‹ Brésil, Colombie et GuyanesChapitre 23 sur 39 · CÉRÉMONIE DES FUNÉRAILLES A · texte numérisé non relu

CÉRÉMONIE DES FUNÉRAILLES A

Rio de Janeiro. Les funérailles sont presque toujours l’objet d’une cérémonie pompeuse au Brésil. Celles des personnes qui ont occupé un rang élevé dans la société se font ordinairement la nuit , à la lueur des torches de cire que portent les assistants. Il n’v a pas seulement que les parents et les amis du défunt qui accompagnent le cercueil; tout individu , d’un extérieur décent, qui passe devant la maison mortuaire , est invité à prendre une de ces torches , et à suivre ainsi le convoi.

Le cercueil marche devant, et les porteurs de torches ie suivent en formant une longue procession jusqu’à l’église où le service funèbre doit avoir lieu. En général, on remarque une certaine magnificence dans le catafalque qui a été préparé d’avance, et sur lequel on dépose le corps. Il y a quelques années , l’usage était de revêtir le mort de l’habit de quelque maison religieuse , et de l’exposer à visage découvert. Cette coutume prévaut encore dans quelques endroits.

Si c’était un chevalier de l’ordre du Christ, le corps était revêtu d’un simulacre d’armure , et l’on voyait sur le catafalque les insignes de cet ordre, qui fut célèbre dans l’origine , et qui succéda aux templiers. Pour peu que la personne qu’on enterre ait occupé un emploi distingué, l’orgue accompagne le service funèbre , et il y a même des exécutants attachés à l’église qui forment , au besoin , un orchestre complet, et qui chantent une messe en musique. Malgré l’exemple donné par les grandes nations européennes ,

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l’usage des cimetières n’a pas encore prévalu à Rio de Janeiro; aussitôt le service célébré, une des dalles de l’église est enlevée, et on dépose le corps dans une fosse creusée d’avance, où il est recouvert d’une énorme quantité de chaux. Quelquefois aussi on le transporte sous les galeries d’un cloître, où des espèces de cryptes sont pratiquées dans la muraille. Ces tombes extérieures reçoivent aussi une quantité considérable' de chaux , et permettent plus tard l’extraction des ossements.

Il arrive donc nécessairement ce qui avait lieu dans les charniers de nos grandes villes : de nouvelles funérailles mettent sans cesse à découvert de nouveaux ossements , qui ne sont pas toujours recueillis avec le respect qu’on doit aux morts. Nous avons été nousmême témoin assez souvent de cette espèce de profanation, à laquelle l’habitude rend bientôt insensible. Quelquefois, comme le dit M. Walsh, le sol a été si fréquemment remué, qu’il est impossible de trouver une place nouvelle , et que la fosse que l’on parvient à faire n’est pas suffisante pour contenir le cadavre. Une partie du corps dépasse alors nécessairement le niveau du sol , et le fossoyeur est obligé d’employer un instrument semblable à la demoiselle de nos paveurs, pour le faire entrer dans sa sépulture. La multitude regarde cela avec la plus parfaite indifférence ; et cette disposition particulière peut s’expliquer, à la rigueur, par l’idée religieuse qui considère le corps rendu à la terre comme si c’était la terre elle-même. Plusieurs voix se sont déjà élevées, au Brésil, contre cet usage; et, malgré les précautions qui sont prises , on sent tout ce qu’il peut avoir de pernicieux.

Les funérailles des enfants se font , au Brésil , avec une pompe que l’on ignore parmi nous , et qui n’a rien de funèbre. L’idée généralement adoptée qu’un enfant n’abandonne la terre que pour gagner une demeure plus heureuse , fait rejeter tout appareil de douleur. Souvent vous rencontrez, dans les rues de Rio ou de San-Salvador, une de ces petites créatures , entourée de

fleurs artificielles, et reposant dans un etit cercueil qu’enveloppe une étoffe rodée. La portion des cloîtres où l’on va les déposer est d’une propreté extrême, et présente l’aspect de l’élégance. Les peintures des arcades sont fréquemment renouvelées , et presque toujours ce cimetière abrité donne sur un petit jardin , où croissent des fleurs que l’on cultive avec soin , et qui parfument cette dernière demeure de l'enfance.

Mais , sans contredit , la cérémonie funèbre la plus touchante qui ait eu lieu durant ces dernières années à Rio de Janeiro, fut celle que l’on observa aux obsèques de la jeune impératrice. Sa vie n’avait été marquée que ar des actions de bienveillance et de onté; des regrets profonds se mêlèrent à ce cérémonial dont le caractère n’appartient plus guère à notre époque , et qui renouvelle, au dix-neuvième siècle , les rites éteints du moyen âge.

C’était à l’époque de la guerre contre les provinces du Sud ; la jeune impératrice était enceinte, et sa santé avait été altérée par des chagrins domestiques qui ne sont plus un mystère au Brésil. Bientôt le mal fit des progrès ; tous les secours de la médecine furent mis vainement en usage; et, quand on eut reconnu leur insuffisance, on eut recours aux pratiques religieuses que recommandent les habitudes du pays.

Des processions de tous les ordres religieux eurent lieu ; on visita les images réputées saintes, et, parmi ces tristes cérémonies, dit un voyageur auquel nous empruntons une partie de ces détails, il en est une qui excite involontairement un sourire mélancolique , et qui est rapportée dans les relations du temps. « La patronne de la jeune impératrice, celle à laquelle elle n’avait cessé, durant tout le temps de sa vie, de payer un tribut d’adoration , Nossa Senhora da Gloria , fut plus particulièrement intercédée pour que la santé lui fût rendue, et le peuple ne vit pas, sans une profonde émotion de piété , cette image sainte que jadis on n’aurait jamais pu condescendre à laisser

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sortir de sa chapelle , marcher processionnellement, malgré la pluie, pour aller visiter la princesse qui, autrefois, ne laissait pas s’écouler un lundi sans aller s’agenouiller au pied de son autel. »

Le 2 décembre , des douleurs prématurées survinrent ; l’impératrice mit au monde, bien avant terme, un enfant mâle; et, après l’accouchement, on eut un moment l’espoir que les symptômes les plus dangereux allaient céder ; ils reparurent avec une violence qui ne laissa bientôt plus d’espérance.

Alors elle voulut recevoir les derniers secours de l’Église. Elle fit appeler les domestiques de sa maison ; et , tandis que tout le monde entourait son lit en versant des larmes dont rien ne saurait faire suspecter la sincérité, elle demanda si , parmi les personnes présentes , il en était qu’elle eût offensées de fait ou de parole ; qu’elle ne voulait pas s’éloigner de ce monde avec l’idée qu’une seule personne eût à se plaindre de sa conduite, sans qu’elle eût fait tout ce qui était en elle pour lui accorder réparation : des larmes seules lui répondirent.

On dît que , dans cette occasion , la personne qui avait été la cause de tous ses chagrins domestiques, voulut pénétrer dans ses appartements pour y remplir son office de camareira; qu’elle résista aux représentations les plus vives, et qu’il ne fallut rien moins que la fermeté de quelques assistants pour l’empêcher de poursuivre sa démarche.

Ce fut le 11 décembre 1826 , à dix heures du matin , que la jeune impératrice cessa de souffrir; avec l’apparence de la santé la plus brillante , elle mourut à vingt et un ans.

Comme cela se pratique de temps immémorial , le corps fut revêtu des habits royaux et exposé dans une chapelle ardente. Une cérémonie qui a pris de la célébrité en Europe , à cause, sans doute, des circonstances tragiques dont elle fut accompagnée , mais qui est imposée à la mort de chaque souverain en Portugal , eut lieu dans le palais. Dernier reste de la féo-

dalité, elle ne se renouvellera plus sans doute , mais elle s’accomplit encore cette fois. La main de la jeune impératrice resta découverte, et tous les officiers de la maison, ainsi que les dignitaires de l’empire , allèrent la baiser; mais ce qui n’eût été jadis qu’un cérémonial odieux, impose par l’étiquette , eut lieu cette fois avec des circonstances plus touchantes. Ceux qui avaient aimé et respecté cette jeune femme durant sa vie , n’hésitèrent pas à payer ce dernier hommage d’affection à ses restes mortels (*). Dans cette occasion , dit un voyageur auquel toutes ces circonstances ont été racontées peu de temps après l’événement , les enfants s’approchèrent pour rendre ce devoir solennel à leur mere ; chacun d’eux était conduit par un chambellan près du catafalque où ils devaient baiser la main qui était restée étendue; mais ils étaient trop jeunes pour ressentir une bien vive impression à la vue de ce spectacle. Il n’y eut que l’aînée, dona Maria, la jeune reine de Portugal , qui donna des preuves d’une sensibilité extraordinaire pour son âge ; elle pleurait en sanglotant de la manière la plus déchirante, et elle offrait toutes les marques d’une douleur et d’une affection profonde devant les restes de sa bonne mère.

La procession funèbre eut lieu pendant la nuit, à la lumière des torches, comme cela se pratique dans le pays 5 l’égard de toutes les personnes distinguées. Sept autels furent élevés sous la varanda du palais , et sept officiants

(*) Cette cérémonie, qui doit nécessairement tomber en désuétude, était liée jadis d’une manière si intime , aux coutumes de la monarchie portugaise , qu’elle dut nécessairement avoir lieu lors de l’inhumation d’Inès de Castro ; cependant les historiens contemporains qui entrent dans de grands détails sur ses funérailles , se taisent à propos du baise-main. Un Portugais instruit nous faisait observer à ce propos, que c’était précisément parce que l’usage en était invariable que les chroniqueurs ne le mentionnaient pas. En faisant monter au trône le jeune don Pedro II, les Brésiliens ont aboli parmi eux l’usage du baise-main.

y célébrèrent la messe. Toutes les rues par lesquelles devait passer le cortège présentaient une rangée d’ecclésiastiques ou de moines appartenant aux diverses communautés religieuses.

A onze heures , on arriva au couvent d’Ajuda, où le corps fut reçu par les religieuses , qui le déposèrent , non dans une tombe, mais sur un canapé.

C’est disposé ainsi qu’un voyageur vit dernièrement le cercueil dans le cimetière du couvent', qui ne saurait renfermer , disait -il, les restes d’une femme à la fois plus pure et plus excellente.

Le jour des morts a Rio de Janeiro. A Rio, et dans plusieurs autres villes du Brésil , le jour des Morts est l’objet d’une cérémonie vraiment imposante , et durant laquelle il est impossible de ne pas éprouver quelque émotion. C’est surtout la grande église de Francisco de Paula qui se distingue pendant cette solennité.

Cette église, qu’on appelle aussi Caritas , est célèbre entre toutes celles du Brésil , non-seulement par les miracles qu’on attribue à l’image de son patron, qui est supposée rendre la vie aux mourants, mais elle est renommée encore par l’espèce de protection que saint François accorde aux ossements des morts qu’il n’a pu sauver.

Si vous voulez pénétrer dans la chapelle, il faut entrer par une longue galerie , dont les murailles sont couvertes de tablettes votives, et de tableaux représentant des gens malades dans leur lit , ou des individus souffrant de divers accidents. A tous, saint François apparaît descendant du ciel et porté sur un nuage. Il est censé tirer toujours de danger ceux auxquels il se montre ainsi ; et , au bas de chaque peinture , on voit écrit : Milagre que fez san Francisco de Paula, Miracle de saint François de Paule. Une de ces tablettes votives offre la représentation d’un calcul extrait par l’opération de la pierre. Rien n’est plus varié, du reste ,-que ces ex-voto. Des jambes , des bras , des têtes , des seins , et d’autres portions du corps humain , exécutés en cire avec une effrayante vérité, sont

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suspendus aux murailles; et, parmi ces représentations anatomiques, il y en a vraiment quelques-unes d’une excellente imitation. Un grand portrait du saint lui-même , peint sous les traits d’un vieillard avec une longue barbe , apparaît au milieu de ces tablettes votives. Son unique vêtement est un manteau à travers lequel on aperçoit sa poitrine nue , sur laquelle on a' gravé cette parole, caritas. De longs corridors , attachés à l’édifice , justifient cette inscription; de chaque côté, on aperçoit des chambres pour les malades qui se font apporter en ce lieu pour être guéris par l’intercession du saint.

Si , après avoir examiné ces exvoto , vous voulez entrer dans la chapelle pour visiter les tombes, vous trouvez un immense concours d’habitants appartenant à tous les rangs de la société , qui assistent à la célébration de la messe. De là vous entrez dans un grand jardin environné d’un cloître ; c’est là que vous apercevez un nombre immense de cases avec leurs caisses de formes diverses , et de grandeurs différentes. Elles sont rangées contre les murailles et dans le jardin même ; quelques-unes se font distinguer par leur petitesse , tandis qu’il y en a plusieurs qu’on pourrait comparer à un grand cénotaphe. Toutes sont munies de clefs et de serrures, et on peut lire sur le couvercle diverses inscriptions à peu près semblables à nos épitaphes.Les formules ne varient guère il y a pour elles des termes consacrés et qui rappellent plus particulièrement que ce sont les ossements des personnes défuntes que l’on conserve ainsi :ces espèces de bières ne renferment , en effet , que des os (*). L’usage, à Rio de Janeiro et à San-Salvador , est d’enterrer les corps dans la chaux, et, quand les chairs ont été complètement consumées par ce moyen , de les nettoyer soigneusement, et de les renfermer dans une caisse dont la clef est remise à la famille. Ces caisses n’ont guère de res-

(*) A qui jazem os ossos de nosso irmao, ici reposent les os de notre frère. Aqui secào os ossos , ici se dessèchent des os.

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semblance avec nos cercueils d’Europe; comme nous l’avons déjà dit , elles sont de différentes dimensions; et, si on examine leurs ornements extérieurs, on ne saurait , au premier abord , attribuer à quelques-unes d’entre elles la lugubre destination qu’elles ont en effet. Immédiatement après leur clôture, elles sont déposées dans des excavations creusées dans la muraille le long des cloîtres, ou dans diverses parties de l’église. Mais durant la commémoration annuelle que nous rappelons ici, on les retire de ces espèces de caveaux, et elles restent exposées à la vénération de ceux qui viennent les visiter.

Contre les murailles on dresse des espèces de cénotaphes sur lesquels sont déposées quelques-unes de ces caisses mortuaires. Elles sont ornées de draperies de velours ou de satin , brodées en or ou en argent; et cette richesse, qui n’a rien de funèbre , forme un contraste «assez étrange avec le but de la cérémonie.

On le sentira aisément grâce, à nos souvenirs , grâce à la variété des ouvrages qui ont paru dernièrement sur le Brésil , il nousseraitfacilede multiplier à l’infini ces descriptions toutes locales,qui donnent une certaine originalité à Rio de Janeiro. Peut-être meme serait-on en droit de trouver que nous nous sommes beaucoup étendu sur un tel sujet, si, en le faisant, nous n’avions pas eu le désir d’épuiser une matière que nous aurons rarement occasion d’aborder dans le cours de cette notice, où tant de choses importantes nous restent à dire. L’intrudo, les cérémonies grotesques du vendredi saint, les processions de saint François, ont lieu à San - Salvador , à Pernambuco , à San-Luiz , tout aussi bien qu’à Rio de Janeiro , quoique avec moins de pompe. Cependant, dans ces villes comme dans la capitale, il y a aussi des jeux fort pittoresques qui commencent à tomber en désuétude. C’est ainsi qu’on ne voit plus guère que dans l’intérieur, ces brillantes cavalcades où les chrétiens combattent contre le parti des Mores , en rappelant la fatale journée à l’issue de laquelle Sébas-

tien perdit la couronne. Les noirs, eux, sont plus constants dans leurs divertissements , ou , si on l’aime mieux , dans leurs jeux traditionnels. C’est avec une joie toujours bruyante et toujours nouvelle, qu’à un certain jour de l’année ils profitent du droit qui leur a été accordé de temps immémorial, de se choisir un roi et une reine. Ce couronnement d’un roi du Congo, qui a lieu dans toutes les capitales, est accompagné de circonstances d’autant plus grotesques, que les acteurs y mettent plus de gravité.

Situation des nègres au Brésil , ET PRINCIPALEMENT A RlO DE Janeiro. Quoique le sort des nègres, dans ce pays , ne puisse pas se comparer à ce qu’il est aujourd’hui à Buénos- Ayres et dans les contrées limitrophes , de l’avis de tous les voyageurs il est sensiblement plus doux que dans les autres colonies. Le régime des noirs diffère néanmoins selon les provinces, et surtout selon les comarcas. Assez pénible dans les pays de grande culture , il devient plus tolérabie au milieu des grands pâturages de l’intérieur, et il est soumis à certaines exigences dans les pays des mines. Les provinces qui étaient habitées jadis par des nations indiennes peu belliqueuses, qui se sont décidées de bonne heure à former des alliances avec les Européens, sont précisément celles où l’importation des noirs a été le moins nécessaire. Rio-Grande do Sul, l’Uruguay, Saint - Paul , les contrées qu’arrose le fleuve des Amazones, sont dans ce cas. San-Salvador et Rio de Janeiro sont de toutes les provinces celles où la population noire est la plus considérable. Ce sont peut-être aussi les deux pays du Brésil où les nègres trouvent le plus de facilité pour acquérir la liberté. Avant les dernières conventions politiques qui ont aboii la traite des noirs , ou , pour mieux dire , qui l’ont modifiée, on faisait monter les résultats annuels de cet horrible trafic , pour Rio de Janeiro seulement, de vingtquatre à quarante-trois mille âmes. Tels furent, du moins, les chiffres de 1822 et de 1828 ; et, dans les dernières an-

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nées , on pouvait l’élever à quatrevingt-dix mille pour tout l’empire. Si l’on examine sérieusement les calculs qui ont été établis à ce sujet , on verra que cette population malheureuse était bien loin de se mêler complètement à la population qu’elle venait accroître momentanément. Dans la traversée seulement de la côte d’Afrique à Rio , on compte une perte de un sur cinq ; il est facile d’apprécier approximativement la mortalité qui s’établit avant que l’acclimatation soit complète, et que le noir nouvellement importé d’Afrique puisse être considéré raisonnablement comme faisant partie de la population.

Les noirs que l’on introduit au Brésil appartiennent, en général , aux pays d’Angola , d’Anguiz , de Benguela , de Cabinda , de Mozambique, et du Congo.

Depuis les dernières lois répressives, on voit fort rarement des Koromantins, ou des noirs de la Côte-d’Or , auxquels on accorde , en général , une plus grande somme d’intelligence qu’aux autres nègres. Ceux-ci sont fort recherchés dans toute l’étendue du Brésil ; et l’on prétend qu’il y a plusieurs individus de cette nation qui , ayant acheté leur liberté, ont pu léguer à leurs enfants des biens considérables.

Ceci a lieu, dit-on , dans l’immense province de Mato- Grosso, où la population totale n’est guère que de cent vingt mille habitants , et dont la superficie égale celle de la vieille Allemagne.

Bien que les noirs soient chargés, en général, de tous les travaux de l’agriculture ( on les charge rarement de ceux des troupeaux) , il y aurait erreur à supposer que le fardeau leur en est réservé exclusivement, comme dans nos colonies. Outre les Indiens qui travaillent à la terre, il n’est pas rare de voir à Pernarnbuco , aux Alagoas , à Parahyba , des blancs qui partagent avec les noirs les travaux les plus durs de l’exploitation. Les colonies fondées à Canta-Gallo , aux environs de Porto-Alegre , à llheos , ont établi un fait positif, c’est que les noirs ne sont pas les seuls qui travaillent

sans danger aux grandes cultures; ils le sentent eux-memes, et un jour cette circonstance exercera l’influence la plus heureuse sur leur destinée.

Dans la révolte des régiments étrangers qui eut lieu, en 1830, à Rio de Janeiro, les noirs de la ville ne craignaient point d’appeler les Irlandais et les Allemands de ces régiments escravos brancos , esclaves blancs; ils se mesurèrent avec eux à armes fort inégales , et , dans la lutte , ils établirent une sorte d’égalité qui ne sera jamais à craindre, nous le croyons, mais qui fut très-bien comprise.

Hâtons-nous de le dire : malgré les mesures odieuses de châtiment qu’on se voit toujours contraint de prendre dans les pays où persiste l’esclavage , malgré l’affreux supplice du fouet, que ne restreint pas toujours assez la législation locale , les noirs du Brésil sont moins disposés à se révolter que dans toute autre portion de l’Amérique méridionale. Ils sentent trop bien qu’ils peuvent passer dans la population libre du pays , ou que cet avantage appartiendra à leur postérité, pour risquer leur vie en cherchant à obtenir la liberté par la force. Depuis la dispersion du fameux Çuilombo de Palmarès, dont on lira plus loin l’histoire, jusqu’au dix -neuvième siècle, on ne compte que deux révoltes un peu inquiétantes de noirs. Elles eurent lieu dans les plaines du reconcave de San- Salvador; on les apaisa rapidement, et elles furent sans aucune influence sur la population esclave de Rio de Janeiro.

Il existe , pour les noirs , trois modes d’affranchissement : ou la liberté leur est donnée par leur maître , soit de son vivant, soit par testament, ou ils se rachètent eux-mêmes; en faisant tenir leurs enfants , par un riche propriétaire, sur les fonts de baptême , ils obtiennent souvent leur affranchissement.

Ce privilège de rachat , qui n’existait pas dans nos colonies, constitue un des plus grands avantages dont jouisse ici le noir. On se demande comment l’esclave ne possédant par le fait rien en propre, il peut arriver qu’on

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lui laisse en sa possession une somme suffisante pour dédommager son maître. La chose n’en existe pas moins.

D’ordinaire, le noir esclave confie à un noir libre , ou à l’individu qui lui a servi de parrain , la somme qu’il réserve à son rachat ; mais , quand bien même il la conserverait, elle ne lui serait pas enlevée. L’opinion publique frapperait de la désapprobation la plus complète celui qui agirait autrement. D’ailleurs il existe une loi positive à ce sujet. Le nombre des noirs qui recouvrent leur liberté de cette manière s’accroît tous les jours à Rio et dans les autres villes.

C’est, en général, dans les villes capitales que de semblables transactions peuvent avoir lieu ; c’est là , en effet , que les noirs esclaves peuvent prétendre à faire des économies.

Il existe entre le maître et l’esclave un contrat tacite qui lui en fournit la possibilité. Un maître a-t-il fait apprendre un métier à son esclave , lui confie - 1 - il seulement une de ces vastes corbeilles propres à porter les fardeaux , l’envoie-t-il dans la ville simplement muni de cordes et de deux énormes gaules, qui servent à transporter les objets les plus pesants , un prix est spécifié d’avance ; il doit être rapporté chaque soir par l’esclave, sous peine de punition. Mais aussi ce qui excède ce prix devient la propriété du noir, et il peut en disposer. On sent que les nègres qui habitent les fazendas ne jouissent pas de cet avantage; il arrive peut-être plus souvent qu’un testament libérateur leur concède la liberté , surtout , dit-on, dans le pays des mines, où, comme on le verra, une trouvaille heureuse peut aussi libérer l’esclave (*).

En général, le prix qu’un maître exige d’un ouvrier ou d’un nègre porteur ne dépasse point une pataca, ou deux francs; sur le surplus du gain le noir est obligé de se nourrir. Les noirs qui vivent sur les grandes habitations, ou simplement sur les roças, qui ne comptent guère plus de cinq ou six

Celle d’un diamant , par exemple.

travailleurs , n’ont point besoin de songer à leur subsistance; elle consiste d’ordinaire en farine de manioc, en tasso ou viande sèche, et quelquefois en morue ou bacalhao : quelques abobaras ou giromons, quelques bananes, peuvent la varier; mais elles n’en forment pas la base principale. Il n’existe pas, néanmoins, à cet égard de règle fixe. A Bahia, durant l’époque de la pêche de la baleine, les noirs de quelques habitations sont nourris fréquemment avec la chair de cet énorme cétacé. Dans quelques localités , on leur donne une certaine quantité de rapadura, ou de sucre battu en pain, dont on fait une consommation prodigieuse; sur les estanciaSy ils sont nourris avec la chair des bestiaux, enfin, dans quelques parties du littoral , la pêche forme une partie notable de leur nourriture.

Ainsi que cela se pratiquait dans nos colonies, les noirs, dans quelques fazendas, ont un jour de la semaine durant lequel ils peuvent cultiver le coin de terre qui souvent tient à leur case. Rien de plus pittoresque, en général , aux environs des grandes villes , que ces cultures accidentelles , qui n’ont pas assez d’étendue pour rompre l’harmonie du paysage, et qui ramènent quelquefois à des idées d’abondance dans un lieu tout à fait désert.

Un écrivain , qui paraît avoir observé avec beaucoup de sagacité l’état des noirs au Brésil, M. Rugendas, a émis, à propos des nègres, quelques observa* tions qui nous paraissent à la fois justes et basées sur des faits positifs. «La population noire libre est, à beaucoup d’éards et surtout par son avenir, l’une es classes les plus importantes des colonies. Cela est vrai , surtout des créoles proprement dits, des nègres nés en Amérique. En les comparant à ceux d’Afrique, on acquiert la consolante certitude que la race africaine, nonobstant les tristes circonstances qui accompagnent sa translation dans le nouveau monde, y gagne beaucoup sous les rapports physiques et moraux. En général , ces créoles sont des hommes très-bien faits et très-robustes; ils sont résolus, ac-

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tifs , et beaucoup plus tempérants que les nègres d’Afrique. Ils accordent une certaine préséance aux blancs dans leurs relations sociales; mais, somme toute, c’est plus au rang qu’à la couleur qu’ils ont voué cette déférence.

De leur côté, ils ont aussi une juste fierté , fondée sur la conscience de leurs forces et sur le sentiment de leur liberté. Ils sont d’autant plus faciles à blesser et d’autant plus défiants à cet égard, qu’ils savent que leur couleur est celle des esclaves. Ils tiennent beaucoup à ce que, dans les plus petits détails de la vie, on ne les traite jamais comme esclaves, à ce qu’on n’oublie pas leur qualité d’hommes libres. Lorsqu’un blanc leur montre de la franchise et des égards, et lorsqu’il ne fait aucune différence de couleur, ils saisissent toutes les occasions de lui rendre des services et de lui témoigner de la considération. Au contraire, toute allusion méprisante à leur couleur excite leur orgueil et leur colère, chose qui n’est aucunement indifférente. Pour se procurer satisfaction , ils ne manquent pas d’audace en pareille occasion; les créoles ont coutume de répondre au sarcasme : Negro sim , porem direito, je suis nègre , il est vrai , mais je suis droit. Les nègres libres , et surtout ceux des classes inférieures, prennent dans la société le rang que l’on accorderait, sous les mêmes conditions, aux hommes d’autre couleur. Cependant il est fort rare de voir des mariages entre des femmes vraiment blanches et des noirs. »

Nous avons indiqué déjà combien étaient plus nombreux que dans les autres portions de l’Amérique méridionale, les moyens que les noirs avaient à leur disposition pour obtenir leur liberté. Les châtiments destinés à réprimer les délits sont aussi moins rigoureux : ils consistent ordinairement dans la fustigation, et dans la réclusion plus ou moins prolongée. Sur les habitations, c’est le feitor qui remplace l’office de commandeur, et qui infligeles punitions. Dans cettecirconstance, le malheureux esclave est lié à un poteau, ou, si c’est en rase campa-

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gne, il est garrotté pour recevoir les coups de la manière la plus bizarre et la plus cruelle à la fois. Un bâton court , passé entre les jambes, et auquel se rattachent des liens qui maintiennent les membres du patient dans une immobilité complète, livre l’infortuné à son bourreau. A Rio de Janeiro, il existe certains règlements relatifs au genre de correction qui peut être infligé aux esclaves. Si le délit semble dépasser le degré de culpabilité toléré dans les rapports habituels du maître avec l’esclave, celui-ci est envoyé immédiatement à la place du Calabouço, où la fustigation lui est administrée des mains du bourreau , et sous les yeux d’un inspecteur. Les fautes légères sont punies à l’instant de plusieurs coups de férule appliqués d’une manière assez vigoureuse pour que ce genre de correction, en apparence léger, soit un véritable supplice. Rien n’est plus douloureux , pour un étranger, que de voir se renouveler sans cesse ce châtiment domestique, que des femmes elles-mêmes ne craignent point d’infliger à leurs esclaves des deux sexes. Hâtons-nous d’ajouter que ce raffinement de cruauté , dont on cite des exemples si effroyables à la Guyane hollandaise et dans les colonies anglaises elles-mêmes , est bien loin d’exister dans le régime intérieur des habitations, où, en général, les noirs sont traités avec humanité. Il existe d’ailleurs , sur toute l’étendue du Brésil, un usage dont on ne saurait assez vanter l’influence dans un régime aussi déplorable que celui de l’esclavage. Si un étranger, passant dans la rue ou traversant une habitation, entend les cris d’un noir qu’on fustige, sa voix peut arrêter au même instant le châtiment. L’homme le plus animé parla colèredoits’arrêtersur-le-champ, sous peine de commettre une grave injure envers celui qui implore sa clémence, et dont les paroles ont alors force d 'empenho, ou de recommandation officielle. Nous avons eu occasion plus d’une fois d’user de ce droit, gui existait encore, il y a une quinzaine d’années, dans toute sa vigueur; et

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M. Auguste de Saint-Hilaire raconte que , durant ses longs voyages , la grâce d’un esclave ne lui fut jamais refusée, si ce n’est à Rio-Grande do Sul, où la faible population noire qui existe n’est peut-être pas complètement régie par les usages admis dans tout le reste du Brésil. B as ta, basta, senhor, il suffit, il suffit, monsieur, sont les paroles consacrées dans cette circonstance. La voix de l’étranger, qui se fait entendre inopinément, est considérée comme une sorte d’intervention providentielle, à laquelle le maître s’empresse d’obéir, mais qui ne lui fait rien perdre de ses droits vis-à-vis de l’esclave. Un autre usage, peut-être plus important encore, veut que le nègre fugitif et qui désire rentrer en grâce puisse le faire impunément, et reprenne ses travaux sans encourir les peines habituelles, s’il trouve quelque personnage compatissant, et jouissant d’une certaine considération sociale, qui veuille bien implorer la clémence du maître. Il se porte alors paclrinho, parrain ou répondant du fugitif, et, grâce à son intervention, l’esclave peut être admis dans l’habitation, sans encourir d’autre peine que celle d’une simple admonition.

Capitaës do mato. Mais tous les noirs fugitifs n’ont point cette ressource , et il en est d’ailleurs un grand nombre qui ne voudraient point en user. Quoique d’ordinaire plusieurs jours de la vie des forêts suffisent pour dégoûter un nègre marron du parti qu’il a pris, il en est qui persistent dans ce genre de vie déplorable, et qui forment des quilombos, ou des établissements temporaires , au centre des forêts du littoral. La plupart du temps, ils ne s’enfoncent pas à une grande profondeur dans les terres , surtout dans les provinces où ils pourraient craindre ie voisinage des Indiens sauvages, qui sont leurs ennemis naturels. Sur la côte cependant ils ont à redouter des ennemis impitoyables, qui sont perpétuellement à leur recherche; ce sont les capitaës do mato, les capitaines des bois , qui ont été institués uniquement dans le but de s’emparer de tous les noirs

marrons dont la fuite leur est signalée. Les capitaës do mato furent créés vers le premier quart du dernier siècle, à une époque où l’on craignait une révolte de la part des noirs de Minas. En 1722, des règlements furent établis qui fixaient leurs devoirs et qui spécifiaient la rétribution qu’on leur devait selon les diverses circonstances.

Les capitaës do mato sont toujours des hommes de couleur, mais libres; iis forment entre eux une sorte de milice fort active et fort redoutée des noirs marrons. L’usage veut qu’on leur ac* corde cent cinquante-six francs vingt* cinq centimes de notre monnaie pour chaque nègre fugitif qu’ils ramènent à leur maître. Cette somme est partagée entre eux.

Nous le répétons, cette population noire, composée à Rio de Janeiro de tant de tribus différentes, est précisément celle qui imprime à la masse générale son aspect d’originalité. Ces livrées si bizarres et quelquefois si riches que portent les noirs domestiques, ces coiffures étranges qui distinguent les tribus entre elles, de même que le tatouage; ces habitudes locales que l’esclavage ne fait que modifier, et qui rappellent toujours l’Afrique au milieu de la civilisation européenne, tous ces contrastes de mœurs, de costumes et de degrés de civilisation, donnent à la population noire de ces contrées un caractère qui persistera longtemps encore, et qui ne s’éteindra que lorsque les dernières ordonnances qui abolissent complètement la traite auront reçu toute leur exécution.

Je ne sais plus trop quel est le voyageur, c’est Golberry, je crois, qui a dit qu’à une certaine heure de la nuit toute l’Afrique était en danse, et que les noirs dansaient même au milieu des tombeaux. En passant en Amérique, en subissant la dure loi de l’esclavage, les noirs n’ont rien perdu de leur amour pour leur exercice de prédilection ; ils ont conservé l’usage de tous les instruments nationaux ; le banza , le tambour congo , le monocorde de Loango , retentissent sans cesse dans les rues de Rio de Janeiro. Leurs danses nationales

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s’improvisent dans tous les lieux où ils sont assurés de ne point être interrompus. La batuca , qui exprime alternativement les refus et les plaisirs de l’amour ; la capoeira, où l’on simule le combat; le Iccndou, qui est passé même sur le théâtre, et dont la grâce consiste surtout dans un mouvement particulier des parties inférieures du corps, qu’un Européen ne saurait jamais imiter; toutes ces danses passionnées , qui ont été décrites mille fois par les voyageurs, s’exécutent à Rio de Janeiro, comme elles avaient lieu dans nos colonies, comme elles s’exécuteront partout où il y aura des noirs, en changeant seulement de dénominations.

Mulâtres, hommes de couleur.

Notre intention ne saurait être de rappeler ici les différentes modifications, les nuances diverses, les teintes particulières que l’union des deux races influentes a développées au Brésil; ces faits ont été établis mille fois, et il serait inutile de les répéter. Au Brésil , il est fort peu de familles qui soient pures de tout mélange, et l’on peut affirmer que cette fusion des races va toujours croissant. Qui le croirait? Au commencement des derniers événements , ce fut cependant à cette circonstance qu’il fallut attribuer en partie les troubles qui se manifestèrent. Ici, comme en bien d’autres endroits, une question de race devint une question de haine. Les Européens se targuèrent complaisamment d’une origine qui , certes , ne faisait rien à leurs droits. On en vint aux exigences de la couleur, aux prétentions de la pureté d’origine; et, si l’on en croit un voyageur d’ordinaire fort bien informé, ce fut à la dénomination de mulâtre, imprudemment employée par le chef de l’État à l’égard de la population brésilienne, que fut du un ues plus importants changements dans la politique de ce pavs.

Ce qu’il y a de remarquable sans doute, et ce qui a été déjà indiqué avec beaucoup de sagacité, c’est que la qualification de mulâtre appartient, au Brésil , beaucoup plus à la législation qu’à la physiologie. Comme dans l’ori-

gine ia politique excluait réellement les mulâtres de plusieurs emplois, la loi était éludée sans cesse; le titre de blanc sans mélange était accordé par l’État, et même par la société, à tout homme de couleur, pourvu surtout que son teint offrît quelque nuance un peu claire. Si notre mémoire nous sert bien, Henri Rester cite à ce sujet une anecdote toute locale et vraiment caractéristique. Un étranger interroeait un homme de couleur sur un inividu qui venait d’être promu au grade de capitcto-mor, et il lui demandait s’il n’était pas mulâtre. Celui-ci semblait ne pouvoir le comprendre; mais comme le voyageur insistait pour obtenir l’explication de cette singulière métamorphose, il se décida enfin à lui répondre. «Il l’était, monsieur, mais il ne l’est plus ; un capitâo-mor ne saurait être mulâtre. »

Quant à l’influence effective du mulâtre pur sur les affaires politiques, elle est hors de doute ; une organisation physique essentiellement énergique, et qui le rend propre à résister a~l‘ardeur du climat, sa mobilité et son intelligence, en font un être tout à fait propre à figurer dans les révolutions , et peut-être à les exciter. On l’a dit avec beaucoup de raison : « La scission causée par l’orgueil américain du mulâtre d’une part, et la fierté portugaise du Brésilien blanc de l’autre, devient le motif d’une guerre à mort, qui se manifestera longtemps encore, dans les troubles politiques, entre ces deux races rivales par vanité (*). »

Agriculture des environs de Rio. Comme cela arrive pour la plupart des capitales , il s’en faut bien que le territoire de Rio de Janeiro soit un pays de grande culture. Cependant ce territoire est fertile, abondant, même varié à l’infini dans ses expositions ; il se prête assez aisément aux tentatives de toute espèce, et il est probable que, dans peu d'années, on verra se réaliser certains résultats vantés à l’avance avec exagération peut-être, mais qui prouvent chez ceux qui ont essayé ae les

(*) Debret , Voyage pittoresque au Brésil

obtenir, un ardent besoin d’améliorations. Comme eela doit être, les objets nécessaires à la consommation d’une grande ville occupent les petits agriculteurs; et, sous ce rapport, Rio de Janeiro est assez favorisé. Des fruits abondants, parmi lesquels on en distingue quelques-uns transplantés d’Europe; des légumes variés, et qui le seront davantage par la suite, attestent déjà combien les efforts des horticulteurs se sont réunis à ceux des anciens propriétaires. Sans répéter ici ce qui a été établi à ce sujet au commencement dç la notice, nous dirons que la culture du manioc réussit aux environs de Rio de Janeiro, qu’on le plante également dans les montagnes et dans Tes vallées, mais jamais dans les lieux humides. Nous rappellerons que l’aïpi, plus connu sous le nom de mandioca mansa, réussit également à merveille, et que sa racine farineuse, qu’il n’est pas nécessaire de réduire en farine, est devenue depuis longtemps un comestible commun à toute la population brésilienne. L’igname , que l’on plante dans les lieux sombres et humides ou le long des cours d'eau, prend un accroissement rapide, et récompense le cultivateur de ses soins par une double récolte. Sa racine farineuse se mange comme notre pomme de terre, et sa tige verdoyante, qui s’élève quelquefois à deux pieds, peut remplacer nos épinards. Le maïs, dont les anciens habitants faisaient un si grand usage, est cultivé encore sur le revers des collines; mais ses épis sont plutôt destinés à la nourriture des bestiaux qu’à celle des habitants. Le capim , cette graminée abondante qui sert de fourrage, les haricots ou feijoes de diverses espèces, qu’on rencontre en plus grande abondance à mesure qu’on avance davantage dans l’intérieur, forment autant de branches fructueuses de culture que l’on exploite à part, ou que l’on réunit sur la même habitation. Quelquefois un seul végétal utile suffit à la richesse d’une population plus laborieuse que les autres, et il y a aux environs de Rio de Janeiro une bourgade qui tire sa pros-

périté croissante de la culture du bananier. Mais, sans contredit, l’arbrisseau qui fournit jusqu’à présent à l’exportation les produits les plus avantageux, c’est le caûer; de même que la culture du coton appartient plus spécialement à Pernambuco et à Minas , celle de la canne à sucre et du tabac au territoire de San-Salvador, de même le cafier est devenu une source de richesse réelle pour la province de Rio.

Son introduction au Brésil ne date pas de longues années cependant; et si l'on examine le chiffre auquel s’élèvent les dernières exportations, on éprouvera quelque surprise à savoir que les premières caféières n’ont été établies que depuis environ soixante ans. Les premiers plants furent tirés sans doute des îles françaises, et ils furent introduits à Rio par un magistrat dont on ignore le nom, mais qui existait sous le gouvernement du comte de Bobadella. Enfin , d’après le rapport de MM. Spix et Martius , dont les renseignements sont en général si positifs , le docteur Lesème, planteur expérimenté de Saint-Domingue, vint former une plantation de café aux environs de Rio , et ce fut lui qui instruisit les colons du voisinage du meilleur moyen de culture. Nous n’entrerons pas dans des détails spéciaux , d’ailleurs bien connus sur la culture du cafier; nous nous contenterons de dire que, de l’avis même de quelques colons habiles , celle qui se pratique aux environs de Rio exigerait certains perfectionnements que le temps doit nécessairement amener. Faute des soins désirables, la couleur de la fève se perd, et elle n’offre point toujours au premier coup d’œil la teinte qu’on lui voudrait. Au lieu des machines propres à la dépouiller de son parenchyme , on se sert trop souvent du pilon ‘et du mortier. Malgré tout, les cafés de Rio de Janeiro se sont élevés, dans ces dernières années, à un degré d’estime qu’ils n’avaient pas obtenue jusqu’à présent, et tout fait prévoir qu’elle ira en s’accroissant. Rien n’est plus gracieux , aux environs de Rio de Janeiro, que les cultures de cet ar-

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brisseau; l’élégance de son port, la couleur éclatante de ses fruits , la manière dont il marie son feuillage aux autres végétaux des tropiques, tout contribue à rendre une catéière bien entendue un des lieux les plus riants et les plus pittoresques que l’on puisse visiter au temps de la récolte et de la floraison (*).

L’empereur don Pedro; résumé DES DERNIERS ÉVÉNEMENTS. L’empereur don Pedro naquit à Lisbonne, le 12 octobre 1798; c’était le second fils de don Joao VI et de Carlota-Joaquina, infante d’Espagne et fille de Charles IV. Ce fut par la mort prématurée de son frère don Antonio qu’il devint l’héritier présomptif de la couronne. Durant son enfance, il était d’un tempérament assez faible; mais il montra de bonne heure cette vivacité extrême de caractère qui l’a toujours distingué.

Son instruction fut confiée au P. Antonio d’Arrabida, ecclésiastique plein d’intelligence, qui le disposa dès l’enfance à ces sentiments religieux qu’on a toujours remarqués en lui. Son éducation n’eut rien de remarquable; cependant il eut cela de commun avec ses sœurs, qu’il acquit une certaine connaissance du latin, et que jamais il ne l’a oublié. Plus tard, son ancien précepteur, qui avait été nommé éveque d’Anamuria inpartibus , fut chargé de l’éducation des jeunes princes, et nommé en outre bibliothécaire de la bibliothèque impériale.

(*) «Au bout de trois ans , dit M. Hippoly te Taunay, dont la famille a possédé une plantation de ce genre aux environs de Rio , le cafier rapporte une demi-récolte , et , dès la cinquième ou la sixième année, il est en pleine vigueur. Sa durée est plus grande que dans les Antilles , parce que le Brésil ne connaît pas les ouragans affreux qui ravagent de temps en temps ces dernières. On ne voit pas encore de ces grandes propriétés telles qu’il y en avait à Saint-Domingue. La plupart des planteurs ont ici une modération très-philotophique; et, dès qu’ils récoltent le produit de cinq à six mille pieds, ce qui les fait vivre eux et leur famille dans l’aisance , ils ne se fatiguent plus à augmenter leurs revenu». »

Lorsque les affaires de 1q Péninsule prirent un caractère critique pour la maison de Bragance, il paraît que l’intention du prince régent fut d’envoyer son fils don Pedro, au Brésil, pour mettre à l’abri des convulsions politiques un rejeton si important de la famille; mais, à la persuasion de lord Strangford , qui était alors ministre de la Grande-Bretagne à Lisbonne, et plus encore sous le coup de la terreur qu’inspirait alors l’armée de Junot, il se décida lui-même, comme on sait, à partir sur le Prince du Brésil, vaisseau de guerre portugais que suivit le reste de la flotte. Durant le voyage, le jeune prince se montra plein de bonne humeur et de vivacité; il prenait plaisir à se mêler de la manœuvre, et il déployait dans ces occasions une vivacité, une adresse fort remarquable. Lorsqu’il ne se livrait pas à ce genre d’exercice, on le voyait assis à part, au pied du grand mât, lisant attentivement son Virgile , et prenant plaisir à repasser les aventures d’Énée , avec lequel , comme il le disait lui-même, il se trouvait quelque ressemblance. Le voyage fut ennuyeux; des vents violents et contraires retardèrent la navigation, et, comme le voyage avait été décidé d’une manière fort précipitée, peu de temps après la sortie du port, les objets de pure commodité se trouvèrent épuisés complètement. On cite, à ce sujet, plusieurs détails qui prouvent combien la famille fugitive eut de privations à souffrir.

Don Pedro avait dix ans lorsqu’il arriva au Brésil. Le premier soin de son père fut de le remettre entre les mains d’un gouverneur habile, et son choix se fixa sur Jean Rademacher, qui avait été ambassadeur de Portugal en Danemark , et qui , par sa résidence endiverses cours, s’était familiarisé avec presque toutes les langues de l’Europe.

Il était à supposer qu’un tel homme était éminemment propre aux fonctions qui lui avaient été confiées, et l’on pouvait croire que le prince tirerait un profit réel de ses instructions, lorsqu’il mourut soudainement. M.

Walsh, auquel nous empruntons ces

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faits, et qui paraît s’étre procuré sur l’enfance du prince des renseignements fort détaillés , dit que cette mort subite fut généralement attribuée au poison, et qu’on en accusa un esclave , qui , ayant contracté un vif attachement pour une femme dont la demeure était dans le voisinage de celle de son maître, craignit de s’en éloigner, et commit le crime pour s’opposer à un départ qu’il redoutait. On dit uue l’infortuné Rademacher attribua sa fin prématurée à un ennemi puissant, qui avait suivi la même carrière que lui , et qu’il mourut plein d’angoisses.

Privé ainsi, et d’une manière si inattendue, de son professeur, il paraît que le jeune prince ne se sentit pas disposé à recevoir les soins d’un autre professeur. Son attention se porta sur divers objets. Il montra de bonne heure un goût très-prononcé pour la mécanique, et, comme cela est arrivé pour son illustre homonyme de Russie, dit M. Walsh, on a conservé divers objets qui peuvent attester son habileté en ce genre. Il avait exécuté le modèle d’un vaisseau de guerre ; l’on montre encore un billard dont il avait disposéla table et les accessoires (*). Mais l’art auquel il se livra avec un réel enthousiasme fut la musique : dès l’âge le plus tendre, il avait manifesté sous ce rapport un goût qui ne pouvait être douteux ; il donna bientôt des preuves positives d’un talent décidé. Non-seulement il avait appris à jouer de plusieurs instruments, mais on sait qu’il composait avec bonheur; plusieurs morceaux exécutés à la chapelle royale étaient de lui, et outre l’hymne” national, qui est connu de tout le monde maintenant , il a fait, diton , la musique et les paroles de plusieurs modinhas devenues populaires, et qui attestent un vrai talent.

De bonne heure , il sut varier ces occupations sédentaires par la vie la plus active. C’était un hardi cavalier ; il montrait l’inclination la plus vive pour la

(*) Le voyageur qui nous fournit ces détails ajoute qu’il ne déployait pas moins d’habilelé à ce jeu, qu’il avait montré d’adresse à fabriquer le billard lui-même.

chasse , et , dans un pays où cet exercice présente des difficultés qu’on ne peut guère se figurer en Europe , il déployait une ardeur et une intrépidité qui pouvaient faire présumer d’avance quelle serait cette activité dans des choses plus importantes, qu’il a tant de fois manifestée depuis.

Quand l’âge de Je marier fut arrivé, la paix, si longtemps interrompue en Europe, était rétablie. Son père forma le projet de l’unir à une princesse de la maison d’Autriche , et il résolut de demander pour lui une des filles de l’empereur François Ier, Léopoidine, sœur de Marie"- Louise. Ce mariage fut négocié par le marquis de Marialva, et il fut célébré, par procuration, le 13 mars 1817. On n’a pas oublié encore la magnificence que l’ambassadeur déploya dans cette circonstance; elle rappela, dit-on, toute la splendeur des temps passés. La princesse ne tarda pas à s’embarquer, et elle arriva au Brésil le 5 novembre de la même année. Ceux qui la virent à cette époque n’en parient point sans un souvenir affectueux. Elle avait l’aspect le plus intéressant; sa taille n’était pas élevée, mais on ne peut mieux proportionnée; ses yeux bleus, ses traits réguliers, ses couleurs brillantes, ses cheveux d’un blond doré formaient un contraste remarquable avec les personnes qui l’entouraient, et dont la beauté méridionale offrait un tout autre aspect.

Mais ce qu’on remarqua surtout chez la jeune princesse, ce fut cette expression de bonté parfaite et de bienveillance qui ne l’abandonna jamais dans le cours trop borné de sa vie. Ces qualités personnelles et cette excellence de cœur que l’on ne tarda pas à remarquer en elle lui concilièrent, au premier abord, l’affection de son mari, et la rendirent bientôt l’objet du plus vif intérêt. Cette époque fut marquée, à Rio, par des fêtes brillantes, dont on n’a point encore perdu le souvenir.

Bientôt les troubles qui s’étaient manifestés à Pernambuco exercèrent quelque influence sur la position de don Pedro Des ennemis secrets tenté-

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reiit, dit-on, de lui aliéner l’esprit de son père. Ce fut alors , que , pour se laver dans son esprit de ces imputations injurieuses, il leva et équipa à ses frais un bataillon composé en partie de ses domestiques et des gens de sa cour; et, qu’après lui avoir imposé le nom de volontaires du 'prince royal, il le mit à la disposition de son père, comme devant être toujours prêt à se lever pour sa défense. Ceci , toutefois, n’empêcha pas qu’on ne prît des mesures pour arrêter la bienveillance populaire qui s’était manifestée en sa faveur.

Quelques individus qui l’avaient accueilli par des vivat furent arrêtés.

Nous n’avons insisté sur ce fait que pour indiquer l’origine de dissensions intérieures qui ne devaient pas tarder à faire changer de face l’état politique du Brésil.

Nous passerons rapidement sur la révolution du mois de février 1821, parce que les faits principaux en sont connus , et que les événements qui l’ont amenée sont encore présents à la mémoire de ceux qui s’occupent de politique. Tout le monde sait quelle fut la fin du règne de Jean VI , et le terrible massacre de la Bourse atteste suffisamment la violence de cette grande commotion politique; personne n’ignore comment, après avoir porté durant quelque temps les titres deprince régent et de défenseur perpétuel du Brésil , don Pedro fut solennellement proclamé empereur constitutionnel. Si l’on s’en rapporte aux documents d’un diplomate habile que nous avons sous les yeux , ce pacte aurait été librement consenti entre le fils qui prenait la couronne et le père qui l’abandonnait; l’énergie de don Pedro se serait exercée contre le parti européen , et non pas contre la volonté persistante de celui qu’il devait respecter (*). Quoi qu’il en soit, le pas une fois franchi, il fallut donner une constitution au Brésil. Les députés des pro-

(*) Éclaircissements historiques relatifs aux affaires de Portugal , depuis la mort du roi don Jean VI jusqu’à mon arrivée en France , par le marquis de Rezende. Paris , 1 83o. ; gr. iu-8.

vinccs furent réunis dans la capitale, et, dès le principe, le nouveau souverain s’aperçut que des tendances républicaines se manifestaient au sein de l’assemblée. Il conçut des craintes pour son autorité mal affermie ; l’assemblée constituante fut dissoute d’une manière violente; des hommes recommandables furent exilés; mais, comme l’a dit un savant qui s’est fait un moment historien impartial et habile, «ce coup d’État était audacieux;; et, par l’étourdissement qu’il occasionna , il accrut un moment le pouvoir de l’empereur. » Avec M. de Saint-Hilaire , nous pensons que , selon toute probabilité, la dissolution de l’assemblée constituante ne servit, en dernière analyse , qu’à rendre l’empereur un peu moins populaire. Ce qu’il y a de certain, c’est que, dès 1823 , la défiance était assez forte pour que l’on doutât qu’une chambre nouvelle pût continuer ses travaux en toute*sécurité, et sans craindre que la violence vînt l’arracher à ses discussions. Don Pedro avait offert un projet de constitution; le peuple, par l’organe des municipalités, exigea que ce pacte fondamental fût ratifié sur-le-champ.

Ce fut le 25 mars 1824 que les autorités prêtèrent serment à ia nouvelle constitution. L’histoire ne s’arrêtera pas sans doute aux détails fort accessoires de ce grand acte; mais il en est un qui ne pouvait manquer de frapper l’imagination mobile des Brésiliens. C’était dans le théâtre que le serment devait être prêté; durant l’intervalle qui s’écoula entre cette décision et le jour fixé, le théâtre devint la proie des flammes. Le 26 mars cependant l’empereur accepta solennellement la constitution. Le sénat et la chambre des députés commencèrent bientôt leurs travaux ; mais , il faut bien le dire, il ne se trouva pas alors dans le sein de ces deux assemblées législatives un de ces génies rénovateurs qui soutiennent de leur puissance la faiblesse d’un peuple, et qui savent modifier par l’exécution le génie incomplet des lois. Dans le pacte nouveau qu’il avait proposé à la nation et qu’il venait de jurer, don Pedro avait manifesté des

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intentions sincères et généreuses; il n’est pas aussi certain qu’il eût deviné tous les besoins d’un peuple dans lequel on trouve les éléments les plus hétéroènes , et qui n’a pas encore eu le temps 'apaiser ses passions (*).

(*) On trouvera une traduction de la constitution du Brésil, telle qu’elle fut promulguée en 1825, dans la troisième partie de l’Art de vérifier les dates, donnée par le savant Warden. Nous en offrirons ici un extrait, tel qu’il se trouve dans notre Traité géographique sur le Brésil.

L’empire du Brésil est l’association politique de tous les citoyens brésiliens; ils forment une nation libre et indépendante , qui n’admet avec aucune autre de lien d’union ou de fédération qui s’opposerait à son indépendance.

Son gouvernement est monarchique, héréditaire, constitutionnel et représentatif.

La dynastie régnante est celle de don Pedro , dont le fils est empereur actuel , et prend le titre de défenseur perpétuel du Brésil. Il y a une régence.

La religion catholique, apostolique et romaine , continuera d’être la religion de l’empire ; toutes les autres religions seront permises.

Les pouvoirs politiques reconnus par la constitution de l’empire du Brésil sont au nombre de quatre : le pouvoir législatif, le pouvoir modérateur, le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire.

Les représentants de la nation brésilienne sont l’empereur et l’assemblée générale ; tous ces pouvoirs, dans l’empire du Brésil, sont délégués par la nation.

Le pouvoir législatif est délégué à une assemblée générale, avec la sanction de l’empereur.

L’assemblée générale se compose de deux chambres : la chambre des députés, et la chambre des sénateurs ou sénat.

Le sénat se compose de membres nommés à vie , et il sera formé par des élections provinciales.

La chambre des députés est élective et temporaire ; à la chambre des députés seule appartient l’initiative, i° sur les impôts, 2° sur le recrutement , 3° sur le choix d’une dynastie nouvelle en cas d’extinction de l’ancienne.

Les séances de chaque chambre sont publiques , à l’exception des cas où le bien de l’État exige qu’elles soient secrètes.

On l’a rappelé avec beaucoup de sagesse : « Il n’y a pas sans doute d’homogénéité parmi les habitants du Brésil ; cependant on peut dire en général qu’ils ont des mœurs douces, qu’ils sont bons , généreux , hospitaliers , magnifiques même , et qu’en particulier ceux de plusieurs provinces se font remarquer par leur intelligence et la vivacité de leur esprit. Mais le système colonial avait maintenu les Brésiliens dans la plus profonde ignorance; l’admission de l’esclavage les avait familiarisés avec l’exemple des vices les plus abjects; et, depuis l’arrivée de la cour à Rio de Janeiro, l’habitude de la

Aucun sénateur ou député ne peut être arrêté pendant la durée de son mandat.

On ne peut être en même temps membre de deux chambres.

L’exercice de tout emploi, à l’exception de ceux de ministre et de conseiller d’État, cesse entièrement tant que durent les fonctions de député ou de sénateur.

Les députés touchent, pendant les sessions , une indemnité réglée à la fin de la dernière session de rassemblée précédente.

L’indemnité des sénateurs est delà moitié plus forte que celle des députés.

Les nominations des députés et des sénateurs à l’assemblée générale , et des membres des conseils généraux de province, sont faites par des élections indirectes. La masse des citoyens actifs , dans les assemblées paroissiales , élira les électeurs de province , et ceux-ci les représentants de la nation et des provinces.

Tous ceux qui sont électeurs sont habiles à être députés, excepté ceux qui ne tirent pas de leur bien, de leur commerce et de leurs emplois , un revenu net de 4,000,000 de reis.

Le pouvoir modérateur est délégué à l’empereur, dont la personne est inviolable et sacrée ; il l’exerce en convoquant extraordinairement l’assemblée générale, en la prorogeant ou en l’ajournant, en nommant et en dissolvant à sa volonté les ministres d’Élat, en cassant la chambre des députés , pour en convoquer immédiatement une autre, en pardonnant aux coupables condamnés, etc.

L’empereur est le chef du pouvoir exécutif, et il exerce ce pouvoir par ses ministres d’État.

Les ministres d’Élat seront responsables.

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vénalité s’était introduite dans toutes les classes. Une foule de patriarchies aristocratiques , divisées entre elles par des intrigues , de puériles vanités , des intérêts mesquins, étaient disséminées sur la surface du Brésil ; mais , dans ce pays, la société n’existait pas, et à peine y pouvait-on découvrir quelques éléments de sociabilité. »

« Il était bien clair que la nouvelle forme de gouvernement aurait dû être adaptée à ce triste état de choses; qu’elle devait tendre à unir les Brésiliens, et à faire, en quelque sorte, leur éducation morale et politique; mais, pour pouvoir donner aux habitants du Brésil une charte conçue dans cet esprit , il aurait fallu les connaître profondément; et don Pedro, que son père avait toujours tenu éloigné des affaires, pouvait à peine connaître Rio de Janeiro, ville dont la population, difficile à étudier, présente un amalgame bizarre d’Américains et de Portugais , de blancs et de gens de couleur , d’hommes libres, d’affranchis et d’esclaves ; ville qui , tout à la fois colonie, port de mer, capitale , résidence d’une cour corrompue , s’est toujours trouvée sous les plus fâcheuses influences.

« Don Pedro , animé par des sentiments généreux, voulait sincèrement que son peuple fût libre. Ce fut la noble idée qui présida à la rédaction de sa charte constitutionnelle. Cette charte consacrait des principes justes, et quelques-uns de ses articles méritent de grands éloges; d’ailleurs, elle ne différait pas essentiellement de tant de combinaisons du même genre; elle n’avait rien de Brésilien , et elle aurait peut-être convenu tout aussi bien au Mexique qu’au Brésil, à la France qu’à l’Allemagne (*). »

Nous partageons complètement l’opinion de l’écrivain qui nous fournit ces réflexions ; et il est probable que les législateurs brésiliens ont été déjà plus

(*) Voyez M. Auguste de Saint-Hilaire, Précis de l’histoire des révolutions de l’empire brésilien, depuis le commencement du règne de Jean VI jusqu’à l’abdication de don Pedro.

d’une fois à même de remarquer ce vice fondamental d’organisation. Le»

choses marchèrent ainsi cependant durant quelques mois. Le gouvernement sembla se consolider. Pernambuco, qui n’avait pas voulu accepter le nouvel état de choses, et qui s’était mis en état d’insurrection , tomba au pouvoir des troupes impériales. Malheureuse ment , on se crut assez fort pour recommencer les hostilités avec le gouvernement de Buénos-Ayres , et pour porter la guerre sur le territoire de Monte-Video. Cette guerre impolitique n’eut qu’une issue fâcheuse. Des actions partielles s’engagèrent ; des pourparlers eurent lieu ; don Pedro ne voulait consentir ni à la cession de Monte-Video , ni à celle de la Cisplatine. Il se transporta sur le théâtre des événements ; mais il était encore sur les frontières , lorsque la bataille d 'Ituzaingo eut lieu. Après un combat de six heures, l’avantage resta aux républicains. Soit que les Brésiliens n’eussent perdu que deux cents hommes , comme l’avouaient les dépêches officielles , soit que leur perte s’élevât jusqu’à douze cents, ainsi que le prétendaient les vainqueurs , il n’en est pas moins vrai qu’après des ravages déplorables exercés sur les estancias et sur les missions, après des négociations que ne voulurent pas ratifier d’abord les provinces-unies de la Plata , l’ancienne république Cisplatine faisait de nouveaux pas vers l’indépendance. Pendant que cette guerre malheureuse semblait occuper exclusivement l’empereur, la jeune impératrice expirait, regrettée de tous ceux qui l’avaient connue, et don Miguel élevait ses prétentions au trône de Portugal : les événements se compliquaient.

L’empereur, néanmoins, était revenu depuis longtemps dans sa capitale. le 3 mai 1827, il avait ouvert de nouveau les chambres législatives , en demandant la continuation de la guerre avec Buénos-Ayres. Son intention dositive de maintenir les droits de sa fille aînée à la couronne de Portugal, avait été manifestée. Dona Maria, créée duchesse de Porto , s’était embarquée

L’UJNI VERS.

pour l’Angleterre, lorsqu’eut lieu un événement qui était fort étranger à la politique, mais dontles résultats eurent trop d’influence sur la situation de Rio , pour que nous n’en parlions pas ici. Le régiment des étrangers se révolta, et la force la plus énergique devint nécessaire pour réprimer cette sédition. Si l’on s’en rapporte aux documents qui nous sont parvenus, le colonel Cotter, officier irlandais au service du Brésil , aurait signé un contrat avec ce gouvernement pour faire entrer un nombre assez considérable de ses compatriotes dans les rangs de l’armée brésilienne. Soldats et colons à la fois, ces hommes, qui devaient toujours se tenir prêts à agir comme soldats dans la province de Rio de Janeiro , ne devaient primitivement que cinq années de service militaire. Au bout de ce temps , dit - on , cinquante acres de terre devaient leur être accordées en toute propriété. Des conventions avaient été stipulées relativement à la paye et au régime intérieur ; et il paraît que, dès l’origine, ces deux clauses importantes restèrent sans exécution. On prétendit même exiger d’eux un serment qui les constituait soldats pour un temps illimité. Les choses s’aigrirent ; la haine qui s’était manifestée naguère d’une manière si énergique à l’égard des Portugais, atteignit bientôt ces étrangers venus d’Europe ; et il n’était pas jusqu’aux esclaves, dit un historien, qui ne les insultassent dans les rues , en les appelant escravos brancos , désignation injurieuse que leur situation déplorable ne rendait que trop réelle. Des rixes violentes eurent lieu avec les noirs ; elles pouvaient faire prévoir à l’autorité les scènes qui se préparaient. Les Allemands , mécontents eux-mêmes de leur situation , firent cause commune avec les Irlandais. Dès lors , il suffisait de la circonstance la plus légère pour allumer l’incendie : le hasard l’amena.

Un soldat allemand, ayant négligé d’ôter son bonnet devant un enseigne, avait été condamné à recevoir cinquante coups de fouet pour cause d’insubordination ; il s’était refusé à ôter

son habit , et la peine avait été portée à deux cent cinquante coups. Il avait déjà subi la plus grande partie de cette torture effroyable , lorsque ses camarades, irrités , s’écrient qu’on va le faire périr, et le mettent en liberté. Le tumulte s’accroît parmi les étrangers. Déjà l’empereur a consenti à recevoir une députation composée de quelques-uns d’entre eux , et ils se sont retirés dans leurs casernes, lorsque cinquante à soixante Irlandais se rendent à San- Christovào, pour faire cause commune avec les Allemands. Alors le désordre est à son comble , les magasins de munitions sont forcés , et l’arrivée de nouvelles trou pes allemandes, revenant de Pernambuco, augmente les forces des insurgés. Mais, quand le bruit se répand que les deux régiments allemands marchent des deux extrémités de la ville pour se joindre aux Irlandais qui occupent le campo d’Acclamacào , quand on peut supposer que les habitations vont être pillées et brûlées, une mesure énergique devient nécessaire ; elle est adoptée avec précipitation.

Le ministre de la guerre fait prendre les armes aux troupes brésiliennes, et l’ordre est donné au comte de Rio-Pardo d’exterminer tous les étrangers. Le croirait-on , la mesure la plus impolitique permet aux noirs esclaves de s’armer de couteaux et de poignards, et de marcher contre les troupes révoltées. En un instant, le campo d’Acclamacào se trouve couvert de morts et de blessés. On veut faire cesser le carnage ; le gouvernement s’adresse aux ministres de France et d’Angleterre, pour que des secours en hommes soient demandés aux vaisseaux qui occupent la rade. Pendant ce temps, un régiment de Minas-Geraes, renforcé de cavalerie, marche sur le lieu de l’action. Si l’on fait attention que les insurgés n’ont pu se procurer qu’une soixantaine de fusils tout au plus , si l’on songe en même temps qu’ils manquent de munitions, l’issue ne sera plus douteuse. Cernés de tous côtés , comprenant que la résistance est inutile , ils se retirent enfin dans leurs casernes; mais le tumulte

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a duré trois jours , soixante hommes ont péri , plus d’une centaine ont été blessés ; et, comme la tourbe des noirs esclaves a été armée, les assassinats durent encore quelque temps dans les rues. La tranquillité même ne se rétablit que lorsque l’usage des armes est prohibé pour toute la population , et que l’effervescence du sang africain a pu enfin se calmer.

Quatorze cents Irlandais , embarqués pour l’Angleterre et restes de deux mille quatre cents individus qui avaient émigré , prouvaient assez combien cette expédition avait été malheureuse. Cependant quatre cents colons , appartenant à cette nation , restèrent au Brésil; et, lorsqu’on visite le district d’Itaporoa, dans le pays d’Ilheos, on peut voir une petite colonie assez florissante : c’est celle qui se composa primitivement de cent et une familles irlandaises, qui se mirent directement sous la protection du vicomte Camamu , président de la province.

Quant aux Allemands , ils furent jugés selon toute la rigueur des lois militaires ; l’un d’eux , condamné à mort, mourut avec le sang-froid le plus stoïque. Le régiment dont il faisait partie fut envoyé dans le Sud , et la tranquillité se rétablit à Rio.

En dépit de ces troubles , qui prenaient leur source dans un instinct secret de haine pour tout. ce qui n’était point né Brésilien; malgré la lutte sérieuse que l’empereur entrevoyait pour lui-même, et la pénurie progressive du trésor, de réelles améliorations s’étaient introduites dans le régime intérieur du Brésil; et, si l’impulsion donnée au commerce peut en réclamer la meilleure part, il y aurait sans doute de l’injustice à refuser à don Pedro une volonté sérieuse , une coopération active dans tout ce qui pouvait hâter l’émancipation intellectuelle du Brésil.

Le 17 octobre 1829, il épousa la princesse Amélie- Augusta Napoléon , fille du prince Eugène ; et l’accueil qui fut fait à la jeune impératrice, lors de son entrée solennelle à Rio, put lui faire

supposer qu’il n’avait pas encore perdu l’amour de ses peuples. Cependant , c’est avec raison qu’on l’a représenté antérieurement comme étant fatigué du gouvernement dont il était le chef, et tourmenté par des tracasseries toujours renaissantes. C’est avec raison qu’on a signalé la disposition funeste qui l’entraînait à choisir ses favoris parmi les Portugais, et à écouter des récits menteurs , qui , en lui peignant les délices de l’Europe sous l’aspect le plus séduisant, le dégoûtaient du Brésil, « qui peu à peu se dégoûtait de lui. » On devait le supposer néanmoins, la nouvelle alliance que l’empereur venait de contracter pouvait rattacher bien des fils brisés; les liens qui n’avaient fait que se relâcher momentanément, pouvaient se resserrer avec énergie :

telle fut sans doute la foi populaire, lorsque l’impératrice apporta dans Rio les nobles souvenirs qui se rattachaient à sa naissance. Cet état de choses ne dura pas longtemps.

Selon les écrivains les mieux informés, la catastrophe était inévitable , et elle fut accélérée par un personnage que désormais J’histoire du Brésil ne saurait laisser dans l’oubli; mais, pour faire connaître l’influence qu’exerça Filisberto Caldeira Brant, marquis de Barbacena , il faut rétrograder de quelques années. « La peinture exacte du caractère de Filisberto aurait quelque chose de très-piquant pour les Européens, et offrirait peut-être un type particulier dans un roman de mœurs, a dit M. Auguste de Saint-Hilaire; mais, si l’histoire contemporaine peut se permettre des considérations générales, elle doit d’ailleurs se renfermer dans le récit des faits. Filisberto avait mené une vie fort aventureuse, et déjà, sous l’ancien gouvernement, il était parvenu à une très-grande fortune.

L’empereur accumula sur lui les titres et les honneurs. Il fut général en chef de l’armée du Sud , se mit à la tête de toutes les transactions importantes que le Brésil passa avec les étrangers, se chargea de tous les emprunts ; et enfin , ce fut à lui que l’empereur confia les négociations relatives à son mariage

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avec la jeune princesse , fille d’Eugène Beauharnais.

« De retour au Brésil , Filisberto Caldeira Brant profita de l’enivrement que causait au monarque l’alliance la

{>lus heureuse. Au milieu des fêtes brilantes qui se succédèrent, l’adroit courtisan eut l’habileté de s’insinuer de plus en plus dans l’esprit de son maître ; il fit valoir ses importants services, et finit par s’imposer lui-même comme un homme dont on ne pouvait se passer. On lui offrit le ministère des finances et la présidence du conseil; mais il refusa d’accepter ces faveurs, à moins u’on ne lui donnât une haute marque e la satisfaction impériale, en légalisant, sans aucun examen, les comptes qu’il présentait.

«Parvenu au timon des affaires, Filisberto sentit qu’il ne s’emparerait pas entièrement de l’esprit du monarque, s’il ne réussissait à éloigner quelques favoris influents , et surtout Francisco Gomes, secrétaire intime du cabinet de l’empereur, et da Rocha- Pinto, sous-intendant des propriétés impériales. Il leur suscita des querelles , et l’empereur se vit obligé d’envoyer en Europe les deux confidents qu’il chérissait. Arrivé à Londres, Gomes n’y perdit point de temps; il réunit le plus de documents qu’il lui fut possible, pour prouver que Filisberto n’avait pas été toujours un agent sans reproche, et il envoya ces documents à l’empereur lui-même. L’affection que l’empereur portait à son ministre se changea tout a coup en indignation; il l’accabla des plus violents reproches et le destitua.

« Tandis que Gomes tramait la perte de Filisberto , ce dernier ne s’était point endormi; il avait profité du pouvoir qu’il possédait encore, et, accoutumé à manier les hommes, il avait su se ménager un parti. Déchu, il ne se laissa pas abattre; mais, assuré des partis qu’il s’était ménagés dans les chamores, il publia un pamphlet, où, écartant avec adresse la véritable question , lui-même se fit accusateur. Par la publicité que lui donna Filisberto, cette dispute devint une affaire nationale.

Le ministre disgracié se mit à la tête

des mécontents; il créa des journaux qui favorisèrent sa haine et ses desseins; il les répandit avec profusion , et excita de tout son pouvoir cet esprit révolutionnaire qui bientôt amena l’abdication de l’empereur. »»

Mais quelles furent les circonstances qui accompagnèrent ce grand événement? comment s’accomplit cette dernière catastrophe? C’est ce qu’il faudrait de longues pages pour raconter d’une manière satisfaisante, et ce que nous allons essayer de dire en quelques mots.

Dès le commencement de 1830, l’orage allait toujours grossissant; des idées d’union fédérative étaient jetées dans le peuple, des clubs hostiles se formaient. Don Pedro voulut tenter un dernier effort pour ramener les esprits. De toutes les provinces du Brésil, Minas-Geraes était la contrée où il avait peut-être conservé le plus de partisans, et néanmoins une grande fermentation s’y manifestait. L’empereur espéra tout apaiser par sa présence; cette longue excursion politique ne devait point se faire comme celle qu’il avait accomplie si rapidement quelques années auparavant. L’impératrice fut du voyage; une suite nombreuse raccompagna.

Parti de Rio de Janeiro le 30 décembre 1830, l’empereur n’était arrivé que le 23 février suivant à Villa-Rica, ou, si on l’aime mieux, à la cité impériale d’Ouro-Preto. Partout il avait recueilli des témoignages d’affection; mais souvent aussi il était resté douze jours entiers sans recevoir aucune dépêche de sa capitale , où s’agitaient tant de partis.

Ce fut au centre du pays de Minas, au milieu d’une population à laquelle sa force morale donne une réelle prépondérance, que don Pedro avoua des craintes qu’il ne pouvait plus déguiser. Dans la proclamation qu’il adressa aux Mineiros, l’empereur signala les tentatives qui étaient faites sur le peuple; il parla avec amertume des projets de fédération; il rappela le serment qui avait été fait à la charte r et qu’on était sur le point de violer. 11 n’y a nul doute

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qu’il ne dût rencontrer plus d’un sentiment sympathique chez les hommes auxquels il s’adressait; peut-être même, avec une volonté énergique, eût-il pu trouver au centre de l’empire des forces suffisantes pour conserver le pouvoir.

Il fallait rompre avec les cités du littoral : la fermentation qui se manifestait à Rio de Janeiro au contraire le rappela. Le 12 mars, il arriva au palais de San-Christovâo. Le voyage du retour s’était opéré avec une rapidité prodigieuse; don Pedro n’était point attendu. Le parti portugais voulut illuminer; les fédéralistes s’opposèrent à cette manifestation d’une joie qu’ils étaient loin de partager. Une rixe s’ensuivit; le sang coula. A la suite de ces nouveaux troubles, un ministère brésilien fut constitué.

Le 4 avril, anniversaire de la naissance de la reine de Portugal, dit l’Art de vérifier les dates , rédigé par M. Warden, il y eut à la cour baisemain et réjouissance; mais , pendant ce temps , il éclatait des troubles sérieux , u’on prétendait avoir été excités par eux frères, l’un brigadier, l’autre aide de camp de l’empereur. Le lendemain, ce prince fut témoin lui-même des tentatives faites par les agitateurs, pour séduire un bataillon arrivant de Santa- Catharina. Il se décida à renvoyer ses ministres, et à en nommer de nouveaux dans un sens tout opposé.

Il s’en faut bien que ce nouveau ministère plût à la masse. Le désordre s’accrut; on vit des bandes d’hommes armés parcourir les rues de la capitale. Les mulâtres devinrent menaçants ; le renvoi des ministres fut demandé à grands cris. Ce fut alors que le commandant des troupes de Rio , Francisco de Lima, qu’on avait vu favoriser l’insurrection de tout son pouvoir, vint exiger, au nom du peuple, le rétablissement de l’ancien ministère. Selon d’autres renseignements, trois magistrats se seraient transportés au palais, et ils auraient adressé cette demande positive à l’empereur. Quoi qu’il en soit, la réponse de don Pedro ne manqua ni de mesure ni de dignité. Il déclara qu’il ne se refuserait point à faire

droit aux réclamations qui lui sembleraient justes, mais qu’il ne consentirait jamais à subir la loi qu’on voudrait lui imposer, parce que ce serait violer évidemment l’ordre établi par la constitution. Cette réponse, transmise au camp de Santa-Anna, où des troupes assez nombreuses s’étaient réunies , ne fit qu’exaspérer les esprits. Le nombre des insurgés s’accrut; les portes des arsenaux furent enfoncées; on s’empara des armes ; bientôt don Pedro se vit abandonné même des troupes assez nombreuses auxquelles avait été con fiée la garde du château de San-Christovâo.

Ce fut alors, comme l’a dit un historien bien informé, qu’il prit la résolution de renoncer au trône , résolution à laquelle toutes ses pensées l’avaient déjà, sans doute, conduit depuis longtemps. Il rédigea lui-même l’acte d’abdication qui transmettait la couronne à son fils; et, le 7 avril, à deux heures du matin, quand le major Frias se présenta au château , où il n’y avait plus que quelques gardes d’honneur, et qu’il se dit chargé par Francisco de Lima de demander encore une fois le renvoi des ministres, don Pedro se contenta de lui remettre l’acte d’abdication, en ajoutant ces paroles :

« Voici l’unique réponse digne de moi : j’abdique la couronne et je quitte l’empire. Soyez heureux dans votre patrie. «

Le 8 avril 1831 , un conseil provisoire de régence était déjà formé , et le lendemain on portait le jeune don Pedro II en triomphe à l’église, où il était proclamé empereur. Le 13 avril, la corvette anglaise la Volage , et le navire français la Seine, sortirent du port de Rio de Janeiro. Ces deux bâtiments portaient don Pedro et la jeune reine de Portugal , et ils se dirigeaient vers la France (*).

(*) Don Pedro passa dn Warspitc, où il s’était réfugié d’abord, sur la Volage. Ce fut de ce navire qu’il écrivit à l’assemblée, pour demander le maintien du décret qui confiait la tutelle du jeune prince à Bonifacio de Andrada e Silva , qui méritait à si juste titre celte marque de confiance. Il

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Coup d’œil général sur les provinces du Brésil; examen de

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