TIN DU CHARROI
AK «.HAUKt. £]^U QJJ CAhTING.
Gorentin, après avoir lentement bu son écuelle de cidre sans qu’elle dissipât son trouble et lui fît trouver les paroles qu’il cherchait, n’avait rien de mieux à faire que de retourner à ses chevaux et à sa charrette; c’est ce qu’il a fait, mais en se promettant bien de nouer plus taid la conversation qu’il n’avait pas même su entamer. Les travaux du charroi sont terminés, et quoiqu’il ait pris peu de part à l’orgie qui est le complément indispensable des dervez bras ^ il y a cependant puisé assez de hardiesse pour ne plus battre en retraite devant une jeune fille. Aussi voyons-nous qu’au sein même de la. foule, il s’est ménagé avec xMarie un tête-à-tête qui devient fort intéressant. Isoles tous les deux au milieu de groupes avinés qui les coudoient, qui les poussent, qui les heurtent, sans qu’ils y prennent seulement garde, ils ne paraissent sensibles qu au charme si doux qui les attire l’un vers l’autre, et font là ce que font partout les amants, de l’égoïsme à deux. Corentin n a pas encore entièrement dépouillé son air contraint et réserve, mais il a du moins retrouvé la parole, et il demande à Marie quelles seront les fêtes champêtres de 1 été et les veillées de l’hiver où ils pourront se revoir? s il y aura cette année dans la paroisse beaucoup d aires neuves, et si elle veut bien pour le prochain pardon ou plutôt pour tous les pardons, lui promettre la première gavotte? 11 n’est pas le moins du monde question d’amour; mais chaque demande, chaque
réponse, chaque mot en est plein, et dit assez quels progrès rapides il a faits dans leurs cœurs. Cependant Corentin sent peu à peu revenir son audace naturelle. Il a remarqué la bague de cuivre surmontée d’un christ émaillé qui orne le petit doigt de Marie ; il se hasarde à prendre sa main pour voir de près cette jolie bague, rien de plus simple. Rien aussi de plus innocent que de lui laisser admirer tout à son aise le bijou qu’il trouve , dit-il, si beau. Marie permettra donc à la main rousse du jeune laboureur de garder et bientôt même de presser la sienne aussi long-temps qu’il le voudra, et c’est là un grand pas de fait dans la stratégie amoureuse d’un Breton. Si ailleurs en effet l’amour atteint son but par d’enivrantes paroles, ici, il a surtout recours à la puissance mystérieuse du toucher. C’est en se tenant par les mains que deux amants se font la cour; et dans toutes les grandes réunions on voit une foule de couples qui se les prennent, se les serrent, se les tordent, et dont la tendresse peut se mesurer au degré d’énergie qu’ils apportent dans ces brutales étreintes.
Le père de Marie a traité ses botes avec une prodigalité dont le plus avare du reste n’oserait en pareil cas se dispenser. Ils ont pu se livrer tout leur soûl à cette ardeur d’intempérance qui est pour eux le bonheur même, et ils n’y ont pas manqué; d’ailleurs la politesse l’exige. Ils croient faire honneur à celui qui les invite en s’enivrant à sa table, et ne pouvoir mieux lui témoigner leur satisfaction qu’en lui rotant au nez ; ceci est même pour eux un acte de haute civilité, le nec plus ultrd dn savoir-vivre;
car un vieux proverbe l’a dit : hrammaaraeur bourc'his pu hé gof a zo goullô, hag eur hreizadavreugeudpa he hini azo lean (un bourgeois pète quand il a le ventre vide, et un Breton rote quand il l’a plein ) . Leur pensée aurait pu revêtir une forme plus délicate, mais non plus locale et plus caractéristique.
Dans le cours de la journée les nombreuses visites qu’ont rendues les travailleurs aux pots de cidre, n’ont été pour eux que de légères escarmouches; c’est le charroi fini, que s’est livrée la grande, la véritable bataille, et l on peut juger combien l’affaire a été chaude au nombre d assaillants qui sont hors de combat. Voici d’abord un groupe dont l’ivresse est de la nature la plus bruyante; les chants de ces trois buveurs à la voix stentorique, les éclats de leur grosse joie armoricaine font retentir tous les échos de la ferme. Ces deux-ci ont la boisson plus tendre , et s’embrassent avec une effusion toute bachique. Plongés plus profondément qu'eux encore dans leur extase abrutissante, en voilà d’autres qui gisent cà et là, réduits à l’état de cadavres vivants. De ce côté, deux jeunes paotred, précoces ivrognes, qui auront un jour le vin méchant, se sont pris de querelle, et se saisissant aux cheveux, prodiguent dans une lutte acharnée tout ce que la boisson leur a laissé de force. Derrière eux enfin , le père de Marie verse rasade sur rasade à un retardataire qui ne demande qu’à réparer le temps perdu; son regard caressant, sa figure épanouie à l’aspect du cidre qui pétille, fait pressentir qu’il jouira bientôt aussi de cet ignoble bonheur de l’i^ vresse, de cette transformation honteuse de l’homme en brute, qui lui paraît, comme à tout ce qui l’environne.
la félicité suprême. On remarquera parmi ces êtres si ardents à se dégrader, la présence épigrammatique de deux porcs, qui certes ne sont pas déplacés parmi eux.
Nous avons déjà dit à quelles causes il faut attribuer ces déplorables excès, cette vie de misère et d’orgie que mènent nos Bretons. Il en est une dont nous n’avons pas parlé et qui mérite qu’on s’y arrête. On sait quelle est la puissance de l’exemple; quand la jeunesse en donne de mauvais, c’est sans doute un malheur, mais ce malheur devient une calamité, lorsque c’est la vieillesse. Or les vieillards, en Bretagne, trament sans honte leurs cheveux blancs dans toutes les fanges de l’intempérance! Qu’on juge de l’influence contagieuse que doit exercer un tel spectacle dans un pays où la vieillesse est restée l’objet des respects, du culte dont l’environna l’antiquité! Tandis qu’ailleurs l’âge semble un titre de réprobation et l’expérience une sorte de ridicule, et qu’il faut, pour mériter la confiance, n’avoir rien fait ni rien appris; ici, l’on voit dans les anciens, non des êtres fossiles, ni les ruines d’une autre époque, mais les conseillers naturels de celle qui lui succède, et ce sont en réalité les chefs vénérables de nos clans bretons. Dans toutes les assemblées on se décide par leur avis; à l’église, on attend pour s’agenouiller, se lever ou sortir, qu’ils s’agenouillent, se lè vent ou sortent; partout enfin on a les yeux fixés sur eux. Faut-il alors s’étonner que l’ivrognerie qu’ils prêchent d’exemple soit devenue un vice respectable comme eux-mêmes? La réforme devra donc commencer par les vieillards : ce sont eux qu’il
faudrait d’abord enrôler dans les sociétés de tempérance; mais la chose n’est pas facile.
tA VEII,3LÉE.
ANN NOSVK/.
WINTER S KVENING
Une soirée sous le chaume breton!... Vous souriez peut-être a ces mots? Venez cependant vous asseoir au vaste foyer qui est le point de réunion , et pour ainsi dire le centre de l’humble demeure, et vous y retrouverez bien des plaisirs de votre connaissance. Ils y datent des temps les plus reculés, et bien qu’acclimatés ailleurs, n’en sont pas moins des larcins faits à notre Bretagne, dont les jeux ont été, comme sa vieille littérature, la proie des plagiaires etrangers. Vous reconnaissez ici l’un de ces jeux prétendus innocents, qui ne le sont pas toujours, et qu’on appelle la main-chaude. Ce nom indique assez qu’il a dû prendre naissance parmi des hommes prés de la nature, qui,, portés aux grosses gentillesses plutôt qu’aux joies froides et guindées de la ville, réchauffaient par des coups rudement appliqués la main du patient, que le bon ton permetà peine qu’on effleure. C’est Corentin qui, par calcul peut-être, s’est dévoué au rôle du pénitent, et qui, la main placée sur le dos, attend que Tune des fileuses mette à l’épreuve sa pénétration et ses sympathies; mais pour ne pas commettre d’erreur sympathique , il a soin de regarder du coin de l’ceil quelle est la m.ain, amie ou ennemie, qui va frapper la sienne, et il voit ce qu’il aurait sans doute deviné, que ce sera celle qu’il désirait, celle de Marie. Autour de lui tout respire cette gaîté naïve qui répond si bien à la nature du jeu qui la provoque. Plus d’un fumeur, pour mieux s’y livrer, néglige jusqu’à sa
pipe, et voilà bien des quenouilles oisives dont l’épaisse chevelure de chanvre ne promet pas de beaucoup diminuer. Une bonne vieille, que son âge rend peu sensible au charme des jeux innocents, est la seule qui soit restée fidèle à ses fuseaux et qui s’obstine à travailler. Mais le travail ne tient pas éveillé comme le plaisir : elle s’endort malgré les rires bruyants qui éclatent autour d’elle et la musique assez désagréable de grosses bagues destinées à prévenir ou plutôt à constater le sommeil qui gagne une fileuse. Le tad-koz, toujours assis dans son antique fauteuil de chêne, sert comme de pendant à la pauvre vieille. Mais moins étranger qu’elle à ce qui se passe, il suit de l’œil les amours de Corentin et de Marie. Tout à l’heure même il remplira le rôle le plus actif de la veillée; voici comment et pourquoi.
Lorsque la fougue des jeux turbulents s’est ralentie , et que la fatigue a ramené chacun aux plaisirs tranquilles, les commères ont d’abord pris la parole, et les propos médisants se sont bientôt succédé comme un feu de file. Ce sont, aux veMlées, les propos les plus ordinaires, surtout quand les hommes, que ne gênent guère les lois peu exigeantes de la galanterie armoricaine, s’ennuient de la compagnie des femmes et les quittent pour le lit clos. Dès lors , les écluses de la médisance sont toutes grandes ou- Tertes, et des torrents de cancans s’en précipitent. Le vieux valet qui écoutait en bâillant cet intarissable caquetage, a tout-à-coup tiré de sa poche un jeu de cartes; c’est le Beverley de la paroisse, et nous l’avons déjà vu, surpris au jeu, se rire des foudres de M. le curé. Mais le tad-koz^ en
aperceyant des cartes, a froncé le sourcil. Ordinairement silencieux et calme , il s’est redressé , ainsi que cela lui arrive dans les grandes circonstances, pour rappeler à ses enfants les maximes de leurs pères et ces mœurs du bon vieux temps dont il est la tradition vivante. « Autrefois, a-t-il dit avec aigreur, on ne jouait point aux cartes; et si la vie est aujourd hui difficile et les familles en proie à tant de désordres, c’est à ce jeu maudit qu’il faut s’en prendre! Mon grand-père m’a raconté cent fois que de son temps trois joueurs ( on les comptait alors! ) n’ayant pu en trouver un quatrième pour commencer leur partie, tout-à-coup cependant se trouvèrent quatre à table. » Ici l’auditoire se serre autour du fauteuil patriarchal, et, à l’exception du vieux valet dont un éclair de scepticisme a sillonné les traits, chacun prête au tad-koz une attention mêlée de respect et d’effroi. Le feu pétillant du foyer s’était peu à peu éteint avec la gaîté de l’assemblée, et la chaumière ne se trouvait plus éclairée que par les lueurs faibles et douteuses d’une lampe de fer suspendue à la muraille. Cette lumière lugubre qui vacille dans les ténèbres, cette heure de la nuit où l’imagination bretonne évoque tant d êtres fantastiques, tout contribue à imprimer quelque chose de solennel et de religieux aux paroles du vieillard; il continue ainsi : «Bientôt l’un des joueurs ayant lemarqué que son vis-à-vis portait d’énormes gants à travers lesquels perçaient des griffes, fit tout effrayé le signe de la croix, et soudain l’étrange partenaire disparut en veloppé de tourbillons de flammes et en renversant pour adieux la moitié de la cheminée. » Un moment de silence
et de terreur succède au récit de cette catastrophe, et ie vieux valet voyant qu’il n’a rien de mieux à faire, jette plein d’humeur ses cartes clans son coffre, le referme avec fracas et va se coucher. Cependant le lad-koz, dont le fauteuil devient en pareil cas une sorte de succursale de la chaireévangélique, profite de l’impression qu’il a produite, et le reste de la veillée n’est plus que l’écho de ces poétiques superstitions , patrimoine d’un peuple-enfant qu’on berce encore avec les merveilles de sa nourrice. Le bonhomme a lu et relu ar huez ar zetvt ( la Vie des Saints ) et recueilli dans les dévots pèlerinages qu’il y fait depuis 80 ans, toutes les particularités des pardons du Léon et de la Cornouaille. Tantôt ilrappelle l’aventure de la truie qui file, dont Saint- Toi a gardé le souvenir et l’image. C’était une sage et gentille bergère qui filait un jour sur le bord de la route en gardant ses brebis, et dont un seigneur débauché voulut souiller l’innocence; mais la Vierge vint à son secours, et à sa prière lui donna la figure d’un animal assez hideux pour arrêter le libertin le plus entreprenïuit , miracle en mémoire duquel on a représenté une truie debout et filant avec une quenouille à son côté. Tantôt, ce sera une tradition féodale, et il effraiera les jeunes filles des galantes perfidies du célèbre Éven, ce comte Ory de la Basse-Bretagne , dont un rendez-vous de chasse, devenu depuis une ville (Lesneven), fut dans le temps un lieu fatal à la vertu. Cent autres histoires se succèdent ainsi jusqu’à la fin de la veillée, qu’il termine en lisant quelques pages de ann lient ar barados (le Chemin du paradis) et par la prière en commun, sans oublier un de profundis pour les morts.
1 WIÏT
IsA PÊT3E M LA FUiEIIIE.
flOEl. ANN NEZEREZED. SPINNINCi l’IlIZE.
Il est des veillées où les jeunes filles, celles surtotit qm sont jalouses d’une bonne renommée, se montrent beaucoup plus laborieuses que nous ne venons de le voir. C’est lorsque, par suite de ce système d’assistance mutuelle, et de services fraternellement échangés, qui est propre à la Bretagne , l’émulation et l’espoir d’une récompense les aiguillonnent et les remplissent d’autant d’assiduité que d’ardeur. Cet heureux système qui tend à faire de toutes les familles une grande et unique famille, s’applique aux travaux des femmes comme à ceux des hommes. Nous avons vu le père de Marie réclamer pour un grand charroi le concours de ses amis et voisins, et ici c’est une riche fermière qui ayant beaucoup de chanvre à faire filer, a réclamé le concours de ses amies et voisines. Un prix est presque toujours proposé dans ce tournoi de ménage ; celle qui a fini la première sa tâche ou qui file la plus grande quantité de chanvre, le reçoit comme un gage de sa victoire. Ce prix a peu de valeur, mais n’en est pas moins aux yeux des jeunes filles un précieux trophée à conquérir; elles savent que celle qui le gagne acquiert par là un titre à l’estime des anciens , et que tôt ou tard ce modeste triomphe pourra influer sur son sort.
Marie a méritéet reçu solennellement le ruban chamarré qui était promis à la fileuse la plus diligente : Corentin leu félicite, et la jeune fille, plutôt par amour que par ■vanité , quoiqu’elle ne s en doute pas encore, lui énumère
avec complaisance tous les trophées de ce genre que lui ont déjà valus ses fuseaux. La servante qui l’accompagne écoute en silence, et jette un oeil d’envie sur ce ruban, heureux gage d’une victoire qui lui paraît devoir contribuer à en assurer une autre plus douce encore.
Des tables grossièrement dressées sous le hangar qui abrite le four, sont couvertes d’écheveaux de fil que viennent d’y déposer toutes ces jeunes filles qui maintenant ne songent plus qu’à la danse, et les femmes de la ferme se préparent à passer ce fil au four, aidées de ces inévitables commères qui se mêlent de tout. Assis sur une modeste escabelle, deux musiciens qui peut-être vous agaceraient les nerfs, mais dont les sons même lointains réjouissent une oreille bretonne, s’y escriment aux frais du fermier amphitryon et à la très grande satisfaction de cette foule joyeuse qu’anime encore leur musique vive et criarde. Derrière eux sont une écuelle et un pot de cidre déjà vide; car les artistes de l’Armorique ne démentent pas la réputation proverbiale que presque partout se sont faite leurs confrères; aussi l’indigence est-elle ordinairement leur partage. Bien que ces sortes de fêtes, ainsi que les pardons, les noces et les airesneuves, soient poureuxunrevenucertain et quelquefois assez productif, ils vivent dégradés par l’intempérance et la misère , et dans toutes ces brillantes assemblées où nos paysans aiment à se montrer avec leurs habits de fête , le contraste est frappant entre leur propreté et leur élégance, et les vêtements d’une toile grossière et hideuse de saleté qu’y étalent sans honte les artistes chargés de les exciter à la joie. Des deux musiciens que voila, l’un
joue de la bombarde et l’autre du biniou; un troisième exécutant est nécessaire pour rendre complet un orchestre breton ; il apparaîtra plus tard.
La bombarde, instrument à vent et à anche, qui en se perfectionnant est devenue le hautbois, et se trouve aujourd’hui naturalisée dans le monde musical, a conservé chez nous sa barbarie native et avec elle la preuve de son antiquité. Cependant quelques artistes bretons en ont su faire un instrument presque harmonieux, et entre autres Mathurin l’aveugle de Quimperlé, qui lui doit une véritable célébrité. Le biniou (la musette ou cornemuse ) est l’instrument par excellence de l’Armorique. Voilà pourquoi on ne lui donne d’autre nom que le nom générique d’instrument [benvek, biniou), comme on a appelé les saintes Ecritures, biblos , le Livre. Le biniou se compose de plusieurs pièces : d’un sac de cuir, s ac^ h- biniou; d’un porte-vent, ar zutel; d’un chalumeau, allevriad; et d’un gros bourdom ar c' horn-boud. Cet ensemble forme un instrument plus bizarre que mélodieux, mais dont les accords font bondir de joie la jeunesse du pays, et qui est le roi des instruments bretons : il est vrai que l’on n’en compte que trois. Comme tous les instruments à vent, le biniou exige une bonne poitrine ; on peut cependant sans cesser d’en jouer, reprendre quelquefois haleine. Lorsqu’il l’a suffisamment enflé , le biniaouer le laisse de temps en temps résonner pour ainsi dire tout seul, et se borne à promener ses doigts sur le chalumeau qui module les vieux airs de notre Bretagne. C’est ce que fait celui que nous voyons; depuis quelques instants il ne souffle plus
dans son biniou , qui néanmoins continue l’air commencé, et il profite de ce temps d’arret pour observer Corentin et Marie, dont les amours l’intéressent vivement ; il calcule déjà les bénéfices qu’ils lui rapporteront.
Presque tous les fermiers de la Cornouaille cultivent du chanvre, majs en général sur une petite échelle, et seulement pour en pouvoir garnir la quenouille des femmes de la ferme. Lorsque le chanvre est filé, on le porte chez un tisserand, et celui-ci, à l’aide d’un métier misérable, en fabrique pour six à sept sous l’aune la toile qui se consomme dans le ménage ; toute la toile delà Cornouaille est donc faite de chanvre. Dans le Léon, au contraire, on n’y emploie guère que le lin, et il n’y s’agit pas seulement de la consommation locale, mais d’une magnifique industrie qui répand dans le commerce une quantité considérable de toiles. Il s’en exportait autrefois en Espagne pour plusieurs millions par Morlaix et Landerneau, et la Bretagne n’a que trop ressenti le contre-coup de tous les désastres qui ont frappé ce malheureux pays. La graine de lin dont se fabriquent ces toiles vient du nord, d’oû il en arrive tous les ans à Roscoff un ou plusieurs chargements. Elle passe pour dégénérer dans notre sol; de là le renouvellement continuel de la semence. Rien de remarquable du reste, comme 1 activité et la richesse des campagnes à la fois agricoles et industrielles où se fabriquent principalement nos toiles; tous les fermiers y sont fabricants, et toutes les fermes des manufactures, ce qui est, en fait d économie sociale, le plus heureux système de fabrication qu’on ait encore imaginé.
Olf TUE LE COCHOKÎ.
t REU AU PENN-MÜC’U. KILLING TUE HOG.
Depuis un temps immémorial le cochon est en Bretagne parmi les animaux^ ce que la pomme de terre y sera quelf{ue jour parmi les:.végétaux, le trésor des chaumières et la richesse du pauvre. Ainsi ces deux inestimables présents de la Providence dont rien ne se perd, dont tout s’utilise, ont de plus cela de commun que sans être dédaignés sur la table même des rois, ils sont l’un et l’autre la principale ressource des banquets de l’indigence. On concevra facilement combien doit être appréciée dans la Cornouaille surtout la chair du porc, klk moc’h^ en songeant que celle du bœuf ou de la vache, kik hevin^ y est presque partout une nourriture exceptionnelle. Cet usage à peu près exclusif de la chair du porc a fait de cet animal l’hôte obligé des fermes bretonnes, ou plutôt la manière peu dispendieuse dont on l’y élève a dû en multiplier l’espèce et généraliser une nourriture qu’explique la pauvreté comparative du pays, lous nos fermiers, sans en excepter même \e penn-tj misérable, ont donc soin, lorsque approche la récolte df's glands et des châtaignes, de se pourvoir au moins d’un penn-mocli (tête de cochon, la partie pour le tout), dont le prix d’achat entre seul dans leurs calculs, vu qu’ils le laissent errer économiquement aux environs de la ferme, sur les terres vaines et vagues de la commune, et enfin le long de» routes vicinales qu’il dégrade, et dont il est un des plus funestes fléaux. Là, leurs porcs touillant dans la fange , y cherchent avidement les racines