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la chasteté. L'agriculture manquait déjà de bras, voici maintenant la chorégraphie qui manque de jambes!
MIGNON ET M,lc VAN ZANDT (*)
Mignon est le point de départ timide de la seconde manière d'Ambroise Thomas : elle contient les premiers germes de cette sentimentalité rêveuse qui hante aujourd'hui l'esprit du maître au point d'absorber en lui toute autre faculté. Et depuis, sa muse s'est tellement exaltée dans son commerce avec le génie du Nord, qu'elle a brisé l'enveloppe qui la retenait à la France pour aller se perdre, avec Hamlet, dans les brumes épaisses du Danemark. Son tort a été de ne pas se faire suivre de Shakespeare, qui a l'habitude de la contrée.
Comme toutes les conceptions féminines de Gœthe, faites de nuances infinies et de contrastes psychologiques qui vont jusqu'à se démentir entre eux (le cas n'est pas rare dans Gœthe), le rôle de Mignon est d'une composition très difficile.
(1) Opéra-Comique, 18 mars 1880.
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Toul «'ii M"" Qalli Mai ié l'avai! pour le
créer. Par un rappi i >chemen! pvo\ idenl iel, il n1 v avail point de nature d'artiste qui c< ndl t
mieux fi l'idéal de Qœthe, G'étail Migu >n, bizarrerie, ses bonds de Lies de
bohémienne : Mignon, avec son Inconscienl am pour Wilhelm, el son discrel parfum de p< i qui l'attire invinciblement vers le pays de l'oran el des myrte- : Mignon, avec Bon œil profond, sourire douloureux el ses Dots de cheveux qui lui faisaient un casque de jais.
itail Mignon enfin ! Pour comble, Ambi Thomas était venu en aide au hasard, en écrivant le rôle pour elle, et d'après la l voix irrésolue qui flottait entre le fauve métal du contralto et le timbre éclatant du soprano. Malheureusement, tout en adaptant ses effets aux moyens de la Mignon qu'il avait sous la main, le compositeur élevait d'autres barrières entre le rôle et ses futures interprètes.
Voilà pourquoi j'appréhende fort que MIle Van Zandl n'y laisse de faibles traces.
Apprivoisera-t-on jamais cette petite sauvage? Pourra-t-on mettre en cage ce rossignol exotique encore imprégné des senteurs du buisson et de la haie? Combien de temps, combien de chènevis et de mouron faudra-t-il ?
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La carrière de L'opéra-cpipique fiançais me semble à jamais fermée à M1'' Van Zandt. Celte, Mignon d'importation nouvelle dit le dialogue avec un accenl austro-suédois, qui a sans doute du charme dan- l'intimité d'une conversation, mais qui prend à la scène un caractère d'enfantillage mondain, une saveur d'Exposition universelle hors de propos. C'est dommage: M1, Van Zandt est une jolie blonde, de ces blondes qui ont la mutinerie de la brune, avec deux yeux en pointe de diamant piqués sous l'arcade sourcilière de la façon la plus agréable du monde. Elle est toute inexpérience et toute gaucherie, non par timidité, mais par grâce spéciale de nationalité. Quant à sa voix, c'est tout ce qui se peut entendre de plus frais et de plus jeune. C'est un mezzo-soprano d'un timbre délicieux, d'une émission franche et nette, avec des suavités d'expression obtenues sans aucune apparence d'art ni d'étude. Il manque à la voix ce qui manque à. la femme, c'est-à-dire l'ampleur, la force et la maturité; mais dans le bourgeonnement de ce printemps il y a promesse d'une floraison magnifique. Le défaut de prononciation que Mlle Van Zandt a dans le parler disparaît dans le chanter, qui est naturel et de complexion harmonieuse.
Je redoute toujours pour ces organisations
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exceptionnelles i«i iorl de plante r, mi. rares. Les une I ta cinenl 1rs
autres éblouissenl l<i palais, on - eillé,
séduit. On sort, on se rai ise : on ach violettes el L'on croque une pomme.
||ui yiDAL, M. BELHOMME II LE DOMINO SOIR '
La plupart des proverbes se contredisent. Mais contre celui-ci : « On a souvent besoin d'un plus petit que soi, aucun autre ne prévaut. On pourrait mèine le modifier en ce qui est du théâtre, en changeant l'adverbe : - On a i besoin d'un plus petit qui4 soi. - A ce prop me souvient d'une reprise du Domino noir, où les petits rôles sauvèrent les grands.
Le premier acte, qui commence froidement, s'était terminé de même. Sauf Barré, qui eut le ton du dialogue bourgeois de Scribe, les interprètes s'étaient montrés guindés, lourds, mélodramatiques; ils s'agitaient sur ce fin canevas comme des taons empêtrés dans quelque résine. L'orchestre avait déployé dans l'ouverture une
(iN, Opéra-Comique, 22 mai 1880.
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solennité que ce morceau ne comporte pas. Bref, on étail sous le coup d'un malaise, lorsque, le rideau s'étant levé sur le second acte, dame Jacinte parut.
Ce fut un éblouissement.
Jusqu'alors le personnage avait été tenu par des duègnes blanchies sous le harnois et qui se retiraient dans dame Jacinte comme de vieux employés se retirent dans une blanche maisonnette à Billancourt, sur le bord de l'eau. Oui, ce rôle, avec celui de la bonne tante Marguerite, est une sorte de pèche à la ligne pour les exprima donna auxquelles les rides sont venues trop tôt. Mais la dame Jacinte de ce soir-là protestait de toutes les forces de sa haute stature, avec toutes les splendeurs d'un magnifique et jeune embonpoint, contre cette vieille tradition que les spectateurs n'acceptentqu'à regret. Cette Jacinte était imposante, redondante, florissante en tous sens et linéaments du corps à l'instar de la noble Badebec, célébrée par llabelais. A son aspect, j'ai cru qu'on avait changé le programme et que, dans le décor d'appartement, tout espagnol rappelant la pièce bien boisée où se tient le licencié Sedillo, Gil Blas lui-môme allait entrer. Mais, si Gil Blas n'est pas venu, nous avons eu au
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moins la goin ai aante «lu chanoine Sedilli >, telle que nous la peint Le Sago. I l'était une nne
déjà parvenue à l'âge de di crétion, mais belle enoore, et j'admirais la rralcbeur de son leint., Il esl \ rai qu'elle [l'épargnait i ien poui server. «
Dans OU Bla*t dame Jacinte ne chante | mais dans le Domine noir elle a deui couplet dire. M"'' Vidal les a troussés avec une vei étourdissante, ruisselante de joie et de santé, et juste avec la vois compétente à la matière., la voix qui doit sortir de la poitrine d'une intendante qui partage avec son maître les coulis et les perdrix flanquées de cailles rôties. On a •
Suffoqué de plaisir, on a battu (1rs main- à rompre la paume, et il a fallu que M,h Vidal
entonnai de nouveau, en leur conservant les
mêmes propriétés, les couplets qu'elle venait de détailler avec une originalité si convaincue.
L'effet, d'un pittoresque achevé, s'est encore accru quand le grotesque fiancé de dame Jacinte, j'ai nommé le sieur Gil Pérez, s'est présenté sous les traits de M. Belhomme, qui s'est fait encore plus petit qu'il n'est. On a beaucoup ri de l'antithèse, on s'est senti en belle disposition pour ce couple extraordinaire, et il ne se serait pas ren-
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contré dans la salle an seul spectateur assez Inhumain pour refuser au galant sacristain l'échelle de corde- donl il eûl eu infailliblement besoin si l'envie lui fût venu d'embrasser sa dame du
Toboso. M. Belhomme, qui a du mal à se faire voir sans faire rire, sait au moins se faire écouter, et c'est d'une bonne voix, mordante et bien menée, qu'il a enlevé le Deo Gratias. Rien ne réjouit plus que le triomphe des humbles.