I.E CHANTEUR DE COMPLAINTES
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TUE UALEAI) SINGER.
aNoiis aurions a citer encoi’e l3ieri des pardons qui le méritent, comme celui de Sl.-Gildas , où les chiens font d ('ux-mêmes, dit-on, le tour de l’église pour se préserv('r de la rage; celui de St.-Eloi, dont les chevaux vont entendre la messe ; de Lanrioaré, où les pèlerins font, les uns pieds nus, les autres à genoux, le tour du cimetière des 7777 saints ou plutôt des 7777 martyrs, car c’est sans doute une peuplade clirétienne massacrée tout entière, qui y repose ; de St.-Jean-de-Plougastel et de Toulfoen de Quimperlé, pardons qui offrent une exposition annuelle de nos richesses ornithologiques, et où des milliers d’oiseaux qui gazouillent, gémissent, sifflent ou roucoulent, forment un si bruyant et si étrange concert! tl faut aussi mentionner les pardons de la vierge, qui, seule-
ment dans le Léon et la Cornouaille, dépassent le nombre de cent, et dont la plupart jouissent d’une grande célébrité! par exemple, Notre-Dame-de-Kerdéçoi^ rendez-vous de plaisir non moins que de dé votion pour les Quimperois; Noire-Daine-des-Pories , dont l’image fut trouvée dans le cœur du plus magnifique chêne qu’ait jamais nourri le sol Breton; image qui, réelle le jour, devient fantastique la nuit, et qu on voit errer dans les bois d’alentour revêtue (1 une robe lumineuse, devant laquelle les vrais croyants se retirent à reculons, comme leurs aïeux sortaient jadis •les forêts druidiques; Nolrc-Dame-du-FoUfroat , fondée en mémoire de Salaiin, ce pauvre idiot saics feu ni lieu, qui
n’avail jamais pu apprendre à dire que : Ave Maria ^ et sur la fosse duquel s’éleva un lis miraculeux dont les racines partaient de sa bouche, et dont le calice contenait en lettres d’or les mots qu^il prononçait si l'ervemment : Ave Maria! enfin, Notre-Dame-de-Rumeyigol qui date des premiers siècles du christianisme, et dont le nom a em- [*êclïé de dormir plus d’une étymologiste , bien que l’origine en soit due à quelque marguillier inattentif et ne remonte qu’à une époque assez récente. En effet des titres authen tiques portaient primiti vent eut, non pas Notre-Damede-Rumengol, mVils Noù'e-Dame-de-Remedoll, notre dame de tous lemédes. La vierge y fut peut-être invoquée de la sorte à cause des vertus de la fontaine voisine, et y avait probablement hérité de la vénération dont le druidisme environna jadis ses eaux restées sacrées. Presque tous les pardons en crédit possèdent une de ces fontaines qui font des miracles, et dont le culte est un bizarre mélange d’idées celtiques et de croyances chrétiennes. Les druides qui adoraient Dieu dans les divers phénomènes du monde, cl, sous ces mythes naturels, déro])aient aux profanes la cause unique et créatrice, ne pouvaient manquer de se prosterner devajit les sources, 'les fontaines, l’eau enfin dont quelques philosophes ont fait le principe, rélément générateur de toutes choses! De leur côté, les missionnaires Bretons, fidèles à leur système d’adopter les pratiipies iju’ils ne pouvaient détruire, creusèrent des niches de saints dans le mur des fontaines druidiques, ou même bâtirent des églises, comme à T.anmeur, sur le crypte antiipu' et sombre qui recélait les faux consacrées. C est
iloïKMiiicultc aussi vivacii aujourd’lmi (jii’il y a 2000 ans, el qui, les jours de pardon surlouf, oilVedes curieuses parlicularilés. Ces jours-là, une foule de mendiants, milice déguenillée de toutes nos fêtes patronales, s’emparent pour ainsi dire de la fontaine, et là, munis de ])Lcliets qu’ils remplissent sans cesse, ils assiègent , ils poursuivent tout pèlerin qui se présente pour faire ses ablutions, afin qu’il ne les fasse que par leur ministère, et au prix d’une aumône. La cérémonie ne se borne pas pour les fidèles à se laver avec l’eau sainte les mains, les yeux, le visage; il laut encore qu’elle leur soit yersce d’abord sur le derrière du cou pour leur descendre le long du dos, et puis dans les deux manches qu’ils agitent vivement en l’air pour qu’elle y coule et pénètre jusqu’à l’aiselle !
L’usage des ablutions est aussi vieux que le monde ; toutes les religions les ont admises parmi leurs rites comme gage de la propreté du corps ou comme sym1)ole de la pureté de I ame. Mais ui les Celles ni aucun peuple à coup sûr n’ont jamais rien consacré d’aussi absurde, d’aussi luneste que les ablutions bretonnes. Elles n’ont pas pour objet, comme on voit , cette propreté salutaire qui, suivant St. -Augustin, est une demi -vertu ; les ablutions sont ici un remede ou un preservatil contre des maux qu’elles doivent plutôt empirer ou faire naître qu’écarter et piévenir. Peut-on rien imaginer de moins hygiénique que de venir, baignés de sueur, comme le font nos campagnards, s’asperger d’eau ii oide et en imbiber ceux de leurs vêtements qui touchent au corps même? Les curés qui devraient être un peu médecins ainsi que l’étaient les
<lrui(les el les premiers apôtres, peuvent seuls attaquer avec succès ces pieuses folies; à eux appartiendra donc rhonneur de les déraciner ou la honte de les laisser vivre.
I.e pèlerinage ne serait pas complet si, après les oflices, la procession et les ablutions à la fontaine sacrée, on ne rendait visite au chanteur de cantiques et Aq gwersiou, et à la boutique industrieusemenf placée par sa femme sous le patronage de la sainte Vierge. C’est là qu’on fait emplette pour soi et pour ceux du logis qui n’ont pu venir au pardon, de jolis chapelets en verroterie et de longs rosaires en os dont les dizaines sont plus nombreuses (ju’élégantes, de croix, d’amulettes, de pennoiif sortes de médailles grossières, qui présentent en relief la tête du saint que l’on fête, ou enfin d’images coloriées à grand traits et encadrées de leur légende. Une chaise est l’humble théâtre sur leejuel chante, en s’accompagnant d’un aigre violon, le successeur des hardes de l’Armorique. Adossé à une vaste enseigne où des pinceaux au rabais ont à peu près tiaduit quelques scènes de ses chants religieux et nationaux, il a presque toujours un auditoire attentif et des acheteurs nombreux. Ainsi que tous les peuples primitifs , les Bas- Bretons aiment avec passion le chant comme la danse; aussi toute leur littérature consiste-t-elle en chansons sévères ou piquantes. IMais elles sont innombrables , et, promptes à se répandre dans nos campagnes , semiilent y avoir des ailes comme la presse périodiepie dans nos villes. On en a conclu, et peut-être avec raison, que lesgw e?’siou seraient un des moyens les plus eflicaces d’amener enhn la Bretagne au même niveau que le reste de la Trance.
la A IiOTERIi:.
c’hüARI SAc'h. THE LOTTERY.
Jus({u’à présent, nous n’avons montré ((ue le côté religieux des pardons, et l’on a pu voir combien il y a d’originalité dans les pieuses fêtes de cette vieille Armorique dont le sol n’a pas été balayé ainsi qu’ailleurs par la bourrasque chrétienne, qui, bien loin de là, porte encore le cachet des druides comme celui des saints, et prouve à chaque pas que le Christ y fut obligé de transiger avec Tcutatés. Mais ce côté religieux n’est pas le seul digne de remarque, bien quecesoil leprincipal, et qu’il influe sipuissamment sur les mœurs immuables du pays, qui s’y renferme comme une châtaigne dans son écorce hérissée. Nous allons donc, après les heures de la prière, suivre les pardonneurs au sein de la vie matérielle et joyeuse , et ne plus voir dans nos fêtes patronales qu’un pèlerinage gastronomique et une journée de plaisirs. Le trajet à faire étant quelquefois considérable, 5, 10, 15 lieues, elle plus grand nombre le faisant à pied, on n’a garde d’ajouter à la fatigue d’une longue route celle de cheminer chargé de provisions et avec d’autre bagage que le Penn-baz du voyageur. A peine ceux qui partent à cheval emportent-ils de quoi entretenir la vigueur du vieux bidet qui est leur monture ordinaire. Tous savent bien qu’ils peuvent compter sur l’hospitalité bretonne ou sur les caravansérails ambulants que l’industrie, providence profane de la fête, ne manque pas d’y établir pour la satisfaction économique de leurs besoins. C’est une des occasions où brille dans tout II. 20
son lustre la générosité hospitalière de nos culii valeurs. Ceux de la paroisse qui célèbre son pardon, en font noblement les honneurs à leurs amis et à leurs connaissances des autres paroisses , qu’ils ne se contentent pas de bien accueillir , mais que dans une tournée vraiment fraternelle, ils vont inviter de la manière la plus pressante à venir ce jour-là s’asseoir à leur foyer et à leur table. Tous les lits clos de la ferme sont mis à la disposition de leurs hôtes, qui encombrent même quelquefois jusqu’à leurs greniers et leurs granges, et la ménagère, bien qu’assistée de ses proches, n’a pas une petite tache à remplir dans celle d’apaiser l’appétit de tant de faméliques pèlerins. Mais elle, si économe, elle qui vit , ainsi que sa famille, de privations toute l’année, elle est alors dépensière etprodigue; les plus voraces comme les plus épicuriens des Bas-Bretons seraient satisfaits de sa cuisine, et ce qui vaut mieux encore, c’est que celte libéralité qui lui coulera comme à son mari bien des heures d’un rude travail, leur paraît la chose du monde la plus naturelle, et s’exerce chez eux avec une simplicité, avec une bonhomie toute patriarcale. Nous venons de le dire, ceux qui ne connaissentpersonne, et n’ontpas la ressource d’une auberge gratuite, ont celle des restaurants et des tavernes en plein air, où ils trouvent au prix le plus modique le nécessaire et même le superflu. Les cabaretiers improvisent leurs buvettes à l’aide des débris de voiles de quelque navire nau- Iragé sur nos rescifs, d’une table où brille l’antique verre évasé du pays, en concurrence avec la série décroissanle des mesures mélriques , et enfin d’un plus ou moins grand
Doinhi'c de l)ani(iucs doiii le rol)inet, prcsfiuc toujours uuvcitj laisse coulei' ou du cidre j ou un épais vin roug’Cj ou ce vin de leu, celle eau-de-vie si funeste, qui est un des fléaux de la Bretagne! Voilà les cabarets. Quant aux cuisines, elles peuvent à plus juste litre encoie s’appeler celles delanature. Ou creuse, pour les établir ^ et on environne d’un parapet de gazon, un espace de quelques
pieds carrés, afin que le vent ne disperse pas avec trop de facilité leur feu sans abri, et c’est là, que des brasiers toujours ardents font bouillir d’un côté d’énormes marmites où chacun pour un sou peut venir tremper sa soupe , et de l’autre font rougir des grils couverts de poissons et de pièces de viande qui jettent aux passants comme un appât, leur fumée appétissante. Tous les traiteurs ne sont même
pas aussi bien installés. Les plus pauvres n’ont pour toute batterie de cuisine qu’une plaque de fer qu’ils posent sur un trépied formé de gros cailloux, et qu’ils chauffent avec quelques faisceaux d’ajoncs et de bruyère. Ilsy grillent des maquereaux et surtout des sardines, cette manne maritime, que son extrême bon marché met à la portée des bourses les plus humbles, et fait rechercher de l’habitant de nos campagnes, qui, cependant n’est guère ichtyopbage. Il y a bien aussi dans chaque pardon quelques produits de la cuisine civilisée; mais les Bretons même les plus riches n’y louchent jamais. Leur patriotisme les laisse aux prolanes citadins, et s’en tient religieusement aux mets nationaux. Le café seul a obtenu grâce à leurs yeux; il figurera bientôt, il figure déjà, comme depuis longtemps l’eaude-vie et le tabac, parmi les superfluités étrangères dont ils
ne peuvent plus se passer! Chaque objet nécessaire à ces repas des pardons s’achetant séparément dans des boutiques spéciales, il s’en forme, surtout aux abords de l’église, de longues rues où s’engouffreincessamment la foule, dont les flots poussés en sens inverse s’y pressent comme ceux d’un fleuve qui va rompre ses digues. Ici, des marchands étalent sur une litière de paille des monceaux de pommes et de poires sauvages, telles qu’on les mangeait sous Conan Mériadec, ou, suivant la saison, d’autres fruits presque toujours verts. Là, ce sont des paniers remplis de painsblancs à moitié cuits seulement, pour ne pas paraître trop légers à des estomacs dont la nourriture ordinaire est si lourde; plus loin, enfin, des gâteaux dont le nom de gâteaux-cuirs indique assez la nature et qui pour avoir du débit, doivent provenir de certaines localités privilégiées dont le monopole date d’un temps immémorial. Ajoutez-y les boutiques que les marchands forains font sans cesse voyager d’un pardon à l’autre et qui, soigneusement disposées, rappellent presque seules la France au milieu de ces campements de celtes, et vous aurez une idée de la partie culinaire et industrielle de nos fêtes patronales. Ces bazars ambulants offrent, ainsi qu’ailleurs, tous ces jeux d’enfants, toutes ces inutilités qu’on achète comme un souvenir, mirlitons, tambours, sifflets, trompettes, et en outre une foule de petits objets qu’a mis en honneur la coquetterie bretonne, tels que lacets et cordonnets aux couleurs éclatantes, bagues en cuivre et en verroterie, boutons en étain pour gilels et jupe ns ^ boucles d’oreilles en fer, épinglettes à double et triple étage, etc. etc.