‹ Brésil, Colombie et GuyanesChapitre 26 sur 39 · OS · texte numérisé non relu

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San-Salvador à Belmonte dans un temps plus limité, les bords de ces deux fleuves servent encore d’asile à une multitude de tribus dispersées.

C’est là qu’habite la plus redoutée de toutes. C’est là aussi que nous nous arrêterons pour examiner son aspect physique, ses coutumes, et surtout les révolutions qu’elle a subies.

Botocoudos. Lorsqu’on est donc parvenu sur les plages, à moitié désertes, où vont se perdre le Rio-Doce et le Belmonte, la pensée se porte naturellement vers ces Endgerekmoung, auxquels les Portugais ont donné le nom de Botocoudos , et que l’on considère comme la nation la plus sauvage de ces contrées. Ce n’est point la stérilité de la terre, c’est encore bien moins la rigueur du climat , qui empêche cette race d’hommes de faire quelques pas vers la civilisation. Comme le Tapuya, dont il descend , le Botocoudo est un guerrier fugitif, et toute son industrie se réduit à façonner un arc immense, et des flèches qui ne manquent jamais le but. Issu d’un peuple nomade, il n’a pas eu le loisir d’imiter l’industrie des autres Indiens. Il ne repose point dans un hamac; une cabane de palmier l’abrite rarement : il dédaigne presque toujours de se mettre à l’abri des injures de l’air. Enfin il est complètement nu, et il ne cherche jamais à déguiser sa nudité en empruntant aux autres sauvages la forme de leurs ornements ; il lui suffit de se colorer la peau avec la teinte noire du jenipa et la couleur orangée du rocou. Cet être misérable, que l’on poursuit jusque dans ses déserts, sait se défendre avec courage. Il peut mourir, mais il connaît à peine les moyens de soutenir sa vie précaire; car le gibier venant à lui manquer, les bois ne lui offrant plus de fruits , il souffre cruellement de la faim. Plus que tout autre sauvage cependant, il aime ses bois , et, il faut l’avouer, les grandes forêts désertes semblent être le seul lieu qui convienne à celui dont les dehors sont restés si farouches. Le dirai-je? la première fois que je vis un Botocoudo dans sa sombre indolence, dans ce repos stupide qui #

14e Livraison. (Brésil. ’>

semble exclure toute faculté de penser, je ne pus m’empêcher de faire un bizarre parallèle , et ce ne fut pas sans une sorte d’effroi que je contemplai cet être qu’il fallait bien reconnaître comme appartenant à l’humanité, et qui avait presque les habitudes d’une bête fauve. C’était un vieux guerrier accroupi sur un tertre; ses yeux tristes se tournaient vers nous avec cet abaissement de la paupière qui indique le besoin du sommeil; sa main, lancée comme au hasard , allait frapper la mouche incommode dont la piqûre le tourmentait :

il la sentait et ne la cherchait point. Son bras renouvelait à chaque instant ce geste plein de nonchalance, et il y avait dans cette mobilité instinctive quelque analogie avec le mouvement qu’un cheval imprime à sa queue quand des insectes viennent le tourmenter en trop grand nombre, et qu’il veut s’en débarrasser. L’homme que je voyais en ce moment n’est pas plus incomplet par l’intelligence que tous ceux de sa race; je m’en convainquis plus tard.

Plus tard même, je vis que cette apathie stupide n’étâit qu’un faux dehors, et que des sentiments profonds d’amour, de haine ou d’admiration étaient renfermés sous cette enveloppe grossière. Je vis que quand la passion venait animer la fixité horrible de cette physionomie sauvage, l’Indien grandissait tout à coup, qu’il reprenait sa dignité d’homme, et que c’était bien encore le dominateur des forêts.

Les Botocoudos descendent des Aymorès (*) ; c’est ce que disent en général les historiens , mais c’est ce qu’ils répètent sans donner des détails bien positifs sur cette race primitive. Or, voici ce que l’on trouve dans le précieux manuscrit portugais de la bibliothèque royale, qui nous a fourni déjà tant de curieux renseignements.

« La raison veut que nous ne passions

(*) Du mot embure', nom indien du barrigudo ou bombax ventricosa, dont ces In diens tirent l'ornement bizarre qu’ils portent à la lèvre.

L’UNIVERS

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