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et je me souviendrai toujours de l'accueil plein d'affectueuse cordialité avec lequel il me reçut à Paris, lorsque je me présentai chez lui, n*ayant pour litre que celui de compatriote et de jeune ami de ses vieux amis.
Plus tard, bien que vivant fort éloigné de Brascassat et que je ne le visse qu'à de longs intervalles, je ne suivais pas avec moins d'attention les actes de son existence si simplement remarquable. Et pourtant j'étais loin de penser que je serais un jour son historien : il est vrai qu'au lendemain de sa mort j'avais recueilli mes notes et mes souvenirs personnels pour déposer « ime couronne sur la tombe de cet homme de » mérite et de bien, couronne pieusement tressée par » l'amitié, la reconnaissance et l'admiration! » (^).
Mais lorsque j'ai pu me convaincre que, malgré les études biographiques désignées précédemment, les circonstances les plus importantes de sa vie restaient tout à fait ignorées, j'ai désiré lui rendre tous les honneurs auxquels il avait des droits légitimes. Grâce au concours de personnes hautement placées dans l'affection du peintre, j'ai été mis en possession de mémoires, lettres et documents qui me permettent d'offrir aux amis des arts la biographie de Brascassat écrite en partie par lui-même.
La vie d'un homme distingué, nul ne l'ignore, sera
(1) Brascassat, note biographique publiée dans la Revue de Bretagne et de Vendée, t. XXI, mars 1867, p. 236.
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toujours d*un grand enseignement; car ce qui seraR banal chez les autres, prend chez celui-ci l'intérêt et la forme d'une moralité. Enfin, je tiens à le dire, j'écris surtout ce livre pour compléter l'histoire des Bordelais illustres et pour répondre au vœu de l'Académie des sciences, belles- lettres et arts de Bordeaux, qui, en 1869, s'empresâa de mettre au concours la Vie et P Œuvre de Broêcassal (^). Dès lors, on comprendra, je l'espère, les sentiments de provincialisme que j'y déploierai.
Il n'est peutrétre pas de villes en Europe où Brascassat, sauf de rarissimes exceptions, soit moins considéré comme artiste de haute lignée qu'en notre pays qui le vit naître. Je n'en suis point étonné, car c'est la loi commune. Et quand l'une des gloires de l'esprit humain a pu s'écrier ironiquement : « En mon pays de » Gascogne on tient pour drôlerie que je me fasse im- » primer (^), i> qui donc aurait le droit d'être surpris de cette indifférence?
M. Sainte-Beuve a dit excellemment, à propos d'Horace Yernet : « France, tant que tu resteras France, D un pays distinct et une patrie, ne répudie jamais tes » enfants sincères, les plus naturels, les plus légitimes ; » ne te laisse pas aller à en décourager la race en la » dédaignant. De ce que tu te reconnais en eux à pre- » mière vue, de ce que tu les aimes d'instinct, de ce
(') Le manuscrit de ce livre, soumis à des juges trop bienveillants, a reçu le prix propose.
(*) Michel de Montaigne.