LE FOUR
A a FoaN. ovj,^'
Voici pour Corentin un nouvel apprentissage à taire. (Je sont les femmes qui travaillent la pâte clans les ménages bretons; mais il n’appartient qu’aux hommes de chauffer et de préparer le four : tout ce qui le concerne rentre entièrement dans leurs attributions. Il importe donc que Corentin sache bien remplir ces fonctions de quasi-boulanger, d’autant plus importantes, cpi’il faut s’en acquitter a la satisfaction de toutes les comméres du canton. Son père, qui tout-à-riieure va lui mettre dans les mains la pelle à enfourner, l’a d’abord armé de la fourche de fer avec laquelle s’attise le feu blanchâtre des landes et des bruyères. Il recommande surtout à son fils de chauffer d’une manière égale les diverses parties du four, et lui indique à quels signes on reconnaît que sespirois ont atteint le degré de chaleur nécessaire. Deux respectables commères joignent leurs leçons aux siennes, et l’apprenti fournier, tout étourdi de ce feu croisé de préceptes, ne sait plus à qui prêter l’oreille. Une de ces bruyantes conseillères, à genoux devant son escabelle, finit d’y pétrir sa pâte, et l’autre en fait autant sur un large couvercle de bois que supportent quelques pierres branlantes. C’est bien là cette absence, non seulement de luxe, mais de toute commodité qui accuse si haut l’apathie bretonne. Sur un second couvercle, on voit une tourte tic pâte qui vient de recevoir sa dernière forme et n’a plus qu’à être mise au four; à côté, une écuelle contient le reste de la farine qui a
servi à la saupoudj-er. l’rois autres l’emmes apportent leur ])ate dans des ba([uets ou jattes de diverses contenances.
et la querelle de deux vieilles servantes que la colère enlaidit encore , achève de rendre aussi vrai que piquant le tableau d’une réunion de ménagères bretonnes un jour de iournée. LMes aiment beaucoup ces jours-ld ; ce sont pomelles de véritables parties de plaisir que de passer ainsi quelques heures ensemble , sans autre occupation que de vocilérer, a qui mieux mieux, les nouvelles vraies ou lausses du pays. Le four, comme le lavoir, devient alors une école de médisance et de commérages, et l’on ne trouve plus que des femmes dans ces Bretonnes dont le
caractère a quelque chose de mâle, lorsqu’il faut travailler ou souffrir.
Il existe un four dans la plupart des fermes; il est ordinairement isolé de la maison d’habitation, et exposé â‘ toutes les intempéries de l’air. Aussi ces fours, d’ailleurs si misérablement construits, dévorent-ils beaucoup de combustible, d autant plus qu’ils se chauffent rarement. Les fermiers ont l’habitude, très bonne du reste, de cuire alternativement 1 un chez l’autre, et de supporter ainsi chacun à son tour des Irais qui', en se divisant, deviennent
peu de chose et seraient exorbitants s’ils portaient sur le pain dtun seul ménage. Celui dont le jour de cuire est ar-
rivé, 1 annonce dès la veille à ses voisins par le son du
korn-boiid. Le jour même, et une demi-heure avant que la chaleur soit sufïisante, la trompe marine, qui est comme la cloche des tours lirelons, donne de sa voix sourde et barbare un second et dernier avertissement. C’est le si-
^nal d’arriver, et bientôt le fournier, qui est orJinairemenf le eliefde iatajaaille, voit accourir à la file toutes les terinières du voisinage ou leurs servantes, portant leur provision de pâte au l)ras ou sur la tête. Quelquefois on en ejiarge le vieux bidet, ou même la ebarrette ; car il est des lermesqui cuisent en une seule fournée le pain de tout un mois. Chaque tourte pesant au moins Z|0 à 50 livres, elles peuvent, grâce à cet énorme volume, conserver long-temps leur Iraîcheur. Il n’j a jamais de pain de Iroment dans les lournées faites en commun ; on rachète ou on le lait chez soi, lorsqu’une circonstance exceptionnelle en exige. Le pain ordinaire, comme nous l’avons dit, est, 6ui< vaut les localités, le pain de seigle ou d’orge; à peine les plus riches fermiers se permettent-ils celui de seigle et Iroment. Le prix des divers grains semble parfois rendre inexplicable la préférence qu’on accorde aux moins bons sur le meilleur. En effet, il arrive que le boisseau ou les 120 livres d orge coûtent jusqu’aonze et douze francs, lorsque le boisseau ou les 150 livres de froment n’en coûtent que quatorze. Eh bien! même alors, le paysan ne mange que du pain d’orge, et si vous lui en demandez la raison, il vous répondra qu’à la vérité le pain de froment ne lui coûterait pas plus cher, mais qu’il le mangerait avec trop de plaisir, et que, par conséquent, il en consommerait plus qu’d ne doit. Une pareille réponse briserait le cœur, si l’on n’avait vu celui qui la fait gisant quelquefois ivre-mort dans un lossé ; il ne se prive d’un pain bienfaisant que pour pouvoir se gorger d’une boisson funeste. C’est donc par de meilleures habitudes morales qu’il faut l’amener à plus de
J)ien-être matériel, et cette régénération si désirable, c’est à l’école primaire et à la chaire évangélique qu’il faut surtout la demander. Un peu plus d’industrie hâterait aussi le moment oü nos campagnards ne seront plus réduits à calt lüei ainsi ce qu ils mangent ; car il est bien reconnu que s’ils savaient tirer meilleur parti du froment, ils en extrairaient une nourriture plus saine et moins chère que leur mauvais pain de seigle ou d’orge. Naguère encore, toutes les villes de la Basse-Bretagne ne mangeaient qu’un pain, sinon noir, au moins d une blancheur fort équivoque, et pour s’en procurer d’autre, il leur fallait, dans un pays qu’on peut justement appeler l’un des greniers de la b rance, il leur fallait, disons-nous, recourir à des farines étrangères. De vastes minoteries, établies d’après les meilleurs systèmes, ont enfin affranchi nos villes de ce honteux tribut, et livrent aujourd’hui à leur consommation une farine perfectionnée et digne des progrès industriels de l’époque. C est ce bienfait qu il faudrait etendre à nos campagnes ! U serait certainement possible, tout en les délivrant des
rapines de leurs petits meuniers, de leur procurer une farine de froment, qui, mieux moulue, mieux blutée, et donnant, au lieu de 35, moins de 20 pour 100 de son, produirait près d’un tiers de plus en pain que ne saurait le faire leur mouture imparfaite, et dont la seconde qualité coûterait moins cher, au prix actuel du blé, que la farine de seigle ou d orge. Mais il s’agit là d’un commencement de 1 évolution dans leur manière de vivre, et l’on sait que, sous quelque rapport que ce soit, il n’est pas facile de révolutionner la Bretagne.
•Iv
IiA PREMIERE BARBE.
ATx c'hENTA BARü
THE FIRST SHAVING.
Les barliiers, cotte classe à part et si originale de la Fiance d autiefoiSj n existent pas dans la société arinori— caine;ils sont remplacés, à divers égards, d’abord parles tailleurs, qui se débattent sous le sabot aristocratique du laboureur comme le nègre sous le fouet du colon, mais avec un peu plus d’adresse et de succès; et puis par les mendiants, ces rivaux des tailleurs en savoir-faire et en intrigues. Voilà les deux professions , car la mendicité en est une dans nos campagnes, qui sont, sous le rapport moral, comme la monnaie des barbiers. Quant aux services matériels que ceux-ci seraient appelés à rendre, à defaut d artistes des amateurs s’en chargent. Faire la barbe n’est donc pas un métier, mais une preuve de dextérité, un plaisir, une oliligeance dont on remercie, et qu’on ne paie pas. Il devrait s’en suivre que la plupart de nos paysans devinssent peu. à peu leurs propres barbiers; cela n’est pas cependant, et l’on trouverait difficilement dans une même commune dix individus capables de se raser seuls. Malgré la sujétion gênante qui en résulte, malgré cette fâcheuse nécessité d’avoir constamment recours à autrui pour une opération périodiquement indispensable, on implore toujours un voisin plus hardi ou plus adroit que les autres, qui, de la main lourde et calleuse dont il vient de conduire sa charrue, émonde le menton barbu de quiconque réclame son office. Il est vrai
— lo-
que cette tonte générale n’a lieu que cinquante-deux fois dans l’année , ou meme moins souvent encore. C’est le samedi soir ou le dimanche matin que le barbier de bonne volonté qui rase tous ses voisins, s’installe à la porte de sa cbaumiére, et qu’avec plus ou moins d’adresse, il se met à faucher douze à quinze barbes sans désemparer. Aussi, plus on s’éloigne du dimanche, plus les figures s’ombragent d’épais poils noirs, gris ou blancs; en sorte que vers la fin de chaque semaine, cette population bretonne, à la barbe saillante et inculte, apparaît avec une physionomie beaucoup plus sauvage qu’au commencement. Lorsque le temps est pluvieux ou la saison trop rigoureuse pour qu’un barbier s’escrime dans un atelier en plein vent, c’est la grange qui lui en sert, ou bien la maison à four. On voit s’y abriter à la file tous ceux qui viennent s’olfrir à son rasoir qu’ils trouvent souvent cruel, mais dont ils n’ont pas le droit de se plaindre, puisqu’il les fait souffrir le plus économiquement du monde. Il arrive parfois que le barbier en réputation, absent ou malade, manque subitement à sa clientelle, et la laisse fort embarrassée de barbes qui épaississent outre mesure. Il faut bien alors se contenter d’une main novice. On confie donc le fatal rasoir à quelque Figaro improvisé, qui écorche par intérim tous les mentons du village, et après avoir acquis un peu d’expérience à leurs dépens, remplace ou double le défaillant dans son emploi bénévole.
On doit bien penser que l’attirail de ces barbiers amateurs n’a rien de très luxueux; mais il pourrait être au moins plus confortable, si jamais un Breton savait ou
\oulail c.herchor sou bien-être. La première écuellc venue sert de plat à barbe, et un linge grossier de serviette, dont se passe même plus d’un patient qui s’essuie la figure dans un coin de son jupen. La trousse ne consiste qu’en une méchante pierre à aiguiser, un morceau de savon commun qui barbouille indistinctement tous les visages, et un rasoir de huit à dix sous dont le tranchant parfois ébréché est une source de douleurs et d’éruptions cutanées..
Il est donc généralement peu agréable d’affronter le rasoir de nos barbiers campagnards. Mais Corentin, comme tous les jeunes gens dont un duvet plus ferme commence à noircir le menton, n’en brûlait pas moins de leur abandonner sa jeune barbe. Plus d’une fois il avait vu dans le morceau de miroir cassé auquel a recours tous les dimanches la coquetterie de Soizic, qu’enfm il avait aussi un menton d’homme à faire raser,, et le véridique conseiller ne le lui eût-il pas dit, il l’aurait su par les agaçantes plaisanteries que lui prodiguaient les jeunes filles. En conséquence, un dimanche matin il a réclamé positivement l’office du voisin qui rase tous les gens de la. ferme, et s’est emparé du siège où chacun vient tour-àtour laisser sa barbe. Il n’est sensible aujourd’hui qu’à l’honneur d’avoir un inenton privilégié à y offrir; il en comprendra plus tard les inconvénients. Du reste, le voisin agenouillé, qui d’une main Initient la tête, et de l’autre promène le rasoir sur sa joue tendue, s’étudie avec tout le soin possilile à ne pas démentir sa vieille réputation. On peut lire dans ses yeux que c’est avec bonheur, avec amour qu’il fait cette barbe vierge, et il y déploie
tout ce que Yingt ans de pratique lui ont acquis d’experience pour mériter d’en avoir eu les prémices, et ne pas laisser, dans la coupure même la plus légère, une trace qui déshonore son rasoir.
Sur le seuil de la porte, le premier valet, la pipe à la bouche et les bras croisés, le regarde nonchalamment, dans la position favorite d’un Breton les jours de repos dominical. Son impassibilité contraste avec la satisfaction douce et intime que laissent percer tous les traits de la mère de Corentin, qui, en revenant de tirer un seau d’eau au puits de la ferme, s’est arrêtée pour voir tomber la première barbe de son fils. De l’autre côté, la joyeuse Soizic, le caressant d’un regard moins maternel, mais tout aussi expressif, paraît beaucoup plus occupée de son jeune maître que [des poulets et des canards auxquels elle apporte dans son tablier et jette machinalement leur repas du matin. Le tad koz prend comme elles deux un vit interet à ce grand événement domestique. Assis sur le banc de l’aire où il a coutume de se réchauffer aux
rayons du soleil, et qui pendant l’été remplace pour lui le large fauteuil du foyer, le bon vieillard vient d’être rasé lui-même; et tout en cherchant à rendre sa forme primitive à l’antique chapeau qui se ressent comme lui des outrages du temps, il est sorti d’un silence qu’il ne rompt jamais que dans les circonstances extraordinaires, et célébré par de gais propos cette preuve de virilité, cette première barbe de son petit-fds.
AJ.
IiE BRELAN* DÉCOUVERT.
AR BRhLAIi DIZOLOtT. 'lUE OAMBEERS DISCOVtIVEü.
C’est encore un dimanche; le père de Corentin qui a une grange nouYelle à faire construire, s’est abouché avec un maçon au sortir de vêpres, et puis il est allé finir au cabaret, sous les inspirations de la pipe et de la bouteille, un marché commencé au pied de la croix du cimetière ; il ne lui faudra pas moins que le reste de la journée pour réussir a ne rien conclure. Sa femme, de son côté , ne doit pas quitter avant 1 heure de traire les vaches la grave réunion de commères qui étourditune jeune voisine accouchée la veille. Aussi la ferme est-elle triste et déserte comme toute ferme de l’Armorique un jour férié. Que fera Corentin ? que feront les valets? il n’y a ce dimanche-là ni pardon ni aire neuve. Iront-ils rejoindre Soizic et quelques servantes du voisinage, qui viennent de s’asseoir- sur le seuil de la porte pour se raconter des histoires de revenants et de korriged? Ils les ont déjà entendues dix fois. L’oisiveté est une source de tentations, et le démon sans doute, sous la figure du premier valet, a fait briller soudain un jeu de cartes aux yeux de ses compagnons désœuvrés, si toutefois on peut dire qu’elles brillent ces cartes recouvertes d une couche de crasse tellement épaisse qu’il n’est pas facile de distinguer la dame de trèfle de la dame de cœur, elle globe du roi Charles de la lyre du roi David. L’appel a été entendu, et réveillés de leur somnolence, tous sont allés jo\eusement s installer sur le foin comme autour d’un tapisvert. Mais, O visite malencontreuse ! à peine les mise^^
sont-elles faites et la première partie commencée, qu’une apparition subite vient arrêter court leur fougue de joueurs, et les arracher en dépit d’eux-mêmes au péché ! Le curé, après avoir dit ses vêpres, avait quitté ,1e presl)ytère, son bréviaire à la main, et s’en allait prolongeant sa promenade solitaire à travers des champs, calmes ce jour-là et religieux comme ceux qui les cultivent. Tantôt il s arrêtait au haut de la colline dans une douce contemplation de la nature et de son auteur, tantôt redescendant v^i s une chaumière connue delà vallée, il y entrait; car un pasteur de l’Armorique aime à visiter son
troupeau; souvent il va s’asseoir devant le feu de landes du penntj, ou partager avec le fermier-propriétaire son pain noir et sa soupe au lard; c’est qu’il n’est pas seule-
ment pour eux un guide spirituel, mais aussi un conseillei , un arbitre, qui intervient dans leurs affaires domestiques ou d’intérêt, et y exerce la plus forte part d’influence. Cette intervention du prêtre dans le sein des familles a jadis enfanté bien des abus et des malheurs ; mais la révolution qui, semblable aux tempêtes, a purifié 1 atmosphère sociale sous ce rapport comme sous tant d autres, a fait faire un grand pas vers la réalisation plus laige et plus complète de la parole évangélique, et chaque jour il y aura moins de danger sans doute à accepter cette juridiction amiable et sacrée, qui tient à la fois de la puissance paternelle et de l’autorité du magistrat. Ce qui est
certain, c est quelle pourrait être dans nos campagnes une source féconde de bien-être moral et physique.
Mais revenons à notre curé qui, en se dirigeant par
l’uire vers le villag:e, aperçoit toiit-à-coiip Corentin et ses complices, leurs cartes sacrilèges à la main. Plein d’une pieuse indignation, il s’interrompt au milieu d’un verset des saintes écritures, et s’écrie d’une voix sévère qui éclate comme un coup de foudre sur la tête des joueurs : «Voilà donc, mes enfants, comme vous sanctifiez le dimanche ! » Puis, fermant son livre et ôtant ses besicles à structure antique qui eussent fait nasiller son éloquence, il se met à les sermonner vertement sur cette profanation du saint jour et sur la passion funeste que leur a soufiléc le malin esprit. Le premier valet qui , sans j)crdre la tête, s’est adroitement emparé des enjeux, répond que M. le curé les croit plus coupables qu’ils ne le sont en réalité, car ils ne jouent pas d’argent. Corentin, dont la bouche ne sait pas mentir avec cette assurance, porte sans mot dire une main respectueuse à son chapeau. Plus novice encore et surtout plus niais, le jeune pâtre cache dans le sien le corps de délit, et s’imagine faire ainsi prendre le change au courroux du pasteur. Il n’en est pas de même du plus vieux des valets, joueur endurci, qui sans sourciller écoute gronder l’orage, et semble dire : « J’en ai entendu gronder bien d’autres. »
Les Bretons sont beaucoup plus joueurs qu’on ne serait porté à le croire, si l’on ne sa^ait déjà que leur froide enveloppe recouvre les cœurs les plus passionnés. Les jeux de hasard abondent dans les pardons; et la foule, toujours dupe et toujours aveugle, se presse autour de ces tripots ambulants avec des espérances d’autant plus tenaces , qu’elles se nourrissent surtout de prttcretdesignesde croix.
Malgré les sévères défenses du curé, c’est ordinairement le dimanche, avant ou après vêpres, qu’on se réunit })our jouer aux cartes, soit sur Paire, soit au coin d’un champ, ou dans quelque ferme connue comme un rendez-vous de joueurs. Le jeu de prédilection des pères, celui où l’on s’expose le moins à perdre, est le jeu des liois-sept (c hoari trois-sept ). On y a un partenaire comme au v\ hist, et de même qu a ce jeu et quelques autres non moins compliques, des invites et Aes renonces exigent plus de calcul et de savantes combinaisons qu’on n’aurait cru devoir en trouver dans un jeu bas-breton. La partie se g’agne par les deux joueurs qui ont faitles premiers vingt-etun points, c est-à-dire trois lois sept; de là vient probablement le nom du jeu. Mais pour ceux qui ne demandent pas seulement aux cartes un moment de récréation, et que pousse l’amour effréné du gain, pour les véritables joueurs en un mot, c’est le brelan qui est le jeu par excellence. On l’appelle aussi trikon , nom qui semble dériver de tri, trois, et de gounid, gagner; c’est-à-dire le jeu des tiois qui gagnent. lien est encore un autre qu’aiment beaucoup les joueurs passionnés, parce qu’il est simple et prompt, et qu’en conséquence on y passe plus rapidement à travers ces alternatives de crainte et d’espérance qui font à la fois leur tourment et leur bonheur, c’est le c’/ioari fiât, jeu qui se rapproche du vingt-et-un et du trente-etquarante, et où le banquier qui tient les divers enjeux d’un liard, d’un sou, et plus, que chacun risque, peut perdre, sur une carte malencontreuse , ses gages de plusieurs mois et le fruit de bien des privations.