I.es-han , les-hi
Baz ann arar a zo gant hi,
Laisse-la, laissc-lc ; laissc-le, laisse-la ;
Ils ont avec eux le bâton de la charrue.
Ce qui l’a un peu rassuré, c’est que son grand-père lui disait un jour que depuis long-temps les couriquets n’avaient pas paru dans le pays; on va voir pourquoi. Un tailleur, bossu et contrefait, mais entreprenant et jovial, comme ils le sont tous , avait parié qu’il se mêlerait à leuis danses. Il tint parole ; il alla s’y mêler. Frappé bientôt de la monotonie du refrain si court qu’ils répétaient sans cesse, dilunn, cluyiears ^ dinierc/her ( lundi, mardi, mercredi), il s avisa d’ajouter : Diziaou ha digwener (jeudi et vendredi). Cette augmentation de mesure fut accueillie avec une allégresse délirante, et fit bouillonner plus vivement encore tous ces petit flots noirs autour de lui. Les couriquets lui donnèrent le choix de la récompense que, sans le savoir, il avait méritée d’eux, et notre bossu de-
manda qu’on le délivrât de sa bosse. Aussitôt saisi et ballotté de main en main, roulé dans un sens et déroulé dans l’autre, il retomba enfin à terre sans bosse et comme refait à neuf. On peut s’imaginer quel fut à son retour l’étonnement du village. Un autre tailleur bossu se promit bien d’avoir recours, dans le môme but, à cette recette merveilleuse ; et dès la nuit suivante, s’étant jeté au milieu du rbombe des couriquets, il allongea comme son confrère leur refrain de deux mesures en ajoutant ha disCd
(samedi et dimanche). Un trépignement de bonheur répondit en effet à ces mots qu’il put croire magiques; mais plus il les répétait, moins iis excitaient de joie. Enfin la chaîne sautillante et criarde se brisa brusquement. Le moment de la récompense était venu ; envoyé de l’un à l’autre comme une balle, ainsi que l’avait été son confrère, il voltigea aussi quelque temps dans l’espace, et puis se retrouva sur ses pieds. Mais, ô disgrâce ! bien loin d’être débarrassé de sa bosse de derrière, il en avait une autre par devant ! Cette rigueur des couriquets venait de ce qu’en prononçant quelques mots de plus, et voilà la semaine terminée^ il aurait mis fin à la longue pénitence que leur avait imposée une puissance inconnue, et qu’il ne les prononça pas. Un autre fut plus avisé par la suite, et depuis lors les couriquets ont cessé leurs danses infernales.
Corentin s’était endormi en y rêvant; et Ton peut juger de l’effroi qu’inspirent encore ces démons-nains, par la frayeur qu’il causa le lendemain à quelques laboureurs, lorsqu’il parut à l’entrée du dolmen ou iy ar gorriket.
li; RTAUFRAGE.