Voy. La Popelinière, liv. XII
4. « On ne sauroit répéter avec des paroles, » écrit l'ambassadeur vénitien Correro, « la peur et la fuite de Meaux et l'irrésolution de Monceaux. Rester n'étoit pas sûr et partir étoit dangereux ; le péril que l'on courut en se rendant à Paris et enfin la confusion qui régna pendant quelques jours dans cette ville. » [Relations des ambassadeurs vénitiens, t. II, p. 112.)
expédiés à Château-Thierry pour faire venir eu toute hâte le régiment suisse qui s'y trouvait en garnison.
c Ce fut, * dit Zur-Lauben d'après le journal d'un témoin oculaire, Haffher, c le 27 au soir que le colonel Pfiffer reçut cet ordre. Il fit partir son régiment vers minuit et le conduisit le même jour (28) à Meaux, où le roi et la cour vinrent à leur rencontre 1 . » Un conseil fut tenu sans retard, et, malgré l'avis du connétable, le duc de Nemours et Pfiffer, qui répondait de ses soldats, firent décider le départ immédiat pour Paris. La retraite était périlleuse, mais elle s'effectua presque sans perte, grâce à l'indomptable intrépidité des Suisses, dont Gorrero nous fait une peinture curieuse :
t Lorsqu'ils arrivèrent à Meaux, j'avoue franchement n'avoir jamais vu plus grossière canaille 2 . Ils paraissaient, comme des portefaix, ne savoir ni porter l'arme sur l'épaule ni la manier; mais, une fois en bataille, ils me parurent d'autres hommes. Par trois
1. Zur-Lauben, Histoire militaire des Suisses au service de la France, 1791, t. IV, p. 335, 338, 349 et suiv. Dans son récit, il a suivi le journal manuscrit d'un nommé Antoine Haffner, secrétaire d'une compagnie du régiment de Pfiffer, qui a fait toute la campagne et a noté jour par jour et avec détails les étapes du régiment depuis son entrée en France. Les compagnies arrivèrent à Chalon-sur-Saône, où était le rendez-vous général, du 1 er au 5 août; le 13 à Beaune, le 19 à Mont-Landon, près Langres, le 10 septembre à Vassy, le 12 à Vitry-le- François, le 14 à Châlons-sur-Marne, le 17 à Damery, le 18 à Dormans, le 19 à Château-Thierry. — L'ordre arrivé le 27 au soir les fit partir pour Meaux, où ils arrivèrent dans la journée du lendemain ; le 29, ils opérèrent leur glorieuse marche sur Paris.
2. « Confesso liberamente di non aver mai veduto lapiù brutta gente et canaglia di quella. » (Relations des ambassadeurs vénitiens, t. II, p. 186.)
fois, je les ai vus faire face à l'ennemi, lui lancer tout ce qu'ils avaient sous la main, les bouteilles volaient en l'air, et, baissant les piques, courir à toute course sur lui, comme des chiens enragés, l'un ne mettait pas un pied devant l'autre avant son compagnon, avec une telle promptitude et un tel désir de combattre que l'ennemi n'osa pas les attaquer. »
A l'aube, on se mit en marche 1 . Les Suisses avaient au milieu d'eux le roi, la reine, les femmes, les ambassadeurs et les bagages, et étaient escortés par les gentilshommes de la cour, montés sur des haquenées et n'ayant que la cape et l'épée*. La cavalerie de Gondé voulut leur barrer le passage, mais rien ne put les arrêter. A quelque distance de Paris, la cour parvint à dérober sa marche aux huguenots, prit les devants avec deux cents gentilshommes et arriva dans la ville avant la nuit.
Telle fut ce qu'on appelle la Journée de Meaux. Elle laissa dans l'âme de Charles IX un ressentiment profond de l'humiliation d'avoir dû fuir devant ses sujets et. un âpre désir de vengeance qui ne fut satisfait que cinq ans plus tard, à la Saint-Barthélémy. Il répétait souvent c qu'il ne leur pardonnerait jamais celle-là, et, entr^autres beaux et animez propos qu'il dist aux Suisses, marchant en bataille, fut celuy qu'il aymoit mieux mourir roy que vivre serf et captif 8 . »
Jusqu'à présent, on n'avait point émis le moindre doute sur cette date du 29 septembre, donnée par de Thou et Pasquier, acceptée par tous les historiens,