MUSIQUE ET MUSICIEN RI '.I
cencei méridionales, et L'air d'Aï bonide, tii premier acte de ta I i ir, app< Ile in
volontairement le souvenir de i<< ", de I N et deJomelli. Non seulement le plan de la mélodie, mais les portamenti et les ornements du chant, tout y est de tradition italienne. A celte évocation archaïque se môle je ne sais quelle note champêtre qui en relève étrangement la saveur. Un autre air; celui de la V Ratmir dans
Rousslat*) après s'être longtemps cantonné dans la mélopée douloureuse, tourne finalement à la cabalette quasi Verdienne. Ce qu'il y a de curieux dans ces deux airs, notamment dans le second, c'est l'importance de la partie instrumentale liée au chant : la clarinette et le hautbois s'y interposent avec une fréquence qui tourbe à l'indiscrétion : le morceau y perd en justesse de proportions ce qu'il gagne en pittoresque.
Maudits soient les concertos pour piano avec orchestre.
On se prend de colère contre les quelques belles pièces de ce genre bâtard qui en ont engendré de mauvaises, et celle de M. Joseph Wienawski est de ces dernières. Il se pourrait même que le compositeur eût enlevé des chances de plaire au pianiste, dont le jeu est élégant plutôt que vigoureux, et gracieux plutôt que puissant. H. Wie-
navvski a mal ordonné son concerto : il n'est point convenu d'un plan avec lui-môme. Un architecte aurait peut-être tiré parti de ces matériaux qui se courent après sans parvenir à s'agréger : en l'état c'est le chaos.
Pour réhabiliter ce genre dangereux, M. Nicolas Rubinstein a magistralement exécuté le concerto avec orchestre, de xM. Tchaïkovski, professeur de classes de composition au Conservatoire de Moscou. La Russie a placé M. Nicolas Rubinstein sur le même rang que son frère Antoine comme pianiste; c'est tout dire. Le concerto qu'a choisi Nicolas Rubinstein ne nous a guère permis de contrôler efficacement la flatteuse opinion qu'il a su inspirer à ses compatriotes. 11 y a dans ce concerto la matière de deux symphonies; l'harmonie en est fine, distinguée, et l'instrumention soignée jusqu'en ses détails les plus menus; mais les coups de force y sont nombreux, et c'est moins un accord qu'une bataille qui s'engage entre l'orchestre et le piano, obligé de lutter constamment avec les déchaînements d'une sonorité tyrannique. Le talent de l'exécutant est à la merci des gros effets. On a mieux apprécié ses qualités dans le motif de la première partie, où il joue sans accompagnement.
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Ce qui noua 1 le plus séduil dan i I ordre pu meol symphoiii [ue, ce s,»'»i deui airs de d i orientale de l'opéra d'Antoine Riibinstein, intitulé : le D •///"", donl le poème esl <i" LermontoCT il y y là le cachet d'une personnalité énorme, lauvi si l'on veut, mais puissante au delà de lou expression. L/au lition de l'opéra tout entier i ttiguerait, je le n\uih, et émousserail le sens auditif; mais, à Trial de IV, ici ion, la richesse des procédés mis en œuvre et la logique invincible de Leur enchaînement excitent l'admiration ci l'étonnement. Dans le premier motif de ci' ballet diabolique, les violons et les violoncelles déroulent des spirales implacables à rendre un paralytique derviche tourneur : c'est une danse lourde, capiteuse, infernale qui asservit tout l'orchestre à sa ligne rig nireuse ; seul, le hautbois élève un instant la voix dans un amiante très caractéristique. Le ballet reprend eusuite avec des mineurs farouches sur les violons vibrant à pleine corde. Cette seconde partie est traitée avec une vigueur inouïe. Voilà donc une page grandiose et qui me donne envie de connaître le livre !
J'avoue pourtant que je ne suis pas de ces Gaulois décrits par Diodore de Sicile comme irrésistiblement charmés par ce qui vient de loin. M. Apol-
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linairc de Kontski a beau venir" de Varsovie, où Tordre règne ; il a beau prendre à bon broil le titre de soliste de Sa Majesté l'empereur de Russie, ç'esl un nihiliste-musicien contre Lequel je réclame un ukase. 11 a joué sur le violon une mazurka avec un débordement de mauvais goulet d'enjolivements baroques d ont la réunion est rare dans un seul homme. Il affectionne les acrobaties de l'archet, les arpèges à grand compas, le jeu de double corde et, par-dessus tout, les trilles chromatiques sur la chanterelle : il ne lâche pied qu'après avoir servilement imité les glouglous que feraient une légion de bouteilles débouchées et vidées simultanément.
J'admire, et presque sans réserve, la plupart des chœurs chantés au Trocadéro. C'est dans la facture chorale qu'est le fort de l'école russe. Ses maîtres écrivent pour les voix avec une sûreté de main peut-être unique. Ils ont le sentiment du grand. Rien d'étriqué, rien de mesquin dans leur façon de grouper les parties. Ils font éclater le son dans les poitrines, comme les sonneurs font gronder les cloches avec l'airain de leur battant. Gela ne tient pas seulement au métal bien trempé des voix dont ils disposent en Russie : c'est aussi le résultat de leur méthode savante et claire d'as-
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s, ,, ici les timbres. il> tirent an parti 1 1 è bah des \,ii\ d'enfantSj placées comme anti .ni d un entre les ténors el les loprani Féminins. Le ensembles Boni d'une harmonie si homogène el pénétrante qu'ils font penser à l'orgue.
J'avais ci.- frappé de ce phénomène quand je ris pour la première !'<»is la Fie pour le Czart au théâtre dal Venue de Milan, avec Iferly dans le rôle de la 1kisn(>. n m'a «le nouveau émerveillé dans le concerl d'inauguration, >>u • > été chanté 1<" doublechœur eu style fugué de l'opéra populaire de Glinka. Ce chœur est fortement empreint du caractère religieux, comme t<»u- ceux de même provenance.
Le chant religieux de Bortniansky, compositeur mort eu 1825, le possède à un degré lies élevé : Bortnianski savait son Palestrina sur le bout du doigt. Le chœur nuptial et le toast aux jeunes maries, extrait de la Roussalka ou VOndine de Dargomijski, ont été enlevés, comme ils ont été composés, avec une verve magnifique.
Je ne saurais trop insister sur les mâles beautés de ces morceaux, et j'invite tous les musicien- à s'aller placer, dans les concerts qui vont suivre, sous ce rayon de lumière qui leur vient aujourd'hui du Nord. Les Russes mangeurs de chandelles
s'en vont ci il y a, sur les borda de la Neva, autre chose que des Elusses buveurs de Champagne.
Il nous a paru qu'avec le troisième et dernier concert nous pénétrions plus avant dans l'intimité de l'art russe, et qu'à la veille de nous dire adieu Messieurs de Saint-Pétersbourg et de Moscou avaient eu à cœur de nous en léguer une impression plus tenace. On a suivi la marche du proverbe : on a gratté le Russe dans les deux premiers concerts ; on a trouvé le Cosaque, un Cosaque fort avenant, dans le troisième. Il s'y est révélé quelque chose d'inattendu, qui s'était dissimulé jusqu'ici, et qui n'a point laissé de surprendre, — comme ces armoires pleines d'argenterie qu'on finit par découvrir à la fin des inventaires : « Plus, dans un appentis attenant à..., nous avons trouvé, etc. » Le reste de la rubrique est bien connu des scribes.
Ce qui nous est apparu sous un angle tout nouveau, c'est la mélodie russe aborigène, perçant à travers le ragoût symphonique dont les composisiteurs l'ont assaisonnée. Nous avons déjà dit que
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L'école russe était en< au joi
traditions italo françai le Mail quand elle n'in pus, quand «'il*1 suit b i pente naturelle, elle pu son inspiration dans le génie intime el profond de sa nationalité, qui se traduit par les chants populaires : produits particuliers au sol, Fruits des entrailles mêmes de la terre, el qui font corps avec elle comme sa pompne <it sa Bore. (;ihi^ Bertrand a consacrée celte question des Natt nalitês musicales un livre très remarquable, qui a l'ail les frais de presque toute l'érudition déployée par la critique française Bur l'esthétique russe.
Celte échappée de soudaine lumière ouverte sur la mélodie autochtone de la Uiismo a Fait légèrement cligner les yeux du public. Il s'en est montré offusqué par endroits, à la façon d'un oiseau qui piétine des pattes sur une branche engluée. Je comprends son impatience, mais je ne la partage pas. Il est impossible d'assigner à un chant populaire une signification exacte, si l'on ne consent pas à le replacer par l'imagination dans le milieu où il est né. 11 faut faire pour la Russie ce que vous faites pour la Normandie, pour l'Auvergne ou la Bretagne, quand on vous annonce un branle, une bourrée ou un air de bi-
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niou : vous vous naturalisez tant bien que mal Breton, Auvergnat ou Normand, vous appelez à votre aide tous les traits de mœurs, toutes les bribes de coutumes et d'usage que vous avez emmagasinés dans votre tête ; mieux encore, vous posez devant vous un décor fictif, auquel vous croyez comme à une réalité, et, alors seulement, vous êtes en état de saisir la ligne, la couleur et la valeur de ce que vous entendez. Je conviens aisément que la Russie est située dans une latitude un peu éloignée pour se prêter à une évocation de cette nature, mais vous n'avez pas le droit d'y renoncer si vous voulez juger et décider en connaissance de cause.
Et précisément les maîtres russes, très fidèles à leur idéal hors du terrain de la musique dramatique, ont pour principe de respecter strictement dans leurs compositions le caractère propre à la race qui les a inspirées, soit qu'ils arrangent, soit qu'ils construisent de toutes pièces. C'est encore une difficulté déplus pour nous autres Français de Paris, qui sommes généralement peu versés dans' l'ethnographie des cent peuples qui grouillent là-bas et qui parlent plus de quarante langues. Beaucoup de ces motifs sont demeurés lettres closes pour la plupart des auditeurs, et (pourquoi me vanterais-je d'être grand clerc là où
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je ne s. us rien ' ces saveuri de terroir ont i i •• ml passé hors de là portée de non goûl . J'en >|('
la ballade varègue de R )gnêda^ tiré de I i d'Alexandre Séroff, ballade célèbre en Russie el toul à rail digne d'être admirée. M Anna de B locca l'a dite avec ce sentiment vif el toul person nel qu'elle tire de Bon origine el de son édu< tion.
L'air de Ratmirde Routslanet Eudmila^ ce chefd'œuvre de Qlinka au dire des rousslanistes, a sur ceux que nous avons entendus du même maître el du même opéra l'avantage d'être correctement coupé. La mélopée ne s'y allonge pas indéfiniment en lignes serpentines : quelque aride qu'elle ail semblé à quelques-uns, elle a un commencement el une lin.
La Kazatschek, danse petite russienne de Dargomijsky, m'a singulièrement frappé par son tour heureux et animé. Dargomijsky est, selon le néologisme forgé par M. de Bismarck avec des radicaux attiques, un des êpigones de Glinka, c'està-dire un de ceux qui suivent ses traces. Son petit morceau apporte un argument de poids à l'appui de ma théorie de tout à l'heure. Il est une émanation directe de l'esprit joyeux et tout en dehors de cette Petite Russie, qui est comme la
Touraine de la Grande. Les gens qui dansent à deux temps celte Kazatschek habitent une contrée fertile, où la population est exempte des amers soucis de la vie quotidienne qui assombrissent l'humeur des paysans du Nord. Ils sont paisibles, ils sont gais. Cela se sent, cela se voit dans la simple danse qui nous arrive, par-dessus les steppes, comme une bouffée toute fraîche issue de ces clos embaumés où les Cosaques de l'Ukraine bâtissent leurs hâtas à la chaux blanche. Son rythme est presque latin. Et des savants voudraient que Kiew fût cette Tomes désolée où le poète Ovide geignit ses Tristes et ses Pontiques ! Haro sur ces baudets!
Faut- il rattacher à la famille des compositions populaires la légende de Sadko, symphonisée par M. Rimski-Korsakoff, professeur au Conservatoire de Saint-Pétersbourg? La donnée en est naïve à coup sûr; mais les procédés mis en œuvre pour l'exploiter l'incorporent dans un genre plus complexe. Elle appartient à cette classe de tableaux dans lesquels la musique est obligée de matérialiser ses effets, d'employer les figures tangibles et les onomatopées rigoureuses pour réaliser l'analogie qu'elle recherche avec les épisodes du scénario. Ces morceaux sont incompréhensi-
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unir détaillé, chand de Novgorod el citbai monté sur un n.i\ ire qui vogue en pleine mei . Voua devinez le parti auquel se I le n
cien : il peint le sillage d'un vaisseau da fl ' i.
Toul à coup le navire est arrêté par un pouvoir magique : Sa<ik<> est désigné comme victime expiatoire, on le jette par-dessus bord; il esl porté a la roui* du Qénie <l<^ eaux, qui célèbi e i< de sa fille. Ces transitions exigent dans l'< sion du son de véritables im Sadko sur l'or-
dre du souverain des eaux, prend sa cithare • joue avec furie. < Lors commence la mer s'enfler el tumultuer du basabyme, comme dil magnifiquement Rabelais &, et à ce point que le navire vienl à sombrer. Sadko, vengé, brise alors l<i- 1 des de sa guzla et rend le calme à l'Océan. Là encore, il faut des couleurs logiquement assorties : c'est de l'harmonie imitative au premier chef. M. Rimski-Korsakoff a réussi à souhait cette marine qui commence comme un Vernet et qui finit comme un Backuyscn. L'instrumentation y est traitée de main d'ouvrier initié a tous les secrets du métier.
Je ne froisserai pas le sentiment général en avouant ingénument que la Sérénade et la Valse pour violon de M. Tchaïkovski m'ont fortement
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indisposé contre l'auteur et contre M. Barcewicz,
qui les a exécutés. Quoi! c'est là une sérénade! C'est là une valse I Vous voulez dire que ce sont « fanfreluches antidotées. » Toutefois la sérénade s'annonçait poétiquement sur une pédale de cors relevés de pizzicati de contrebasses simulant des battements de cœur dont l'application était opportune et ingénieuse. Mais la Valse avec sa kyrielle de septièmes et de secondes mises bout à bout, quel valseur la valserait, quel musicien la défendrait? M. Barcewicz s'égare sur la piste de M. de Kontski, de criante mémoire. Est-ce que ce violoniste féroce aurait fait école en Russie?
La Polonaise de la Comtesse, opéra de Moniuszko, rompt avec toutes les conventions auxquelles cette sorte de danse est ordinairement soumise : elle s'en éloigne par le mouvement, qui n'y est plus mesuré avec cette allégresse du trois quatre, familière aux divertissements alla polacca, et par l'instrumentation, qui y est réduite aux altos, aux violoncelles et aux contrebasses, au lieu de se pailleter brillamment dans les ritournelles avec les instruments à vent et les timbales. Que nous voilà loin de la polonaise de Struensée !
Nous avons eu pour la partie chorale, un chœur religieux de Bortniansky, d'un style très pur, et
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le chœur Bnal S d€ la Vit poux
avec i« i \t du czar Michail
Fedorovi itch, fondateur de la dj na I tia
noir. Le Sigismond de la Juive i il couronn< les mêmes clocbea - nnanl à toute volée, el non sans tapage. Ce chœur de Glinka est quelque chose de monsti ueux el de poli qui fait 1 6ver d'un oura bien léché.
VA maintenant, messieurs de la Russie, voua allei regagner le pays que vous avez quitté pour venir causer musique <\\n' nous. Permettez qu'on vous retienne par la mancheavanl votre départ. Veuillez considérer l'abîme qui sépare les expéditions armées des incursions artistiques, el combien il vaut mieux Être de celles-ci que de celleslà. Dans votre mission de paix, point de soldats roulis par le froid dans les neiges, point de catastrophes sanglantes, pas le moindre pont sur la Bérézina. Vous partez, applaudis, fêtés, choyés, les pieds dans de chaudes couvertures, la tète dans de hauts collets de martre. Rappelez-vous bien que nous sommes plus fiers de 1878 que de 1812, et criez : Vive la France! si le cœur vous en dit, en passant devant les gares allemandes!