‹ Brascassat, sa vie et son œuvreChapitre 13 sur 115 · À DE X · texte numérisé non relu

À DE X

D R. Brascassat. >

Au bas de ce marché de dupe, où la bonne foi de l'artiste est notablement exploitée, je lis cette apostille :

« Je n'ai jamais rien reçu, ni intérêt, ni capital, jus- » qu'à aujourd'hui. Paris, le 8 mars 1847.

» R. Brascassat. )>

(*) RewAe des Cours scientifiques, liv. du il juillet 1868, p. 511.

(') M. KrafTt possède plusieurs études de moutons datées de « Tou" louse, 1884 ; » et dans le catalogue manuscrit de Brascassat, je trouve que toutes les études de moutons, de chèvres et de béliers ont été faites à Bordeaux, à Millau, à Casson, près Nantes, à Toulouse, et dans son atelier de Clignancourt, à Paris.

SA VIE ET SON t*:iVRE. 159

C*est à partir de ce dernier voyage à Toulouse que la séparation devint plus complète entre le maître et rélève. L'existence mondaine et gaie de l'ancien ingénieur, son éducation brillante et son amour de la société, ne pouvaient convenir aux goûts simples de notre rêveur, comme à sa propension naturelle vers le calme et l'isolement.

L'année 1835 fut une bonne année pour Brascassat. Ses trois tableaux du salon (') augmentèrent sa renommée, surtout son beau Taureau se frottant contre un arbre, qu'il vendit à M. Schikler.

Encouragé par le résultat de son exposition et par les articles élogieux que les critiques d'art lui adressaient (*), notre artiste eut le désir de visiter l'Angle-

(*) Voici les trois tableaux inscrits dans le Catalogue de TExposition de 1835 : N» 247, Taureau se frottant contre un aritre; — n» 248, Repos d'animaux (musée de Montpellier); — n» 249, la Sorcière (musée de Toulouse). Dans le catalogue des œuvres du maître, je rapporterai quelques particularités relatives à ces tableaux.

(*) Ne fût-ce que pour constater les revirements de la mode et du goût public, même en matière d'art, je tiens à rappeler ce que disait la presse du talent de Brascassat en 1835, afin que le lecteur puisse comparer cette appréciation avec celle que je publierai sur les œuvres du peintre exposées dix ans plus tard :

a M. Brascassat l'emporte, cette année, sur ses nombreux et redoutables j> antagonistes. Pour notre compte, nous aurions demandé à son paysage un » caractère plus élevé et une touche moins brillante, ce qui ne l'empêche pas » d'être regardé, sans conteste, comme la perle du genre au salon. Il a peint I» la nature sans exagération ni mesquinerie. Le taureau qui se frotte les » cornes contre un arbre est superbe; il respire, il remue. On dit que » M. Brascassat est un enfant du paysage historique, de ce paysage à grands j» temples, dont le Michallon du Luxembourg est un des meilleurs types; on » dit qu'il a été élevé dans les langes du prix de Rome : espérons qu'il ne » tournera pas la tète en arrière. Sa toile est si belle, qu'un paysagiste de » notre connaissance n'en parle jamais qu'avec de grands cris d'extase. Ce n fait, réellement extraordinaire d'un peintre qui loue le tableau d'un rival, » fera mieux comprendre le mérite de M. Brascassat que toutes nos approba-

liSO BRASCASSAT

terre et surtout les Pays-Bas, qui avaient eu jusqu'alors le monopole des grands peintres animaliers.

Au mois d'août 1835, il étsTit à Londres, charmé de son voyage et remerciant « un million de fois » son ami Dantan jeune (^] de tous les renseignements qu'il lui avait fournis pour séjourner économiquement dans Topulente cité.

Rien n'était plus naturel que de visiter l'Angleterre et surtout les beautés de Londres ; mais il faut dire aussi que Brascassat espérait trouver sur les bords de la Tamise le camarade grognon, l'ami Ulrich, qui lui était toujours si sympathique et si dévoué, et avec lequel il avait projeté de faire le voyage de Hollande. Malheureusement les deux amis ne purent accomplir leur projet. J'en trouve le motif dans une lettre, qui, de plus, nous dévoilera les impressions [de l'artiste pendant le cours de sa première visite à nos voisins d'outre-Manche.

Matmetir Ulrich, peintre^ chez M. P , à Notervood^

Lyndhurst (Grande-Bretagne).

(i Londres, ce S5 août 18ft5.

» Voici deux jours que je suis ici, mon cher Ulrich; » je comptais t'y voir, mais la lettre que j'ai reçue hier » me fait renoncer à cet espoir. Je croyais te ramener

n tiens techniques, qui doivent, hélas I bien fatiguer le lecteur, s'il éprouve » à les lire autant d'impatience que nous en avons de ne pouvoir nous y sous» » traire. » (Revue de Paris.)

0) Le sculpteur Dantan jeune est l'auteur d'un petit buste en bronte de Brascassat, reproduit par la gravure dans le Mutée des Familles^ année 1SS9, p. 852.

» en Hollande, et c'est ce motif qui m'avait engagé à » passer par l'Angleterre.

» Mais il est écrit sans doute là-haut que nous n'étu- » dierons jamais ensemble. Du moins ça ne sera pas » ma faute. J'apprécie les motifs que tu me donnes, » et je serais bien fâché d'interrompre les travaux que » tu as commencés. Il faut, puisque tu y es, en pro- » fiter, et puis d'ailleurs avec moi tu n'aurais pas tes » aises comme tu les as où tu es. Je conçois qu'avec » trois schellings par jour on ne boit pas du vin de D Bordeaux et du Champagne après son dîner; mais x> enfin que faire, il faut se plier aux circonstances et je 9 te félicite de les avoir si favorables. Aussi, il faut bien » travailler et revenir avec de bonnes choses. Tu es » dans un beau pays, d'après ce que j'ai vu de toi et » d après ce que je puis en juger par le peu que j'ai » entrevu.

» Je voudrais te parler de l'impression que m'a faite

i> Londres, mais je ne peux encore bien débrouiller mes

D idées. J'ai parcouru hier toute la ville, c'est à dire la

» cité et le quartier Westminster ; c'est magnifique I Je

» ne m'attendais pas à cette grandeur et à cette

» richesse. C'est la capitale du monde sous bien des

» rapports, et j'aurai bien du plaisir, la prochaine fois,

» de la voir en détail. Pour aujourd'hui, je ne puis exa-

» miner que l'aspect, que l'ensemble. Ne sachant pas la

j» langue, je ne peux avoir d'autre ambition. Je suis

» obligé d'user de toute mon intelligence pour me diriger,

» et par instinct j'ai trouvé les endroits les plus remar*

» quables; j'ai vu le parc Saint-James, le parc du Régent,

ti

Page 1