VERDI ET SA MESSE DE REQUIEM
11 III. Il lv
L'Italie est-elle hostile à la France? .!<• n<i 1«' veux pas croire. J'ai beau peser le pour et le contre en ce cas délicat, j'incline toujours à la négative. En regard de Mentana, il faul mettre Solférino- La reconnaissance, p >ur les peupl comme pour les hommes, esl un poids <ju'on cherche volontiers à secouer, el plus il est lourd, plus il est aigrement supporté. Mais n'est-ce ; aller au-devant de l'ingratitude que de faire sonner trop haut ses bienfaits, en taxant à tel prix la reconnaissance de l'obligé ?
Il s'est formé sourdement, en Italie, un parti atteint de cette maladie qu'on pourrait appeler l'œdème du patriotisme. Les fumées du canon prussien lui sont montées au cerveau, comme celles d'un vin très capiteux. C'est une ivresse
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passagère donl quelques gouttes d'ammoniaque éteindraient sans doute h^ feux. Mais parce qu'une bande de politiqueurs de village fait tapage à la table d'un cabaret, il ne suit pas de là que tout le cabaret soit composé d'ivrognes.
Celle table de buveurs intempérants existe réellement en Italie. Certains journaux ne se défendent pas de faire partie du groupe. Il me souvient maintenant d'avoir lu, à Venise, en 187:2, des articles parfaitement immondes, signés d'un nom qui n'est pas inconnu dans le monde des lettres parisiennes : Petruccelli délia Gattina.
Notre caractère et nos mœursy étaient indignement avilis. C'était si fort que j'y cherchai longtemps des guillemets, croyant avoir affaire à la traduction de quelque passage d'un journal prussien !
Malgré la hardiesse du parti antifrançais, ainsi étalée au grand jour, je ne me trompe pas, je l'espère, en affirmant que ce parti ne personnifie pas plus les vrais sentiments de l'Italie pour la France, que le parti des ultramontains radicaux ne représente les vœux de la majorité des Français pour l'Italie «L'odio perla Francià! — a écrit Manzoni dans les dernières années de sa vie, au plus fort de la fièvre des passions populaires suscitées contre nous — La haine pour la France!
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pour cette France illustrée par lanl de i I
i.uii de vertus I... d'où ont ortie i.mi de \ ■ ri lanl d'exemples! pour cette France que l'on i peut voir Bans une affection qui re embl l'amour de ta patrie, ert qu'on ne peut quitter sans qu'il se mêle au souvenir de l'avoir babil quelque ebose de profond el de mélancolique qui ressemble à l'impression de l'exil! Ne voilà I il pas de belles el consolantes paroles ?
Mlles viennenl du plus grand poète italien de ce siècle, el j'aii voulu les relire avanl d'entendre la messe de Requiem que lui a dédiée le plus grand compositeur de l'Italie moderne.
Me voici au 29 mai. Il es! une beure de l'api midi. Je quitte l'église San-Marco, tout ému par le spectacle, tout bouleversé par l'œuvre.
Dès onze heures du matin, l'église regorge de
Milanais. Quatre mille personnes occupent ta nef, les bas cotes cl les chapelles. Dans le chœur, cent dix musiciens, cent dix artistes, triés sur le volet, et cent vingt choristes, les mieux sonnants qui soient dans toute l'Italie, attendent, sous l'œil du maître, le signal de l'attaque. Au milieu d'eux, les quatre solistes, Teresa Stolz et Maria Waldmann, Capponi et Maini. Debout, au centre, se dresse le maestro Verdi, la taille haute et droite,
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l'œil plein de feu, la barbe lamée d'argent, le fronl entouré d'une auréole de cheveux grisonnants. Sa physionomie énergique rappelle celle de ces fiers doges vénitiens dont le pinceau du Tintore! a fixé les traits sur des toiles immortelles.
Les portes de San-Marco sont closes. Les bruits du dehors s'éteignent peu à peu. Un grand silence se fait, et c'est un spectacle vraiment imposant (pie cette foule palpitante d'émotion, mais muette et comme domptée d'avance par la secrète influence du génie. Yerdi a préféré l'église San- Marco au Dôme pour l'exécution de son œuvre. Moins vaste que la cathédrale, elle est plus propice à une audition musicale. La foret de colonnes qui supporte les voûtes du Dôme eût arrêté l'onde sonore. La décoration en eût été plus compliquée, et les draperies tendues d'un pilier à l'autre eussent rompu les vibrations de l'air.
En un tour de main, avec quelques nœuds de crêpe noir artistement accrochés aux ornements de l'architecture, San-Marco s'est trouvé prêt.
L'audition finie, le rôle de la critique commence.
Les Italiens appelés à se prononcer sur cette puissante composition, l'ont presque unanime-
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ment saluée comme une de -• and lions artistiques des temps modernes. I I tant, il s'esl ncert élogienx qu
ques notes discordantes. Aucuns reprocl Verdi d'avoir traité dans un style trop dramatique, trop théâtral même, une obui re «l'un i ractère essentiellemenl religieux, el d'en avoir ainsi méconnu ou plutôt Faussé l'esprit. Puisque cette question de proj de sty '>■ a été bou-
levée au delà des Alpes, elle peul l'être <in de< \. Il ne m'appartient pas de raire le pr l'o-
pinion d'autrui qui est et demeure parfaitement libre. Je crois, cependant, « pi*' ceux qui ont ainsi décidé contre Verdi dans une affaire de logique, ont rendu un verdict au moins précipita
Pour moi, uiio messe dite de H titue un morceau particulier qui n'a de s [ne
sa partie sacerdotale. Le Dies îrœ, sur lequel repose tout l'effort de l'inspiration, n'est ni de tradition biblique, ni de tradition évangélique. C'est un drame catholique plein d'angoisses et de larmes : il est fantastique et théâtral par nature et par destination. C'est fantastiquement, dramatiquement et presque théâtralement qu'il doit être conçu.
le m'explique. Je le prends d'un peu haut.
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d'un peu loin, et je pourrais remonter au déluge, si ce procédé d'argumentation n'était pas tombé en un complet discrédit.
Dans V Ordinaire de la Sainte Messe, il n'est point de passion- exprimées. Tout y est sacrifice divin, acte de foi, action de grâce. Le prêtre propose à Dieu de chanter ses louanges sur la harpe, dans Y Introït ; dans le Confiteor, il lui avoue ses fautes; dans le Gloria, il lui rend hommage. Le Credo, l'oblation de l'hostie et du calice, V Oraison et le Canon sont de pieuses pratiques réglées par le Rituel. Le sentiment religieux y rayonne dans toute sa pureté. Portée sur les vapeurs légères de l'encens qui brûle, la prière humaine monte vers Dieu comme une nuée odorante. C'est le dogme chrétien affirmé. Ce qui lui correspond en art, c'est la ligne sereine du chant grégorien, le souffle spiritualiste et doux de Palestrina.
Dans la messe des Morts, dans la messe de Requiem, le pivot de la cérémonie est le Dies irœ. Projetant partout autour d'elle sa funèbre silhouette, cette prose effrayante ramène l'esprit des splendeurs de l'expression religieuse au chaos des passions de la chair et des intérêts de la terre violemment surexcités. Trois idées principales
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Cm! jour : l.i lin du iimiidc, l,i i .'• m i action !••
iiicni dernier.
Par ces trois points, la mei le de R w a un
pied dans la superstition scientifique, un pied dans la matière el dans le drame païen. Celui qui y parle le plus haut, c'est l'homme, I bomme de toutes les religions, sinon de tous les temps. L'homme qui marche dans les ténèbres el qui a peur.
Iai drame donl il est l'acteur es) philosophique el réaliste à la fois. Le christianisme en revendique on vain L'invention.
L'hypothèse de la (in «lu monde par l'écroulement des cieux et le renversement do pôles se retrouve chez tous les peuples à l'état rudimentaire : la science en ruine progressivement lecrédit. L'Evangile et l'Apocalypse décrivent, il est vrai, le cataclysme final. On sait que, quand l'abomination de la désolation sera venue, les étoiles tomberont du firmament et que le globe s'enilammera : c'est à ce moment qu'on verra le soleil aussi noir qu'un sac fait de poil de chèvre — phénomène bien digne d'attention. Les livres sacrés des nations Scandinaves donnent aussi leur explication, paraphrase inconsciente des livres juifs; pour eux, il arrivera que les loups se mettront en devoir de dévorer le soleil : dure besogne! Le
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mythe indien nous montre Vichnon jugeant le
monde à la lin des siècles, muni.'' sur un coursier éblouissant de blancheur. L'Orient a enfanté ces fables el d'autres encore dont nous n'avons pas été moins victimes.
Un jour, L'Eglise assigna Van mille de l'ère chrétienne comme la date expresse de la fin du monde. Vint la fatale échéance. Le billet souscrit
par l'Eglise ayant été protesté, les peuples ne voulurent plus le lui renouveler. 11 fallut trouver un moyen plus pratique de museler ces peuples, afin de n'être point mangé par eux. L'image de la mort fut alors déployée dans un appareil terrifiant. La Grèce, qui la représentait sculpturale et splendide, eût reculé devant l'expression matérielle du squelette. Fondée sur un cadavre, la religion catholique en fit un jeu. Pour semer la terreur elle évoqua des spectres. De funèbres marionnettes, dont les moines narquois tenaient le fil, commencèrent à mimer leur ronde implacable sur les murs des cimetières. On appela cela la danse macabre. La sculpture, la peinture et l'imagerie se mirent au service du moutier et de l'abbaye pour en imposer au seigneur et au paysan.
La musique n'avait point encore apporté sa
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pierre .m sombre édifice. Son tour vint, i entra dam la conspiration au khi iè< le. moine franciscain, Th< >ma de I îelano, i minorités de Maj ence, de l ne el de w i ■ m . composa \r Dies iras* La danse tna< i : induite
par le génie el la musique, Faisait -.1 trouée par la grande porte de la cathédrale gothique.
Thomas de Celano n'entendail rien i la meta physique. Sa conception es) Frappée au coin de la poétique brutale du moyen âge. Elle ne résulte pas d'une conviction réfléchie, dogmatique, Sun bras s'arme du l>*>i^ de la croix el frappe. Thomas ne vise pas au cœur par la prédication ou l'ascétisme. Sa foi est active, pratique, entreprenante. Le dernier jour de l'univers esl une Saint-Barthélémy posthume dans laquelle Dieu saura bien reconnaître les siens. C'est un coup de théâtre qu'il médite.
La légende biblique le sert merveilleusement. Joël, un des petits prophètes, entre autres divinations précieuses, annonce la venue du Messie et l'épisode du jugement dernier. Rien, dans l'organisation de cette épouvantable journée, n'a été laissé à l'imprévu par les Pères et parles docteurs de l'Eglise. Où se passe l'action ? Dans la vallée de Josaphat, entre les collines qui couronnent Jérusalem à l'ouest, le mont des Oliviers à l'est, le
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torrent de Cédron au sud, et la route de Jérusalem à Damas au nord [In bon metteur en scène
de noire époque rétablirait le tout dans sa couleur locale primitive. Un habile décorateur restituerait au paysage l'horizon bleu frangé d'orange du ciel de la Palestine. La liturgie romaine a réglé l'ordonnance du lugubre tribunal de la justice suprême : Jésus siégera sur un trône de gloire entouré à droite et à gauche de ses douze apôtres. 11 lui prendrait fantaisie de se placer autrement, contrairement aux prescriptions des docleurs subtils, qu'il n'en serait pas le maître et que sa conduite serait désavouée. Voilà le désagrément d'être Dieu : on se doit à ses fidèles. Je ne parlerai pas de la situation des anges, archanges, des grands et des menus saints. La féodalité religieuse les a constitués en féodalité céleste. Le paradis a ses couches sociales.
Le souverain juge s'est enfin assis dans son auréole ardente. A ses pieds, l'ange de l'Apocalypse a ouvert le livre de vie et de mort. Trompette aux lèvres, quatre ang^s sonnent le réveil des morts. A cet appel fatidique , la terre entr'ouvre ses flancs de toutes parts. Comme un manteau à la trame usée, son enveloppe craque avec des déchi-
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reniants sinistres, La piei re de épultui
iilève '• 1111 effroj able cliquet! d chappe des lombes cuti e bAillées. Die i\ Verse! par verset, !<• terrible poème de i borna de Celano reproduil le des de la i ésuri i
lion de la cendre humaine. Avec les damnés il pleure, crie et se lord.
Après le poète, voici les plus grands peintres du moyen fkge, de la Renaissance <-t d< les
suivants, qui précisent par le pinceau les scènes les plus saisissantes de cette épop e. C'est d'abord \c Giotto; puis l'Orcagna, Luca Signorelli, fra Angelico, Michel-Angê ; puis \\ >gicr Van der w eyden, Memling, Elubens el le Français Jean Cousin. Au Campo Santo de Pise, range gardien qui plane dans l'air au-dessous du Christ replie son bras sur sa figure, pour ne pas voir entrain* aux abîmes les âmes dont il avait la charge. A l'Académie des Beaux-Arts de Florence1, une ronde lumineuse d'anges couronnés de roses conduit au ciel, à travers des prés fleuri-, 1»' groupe des hommes sauvés, tandis que Satan engloutit les maudits dans sa triple gueule. Au dôme d'Orvieto, des diables cornus étranglent sans pitié les pécheurs repoussés par Dieu. Ici, une mère cache son enfant dans les plis de sa robe, afin qu'il ne soit pas vu de l'archange saint Michel. Là, un
vieillard esl refoulé dans la tombe, d'où sa tôle émerge, hideuse et sanglante.
Telle est la tradition catholique du jugement dernier évoqué dans le Dies irœ. Ce n'est pas seulement un drame : c'est le drame des drames joué une seule fois par l'humanité tout entière, devant Dieu , sur le théâtre des théâtres : la terre.
Pour toutes ces raisons, je ne reconnais pas le caractère absolument sacré à une messe de Requiem. Je la regarde comme une composition dramatique, èpisodiquement religieuse.
Ceci pour prévenir le lecteur contre les suggestions cléricales qui placent les textes absconses de l'Ecriture au-dessus des droits imprescriptibles de la pensée du philosophe et de l'artiste.
Je passe maintenant à l'appréciation et à l'analyse de la superbe création musicale de Verdi.
En face de ce drame du jugement dernier, où l'horrible côtoie constamment le pathétique, où le profane heurte solennellement le céleste, où la boue humaine foulée par les pieds des archanges justiciers rejaillit jusque sur la robe immaculée du Sauveur, Verdi s'est arrêté. Par un re-
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tour imprévu sur lui même, il «■ I pi ofondémenl recueilli.
il a compris qu'il ne pouvait aborder la lourde tâche d'exprimer ce qui es! la Passion de I b tnanité toul entière, sans renouveler pour aii dire sa substance de musicien. Aidé par un tempérament d'une vigueur peu commune, servi par la science intime de la manipulation tragique, il esl entré Franchement, résolument, dans le vif des sentiments qui s'offraient à sa Muse. L'homme aux robustes épaules esl resté debout : le maître a su, s'inclinant devant le progrès de l'art moderne, fondre s<>n métal brul dans un creuset mieux ouvré et plus poli. 11 a rompu ouvei tenir ni avec ses formules favorites : il a épui des, tamisé son limon, changé sa manière. Sur le lit de lauriers OÙ le succès l'avait endormi, Verdi s'est réveillé en sursaut, et s'est élevé, par un bond prodigieux de l'imagination, à des hauteurs inconnues.
Celui qu'on croyait entêté dans des idées surannées de l'école italienne, incapable d'une métamorphose, insensible aux découvertes du siècle, a montré en une journée sinon qu'il savait tout, du moins qu'il avait tout deviné. Déjà, dans son Don Carlos, il s'était éloigné de l'idéal qu'on lui prêtait bénévolement. Plus délibérée encore,
Aida marque une étape nouvelle dans sa marche en avant.
Qne n'a-t-on pas dit A' Aïda l Les uns veulent
que ce soit le chef-d'œuvre de Verdi. Les autres ont avancé que le prétendu chef-d'œuvre était, au contraire, une partition de décadence, secondaire au point de vue de l'originalité des conceptions,el dans laquelle Verdi n'avait eu recours à l'harmonie que pour masquer la faiblesse de la mélodie.
On a exagéré, mais on a dit du vrai dans les deux camps. Il est patent que certaines touches vigoureuses d'orchestration, dont on a vanté la hardie-se et la puissance, appartiennent plutôt à l'ancien Verdi d' Attila et de Simon Boccanegra qu'au Verdi de la nouvelle manière, dont Aïda serait la première formule. Mais on ne peut nier qu'en cherchant à concilier les procédés des symphonistes allemands avec les tours de phrase du mélodrame italien, Verdi n'ait rencontré par endroits une force et une vérité d'expression qu'il n'avait jamais atteintes. L'invocation et la danse des prêtresses du temple de Vulcaïn, le troisième acte tout entier, avec les deux duos consécutifs entre Aïda et Amonasro, Radamès et Aïda, le beau mélodrame hiératique qui pré-
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cède le « 1 1 1< > final ionl aulanl de page i mettra en parallèle avec taul ce -i1"" Vr: (li ' ,1'' ,,u
rable. D'ailleurs, Aïda possède sur se devan rea un mérite singulier, sans lequel il n'esl rien d'immortel ; c'est la seule partition où Vei di e soi! révélé peintre de paysage : la seule où, avanl de jeter un personnage en scène, il ail posé le décor dans L'orchestre.
Aussi est-ce par là qu'Aïda restera : par l'emploi raisonné dq pittoresque associé au dramatique. C est de cet équilibre savamment maintenu que l'acte des bords du Nil tire sa poésie proronde, el nous grave au cœur comme à l'esprit une impression ineffaçable. Verdi suscitant an monde énorme, Verdi rendant la vie à la momie à travers ses bandelettes desséchées, peuplant de sphyni monstrueux les déserts de sable, remplissant de parfums et de sacrifiées les temples de pierre abandonnés, par la seule éloquence de l'instrumentation, par les persuasions lentes du rythme, voilà un phénomène que l'auteur du Trouvère ne semblait point permettre à l'auteur à? Aïda,
Mais ce n'était là que le jalonnement d'une route sur laquelle Verdi s'avance aujourd'hui sans faux pas. Sa messe de Requiem est la mani-
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restation décisive d'un génie mûri par L'expérience, assez hardi pour le coup de main, assez sage pour la retraite.
La transformation est merveilleuse, et ceux qui ne savent du répertoire de Verdi que ses opéras populaires, seront dans l'étonnement et dans la confusion. Sa messe de Requiem ne ressemble pas plus à son passé musical que les Huguenots de Meyerbeer ne ressemblent à son Crociato. Le rapprochement est lointain, mais il rend bien ma pensée.
Sous ce grand soleil de mélodie qui dardait impitoyablement sur sa musique, Verdi a semé l'ombre protectrice de l'harmonie. On commence à s'y reposer au frais. Son idée s'orne d'une enveloppe plus précieuse et plus fraîche. Ses cadences prévues ont disparu comme par enchantement. Jadis on les attendait, on les voyait venir. Elles cèdent le pas maintenant à des modulations accidentées d'une richesse et d'une ampleur rares. La dissonance; honnie des classiques intransigeants, y éclate, aujourd'hui, magistralementpréparée,habilementsauvée, excitant le nerf de l'oreille sans jamais le froisser ni le déchirer.
Les voix se meuvent dans leur registre naturel,
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<li-; pour des sonorités franche el
El l'art du matl re <• I lèl .1 le uper, que le
ohanl s'enlè^ e 6n relief inr les ensemble plus de clarté peu! (,i re que dans les loli. \ iii re, Ie9 chœurs de la messe de R >nl
des chefs-d'œui re,
Mais c'est dans l'orchesl ration qu< opérée
la métamorphose la plus surprenante de Verdi. L'instrumentation jusqu'ici négligée de l'auteur du Trouvèrel s'est « 1 • - u . 1 - < • * - des liens pesants qui la rattachaient à l'antique quai ■ . Elle a pris du coloris, une touche vive, et des oppositions de timbre bien venues. L'immense trou qui faisait souvent le vide entre les cuivres et 1»'- instruments à cordes, s'est peu à peu comblé. 1 partie- ne m* doublent pins avec monotonie. L'ai1 y circule enfin librement par le canal des instruments de bois, cette famille si pittoresque qui devient à l'occasion si passionnée.
Dès les premières mesures du Requiem on se sent appréhendé par la main du maître et entraîné malgré soi vers Josaphat, la lugubre vallée des larmes. Le Dies irœ, notamment, commence par un déchaînement de sonorités telles que les voix semblent chanter des clameurs. C'est un tableau peint avec les couleurs les plus lumineu-
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ses, où le choc des passions humaines est rendu avec une \ îg unir d'expression et une vérité d'accent incomparables. On est pénétré jusqu'aux entrailles de la conscience. H est des moments où
l'auditeur, vaincu par l'attendrissement et par l'effroi, se voit emporté dans le néant sur la barque infernale de Jean Cousin, côte à côte avec des rameurs décharnés.
Je serais un monstre si, avant de quitter Milan, je ne disais l'accueil héroïque qui m'a été fait dans la capitale de la Lombardie. J'ai été partout accommodé au superlatif. Mes confrères de la presse parisienne venus à Milan n'ont pas été moins bien reçus.
LeSindacodela Giunta municipale nous a fait l'honneur d'une invitation personnelle. La presse milanaise nous a recommandés à la curiosité du public. Le curé de San-Marco nous a réservé une tribune spéciale dans son église. L'éditeur Ricordi, le plus considérable du monde entier, nous a courtoisement aplani toutes difficultés. Bref, ma modestie a payé à la vanité un impôt tellement écrasant que je me suis demandé si je n'étais pas, comme M. Jourdain de ridicule mémoire, victime de quelque hurla alla bergamasca.
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