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vérité et l'aaseurer que je n'en prins jamais ung seul sol ; car j'en avois assez pour me conduire à la court, et plustost je me fusse conduict à pied que d'estre si effronté et impudent d'importuner telle princesse. J'en cognois beaucoup et ai cogneu qui ne firent pas de mesmes, car ils en prindrent très bien 1 . »
Je crois qu'il ne fut point aussi satisfait de l'accueil qu'il reçut du duc*, à qui il avait la prétention, très justifiée, d'être allié 8 . « Je lui en fis un jour ce discours, et, plus à plein, à Turin, en son jardin, tous deux seulz, parce que Madame de Savoye luy avoit dict que j'avois cest honneur de luy appartenir ; mais, pour cela, je n'en metz pas plus gros pot au feu, et n'en lève pas ma bannière plus haute ; car les princes sont si glorieux qu'ilz desdaignent tout le monde, et leur semble
à tous qu'ilz sont tous sortis d'un grand sang Et
Dieu sçaitM » Et Dieu sçaitf Voilà une parole bien imprudente ; Brantôme oublie que, si les simples gentilshommes se permettaient de parler ainsi des princes, eux-mêmes devaient s'attendre à n'être pas ménagés par ceux qu'ils regardaient comme au-dessous d'eux.
Turin fut la dernière étape qu'il ait mentionnée.
1. T. VIII, p. 134. « J'ay ouy dire à ung de ses maistres d'hôtels qu'elle mettait en ung coffre, tous les ans, en réserve, la tiers de son revenu pour donner aux pauvres et surtout aux pauvres François passans » (p. 135).
2. Le duc leur montra à lui et à ses compagnons une forge qu'il avait établie dans son jardin et où il forgeait de très bons canons d'arquebuse. (T. II, p. 151.)
3. Le duc était neveu, à la mode de Bretagne, du grand-père de Brantôme, à cause de sa cousine germaine Claude de Penthièvre.
Son premier voyage n'avait guère été qu'un voyage de plaisir et de curiosité. Les deux autres ont laissé dans ses souvenirs d'autres traces que des aventures de courtisanes. Ce sont surtout les hommes et les choses de guerre qui l'ont intéressé. « Quand je pérégrine, très saoul de nos façons, dit Montaigne, ce n'est pas pour chercher des Gascons en Sicile, j'en ai assez laissé au logis. Je cherche des Grecs, plustost, et des Persans 1 . » Pour Brantôme, les Espagnols remplacèrent les Grecs et les Persans que son compatriote désirait tant étudier. Il en trouva partout sur son passage, en Italie, en Sicile, à Malte; et, à sa très grande joie, il eut mainte occasion de faire parade de son « friand parler castillan. » Il n'a laissé échapper aucune occasion de fréquenter, outre leurs grands personnages, les officiers et les soldats, recueillant soigneusement tout ce qu'ils lui racontaient. À leurs récits, il a ajouté ce qu'il avait observé luimême sur leurs mœurs et leur organisation militaire, et ce n'est pas là une des parties les moins intéressantes de ses livres 2 .