantôme et son frère firent une rencontre assez singulière. Le comte Louis de Belgiojoso, qui avait navigué avec eux, leur fit connaître un comte napolitain, el canes di Burdella, qui, portant les mêmes armes et le même nom qu'eux, c se pleust fort à se dire et trouver leur parent : il estoit riche de douze mille escus de rente et avoit sa maison en la Pouille et nous y voulut mener et faire bonne chère ; car, dès-là, nous nous estions fort renduz privez et acousinez; nous n'y voulusmes point aller, car nous voulions tourner en France.

c II nous festina souvant très-bien à Rome, car il y avoit une maison; et nous monstra sa femme, qui estoit là une grand' faveur, et sa sœur; et, comme cousins, nous y vinsmes très-privez. Sa femme estoit très-belle, mais sa sœur, point maryée, F estoit encor plus, et surtout fort à mon gré. Nous nous en tournasmes, en protestation qu'il nous fit faire que Tirions voir exprès dans quelque temps, et qu'il nous mènerait faire très-bonne chère en sa maison qui estoit en la Pouille, et ne plaindrions nostre voyage, nous promettant de beaux chevaux du règne. Mais la guerre civile survint et se renouvella, qui empescha nostre dessain, et aussi qu'entendismes despuis sa mort; que, sans cela, j'avois très bien résolu de le tourner voir.

c Quant nous fusmes en France, j'en fis le conte à mon frère M. de Bourdeille, et comme nous avions des parens au royaume de Naples, et le priay de faire advîser dans les vieux titres et pancartes du trésor de nostre maison ce qu'en pouvoit estre. Après les avoir bien visitez et feuillettez, il se trouva comm'

un cadet de Bourdeille, de quatre qu'ilz estoient, l'un 4 s'en alla à la guerre de Naples avec le roy Louis 2 , dont Ton n'en sceut nouvelles autres sinon qu'il ne tira jamais légitime de nostre maison, et demeura à ses autres frères : dont par là nous tirasmes que ce dict conte de Bourdeille estoit venu de celuy-là de succession en succession, puisqu'il portoit mesme nom et mesmes armes ; et aussi il nous dist qu'estant en sa maison, il nous monstreroit à plein son origine, dont, pour lors, il ne s'en souvenoit point autrement, sinon que les siens estoient extraite des confins de Gascoigne, dont il en faisoit grand' gloire; et se tenoit pour fort honnoré que fussions parens et nous l'appellissions cousin. Il nous escrivit deux fois en France, nous sommant de nostre promesse de l'aller voir, et puis mourut après 3 . »

À Venise, Brantôme eut un jour, sur Ronsard, avec un noble vénitien, une conversation qui, à ce qu'il semble, n'a point été relevée par les biographes du poète : c Moy, dit-il, estant un jour à Venize, chez un des principaux imprimeurs, ainsy que je luy demandois un Pétrarque, en grosse lettre, grand volume, et commenté, il y eut un grand magnifique près de moy, s' amusant à lire quelque livre, qui, m'oyant, il me dict, moitié en italien, moitié en assez bon françois, car il avoit esté autresfois ambassadeur en France : c Mon gentilhomme, je m'estonne comment vous estes « curieux de chercher un Pétrarque parmy nous, c puisque vous en avez un en vostre France plus excel-

1. U s'appelait Jean et était frère du cardinal de Bourdeille.

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