NATURELLE , OSSEMENTS FOSSILES
rapides. Quoique, pour trouver des peuplades indiennes dignes de quelque intérêt dans ce district, il soit nécessaire de faire un voyagejusqu’aux frontières de Minas où vivent encore les Mongoyos, connus sous le nom de Camacans , il s’en faut bien que le pays soit sans intérêt pour le voyageur. Les forêts offrent des richesses infinies à celui qui s’occupe d’études zoologi-
(i) En 1817, un voyageur célèbre trouva à Olivença un homme de race indienne qui se souvenait d’avoir vu fonder la ville et construire l’église. Il avait cent sept ans. Ses cheveux étaient encore d’un noir d’ébène ; ce qui, d’ailleurs, est très-commun chez les vieux Indiens.
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ques ; et , s’il remonte le beau fleuve connu sous le nom de Rio de Contas, on lui parlera peut-être encore d’une découverte précieuse qui fut faite, il y a plusieurs années , et qui prouve que les squelettes de mastodonte n’appartiennent pas seulement à l’Amérique septentrionale (*).Un auteur portugais, qui malheureusement n’entre point dans de très-grands détails à ce sujet , M. Manoel Ayres de Gazai, affirme qu’on a découvert, en plus d’un endroit , des ossements gigantesques qu'il faut probablement rapporter à des animaux du même genre. Si , au lieu de visiter ce beau fleuve qui fait partie maintenant d’une comarca séparée, le voyageur remonte le Rio dos Ilheos, auquel les indigènes donnaient jadis le nom de Patvpe , et qui prend sa source dans le district diamantin , il jouira des accidents de terrain les plus pittoresques , des points de vue les plus imposants; les grandes forêts que le fleuve traverse lui offriront mille végétaux précieux , et les récoltes qu’il pourra faire seront aussi abondantes et aussi variées que sur le Belmonte et sur le Rio-Doce. Mais s’il tient à ses collections, qu’il ne les aventure pas sur le fleuve ; quelquefois le Rio-Patype tombe d’une hauteur de cinq pieds dans son propre lit; il bondit avec fracas entre des roches.
Dans ces voyages , sans doute , la vie ne court aucun danger, mais le sort de la cargaison que renferme l’étroite pirogue dépend tout à fait de l’habileté des Indiens qui la dirigent. Rien de plus curieux et de plus pittoresque à la fois que le passage d’un de ces
(*) On cite entre aulres un squelette trouvé près de la bourgade même de Rio de Contas ; il avait trente pas de longueur, les côtes étaient d’un palme et demi de large, les jambes avaient à peu près la hauteur d’un homme de moyenne stature. Il fallut les forces réunies de quatre hommes pour dé- Jacher la mâchoire inférieure , et une dent Holaire sans racines pesait quatre livres. Ilheos, d’ailleurs, n’est pas le seul endroit du Brésil où l’on ait trouvé des ossements semblables.
rapides. Le regard exercé du canotier découvre presque toujours le canal.
L’eau jaillit parmi les rochers, et la pirogue descend comme un trait; vingt coups d’aviron appliqués avec une rapidité étonnante la maintiennent ordinairement jusqu’aux eaux paisibles; mais si une roche inaperçue se présente , si le canot vient à heurter une pierre saillante , les hommes et la cargaison disparaissent, on est heureux de se sauver.
Ville d’Ilheos, camàmü et sa baie.
En se rendant à la mer, le Rio dos Ilheos forme une baie charmante où viennent se décharger plusieurs fleuves navigables, et, entre autres, le Rio da Cachoeira, qui est un des bras du Patype. C’est là qu’est située la capitale de la comarca.
Tout ce pays présente, pour ainsi dire , l’aspect d’une contrée vierge , qui offre ses antiques forêts à la culture ; et cependant une sorte de décadence s’y fait sentir. Est-ce aux ravages causés anciennement par les Aymorès, est-ce plutôt à l’expulsion des jésuites qu’il faut s’en prendre? La province dos Ilheos offrait un aspect de prospérité qu’elle a perdu, mais qu’une sage administration peut lui rendre, surtout depuis que des familles d’Irlandais sont venues s’y établir, et qu’elles y ont formé une colonie active. San-Jorge dos Ilheos , la capitale , est surtout déchue de ce qu’elle était autrefois. Ayres de Cazal en convient; c’était jadis une villa considérable et florissante; elle n’est plus aujourd’hui que l’ombre de ce qu’elle était. Bâtie d’abord dans une vallée entredeux collines, elle a gravi celle de Santo-Antonio. Le donataire la fonda vers 1540; ce fut la première ville un peu considérable qui fut construite au Brésil : elle s’éleva rapidement à un certain degré de splendeur; mais la tribu d’Aymorès, que l’on connaissait sous le nom de Gherins, la ravagea d’une manière vraiment épouvantable.
Quoique le traité conclu avec ces sauvages eût reçu un commencement d’exécution en 1603, dès 1685 elle était déjà bien déchue de ce qu’on l’avait vue autrefois. L’expulsion des jésuites
lui a porté le dernier coup. Rien de si triste que de voir maintenant ce grand édifice abandonné, que l’on désigne sous le nom de collège ; il ne fut construit qu’en 1723, et il présente déjà l’aspect d’une ruine , du moins en quelques endroits. Il y a trois églises assez considérables à Villa dos Ilheos ; mais l’herbe croît dans les rues ; et l’on n’aperçoit quelque mouvement dans sa population indolente, que le dimanche , au moment où les habitants d’alentour se rendent de toute part à la ville pour assister au service divin. Durant les guerres du XVIIe siècle, San-Jorge dos Uheos appartint un moment aux Hollandais; et des ouvrages militaires d’une construction solide attestent encore l’incroyable promptitude que les conquérants mettaient dans les travaux qui pouvaient assurer leur position. Après le siège de San- Salvador, néanmoins, ils furent promptement expulsés de la côte orientale.
Nous avons dit quelques mots d’Olivença et de son étrange population.
Rio 'de Contas, Cayru , Boypeba, Marahu, Barcellos, Valença, Igrapuena, Serinhehem , sont autant de villas qui ne sauraient nous occuper. Nous nous arrêterons un moment à Camamu , à cause de sa baie magnifique. En effet, après la rade de San-Salvador, c’est le port le plus considérable de la province, et même de la côte orientale.
Plusieurs fleuves viennent s’y jeter dans la mer , et une île de forme circulaire, qui a une demi - lieue de diamètre, et qu’on désigne tour à tour sous le nom d’ilha Camamu et d’ilha das Pedras, occupe le centre de la baie. Ce grand lac aux eaux paisibles sert d’asile à une foule de baleines qui viennent s’v reposer, et qui s’y trouvent plus en sûreté que dans les eaux de San-Salvador. Bienqu’onyaitétabii des pêcheriesàplusieurs reprises, Camamu est maintenant une bourgade de peu d'étendue, mais assez florissante, bâtie sur la rive gauche du Rio-Acarahy, et destinée probablement à devenir une cité du premier ordre.
Pkovince de Bahia. Nous voici parvenus à une de ces grandes pro-
vinces qui , dans les derniers mouvements , ont plus d’une fois voulu assurer leur indépendance complète, et former un État à part, parce qu’elles devinent que leurs besoins politiques et commerciaux marchent dans une direction souvent opposée à ceux de Rio de Janeiro; qu’il y a chez elles d’anciens souvenirs, renouvelant sans cesse d’anciennes rivalités , et qu’elles se sentent d’ailleurs un point central , auquel viennent se rattacher, faute de communications actives avec la capitale , les intérêts agricoles d’une foule de localités. Il n’y a nul doute qu’avant un long espace de temps , on ne voie s’opérer une scission toujours imminente. Selon l’état actuel des choses, elle serait impolitique; et, dans le cas même où les idées de fédération se propageraient , il n’est guère probable que la séparation du gouvernement central puisse s’opérer sur-le-champ.
Comme province , Bahia , qui comprend presque tout le territoire de l’ancienne capitainerie de ce nom et une partie de celle d’Ilheos, s’étend depuis le parallèle de 10° de latitude australe jusqu’au 15° 40'; elle a environ cent quinze lieues portugaises de longueur, sur une largeur que les géographes brésiliens évaluent approximativement à soixante-dix lieues. Comme centre commercial , sa position est admirable : au nord, elle confine avec Seregipe d’El Rev et avec la province de Pernambuco, âont elle est séparée par le Rio San-Francisco ; au sud , ce sont les provinces de Porto-Seguro et de Minas-Geraes , qui forment ses limites ; vers le couchant, elle touche encore au pays de Pernambuco ; à l’est, l’Océan la baigne et lui creuse des ports magnifiques.
La comarca de Bahia proprement dite est beaucoup moins considérable : elle n’occupe que quarante lieues brésiliennes, à partir du Rio-Jiquiriça j usqu’au B.io-Real ; elle a environ trentecinq lieues de largeur.
La province de Bahia fut une des premières peuplées par les Européens ; c’est aussi le pays où ils ont laissé le plus de souvenirs , et où ils ont effacé
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avec le plus de promptitude les traits originaux des anciens habitants, sans respecter ces coutumes locales qui jettent tant d’intérêt sur les vieilles relations.
On a vu, dans la première portion de cette notice , quels étaient les événements politiques qui avaient marqué l’arrivée des Portugais et leur lutte avec les indigènes. Nous avons rappelé ensuite l’occupation momentanée des Hollandais ; sans revenir sur ce qui a été déjà rapporté, nous dirons qu’à partir de la restauration de Bahia, (pour nous servir d’une expression adoptée par les historiens portugais) jusqu’au XIXe siècle , l’entrée de la province fut peut-être plus sévèrement défendue aux navires étrangers que celle de Rio. Durant le XVIIIe siècle, un seul ouvrage portugais de quelque importance parut sur le Brésil. C’était celui de Rocha Pitta; l’autorité , après en avoir permis l’impression , fit bientôt saisir le livre, tant étaient vives les appréhensions que causaient au Portugal certaines puissances maritimes, ou, pour mieux dire encore, le contact immédiat des Brésiliens avec les nations européennes. Quelques phrases des anciens voyageurs en disent plus à ce sujet que bien des dissertations. Si on ouvre la relation de Dampier, qui fut publiée vers 1701 , on y trouve ce passage, à propos de San- Salvador : « On dit que les marchands qui demeurent ici sont fort riches, et qu’ils ont un grand nombre d’esclaves tant hommes que femmes. La plupart de ces négociants sont Portugais , et il n’y a que peu d’étrangers qui aient commerce avec eux; cependant il y avait un Anglais , nommé M. Cock , qui était -fort civil et en bonne réputation ; il avait patente pour être consul de la nation anglaise; mais il ne s’était pas soucié de prendre ce caractère, parce que nos vaisseaux ne vont presque jamais dans ce port, et qu’il y avait dix à douze ans qu’il n’y en était point venu d’ailleurs. Ii y avait ici un marchand danois et un ou deux Français (*). »
(*) Voyage aux terres australes.
Ceci se passait sous don Joào de Lancastro , et le souvenir de son origine anglaise donnait encore à ce seigneur une indulgence que les autres vice-rois n’imitèrent pas toujours; si bien qu’un siècle après environ, un voyageur qui avait appris à ses propres dépens ce que valait la qualité d’étranger, Lindlev , affirmait qu’il n’existait pas une seule auberge , à Bahia, où, fut-ce momentanément, on pût trouver un asile. Pour donner une idée complète de l’étrange système qui avait été adopté par la métropole a l’égard de ses colonies , nous rappellerons que, vers 1800, une filature de coton ayant été organisée près de Bahia, elle fut détruite par ordre du gouverneur, et le propriétaire envoyé en Europe pour être jugé d’après les lois qui défendaient i’introduction des manufactures (*).
Et cependant quel était, dans cette vaste colonie , le pays le plus propre à un développement industriel et commercial? Dès l’origine, le sucre, le coton , le tabac , le manioc , le riz et le maïs, devinrent une source d’opulence pour les habitants; leur culture effaça bientôt, par ses résultats, ce que l’on racontait des richesses métalliques de l’intérieur. Il ne faudrait pas croire cependant que le territoire de la province présente partout un aspect égal de fertilité. Ces espèces de landes que l’on connaît dans le pays sous le nom de calingas, en occupent beaucoup plus de la moitié, et elles sont à peu près perdues pour l’agriculture. Les chapadas, au contraire , et les vallées profondes qui s’étendent dans le voisinage des fleuves sont d’une rare fertilité; et tous les jours des cultures nouvelles succèdent aux grandes forêts qui les couvrent encore.
Reconcavo. Mais, sans contredit, le meilleur terrain de la comarca est celui que l’on désigne sous le nom de Reconcave; et l’on appelle ainsi une zone ayant de six à dix lieues de lar-
(*) Warden , Chronologie historique de l’Amérique, t. XIII de l’Art de vérifier lee drites, p. 109
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geur, qui entoure, dans presque toute son étendue, la baie magnifique dont la province a pris son nom : elle
{)eut avoir trente lieues de tour. C’est à que se succèdent, depuis près de trois siècles, ces vastes engenhos à sucre, ces grandes cultures de tabac qui rendront toujours cette région du Brésil la plus opulente de l’empire.
Un sol noir que les habitants connaissent sous le nom de Massapé , et dont la fertilité , passée en proverbe , semble inépuisable , est celui que l’on réserve surtout à l’exploitation de la canne à sucre.
Mais , si le territoire se prête ainsi a tous les efforts de l’agriculture, s’il n’y a guère de denrées coloniales qui ne puissent y prospérer , nulle contrée aussi n’est plus propre à leur exportation. La baie de Tous les Saints est un grand lac, dont les eaux viennent chercher au pied des habitations les riches produits qui s’y succèdent; et si elles ne baignent pas toute l’étendue du Reconcave , de petits fleuves navigables descendent de l’intérieur; ils forment comme autant de canaux naturels qui apportent chaque jour un nouveau tribut d’abondance au port qui les reçoit.
Aussi, vers la fin du jour, quand, du sommet de quelque lieu élevé , on vient à contempler ce vaste bassin que sillonnent perpétuellement de petites voiles blanches, est-ce un temps de loisir doucement passé que celui où l’on cherche à deviner d’où viennent ainsi ces barques isolées ou ces petites flottilles qui passent entre les îles de la baie , et qui accomplissent , sans danger , un voyage qu’elles renouvellent continuellement.
Ici, c’est une grande barque pesante chargée de farine de manioc, et qui a descendu le Jagoarype pour se rendre à la fausse barre. Voici une fine baleinière qui s’en vient de l’anse d’Itapuan; plus près, rasant la terre, vous apercevez de longs canots. C’est le Rio- Vermelho, qui n’a guère plus d’étendue que notre rivière de Bièvre , e$ qui envoie ses petites pirogues chargées de cocos ou de cordages de
piassaba. Le Rio-Serzîpe, qui prend naissance dans les campagnes de Caehoeira, et qui se décharge en face de l’île Cajahiba , porte à la mer des lanchas chargées de tabac. Le Jacarahy, \ePiraja, le Matuim, le Pitanga , le Paranamirim y ne sont guère que des ruisseaux navigables avec la marée; toutefois , de jolies barques , chargées de caisses de sucre , descendent de leur embouchure, et se croisent devant Bahia.
Mais, entre Itaparica et l’ilha dos Frades, il y a un espace dont l’œil ne mesure plus l’étendue : c’est là, dans le lointain , que se groupent les barques les plus nombreuses , et qu’elles semblent glisser plus doucement sur les eaux; presque toutes, elles viennent de la ville populeuse deCachoeira, et elles ont descendu le Paraguassu. Le Paraguassu est le fleuve le plus considérable de la baie de Tous les Saints ; c’est la source perpétuelle d’abondance; et, malgré son peu d’étendue, il est plus important, commercialement parlant , que bien des fleuves d’Amérique.
Le B.io-Paraguassu a ses sources dans le voisinage de la Serra de Chapada , limite du bourg central de Contas ; il reçoit une foule de tributaires peu considérables , et forme une grande cascade, lorsqu’il est obligé de franchir une des branches de la Serra de Cincura ; il reçoit l’Una, dont les eaux sont abondantes , forme une seconde cascade, et, après avoir passé par les villas de Caehoeira et de Maragogype , il entre paisiblement dans la baie , vers le milieu de la côte occidentale, après avoir arrosé un des pays les, plus abondants du Brésil , si ce n’est même le mieux cultivé.
A une époque bien antérieure sans doute aux temps historiques , la baie de San-Salvador formait, selon toute probabilité, un grand lac intérieur, qui rompit ses digues par l’effort des eaux , et qui s’ouvrit une vaste entrée sur l’Océan. Quoique cette rade immense n’ait pas moins de six lieues et demie de longueur du nord au sud , sur une largeur qui dépasse huit lieues de l’est à l’ouest , les yeux se reposent
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partout sur des terres fertiles. L’île d’Itaparica forme ses deux entrées, et se développe aux regards sous l’aspect le plus pittoresque. Celle dos Frades, en élevant sa riante colline à quelque distance, laisse entrevoir les montagnes déjà lointaines de Cachoeira ; et ce sont surtout ces deux terres d’un aspect différent, mais parées toutes les deux d’une végétation abondante, qui donnent à la baie ce caractère de grandeur paisible, cette majesté infinie qui exclut presque la variété dans le paysage, mais qui rappelle à des idées d’abondance et de repos (*).
Cidade de San-Salvador. San- Salvador, que l’on connaît bien davantage sous le nom de Bahia , a été fondée, vers 1549, à l’entrée de cette vaste baie. Elle s’élève du côté oriental , et elle peut avoir une lieue de longueur du nord au sud , en y joignant le faubourg da Victoria à l’extrémité méridionale , et celui de Bom Fim , qui la termine vers le point opposé. Construite sur la côte la plus escarpée de la baie , cette ancienne capitale du Brésil se divise en deux parties bien distinctes , la ville basse et la ville haute. Ici, les vastes magasins connus sous le nom de trapiches , la douane , l’ar-
(*) L’île d’Itaparica a six lieues et demie de longueur , et trois dans sa plus grande largeur. Sa forme est irrégulière. Elle a une anse du côté occidental , et à l’est un promontoire assez remarquable. Son terrain est inégal et fertile , elle est propre à diverses branches d’agriculture ; on y cultive surtout les arbres fruitiers. Les cocotiers, les manguiers, les orangers y ont multiplié ; la vigne même y réussit passablement dans quelques expositions. Les habitants sont répartis en deux paroisses. Une armacao pour la pêche de la baleine, une corderie de piassaba , quelques alambics pour la distillation du rhum, forment son industrie, qui ne peut manquer de s’accroître. C’est à environ une lieue que se trouve l’île dos Frades, (pii est beaucoup plus montueuse, et qui peut avoir trois milles de longueur. Bimbarra, Mare, Cajahiba, Medo , et quelques autres que nous ne nommerons pas , sont autant d’îlots que la culture met à profit.
senal , les chantiers de construction , l’agitation et le bruit ; à quelques toises, et sur un plateau régulier, lavé par l’air le plus salubre, comme disent les Brésiliens, les grands couvents, le alais du gouverneur, les riantes haitations des fonctionnaires et des négociants opulents, un grand repos, enfin , qui contraste de la manière la plus étrange avec le bruit de la ville commerçante. Contemplez de la baie ces grands édifices qui s’élèvent sur une côte escarpée entremêlée de verdure , ces maisons bâties hardiment sur le revers de la colline, ces rues montueuses qui font communiquer les deux quartiers , et qui se dessinent en amphithéâtre avec leurs poutres toujours prêtes à soutenir quelque éboulement ; tout donne à cette cité , déjà vieille pour l’Amérique , un caractère de hardiesse et d’originalité dont on ne peut se lasser de considérer l’ensemble.
Si quelque jour les habitants de San- Salvador sont curieux de connaître l’état ancien de la ville, et les progrès qu’elle a dû faire, ce sont les vastes plans tracés au dix-septième siècle par les Hollandais qu’il faudra consulter, et qui existent dans quelques-unes de nos bibliothèques. C’est là qu’on peut s’assurer d’un seul coup d’œil que les grands édifices qui décorentïSurtout la ville haute existaient déjà dès le dixseptième siècle. Une chose remarquable seulement, c’est que des grues disposées sur plusieurs points remplaçaient souvent les ruelles qui gravissent la colline, et servaient surtout à communiquer de la Prava à la ville haute par un moyen expéditif plus rapide , mais moins sûr, sans doute, que la plupart des ladeiras.
La Praya, c’est la rue principale de la ville basse, et le nom qu’elle porte lui vient du voisinage de la mpr. Elle est fort étroite; mais il était à peu près impossible que la chose fût autrement , tant l’espace laissé par la mer se trouve vraiment resserré. Outre les édilices indispensables à une grande ville commerçante, mais qui n’ont rien de remarquable, sous le rapport de
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î’architedture , que cette solidité massive dont on est frappé à l’aspect des constructions espagnoles et portugaises du dix-septième siècle , on distingue le nouveau bâtiment de la Bourse; et il forme un contraste parfait avec l’ancien système , qui a du moins son originalité. La Bourse de Rahia est une vaste maison construite dans un style hybride qui a voulu imiter le style grec, et elle ressemble plutôt à un vaste café qu’à un bâtiment destiné aux transactions commerciales les plus importantes de la province. Elle a le mérite néanmoins d’offrir, dans sa construction et dans ses ornements, les plus beaux échantillons de bois indigènes qu’on ait pu se procurer. L’église la plus fréquentée de la Fraya, la Conceicào, se distingue, au contraire, par une singularité qui s’est renouvelée plus d’une fois, du reste, au Brésil: elle a été, pour ainsi dire, construite en Europe; les pierres, toutes taillées et toutes numérotées, ont été transportées à Bahia sur deux frégates, et les architectes de la ville n’ont eu que la peine de les assembler. La ville basse offre une autre paroisse remarquable, c’est Nossa-Senhora do Pilar.
L’étranger a-t-il visité rapidement le chantier de construction , l’arsenal, les marchés, et ces rues étroites où règne un tumulte perpétuel , et veut-il enfin gagner la ville haute , il est souvent dupe de son inexpérience.
Des rues en pente rapide , des escaliers dégradés, placés entre plusieurs maisons, y conduisent à la vérité; mais, si la crainte d’un soleil brûlant lui fait prendre ce dernier chemin, ‘il en est bientôt puni. Après avoir gravi des marches brisées, encombrées de tas énormes d’immondices de toute espèce, il parvient au milieu de cette brillante verdure qu’il a admirée du port, et il est fort étonné de ne voir que des plantes inutiles ou des ricins qui croissent spontanément dans les espaces situés entre les maisons ; souvent il ne sait plus se reconnaître , et presque toujours il se voit obligé de redescendre.
Le plus sûr est de monter une des
rues qui ont. pris le nom de ladeira (côte) : quelques-unes sont bordées de maisons de chaque côté; d’autres ne présentent que de vastes murailles d’appui, des espèces de précipices, ou de vieilles masures dans l’état le plus délabré.
Si l’on entre dans la ville haute par ces ladeiras voisines de la douane , on est surpris de l’extrême différence qui existe entre les deux quartiers : d’un côté , la baie se déploie dans toute son étendue; de l’autre, c’est une place où viennent aboutir plusieurs rues larges et bien pavées, bordées de maisons construites avecélégance et solidité. Le théâtre frappe d’abord les regards; on est étonné du brillant effet qu’il produit quand on l’aperçoit de la rade ; il est bâti sur un rocher, e't il semble continuellement menacer la ville basse d’une chute funeste. C’est un vaste bâtiment carré, percé d’une infinité de fenêtres, et ayant un fronton mesquin. Les portes sè trouvent situées sous une espèce de galerie qui sert à supporter une terrasse d’où les regards parcourent la baie dans tous les sens , et voient les navires s’avancer majestueusement au milieu de la rade hérissée d’une forêt de mâts.
En suivant la rue sur laquelle domine une partie des fenêtres du théâtre , on arrive au palais du gouverneur, bâti sur une place carrée , où s’élèvent plusieurs autres édifices, tels que la prison et la monnaie : tous sont d’une architecture massive et peu élégante ; mais ils ont été construits solidement , et sont entretenus avec soin.
Mais nous voici dans le quartier des grandes églises et des couvents. A quelques pas du palais du gouverneur, se trouve San-Salvador, la vieille cathédrale abandonnée, où Vieira fit entendre cependant sa voix puissante et audacieuse, lorsqu’il fallut chasser les Hollandais ; c’est là encore où l’évêque Teixeira laissa d’héroïques souvenirs.
Plus loin , se trouve le palais archiépiscopal; à quelque distance encore, un magnifique collège bâti par les jésuites , et qu’on a transformé en hôpital militaire : il fut construit , dit- on , comme
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fa Ccnceicào de la Praya , en pierres apportées d’Europe. L’église qu’avaient fondée jadis les successeurs de JNobrega et d’Anchieta sert aujourd’hui de cathédrale , et prouve à quel degré d’opulence s’était élevée la compagnie. Les ornements intérieurs sont riches; tous les ouvrages en bois sont incrustés d’écaille venue des Indes ; le chœur et les chapelles latérales ont été dorés avec magnificence; et les peintures du maître-autel , représentant Ignace de | Loyola ainsi que saint François-Xavier, sont peut-être les seules œuvres d’art remarquables qu’on trouve aujourd’hui à Baliia. Cependant il s’en faut que ce temple soit entretenu avec le soin qu’on remarque dans les chapelles 1 de quelques couvents voisins , tels que celles des franciscains et des carmes, par exemple, dont les ornements ma- ! gnifiques , mais bizarres , sont un j sujet perpétuel d’étonnement pour les étrangers (*).
!; La ville de San-Salvador est de toutes les villes du Brésil celle qui renferme le plus grand nombre de maisons religieuses. Ouvrons la Corograüa brasiî îica, si bien informée sous ce rapport, et nous en aurons la preuve. Il y a un couvent de bénédictins , et ses posses- ; sions territoriales sont, dit-on, immenses, deux couvents de carmes, les uns chaussés, les autres déchaux, et un vaste couvent destiné aux franciscains; mais, outre ces grandes maisons, il y a d’autres fondations religieuses. On trouve à Bahia des quêteurs de la terre sainte, des augustins déchaux, des capucins italiens, puis des maisons secondaires de bénédictins , de carmes chaussés, de franciscains; il y a quatre couvents de femmes, et deux maisons de retraite qui leur sont destinées. C’est dans le couvent da Sole-
(*) Nous ne saurions plus nous rappeler dans laquelle de ces deux églises on voyait encore, il y a une quinzaine d’années, un enfant Jésus, habillé à la française, l’épée au côté. Ces couvents ont été dévastés duraut le derniersiége, et il est probable qu’ils n’offrent plus les immenses richesses qu’on y remarquait jadis.
dade qu’on a poussé au plus haut degré de perfection une gracieuse industrie, qui est encore dans son enfance chez nos plus habiles modistes de Paris.
Des plumes éclatantes , que l’on obtient de la dépouille des guaras, des garças, des toucans, des aras, des permettes, des colibris même, et d’une foule d’autres oiseaux des tropiques, sont façonnées en bouquets de fleurs, et en guirlandes pour garnitures de robes. Les couleurs de ces fleurs artificielles sont inaltérables, et le feuillage se compose presque toujours des plumes nuancées des perroquets. Quelque abondants que puissent etre les oiseaux à brillant plumage dans les grandes forêts du Brésil, on comprend qu’il y a toujours de la difficulté à se procurer certaines nuances indispensables pour les bouquets variés : aussi, rien n’est-il plus étrange, dit-on, que les espèces de volières qui existent dans certains couvents. Les pauvres oiseaux y sont perpétuellement dans une mue forcée; car on les dépouille entièrement de leurs plumes à certaines époques de l’année , et ils sont revêtus alors d’une petite livrée d’étoffe jusqu’à ce que leur plumage ait eu le temps de croître, pour les condamner à un nouveau supplice.
Il s’en faut bien que San-Salvador soit privé complètement d’établissements consacrés au développement intellectuel : on y remarque plusieurs collèges où les études sont assez fortes , un séminaire qui fournit un grand nombre d’ecclésiastiques au Brésil, et une école de médecine; il existe depuis longtemps une typographie, et la bibliothèque peut offrir quelques ouvrages curieux, même pour un étranger^ Il y a une trentaine d’années, Lindley se plaignait de ce que la superbe bibliothèque du couvent était, pour ainsi dire, perdue pour le genre humain; les livres, les manuscrits, étaient jetés, écrivait-il , pêle-mêle dans une chambre où ils dépérissaient. On se demande en effet ce que. sont devenues ces richesses, et si quelques couvents ne les ont pas recueillies; car la bibliothèque publique qui existe maintenant a été fondée, il y aune vingtaine d’années
L’UlNIVERS.
seulement, au moyen d’une loterie, par le comte dos Arcos, et elle se compose tout au plus de six à sept mille volumes, parmi lesquels il n’y a qu’un bien petit nombre d’anciens ouvrages portugais et quelques manuscrits , débris bien incomplet d’une collection plus considérable. La plupart des bons ouvrages sont français , et cette bibliothèque n’a probablement d’autre rapport avec celle des jésuites que d’avoir été formée dans la galerie dont celle-ci occupait les rayons. Malgré ces divers établissements, auxquels il faut joindre une casa da misericordia , les tribunaux, un hôtel des monnaies, et bien d’autres édifices publics, la ville haute est loin d’offrir l’aspect d’activité que l’on remarque dans le quartier du commerce. Les magasins y sont en général fort peu nombreux; ils sont remplacés par des calés , des boutiques de pharmaciens, quelques auberges et des vendas (espèces de cabarets). Des officiers de l’état-major, des soldats, des ecclésiastiques, dès moines de tous les ordres , se croisent en sens divers. Les nègres de cadeiras, ceux qui sont destinés à porter des fardeaux de toute espèce dans la ville, se réunissent fréquemment à l’encoignure de certaines rues, en attendant le moment d’être employés : les uns s’occupent à faire des chapeaux de paille; d'autres, plus industrieux, tressent des nattes de couleur, destinées à tapisser quelque appartement.
Une des choses qui caractérisent cette ancienne capitale du Brésil, c’est le petit nombre de voitures; les antiques sejas, que l’on commence à remplacer à Rio de Janeiro par des carrosses de forme plus moderne, circulent encore dans les rues, mais à dés intervalles fort rares. En revanche , l’espèce de palanquin connu sous le nom de cadeira est d’un usage général; un employé supérieur du gouvernement, un officier d’un certain rang, un membre du corps diplomatique, un simple négociant même jouissant d’une certaine aisance, ne peut se dispenser de se faire suivre dans les rues par la cadeira, quand bien même
elle lui serait inutile pour la course qu’il a entreprise. Il y a des cadeiras de louage à San-Salvador, comme il y a chez nous des cabriolets; mais les cadeiras richement ornées sont le luxe des grandes maisons. 11 y a telles de ces litières où l’on est assis, et où il faut une certaine habitude pour se tenir en équilibre, qui coûtent des sommes considérables; -des étoffes de soie moirées, avec des impressions en or, forment les rideaux; le sculpteur en bois et le doreur ont pris soin d’orner l’espèce de baldaquin auquel elles sont attachées. Les dames d’un certain rang, lorsqu’elles se rendent à l’église ou en visite dans leur cadeira, se font suivre par une négresse richement vêtue , ou par un petit domestique noir, qui marche à côté d’elles , toujours prêt à recevoir leurs ordres. Les nègres porteurs sont eux-mêmes l’objet d’un luxe à part; on a soin de les choisir parmi les hommes les plus robustes de certaines nations, et il n’est pas rare de les voir vêtus des livrées les plus magnifiques, mais aussi les plus bizarres.
Les quartiers que préfèrent les étrangers à San-Salvador sont éloignés du centre: c’est le Baril, avec ses riantes maisons qu’entourent une foule de jardins; ce sont les habitations construites sur le bord de la mer, dans les environs du fort San-Pedro; c’est encore le faubourg da V ictoria, bâti sur un riant promontoire d’où les regards dominent la baie, et qui a déjà ses grands souvenirs historiques. Le terrain élevé où se trouve bâti Victoria forme, depuis la ville jusqu’à la pointe du cap, un triangle équilatéral d'une lieue sur chaque côté; dans cet espace resserré se trouvent six petites vallées délicieuses. Ici les expressions manquent pour peindre l’indicible beauté de la végétation et les grandes lignes du paysage. Dans ces vastes quintas , qui descendent jusqu’au bord de la mer, on voit s’élever les arbres les plus imposants de la région des tropiques.
Toutes les formes, tous les tons, tous les contrastes et toutes les harmonies, y sont réunis, a dit un habile écrivain . et l’on ne saurait rien ajouter à.
BRESIL
la description qu’il en donne. C’est dans ces jardins délicieux que l’on cultive la plus belle espèce d’orange qui existe au Brésil , et peut-être dans le monde; on la désigne sous le nom de larenja de ombigo ; elle acquiert une grosseur peu commune et est toujours privée de pépins.
Deux promenades charmantes, mais bien différentes d’aspect, sont offertes aux étrangers ; car les habitants en font rarement usage : l’une peut se prolonger le long de ce beau lac qu'on désigne sous le nom de dique , et qui ceint la ville en demi-cercle, de manière à l’isoler presque complètement du continent; l’autre est le passeio publico, ou le jardin public qui fut planté par les ordres du comte dos Arcos , il y a une trentaine d’années seulement. Sur les bords solitaires du dique, on peut admirer quelques-uns de ces grands traits de la nature primitive, qu’on ne trouve guère que dans l’intérieur du Brésil. Sur les terrasses du jardin public , on découvre sans cesse le spectacle animé de la baie, dont rien ne peut rendre le mouvement et la vie. Mais, soit que l’on s’arrête devant l’obélisque élevé en l’honneur de Jean VI, soit qu’on prolonge son excursion jusqu’à quelques-uns de ces forts qui dominent la baie, un spectacle, qui se renouvelle fréquemment, et dont on ne jouit guère dans les autres cités du Brésil, frappe souvent les regards :
c’est la peche de la baleine. Nous allons essayer de la décrire, en joignant nos souvenirs à ceux d’un homme qui a multiplié ses observations, au Brésil, sur tous les genres d’industrie, et qui l’a fait avec une supériorité qui nous a rendu quelquefois bien précieuse la communication de ses manuscrits (*).
PÊCHE DE LA. BALEINE. NOUS avons déjà dit, d’après le savant Lesson, u’il ne fallait pas confondre la baleine u Nord avec celle du Sud : c’est cette dernière qui erre sur les côtes du Bré-
(*) Notes dominicales prises pendant un voyage en Portugal et au Brésil, en 1816 , *817 et 1818 , par L.-F. de Tollenare.
sil. La baleine du Sud est un peu plus petite que celle du Nord; car elle ne parvient guère qu’à quarante ou cinquante pieds, tandis que, sans être d’une grandeur aussi démesurée que le prétendaient jadis certains savants, celle des pôles atteint soixante et soixante-cinq pieds anglais. « Les traits de dissemblance, dit le savant naturaliste qui nous sert ici de guide, consistent principalement dans la soudure des sept vertèbres cervicales, dans deux paires de côtes de plus, et aussi dans l’ensemble des formes corporelles (*). » La baleine du Sud se rend dans les grandes baies de la côte du Brésil vers le mois de juin.
Tous les matins, à cette époque, la baie est sillonnée par quarante ou cinquante barques qui déploient leurs voiles, et qui s’en vont à la recherche de ces grands cétacés. Chaque chaloupe a environ trente-six pieds de long; sa coupe est très-line, et elle est construite, à la poupe comme à la proue, de manière à manœuvrer facilement dans tous les sens; elle n’a qu’un mât avec une voile à § de vergue; l’équipage consiste en dix hommes, dont huit rameurs, un patron et un harponneur.
L’armement se compose de plusieurs chaloupes; car il est à peu près indispensable de cerner la baleine, qui, en évitant les unes, arrive immanquablement à la portée des autres.
Le harponneur est placé debout à la proue; il a plusieurs fers tout prêts; on le voit en arrêt, tenant à la main celui qu’il a choisi. La baleine se présente-t-elle dans une position favorable , il le lance de toute la vigueur de son bras , et cela à quinze ou dix-huit pieds. On peut juger de la force de cet effort, en voyant que, pour atteindre les muscles de l’animal, il faut traverser une masse de lard de près de douze pouces d’épaisseur. Le sang a jailli cependant; la mer en est teinte. Aussitôt que la baleine est réellement blessée, on car-
(*) Histoire naturelle générale et particulière des mammifères et des oiseaux , découverts depuis 1788 jusqu’à nos jours, pour faire suite au Buffon.
L’UNIVERS
gue la voile; le harpon s’est détaché au bois, et reste retenu à la chaloupe par une corde qu’on ne file pas à plus de vingt brasses; chacun des mouvements de l’animal blessé et furieux entraîne donc la chaloupe; et, si l’on a égard à l’irrégularité de ces mouvements, on comprendra quelle dextérité il faut conserver dans la manœuvre .pour éviter d’être chaviré. Quelquefois des équipages entiers périssent dans cette lutte; et, à l’époque où ces notes furent écrites, trois chaloupes furent submergées avec les trente hommes qui les montaient. Le harponneur, toujours debout sur la proue, indique au patron tous les mouvements de la baleine, et celui-ci gouverne en conséquence. Le débat qui s’établit ainsi entre le monstre et le frêle esquif peut durer depuis trente minutes jusqu’à trois et quatre heures. On comprend ce qu’il a d’effrayant et l’intérêt qu’il offre au spectateur. Le harponneur redouble ses coups; une eau sanglante jaillit de toutes parts; l’animal plonge, etquelquefois on le voit bondir avec fureur. Souvent la baleinière est entraînée à deux ou trois lieues en pleine mer, et ceux qui ont assisté au commencement de la lutte ne peuvent contempler sa fin.
L’animal a-t-il succombé, un pavillon annonce cette capture importante aux intéressés, qui attendent avec anxiété sur la côte. Un câble plus fort lie la baleine; on l’entraîne à la remorque après avoir remis à la voile , et on vient l’échouer dans Ja crique de l’établissement, aux acclamations de tout le voisinage.
Le dépècement est assez prompt. Un nègre, armé d’un couteau emmanché dans un bois de quatre pieds, fait une coupe longitudinale de la tête à la queue; puis on pratique d’autres incisions transversales dans le sens des côtes; il enlève des morceaux de lard de deux à trois cents livres, que d’autres nègres tirent avec des crics. L’auteur de cette notice a assisté à un dépècement qui s’opérait au moyen de pelles garnies en fer, avec lesquelles on enlevait des morceaux énormes de lard. La préparation de l’huile
est fort simple : on coupe la graisse par morceaux d’environ deux livres, on la met dans des chaudières de fer; l’action du feu la fait fondre en moins d’une heure. Dans un établissement qui se compose de vingt-quatre chaudières d’environ dix veltes chacune, tout le lard provenant d’une baleine peut être fondu en vingt-quatre heures.
Les baleines du Brésil rendent de vingt à trente pipes d’huile; chaque pipe contient soixante-dix canadas éga les à peu près à notre velte de huit pintes; le prix va de six cents reis à mille reis la canada.
La viande se vend par morceaux de quatre à dix francs. Cette portion seule de la baleine rapporte quelquefois cinq à six cent mille reis (trois mille à trois miile sept cents francs). Si une baleine donne en chair deux miile arrobas, c’est à peu près deux à trois sous la livre; si l’on compte une baleine pour vingt-cinq pipes à cinq francs la canada, le produit est huit mille sept cent cinquante francs: la viande étant estimée trois mille francs, cela forme un total de onze mille sept cent cinquante francs. Cette estimation se rapporte, comme on le voit, à peu de chose près, à celle de quatre mille cruzades, ou dix mille francs, que nous avions déjà suivie nous-même, et qui est généralement adoptée pour chaque cétacé.
L’année dernière (écrivait l’auteur des Notes dominicales en 1818), il fut pêché deux cent trente baleines, dont par conséquent le produit brut fut deux millions trois cent mille francs. Cette année-là fut réputée très-bonne; les frais ne s’élevèrent pas à dix pour cent de cette valeur; ainsi les bénéfices nets ont été au moins de deux millions.
Chaque armacào, ou établissement, arme ordinairement quatre chaloupes; la prise d’une baleine couvre tous les frais et au delà.
Les gratifications accordées aux pêcheurs sont très-faibles; on leur donne un quart de farine tous les dix jours. Le baleineau dont la prise entraîne celle de la mère est la propriété du harponneur.
BRÉSIL
Commerce de Baiiia. II nous serait facile de multiplier les détails sur l’importance commerciale de San-Salvador, car les documents se multiplient de jour en jour ; nous craindrions que de tels renseignements nous entraînassent trop loin. Nous dirons seulement, avec un négociant qui paraît avoir apprécié fort bien la valeur commerciale des trois grandes villes du Brésil, que « Bahia est, par rapport aux contrées qui l’environnent, ce qu’est Limoges au Poitou et à l’Angoumois : elle approvisionne tous les villages circonvoisins Les besoins de
l’intérieur des terres équivalent à ceux de la ville elle-même. » On peut ajouter, avec le même voyageur, que les articles de luxe en général y sont mieux appréciés qu’à Pernambuco; on voit toujours que San-Salvador est l’ancienne capitale (*).
Nous ne répéterons pas ici, relativement aux coutumes et aux habitudes de la société, ce que nous avons dit en décrivant Rio de Janeiro; la bonne compagnie y conserve à peu près les mêmes usages. Cependant il existe évidemment à Bahia un plus grand nombre d’anciens souvenirs, que le contact avec les étrangers a moins modifiés; c’est surtout dans les divertissements publics que cette différence, assez légère du reste, se manifeste. S’agissaitil , il y a encore peu d’années , de célébrer quelque anniversaire important, c’était l’antique combat du taureau que l’on renouvelait, et auquel on voyait assister, comme acteurs, de graves personnages tenant à la magistrature, et qui étaient, dit-on, les premiers à regretter que la mansuétude habituelle de l’animai rendît le jeu sans gloire, comme il était sans péril. Au théâtre, les anciens entremezes sont plus fréquemment représentés qu’à Rio , et on semble s’y rappeler, de meilleure grâce, qu’ Antonio Jozé, le célèbre comique du dix-huitième siècle, était Brésilien; le landou, cette espèce de fandango
(*) Éd. Galles, Du Brésil, ou Observations générales sur le commerce et les douanes de ce pays, Paris, 1828.
original, imité de la danse des noirs, y est plus réellement une danse nationale; la classe secondaire de la société enfin s’v montre dans une espèce d’originalité de costume qu’on ne trouve plus guère à Rio.
Les noirs, à Bahia, conservent ces souvenirs traditionnels, et il est difficile d’avoir vu une négresse libre dans son costume d’apparat sans se le rappeler. Cette espèce de turban roulé avec grâce, ce pagne qui recouvre une chemise brodée en dentelle grossière, cette profusion de bijoux en or, tout rappelle le souvenir plus immédiat des anciennes coutumes orientales.
Événements politiques arrivés a Bahia. Il y a quelques années, la tranquillité de Bahia fut gravement compromise par les événements politiques, et sa prospérité en a reçu, dit-on, une vive atteinte. Lorsque le parti portugais fut expulsé de Rio de Janeiro, il se réfugia dans cette ville, où il trouva un assez grand appui. En 1823, don Pedro résolut d’attaquer la ville, et d’enlever ce dernier refuge aux ennemis de la monarchie naissante.
Il appela du Chili lord Cochrane, et il le mit à la tête d’une flotte qui se trouva bientôt devant Bahia. La garnison portugaise avait eu le temps de se renforcer; la flotte qu’elle avait à sa disposition était même bien supérieure à celle de l’amiral. Le blocus se prolongea , et l’on aura aisément une idée de ce que dut souffrir cette population malheureuse, quand on se rappellera que, pour ne pas succomber à la famine, seize mille habitants furent expulsés durant la saison des pluies.
Après une lutte de plusieurs mois, durant laquelle lord Cochrane donna des preuves nouvelles de sa rare intrépidité, le général Madeira, qui commandait les troupes portugaises, se voyant contraint par une disette extrême de quitter le Brésil, résolut d’abandonner la place; mais ce ne fut pas, dit-on, sans avoir commis des exactions de toute espèce, dont la population bahianaise n’a pas encore perdu le souvenir Ce fut le 2 juillet qu’il abandonna la ville; et quand les habitants nommé-