Lettres de Catherine de Médicis, t. III, p
tant de précautions pour exercer leur métier de corsaires, comme on disait alors, de pirates, comme nous dirions aujourd'hui; et, quand l'occasion était favorable, les navires chrétiens étaient d'aussi bonne prise que ceux des infidèles 4 . Un jour que Brantôme accompagnait Romegas dans une de ses courses, ils rencontrèrent un navire de cinquante tonneaux surpris par le calme. Romegas se disposait à l'attaquer, mais, ayant reconnu la bannière de saint Marc, c il ne voulut passer outre ny laisser jouer le canon de courcie, bien qu'aucuns (et peut-être Brantôme) le lui conseillassent, mais il estoit sage. » Ce qui contribua sans doute à lui inspirer ces idées de sagesse, c'est que c la nauf estoit fort leste, et en deSenses de pavesades et d'extrapontins à l'entour, et la gondole tirée à eux et remplie d'eau contre le feu 2 . »
Brantôme fit probablement d'autres excursions sur les galères de Malte, avec des chevaliers moins sages que M . de Romegas, et il y prit goût, si bien que, rentré en France, il se mit à avoir des navires qui pirataient pour son compte. Il y était encouragé par l'exemple de son ami Strozzi. c Ce pauvre seigneur, nous dit-il, l'espace de vingt ans, s'estoit tousjours affectionné à avoir quelque bon navire sur mer qu'il envoyoit ordinairement busquer fortune, et de fait je luy ay veu de beaux et bons vaisseaux qui luy ont rapporté quelque
i. Voy., dans les Vies des hommes illustres de Thévet, liv. V, fol. 446, le récit d'un combat où Léon Strozzi, prieur de Gapoue, eut affaire à dix-huit ou vingt navires chrétiens et coula un vaisseau vénitien, ce qui mit à ses trousses toute la flotte de la république.
profit 1 . • Si les siens lui ont aussi rapporté .quelque gain, il n'en souffle mot, et il ne parle que des pertes qu'il a éprouvées en deux circonstances.
Il nous raconte qu'une fois « le baron de La Garde lui fit perdre un butin de douze mill' escus qu'un navire qu'il avoit en mer lui avoit faict, et, ne le trouvant de bonne guerre ne de prise, le lui fit rendre, dont il lui fit force excuses 2 . » Sur qui et où avait été faite cette belle capture, il ne le dit pas, mais il fallait bien qu'il y eût là un fait de piraterie des plus caractérisés, pour que le baron, qui n'était point un homme à scrupules, obligeât son ami à une pareille restitution.
En 4 571 , Brantôme, venant de recevoir à la cour un mécontentement d'un grand, avait voulu, pour se distraire, aller rejoindre l'armée espagnole, qui combattit à Lépante, « et résolument j'y fusse allé, sans M. d'Estrozze, qui m'amusa sur un grand embarquement qu'il vouloit faire, et mesme me le fit commander par le roy Charles d'en estre, et ainsi m'amusa un an sans rien faire. » Il s'agissait d'une entreprise « bien dessignée vers les lies du Pérou 3 , » pour laquelle il faisait à Brouage de tels préparatifs qu'ils inquiétèrent Philippe II, que Catherine de Médicis eut grand'peine à rassurer. Coligny, que le roi berçait toujours de l'espoir d'une expédition aux Pays-Bas, voulait que Strozzi renonçât à son projet, et « que nous allions fondre par mer en Flandres et luy viendrait par terre, si bien que si nous nous entendions ainsi tout iroit à souhait, à
!. T. VI, p. 88.