Il arriva en Flandre le 22 août
quelle instance pour cela on fit au roy et à la reyne, et par lettres et par ambassades; et mesmes M. le Prince et M. l'admirai vindrent trouver le roy à Sainct- 6ermain-en-Laye pour cest effet, comme je les vis 4 . » On céda à leur requête, et au mois d'août entra en France un régiment de six mille Suisses, qui devait sauver la royauté quelques semaines plus tard.
Lorsque l'armée espagnole s'approcha de la frontière, Brantôme n'y tint pas. Il prit la poste et alla assister à son passage. Le duc d'Albe, qui l'avait vu à Madrid et à l'entrevue de Bayonne, lui fit fort bonne chère. Plusieurs capitaines qu'il avait rencontrés à Malte c l'accueillirent avec forces caresses gentiles et militaires à l'espagnolle ; car je parlois lors espagnol aussi bien que mon franciman; et, sans la seconde guerre civille que je voyois se préparer, j'allois avecqu'eux, et avois desbauché un gentilhomme provençal, nommé Valon, gentil et vaillant compagnon, mon grand amy*. »
Ses prévisions ne tardèrent pas à se réaliser. La cour était depuis le 1 6 septembre au château de Monceaux, à deux lieues de Meaux, où la reine c ne songeoit qu'à la chasse et à donner plaisir au roi 3 , > quand des bruits alarmants sur l'attitude des réformés commencèrent à circuler, c Pour s'en éclaircir, on envoya vers l'amiral, à Ghàtillon-sur-Loing, écrit Estienne Pasquier, quelques seigneurs, et entr'autres son cousin Thoré, pour le semondre de venir en cour afin
i. T. VU, p. 359.
3. T. VII, p. 238. Le château avait été bâti par Catherine en 1547.
de donner ordre aux affaires qui se présentaient. Il le trouva habillé en mesnagier deux ou trois jours devant la feste Saint-Michel (29 septembre), faisant ses vendanges. L'admirai, après avoir entendu le motif de la légation de M. Thoré, luy faict responce en deux mots que la France ne portoit point des contes d'Àiguemont et ducs d'Orne 4 . »
Rassurée pleinement, Catherine, qui tenait toujours à persuader Philippe II, mieux renseigné qu'elle, que le calme le plus absolu régnait en France, écrivait le 4 8 septembre à M. de Fourquevaulx, ambassadeur en Espagne : c Quelque bruit avoit couru sans propos que ceulx de la religion vouloient faire quelques remuements, mais aussi tost tout cella est évanoui 2 . » Plusieurs jours après, le 27 septembre 8 , elle apprit avec terreur qu'un nombreux corps de cavalerie commandé par Condé et Goligny venait d'occuper Rozoy à trois lieues de Monceaux. La cour effarée 4 partit pour Meaux après dîner, et courriers sur courriers furent
1 . Pasquier ajoute cette phrase, qui peut rendre son récit invraisemblable : Dont la mémoire estoit encore toute sanglante. Egmont et Horn avaient été arrêtés le 10 septembre 1567, et Goligny, quelques jours après, pouvait trôs bien en parler ; mais il lui était impossible de faire allusion à leur supplice, qui n'eut lieu que le 1 er juin de Tannée suivante. La lettre de Pasquier n'a donc été écrite qu'après cette dernière date. Voy. ses Œuvres, in -fol., t. II, col. 117; Lettres, liv. 5, lettre 2.