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OCCUPATION DU BRÉSIL PAR LES HOLLAN- DAIS

Un autre épisode eut lieu encore au XVIIe siècle dans l’histoire du Brésil.

Il eut trop d’influence sur les destinées de ce vaste empire , et il contribua trop à le faire connaître ù l’Europe , pour que nous n’essayions pas d'en retracer les faits principaux, avant de passer aux temps modernes. C’est d’ailieurs une de ces époques de fortes commotions etd’incidents dramatiques qui développent le caractère et l’individualité d’un peuple.

Depuis le commencement du XVIIe siècle , le Brésil était dans une paix profonde ; les nations indiennes avaient

(*) En i6q5 il présenta trois oitavas d’or à la municipalité d’Espirito-Santo. Ses compatriotes ne tardèrent pas à s’élancer sur ses traces.

BRÉSIL

été anéanties ou dispersées ; des villes s’élevaient de tous cotés sur le littoral ; on commençait à explorer l’intérieur , et l’Europe, émerveillée des progrès qui se faisaient journellement dans cette portion de l’Amérique méridionale, enviait déjà à l’Espagne cette riche portion de l’héritage qui lui venait de l’infortuné Sébastien.

Une nation plutôt habile que courageuse , plutôt forte que brave , et qui faisait par l’industrie ce que les Portugais avaient fait par enthousiasme , les Hollandais devinèrent qu’il y avait là un riche joyau à enlever à La couronne de Castille. Ils envoyèrent d’abord secrètement quelques navires le long des côtes pour s’assurer de la situation du pays, et ils s’assurèrent que la conquête des villes les plus riches du littoral pouvait n’être que l’affaire d’un coup de main.

En 1624, ils se présentèrent avec une escadre devant la capitainerie de Pernambuco. Olinda et le récif tombèrent en leur pouvoir avec toutes les richesses qui y étaient accumulées , et la ville de Maurice de Nassau s’élevait déjà sur la côte, ils avaient même bâti plusieurs forts importants , avant que les Portugais se fussent reconnus, et que le vice-roi, qui résidait à San- Salvador , eût le temps de s’opposer à l’invasion

Telle fut, dès l’origine, l’habileté avec laquelle fut conduite cette vaste entreprise, que , dès la même année et sous la protection immédiate des États-généraux, une compagnie se trouvait régulièrement organisée pour continuer la conquête du Brésil. Ses privilèges devaient durer jusqu’en 1654 , et elle s’était réservé le droit d’élire ses chefs civils et militaires de même que ses moindres officiers.

Deux mesures politiques pleines d’habileté signalèrent dès leur arrivée l’établissement des Hollandais au Brésil : ils donnèrent la liberté à un grand nombre d’esclaves, et ils formèrent avec les Indiens civilisés, et surtout avec les Tapuyas, une alliance qui devait nécessairement devenir fatale aux Portugais. Écoutons un témoin ocu-

laire que les historiens n’ont pas assez consulté, et dont le style animé et pittoresque donne trop bien l’idée de la manière dont s’accompl it la conquête, pour que nous n’en offrions pas ici un fragment (*) :

« Les sauvages, dit Pierre Moreau, qui ne chérissent rien davantage que la vie oisive... ne se montrèrent pas ingrats de ce riche présent de la liberté qu’on leur redonnoit; au lieu qu’auparavant ils ne pouvoient vivre en sûreté, cherchoient les déserts pour refuge, et avoient une telle terreur des armes portugaises et de ce feu qui sortoit de leurs mousquets, et qui leur causoit des plaies mortelles sans le voir, qu’ils s’estrangeoient de la conversation des chrétiens. Ravis donc d’une grâce si peu attendue, ils vinrent d’eux-mêmes faire offre de services à leurs bienfaiteurs, qui, avec adresse, les apprivoisèrent par petits présents, et apprirent aux Brésiliens à manier les armes et en tirer droict comme eux. Mais les Tapayos, nation plus brutale , et qui, nuds comme la main , ne vivent que dans les bois comme vagabonds , ne purent jamais s’y accoutumer. Ils se j-ettoient incontinent par terre sitôt qu’on leur présentoit un bâton à feu, serelevoient promptement , sans parfois donner le temps de recharger, et portoient seulement des massues larges et plates au bout, faites d’un bois dur, avec lesquelles ils fendoientd’un seul coup des hommes en deux; pourtant, et des uns et des autres, les Hollandois s’en sont servis , et fort bien. Leur armée faisoit avec eux des merveilleux progrès. Us les conduisoient par les lieux les plus aspres et les plus difficiles, passoient eux-mêmes à la nage les soldats qui n’osoient se hasarder dans les grandes rivières , marchoient et couroient d’une vitesse non pareille devant, derrière et à costé, coupoient avec des haches qu’on leur bailloit les

(*) Pierre Moreau. Relation véritable de ce qui s’est passé en la guerre faite au pays du Brésil entre les Portugais el les Hollandais , etc.

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