ET LITTÉRAIRES. JARDIN BOTANIQUE
Il y a quelques années qu’un ministre brésilien , dont les vues sages ne sau-
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raient être contestées , témoignait hautement de son désir que l’éducation primaire reçût un grand développement, et que des établissements modèles d’agriculture fussent fondés partout (*). Ce n'était pas seulement l’introduction des plantes exotiques
u’il réclamait; c’était la naturalisation
es végétaux du pays, qu’une province peut emprunter a une autre province, et qui doivent répandre l’abondance où il y a souvent absence complète de certains objets d’exportation. Déjà ce vœu patriotique a été réalisé en partie. Mais une seule phrase du discours de M. Manoel-Jozé de Souza-França fait mieux comprendre, à notre avis, les immenses progrès qui se sont manifestés au jardin botanique, que toutes les dissertations possibles. En 1827, treize mille pieds de thé prospéraient dans ce bel établissement; douze années environ auparavant il n’en existait que quinze cents, et l’on ignorait si cette plante utile pourrait devenir jamais une branche d’exportation. Le temps s’est chargé de répondre : un commerce qui fera peut-être tomber celui de la Chine, le commerce du thé appartiendra bientôt à Saint-Paul (**).
Le jardin botanique, destiné à répandre tant de bienfaits, est désigné sous le nom de Viveiro da Lagoa de Rodrigo de Freitas. Il est situé à trois quarts de lieue de la ville. On ne saurait imaginer l’inexprimable beauté des sites qui se présentent aux regards le long de la route qu’on est obligé de parcourir pour s’y rendre. Les eaux paisibles de la baie, qui forment ces lacs intérieurs sur les bords desquels on voit s’élever tant de gracieuses habitations ; ces pitons de granit chargés de plantes grasses, qui attestent ce que doit être la végétation dans les lieux où elle est favorisée par le sol ou par l’industrie;
(*) Voir M. Warden, Art de vérifier les dates.
(**) M. Rugendas entre dans de curieux détails sur le thé du Brésil: selon lui, le goût en est âpre et terreux ; mais il ne doute pas rjue les opérations réitérées de la culture ne lui donnent les qualités qu’il n’a pas encore.
ces collines boisées, qui reposent les regards, et que l’on aime à voir entre les vents orageux et les champs paisibles où s’élèvent tant de richesses , tout vous dispose à ces grandes idées d’amélioration agricole , qui semblent surtout préoccuper maintenant les chefs de l’administration. En effet, la simple vue du jardin vous fait comprendre ce que peut devenir, dans quelques années, le Brésil. Malgré la célébrité du professeur qui dirige l’établissement, quelques voyageurs se sont plaints du peu d’ordre qui régnait dans les classifications, de la disposition peu systématique de certaines cultures. Une attention un peu sérieuse peut remédier à de tels inconvénients. Ce qu’il y a de réellement important, c’est la prospérité de certains végétaux, attestant d’une manière positive l’accroissement que peut prendre le commerce d’exportation du Brésil. Sans doute, il serait à désirer que les plantes indigènes, si précieuses et^i variées, qui appartiennent aux diverses provinces, fussent réunies dans un tel établissement; on pourrait souhaiter que ce jardin public de Rio devînt un véritable lieu d’études préparatoires pour le savant étranger, mais c’est une amélioration que l’on peut espérer du temps, et qui , sans doute, ne se fera pas toujours souhaiter. En attendant, le cannellier, le géroflier, l’arbre à la noix muscade , le laurier camphre, croissent d’une manière satisfaisante, et prouvent que le monopole des épiceries cesse pour les ports de l’Inde. Nous ne parlons ici ni du rima, qu’on a déjà acclimaté dans les contrées chaudes du nord, ni du noyer de Sumatra, qui forme de longues avenues. Nous nous rappelons avoir cueilli dans ce jardin, à des branches qui auraient pu s’entrelacer, des fruits de la Chine, de Java, de l’Europe et du nouveau monde, et c’est un spectacle que, dans l’avenir, pourront offrir tous les vergers.
Comme la plupart des autres établissements scientifiques de Rio de Janeiro, le jardin botanique doit quelque chose à l’influence française. En 1809, un navire, qui ramenait de file de
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France un certain nombre de prisonniers portugais, apporta vingt caisses de plantes des contrées orientales, qui avaient déjà été acclimatées à Maurice , et qui commencèrent à enrichir le nouvel établissement; et, enfin, l’année 1810 ne se passa pas sans qu’un grand nombre de plants utiles fussent exportés des magnifiques jardins de la Gabrielky que nous possédions à Cayenne, et dont les Brésiliens venaient de s’emparer. Ce fut peu de temps après que des plants de thé furent envoyés de Macao, avec deux cents Chinois environ pour s’occuper de leur culture. Les Chinois se dispersèrent, à l’exception d’un petit nombre, et leurs soins furent à peu près inutiles; la plante n’en prospéra pas moins. D’autres Chinois émigrèrent au Brésil ; ce fut seulement alors qu’on put donner quelque extension aux plantations. Si quelques progrès restent encore à faire dans les préparations des feuilles, la réussite de la culture ne saurait plus être un problème. Nous ajouterons à ces divers détails, que l’étendue du jardin botanique sera sans doute augmentée par le nouveau gouvernement; car il ne contient guère maintenant qu’une cinquantaine d’acres. La somme allouée pour son entretien s’élevait, il y a quatre ou cinq ans, à 2,902,000 reis.
Mais, en fait d’horticulture, si vous voulez avoir la preuve de ce que peut un désir ardent du bien, uni à des connaissances positives , c’est l’habitation d’un de nos compatriotes qu’il faut visiter, c’est cette riche quinta où l’ancien consul général, M. de Gestas, était parvenu à naturaliser les fruits les plus agréables de nos vergers , et à enrichir le Brésil de productions ignorées avant lui.
Bibliothèques de Rio. C’est une erreur généralement accréditée, qui a fait répéter à presque tous les voyageurs que cette bibliothèque renfermait soixante mille volumes (*); nous
(*) Le savant Balbi avait déjà deviné par approximation que ce chiffre, admis sans discussion, élait trop élevé. Voyez à ce sujet son ouvrage sur la bibliothèque impériale de Vienne.
savons, d’une manière positive, qu’elle n’en contenait naguère que quarantecinq mille, mais qu’elle était en voie d’améliorations. La bibliothèque impériale est située rue de Traz do Carmo , et elle se compose d’une enfilade de pièces, où sont rangés systématiquement les livres, les manuscrits, les cartes et les estampes. En 1830, on remarquait surtout deux grands salons : l’un était réservé uniquement à la famille royale, l’autre servait au public. Dans les dernières années, ces salles ont été ornées de peintures exécutées par des artistes nationaux.
Bien qu’elle se compose, en général , de livres modernes appartenant surtout à la littérature française (*), la bibliothèque de Rio de Janeiro n’est point dépourvue de curiosités bibliographiques : on y remarque une collection fort étendue de Bibles , parmi lesquelles il faut distinguer un bel exemplaire de la Bible de Mayence, imprimée en 1462, et qui ferait envie aux plus riches bibliothèques des capitales d’Europe.
Parmi les manuscrits, on distingue un ouvrage magnifiquement exécuté, et qui roule , ainsi que son titre l’indique , sur la flore de Rio de Janeiro. Ce grand ouvrage de botanique locale , qui a excité au plus haut degré l’intérêt de quelques savants, ne tardera pas, diton, à être imprimé.
L’entrée de la bibliothèque de Rio de Janeiro est complètement libre, et ne nécessite aucune démarche préalable. On y monte par un grand escalier en pierre, décoré de peintures copiées sur celles du Vatican. Vous pénétrez ensuite dans un salon spacieux, à plein cintre, que rafraîchissent sans cesse de vastes fenêtres ouvertes à chaque extrémité. Là se trouve une grande table couverte d’un tapis vert, et munie
(*) Le premier fonds de la bibliothèque impériale de Rio se compose de livres apportés de Lisbonne par Jean VI et réunis à ceux du comte d’Abarca, qui avait un goût réel et éclairé pour les sciences. MM. Joaquim Damaso et Jozé Viegas furent chargés des premières dispositions de rétablissement;, qui s’ouvrit dès 1814.
abondamment de tous les objets nécessaires pour écrire. Un voyageur moderne vante beaucoup la promptitude et l’exactitude que mettent les employés dans leur service. Toutes les feuilles périodiques imprimées à Rio de Janeiro et dans les provinces sont envoyées à la bibliothèque chaque matin , et ceci, comme on le pense bien, ne contribue pas peu à réunir chaque jour dans cet établissement un assez grand concours de lecteurs appartenant à toutes les classes et à toutes les couleurs. La bibliothèque impériale de Rio est ouverte tous les jours, excepté les jours de fête, depuis neuf heures du matin, et il est difficile de trouver un lieu où l’on puisse passer plus agréablement les heures fatigantes de la journée. Une somme de 4,485,000 reis était affectée , dans ces derniers temps , à l’établissement.
Il existe une autre bibliothèque publique à Rio, c’est celle du couvent de San-Bento. Peu de détails nous sont parvenus sur les spécialités qu’elle renferme ; mais il est probable , cependant , qu’elle a servi de dépôt à certains ouvrages qu’on chercherait vainement ailleurs. Nous l’avons déjà dit à propos d’un établissement du même genre, et nous nous plaisons à le répéter ici :
plusieurs bibliothèques de couvents sont dignes de toute l’attention des savants , qui trouveraient , parmi de nombreux ouvrages ascétiques, quelques ouvrages fort rares maintenant en Europe. Nous ajouterons également , dans l’intérêt de la statistique et de la géographie , que de précieuses cartes géographiques , encore manuscrites , gisent a peu près à l’abandon dans plusieurs bibliothèques brésiliennes, et qu’elles doivent être considérées, cependant, comme de précieux documents de l’état ancien du pays, qu’on connaît si mal encore. Je ferai une dernière observation : c’est que les listes de livres envoyées en Europe semblent avoir été stéréotypées à l’avance , et qu’on y demande éternellement le meme genre d’ouvrages, comme si le mouvement intellectuel n’avait point subi de grandes modilications. Il serait surtout à
souhaiter que les bibliothèques principales formassent une collection complète des anciens ouvrages écrits en Europe sur le Brésil , et qui commencent a y devenir d’une grande rareté.
Ce seraient un jour les archives historiques d’un pays qui semble appelé à de hautes destinées scientifiques et littéraires.
Muséum et cabinet d’histoibe naturelle. Le musée de Rio de Janeiro , comme on le pense bien , n’a pas encore une date fort ancienne; il fut fondé par Jean VI, en 1821, quelque temps avant son départ. Le batiment qu’on lui a assigné s’élève sur le Campo d\ Acclamacao , presque en face le palais du Sénat. Les salles s’ouvrent tous les jeudis au public, depuis dix heures jusqu’à trois. Les derniers voyageurs qui l’ont visité ne paraissent pas émerveillés des échantillons d’histoire naturelle que l’on y conserve; cependant ce département peut recevoir une amélioration rapide, d’autant mieux que l’établissement n’est pas dépourvu de fonds, et qu’il reçoit annuellement 4,512,000 reis.
Les salles consacrées à la minéralogie sont celles qui présentent le plus d’intérêt, et cela devait être ainsi, puisque nulle contrée au monde n’offre, en ce genre, des échantillons si riches et si variés. Le pays qui possède des savants tels que les da Camara, les Eschwege , ne saurait demeurer en arrière dans cette branche d’histoire naturelle. Il n’en est pas de même de l’archéologie ancienne, et sous ce rapport l’on ne saurait raisonnablement s’attendre à rencontrer dans le musée de Rio de grandes richesses. Aussi quelques momies égyptiennes , quelques médailles, divers fragments d’antiquités, sont-ils à peu près tout ce que l’on y trouve. Les curiosités nationales sont un peu plus nombreuses :
elles consistent en momies indiennes extraites de quelques sépultures; dont la conservation est remarquable , et qui présentent encore des traces de peintures; des ustensiles appartenant à la vie sauvage , des armes , des vêtements , achèvent de former ce noyau d’un
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musée tout national , et qui ne saurait manquer de s’accroître (*).
Parmi les objets que le musée expose, il y en a quelques-uns qu’un établissement du même genre, en Europe , reléguerait peut-être dans le haut de 6es armoires, comme n’ayant pas un degré d’intérêt bien évident; ce sont eux cependant qui attirent , avec le plus de fruit à coup sûr, les regards de la multitude. Au milieu d’une des salles, on aperçoit deux espèces de montres en verre", qui forment plusieurs compartiments, et dans lesquels sont représentés en relief les procédés employés dans plusieurs manufactyres.
« Ces objets sont exécutés soigneusement, dit un voyageur; ils offrent une exacte ressemblance avec ces boîtes des arts et métiers qu’on a publiées en Angleterre pour l’usage de l’adolescence; image caractéristique d’une contrée où l’industrie se trouve encore dans l’enfance, ils rappellent à la fois sa jeunesse et ses besoins. »
Il y a quelques années, un voyageur qui venait de visiter cet établissement était frappé du nombre de gens, appartenant aux rangs les plus humbles de la société, qu’il y rencontra; les soldats surtout semblaient y affluer; tout le monde paraissait prendre un vif intérêt à cette exhibition un peu confuse. Il en concluait, avec juste raison, qu’un établissement semblable ne saurait être trop vivement encouragé. C’est une école vraiment nationale, et qui peut développer dans la population ce goût intelligent pour les arts qu’elle a déjà montré, et auquel il suffirait, sans doute, de donner une utile direction.
Quelques usages de Rio de Janeieo. Présenter ici, sous un même coup d’œil , les cérémonies qui se passent à Rio de Janeiro lorsqu’il s’agit
(*) Un voyageur fait observer que l’on a mis au nombre des curiosités un cygne et un rouge-gorge. La chose est fort simple, et les Brésiliens auraient fort à faire , s’ils re marquaient les oiseaux vulgaires de leurs campagnes que nous conservons dans nos musées.
d’un mariage, d’une naissance ou des funérailles , c’est rappeler, sans doute , et avec des termes fort analogues , ce ui doit être dit à ce sujet quand on écrira les usages du Portugal. Cependant les coutumes de l’ancienne métropole se sont transmises surtout parmi les hautes classes; c’est là que la tradition européenne se montre sans cesse; mais alors elle emprunte à un autre âge un caractère solennel, et même une certaine pompe, qui va s’effaçant chaque jour en Espagne et en Portugal. Ici , l’éloignement a conservé certaines coutumes remontant au temps de la conquête. On les chercherait vainement autre part ; et si les usages apportés de nos grandes capitales ont nivelé les mœurs en mettant les habitudes de la bonne compagnie à la place des anciennes coutumes, dans les circonstances importantes de la vie, quelques-uns de ces usages reparaissent comme un souvenir consacré, on les respecte encore : elles font reparaître le type national, et elles marquent d’une forte empreinte le caractère brésilien.
C’est néanmoins chez le peuple, ou dans les classes intermédiaires , que l’observateur peut saisir, avec le plus d’intérêt, les vieilles coutumes que les âges ont léguées , les modifications originales qui résultent du mélange des races, les usages curieux et quelquefois bizarres qui tiennent à d’antiques relations avec les peuples les plus éloignés, ou même avec les nations indigènes, qui ne se sont pas éteintes sans transmettre quelques souvenirs. Rassemblons donc ces traits épars, esquissons rapidement certains faits pittoresques qui conviennent surtout au titre de cet ouvrage.
Nous essayerons de rendre le tableau moins incomplet, en joignant à nos souvenirs ceux de quelques voyageurs étrangers qui sont trop peu connus en France.
Rien d’essentiellement remarquable ne nous semble présider à la naissance des enfants au Brésil. Si l’enfant appartient à une classe distinguée, il est rarement nourri par sa mère, c’est
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ordinairement une femme de couleur, ou même une négresse qui est chargée de ce soin. Mais quelles que soient les circonstances qui viennent changer les habitudes intérieures, on doit dire, à l’éloge des Brésiliens, que Varna, c’est le nom qu’on donne à la nourrice, fait plutôt partie de la famille qu'elle n’est considérée comme une esclave. Les nouveau-nés sont baptisés de bonne heure, et un soin extrême préside, depuis plusieurs années, à l’administration de la vaccine. A quelque classe qu’appartiennent les enfants, ils jouissent, dès le bas âge, d’une liberté extrême dans leurs mouvements. Durant les premières années, il est rare que le plus léger vêtement les empêche de jouer en liberté. Rien n’est plus pittoresque que de voir, dans l’intérieur de la ville même, tous ces petits êtres, à la physionomie grave , à la figure intelligente , se montrer à la porte des habitations.
Les teintes les plus variées attestent le mélange des races; et quant aux enfants qui appartiennent à une descendance européenne, il ne faut guère chercher sur leurs visages ces couleurs fraîches et animées que l’on remarque chez nous, ou dans les lieux plus tempérés de l’Amérique méridionale. En général , l’enfance cesse de bonne heure au Brésil, ou plutôt elle perd la physionomie naïve qu’on aimerait à lui voir conserver. Rien quelquefois ne semble plus bizarre à un étranger que de voir un petit personnage de huit ou dix ans affectant les formes graves d’un âge plus avancé, et se rendant aux écoles, suivi de plusieurs négrillons qui ne lui parlent qu’avec la déférence due au maître. Il n’est pas rare de voir deux bambins de cet âge s’aborder sérieusement et s’offrir du tabac. Pour eux, la plupart du temps, les cartes, les échecs ou les dames , remplacent les jeux bruyants des écoliers d’Europe.
Il y aurait de l’injustice, néanmoins, à considérer ce dernier trait comme un caractère distinctif des Brésiliens; la même chose se renouvelle dans la plupart des contrées où une chaleur ardente ôte bientôt son premier charme à l’enfance, et hâte d’une manière pré-
maturée le mouvement des passions.
Parvenu à l’état de jeunesse, l’influence de cette éducation première se fait nécessairement sentir. L’habitude du commandement, uni cependant à une sorte de familiarité bienveillante qui vient des souvenirs; une certaine nonchalance créole cju’on trouve partout où il y a des maîtres et des esclaves, mais aussi une dignité remarquable quoiqu’un peu étudiée; une habitude fort prompte à démêler le caractère des étrangers, et à s’approprier dans leurs manières ce qui leur paraît un type d’élégance et de bon goût; des formes en général beaucoup plus aristocratiques que républicaines; une instruction encore peu développée, mais une vive intelligence de la plupart des questions sociales, tels nous ont paru être les jeunes gens de la classe élevée. Maintenant, si nous appliquons notre observation aux autres portions de la société, il nous sera trèsdifficile d’établir des généralités satisfaisantes. Le peuple de Rio se compose de tant d’éléments divers, le contact fréquent avec les étrangers a tellement modifié les manières, qu’on peut difficilement retrouver l’empreinte primitive- II serait assez difficile , nous le croyons, de se faire une juste idée des Brésiliens des autres villes par ceux de Rio de Janeiro; cependant c’est vraiment dans la classe intermédiaire que se sont conservées les anciennes traditions.
Dans la magistrature, parmi les avocats, chez les médecins, on sent parfaitement le souvenir d’un séjour prolongé à Coimbre, quand, toutefois, le jeune étudiant n’est pas venu prendre ses degrés dans nos universités de France ou dans celles d’Angleterre.
Une chose a contribué récemment, plus que bien d’autres, au développement du génie national parmi cette classe qui partage avec la noblesse le privilège des discussions parlementaires; et, dans les dernières sessions, quelques voyageurs ont remarqué avec quelle intelligence et quelle entente des détails administratifs plusieurs orateurs s’exprimaient. M. Walsh, au retour d’une séance de la chambre des
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représentants, ne pouvait s’empêcher d’admirer cette faeulté brillante, et d’en faire un des types particuliers qui caractérisent le Brésilien.
A Rio , comme dans toutes les grandes villes de l’Amérique, le caractère des habitants varie sans doute à l’infini, selon l’age et selon les professions ; mais on ne saurait se dissimuler que le mouvement imprimé aux habitudes par l’empire, établit une différence assez sensible entre les deux générations. Le nombre des familles où n’ont
Î)as pénétré, jusqu’à un certain point, es habitudes anglaises et françaises, est assez limité. « Il serait difficile, a dit un voyageur, de peindre, en traits prononcés et généraux, le caractère des Brésiliens (et nous ajouterons ici, surtout celui des Brésiliens de Rio), d’autant plus difficile qu’ils commencent à peine à former une nation. Ils participent, en général, aux traits principaux du caractère portugais.
D’un autre côté, l’on voit les classes élevées, et surtout dans les ports de mer, renoncer à ce qu’elles ont d’original, pour s’adonner à l’imitation des mœurs anglaises, imitation qui ne peut tourner beaucoup à l’avantage des habitants, et qui, malheureusement, n’est propre qu’à déguiser la faiblesse et l’absence de solidité sous des exigences et des formalités de tout genre. Ces mœurs, d’ailleurs, supposent un degré de civilisation qu’elles ne donnent pas ; de plus, elles restreignent la manifestation et le développement des dispositions naturelles dont les peuples méridionaux sont si richement doués , et , le plus souvent, elles les rejettent comme étrangères aux lois de la bonne compagnie.
« S’il y a peu de différence entre Lisbonne et Rio de Janeiro, dit M. Rugeridas, il en est autrement des classes inférieures. Celles-ci peuvent seules être appelées du nom de peuple. En effet, rien chez elles n’arrete le développement du caractère national ; car elles se distinguent à Rio de Janeiro et dans les environs, des classes inférieures du Portugal, ou du moins de la capitale du Portugal , par leurs manières plus
ouvertes , et elles ont une grande activité. Tout à Rio de Janeiro est plus animé, plus bruyant, plus varié, plus libre. Dans les parties de la ville habitées par le peuple, la musique, la danse, les feux d’artifice donnent à
chaque soirée un air de fête Le
peuple des autres villes maritimes, par exemple de Bahia, de Pernambuco, ressemble, il est vrai, à celui de Rio de Janeiro, mais il y a moins de légèreté dans les habitants de ces villes , surtout dans ceux de Pernambuco.
Ceux-ci ont plus de penchant à s’attacher à un sujet quelconque, à s’y livrer avec passion , et de toute leur âme ; aussi paraissent-ils à la fois plus impétueux et plus grossiers (*). »
Diversité des coutumes locales