‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 96 sur 291 · Castelnau, Mémoires, liv. VI, ch. v · texte numérisé non relu

Castelnau, Mémoires, liv. VI, ch. v

et que semblait confirmer le journal de Haffher; il y avait une raison pour qu'elle restât fixée dans la mémoire et ne fût pas confondue avec une autre : c'était la fête de saint Michel, l'un des protecteurs de la France, grande fête, jour de grands marchés, et dont le souvenir, resté tenace en quelques provinces, figure encore datas les contrats et dans les baux. Pourtant M. le duc d' Au maie, dans le tome I de sa belle Histoire des princes de la maison de Condé, soutient avec raison qu'il faut avancer d'un jour et mettre au 28 le retour à Paris. Il se fonde sur une lettre du roi à M. de Gordes, commencée à Meaux, et où la seconde partie, racontant l'attaque des huguenots et l'arrivée à Paris, est datée ainsi : c C'est de Paris, le 28 e jour de septembre. Je y suis de présent, aussi sont lesdicts Suisses 4 . > Cette preuve me parait suffisante, quoiqu'il soit peut-être permis de supposer qu'il a pu se glisser dans la date de cette lettre une erreur fort naturelle au milieu du désordre et de la confusion inexprimables qui régnaient lorsqu'elle fut écrite 2 .

1. C'est une circulaire envoyée aux gouverneurs de province ou à leurs lieutenants. Une lettre dans les mêmes termes et avec le môme post-scriptum adressée à Birague se trouve dans les Pièces fugitives d'Aubaïs, 1. 1, 2 e partie. — Les Suisses n'entrèrent pas à Paris le même jour que le roi et couchèrent au Bourget.

M. le duc d'Aumale aurait pu s'appuyer aussi sur La Popelinière (liv. XII, p. 19) : « Ce fut, dit-il, le vingt-huitième jour de septembre que les protestants retournez s'unirent à Glaye avec ceux qui leur vindrent de Picardie, Champagne, Bourgogne et autres lieux. »

2. Ainsi il y a une lettre de Catherine, datée de Meaux le 28, et où elle ne fait aucune allusion au départ pour Paris, qui eut lieu dans la nuit du 27 au 28. Du reste rien n'est plus confus que tes récits des contemporains :

Brantôme, qui était avec le roi pendant cette retraite, et assista (10 novembre) à la bataille de Saint-Denis 1 , reçut une commission pour lever deux compagnies de gens de pied 2 , mais il n'en leva qu'une, c s'en trouvant assez chargé 3 . » Il alla probablement la recruter en son pays de Gascogne, car nous le retrouvons dans les troupes que Monluc envoya au roi sous les ordres

Castelnau, qui donna le premier l'éveil à la cour du remuement des protestants et joua un rôle dans la circonstance, a fait un récit qui n'est pas très clair : c Je fus, dit-il, avec mes frères et quelques-uns qui me furent baillez, envoyé pour les reconnoistre, qui fut la veille Saint-Michel, au mois de septembre, et me furent baillez deux chevaucheurs d'écurie, pour en envoyer nouvelles asseurées. Nous montons à cheval sur les 4 ou 5 heures pour aller à Lagny, où ils commençoient desjà à paroistre. » H ne dit pas si c'est ce jour-là (28) que la cour quitta Meaux et qu'il fut envoyé à Paris pour prévenir de l'arrivée du roi et faire armer la noblesse. — Ailleurs, il s'exprime ainsi : c Les huguenots, qui pensoient surprendre la cour le jour de saint Michel, lorsqu'elle seroit occupée à la célébration de l'ordre, ou pour le moins l'investir à Meaux , furent déçus de leur espérance. » {Mémoires, liv. VI, ch. v.)

Tavanes se borne à dire (année 1567) : « La reine gagna Meaux avec ses enfants et Suisses. A mesme jour de Saint-Michel furent cinquante places prises ensemble. •

Petrucci, qui assistait à la retraite, met au 26 l'arrivée des Suisses à Meaux et au 27 le départ pour Paris (Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane, t. in, p. 4). — Claude Haton dit que ce fut un nommé Lebel qui prévint le roi à Monceaux de l'apparition des protestants le lendemain de la Saint-Michel.

1. Il n'en dit que quelques mots : c A cette bataille nous estions quatre contre un. » (T. IV, p. 313, et t. III, p. 353.)

2. Dans son Testament, t. X, p. 121, il dit « avoir commandé à deux enseignes de gens de pied aux secondes guerres civiles passées, sans reproche, la grâce à Dieu. » — Suivant Gorrero, la cavalerie des compagnies d'ordonnance était tellement mélangée de gens de toute sorte que les gentilshommes dédaignaient dfy entrer et préféraient l'infanterie à la cavalerie. (T. II, p. 148.)

de M. de Terride, c un très sage, vieux et bon capitaine. Le roy leur manda, avant de venir à luy, deffaire M. de Ponsenac, un très bon capitaine huguenot, qui avoit plus de six miU'hommes de pied et huit cens chevaux. M. de Montsallez (qui conduisoit l'avantgarde) nous mena avecqu'une telle diligence par ces montaignes d'Auvergne qu'en deux jours nous Fallasmes lancer et deffaire en un lieu d'Auvergne appelé Ghampoulin (Champoly), petite bourgade ou plustôt village, ce qu'un autre n'eust faict en quatre bonnes journées ; et m'estonne comment les autres ne nous battirent, car, pour le grand chemin que nous avions affaire, nous allions à la haste, à la file, les uns après les autres, et n'estions pas six cens quand la première charge se fit ; et puis nous les coignâmes dans cedit village, et se rendirent par composition 1 . >

Après ce combat, cette petite armée passa à Montargis, où séjournait la duchesse de Ferrare, Renée de France. « Les chefs et les principaux capitaynes et gentilshommes nous luy allasmes faire la révérance, comme nostre debvoir nous le commandoit. Nous vismes dans le chasteau, je croy, plus de trois cents personnes de la relligion, qui de toutes parts du pays s'y estoient retirez. Ung vieux maistre d'hôtel qu'elle avoit, fort honneste gentilhomme, que j'avois cogneu à Ferrare et en France, me jura qu'elle nourrissoit tous les jours plus de trois cents bouches de ces personnes retirez. Geste princesse estoit bien fille de France, vraie en bonté et charité 8 . >

l.T. IV, p. 86; t. V, p. 183.

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