‹ Brésil, Colombie et GuyanesChapitre 29 sur 39 · L’L IN IV ERS · texte numérisé non relu

L’L IN IV ERS

rent des députés à rassemblée générale , ils eurent à tracer un tableau bien triste du siège qu’ils avaient souffert. En 1827, le commerce de cette ville populeuse se trouva dans une stagnation complète. A la suite de troubles sérieux, les agents du gouvernement prétendaient introduire dans le commerce de la monnaie fausse, et les mesures les plus rapides devenaient nécessaires pour ramener la tranquillité. Au bout de quelques mois, une conspiration républicaine éclatait encore, et la force centrale était indispensable pour la réprimer. La tranquillité règne aujourd’hui à Bahia; mais on sent quelles violentes secousses ont frappé successivement son commerce, et ce qui a dû en résulter.

Culture du reconcave , la canne a sucre. Le terrain, soit anciennement, soit nouvellement défriché, où l’on va planter la canne, reçoit un seul labour. Aux environs de Bahia, ce labour s’exécute au moyen de l’enchada; dans quelques habitations , et surtout aux environs de Pernambuco, on emploie la charrue. Cette charrue, traînée par quatre bœufs, atteint à huit pouces de profondeur, et forme des sillons éloignés de dix-huit pouces seulement.

On travaille ainsi la terre vers les mois de juillet et d’août, un peu avant les fortes pluies.

Le plant consiste en tronçons de la canne, contenant trois nœuds dans leur longueur; on les place de dix-huit pouces en dix-huit pouces, on les recouvre avec la houe.

Surviennent les pluies. Aussitôt qu’elles ont cessé, il faut détruire les mauvaises herbes qui croi ssent toujours en abondance. Ce travail est fort iong , et occupe pendant près de six mois; il se répète plusieurs fois, suivant la sécheresse ou l’humidité de la saison. En détruisant les mauvaises herbes, on brise un peu la terre au pied de chaque plant. Au mois de novembre ou de décembre suivant, la canne est bonne à couper. Il lui faut donc près de quinze mois pour acquérir sa maturité.

Les nègres qui coupent la canne ne prennent que sa hampe, et laissent les

feuilles dans le champ : ces feuilles sont destinées à pourrir, ou elles sont brûlées sur le sol. Dans les deux cas, elles sont Punique engrais qu’exige cette, culture. La nature du terrain décide si l’on doit brûler ou si l’on doit laisser pourrir.

Peu de semaines après avoir été coupée, la canne pousse des jets qui donneront de nouvelles cannes l’année suivante. Cette seconde récolte est suivie d’une troisième après un an, et quelquefois d’une quatrième, sans qu’il y ait besoin d’autre travail que celui du sarclage. !

Après la troisième ou la quatrième récolte, on ne profite plus des jets qui pousseraient encore ; ils seraient d’un trop faible produit. On donne un nouveau labour, on plante de nouvelles cannes qui dureront encore trois ou quatre ans , et ainsi de suite, sur des terrains qu’on n’a point laissé reposer depuis plus de deux cents ans. La canne a à redouter les coups de soleil , et quelques insectes qui dévorent les jeunes pousses. On ne connaît point les arrosements ; dans plusieurs endroits, ils seraient faciles au moyen des norias.

J’ai dit que la canne à sucre avait atteint sa maturité dans les quinze mois de sa plantation ; mais nous voulons parler ici de la maturité propre à la fabrication du sucre. On ne la laisse jamais venir à fleur et à fruit dans les lieux d’exploitation.

On a si fréquemment décrit les procédés usités pour la fabrication du sucre , que nous n’en reproduirons pas ici le détail. Depuis quelques années d’ailleurs , les nouveaux procédés mécaniques dus à l’emploi de la vapeur tendent , dit-on , à s’introduire à Bahia.

Nous ferons observer seulement, et nous tenons ce fait d’un administrateur habile, que, depuis longues années , un accroissement réel ne se fait pas sentir dans le produit des sucreries. La raison de ce fait commercial trouve une explication toute simple dans les changements qui se sont opes rés depuis un siècle. En 1700, Dampier considérait les sucres du Brésil comme étant infiniment préférables,

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par la manière dont on les fabriquait, a ceux qui provenaient des îles anglaises. Depuis cette époque , les procédés employés dans le Reconcave sont, à peu de chose près , les mêmes (*) ; tandis que de constants efforts ont donné une supériorité incontestable aux produits du même genre provenant des autres contrées. Dès l’année 1730, Rocha Pitta se plaignait de l’infériorité de certaines cultures plantées en cannes , comparées à ce qu’elles étaient autrefois. Il y a quelques années , du reste , les procédés relatifs à la fabrication du sucre étaient si peu avancés à Bahia , qu’on ignorait l’art de le cristalliser, et qu’on se contentait, quand on voulait le servir en pains , de le battre jusqu’à ce qu’il eut pris de la consistance. C’est ce qu’on appelait, il y a un siècle, et ce qu’on appelle encore aujourd’hui assucar ba~ tido. Hâtons-nous d’ajouter une chose :

c’estque la nouvelle industrie, qui prend un si prodigieux accroissement en Europe, et qui multiplie les sucres de betterave, exercera bientôt une influence positive sur les produits du Reconcave. Pour se soutenir dans une prospérité réelle vis-à-vis de l’Europe, les senhores d’engenhos se verront contraints à de nouveaux efforts, et l’industrie agricole , à coup sûr, prendra de nouveaux développements.

Aux personnes, du reste, qui seraient curieuses d’établir un rapprochement entre l’état actuel et l’état ancien des engenhos, nous rappellerons qu’en 1711 le seul territoire de Bahia renfermait 146 engenhos , et qu’ils fabriquaient annuellement, l’un

(*) Le savant Auguste de Saint-Hilaire écrivait , il y a cinq ans , à propos des sucreries du Brésil : « Peut-être suffirait-il, pour avoir une idée de ce qu’est aujourd’hui , chez les Brésiliens , cette fabrication importante , peut-être suffirait-il de lire Pison et Marcgraff , qui écrivaient en i658. Trèspeu de personnes connaissent les changements que Dutrosne a introduits dans la manière de disposer les chaudières. Les chaudrons sont toujours construits d’après les principes anciens.»

16e Livraison. (Brésil.'

dans l’autre , 14,500 caisses de sucre appartenant aux diverses qualités. A cette époque, l’exportation entière se montait à 2,535 contos de reis, 142,800 reis (*).

Culture du tabac. Comme nous l’avons déjà dit au commencement de cette notice , la culture du tabac est une des richesses du Reconcave , et elle prospère surtout dans les grandes plaines de Cachoeira. On le seme en mai, juin et juillet, pour le transplanter. Le soleil trop ardent , les pluies trop abondantes lui sont également funestes. La récolte se fait depuis août jusqu’en février. Cette plante, dans le territoire de Bahia, compte plusieurs ennemis, les fourmis et 1 e pulgào, espèce de moucheron noir de la grosseur d’une puce, et qui perce les feuilles de manière à les rendre inutiles; mais le lézard est peut-être le plus destructeur de tous: car, lorsqu’elle est encore fort jeune , il coupe les racines de la plante; et, lorsqu’elle est parvenue à son développement , il détruit les feuilles. Dès le commencement du dernier siècle, les tabacs du Brésil, et surtout ceux de Bahia , acquirent une grande estime en Europe, qu’ils ont toujours conservée depuis. Dans les cultures du Reconcave, on compte trois espèces de tabac, produites par la même plante , et qui ne diffèrent que par la nature de sa feuille. Le tabac de première feuille est le meilleur , et c’est celui dont on se sert en cigares. Quant au tabac en poudre, il paraît que ce sont les plants de Cachoeira près de San - Salvador , d’Alagoas dans le Pernambuco , et das Capivaras , qui fournissent celui que l’on préfère.

Senhores d’engenhos. On lit, dans un vieil ouvrage portugais écrit au Brésil vers le commencement du dix -huitième siècle, ces paroles curieuses sur le senhor d’engenho; et elles font trop bien connaître les pri-

(*) On peut consulter à ce sujet un ouvrage fort curieux et devenu assez rare , intitulé : Cultura e opulencia do Brazil , por suas drogas e minas, de André Joào Anlonil. Lisboa, 17 ir, 1 vol. in-4.

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viléges que l’on accordait jadis à ces suzerains du Brésil, pour que nous n’en donnions pas la traduction fidèle :

« Être seigneur d’engenho est un titre auquel beaucoup aspirent, car il emporte avec lui le privilège d'être servi , obéi , et respecté de beaucoup.

Si celui qui jouit de cet avantage est ce qu’il doit être , un homme opulent et sachant se conduire, on peut tort bien estimer tout autant au Brésil le titre de seigneur d’engenho, que ceux qui sontusités parmi les gentilshommes du royaume. Il y a tels engenhos, à Bahia, qui rapportent à leur seigneur jusqu’à quatre mille pains de sucre, sans compter les bénéfices qui résultent de la canne à sucre que l’on apporte à ses usines , et dont la moitié lui appartient...

« De ces seigneurs dépendent les lavradores, qui tiennent à fermage des portions de terre sur leur engenho, comme les citadins relèvent des gentilshommes. Plus ces seigneurs sont puissants , bien fournis de tout ce qui est nécessaire, plus ils sont affables et sincères , plus ils sont recherchés même de ceux dont la culture n’est pas sujette à leur administration, ou par obligation ancienne, ou en raison d’un prix reçu antérieurement.

« Outre les esclaves de serpe et de houe , que l’on doit avoir dans une fazenda et dans une usine , outre encore les gens de couleur et les nègres d intérieur, un seigneur d’engenho emploie des gens appartenant à une fouie de métiers; il doit avoir à sa disposition des conducteurs de barques , des canotiers, des calfats, des charpentiers, des carriers, des potiers, des vachers, des pêcheurs. Un seigneur d’engenho a nécessairement de plus encore un maître de sucrerie , un homme chargé de la comptabilité et son contrôleur, un afûneur , un caissier dans l’engenho et un autre à la ville, un inspecteur des fermages et des cultures, et enfin un feitor mor de l’engenho, ou un gérant^ pour le spirituel , il lui faut un prêtre et son chapelain : chacun de ces offices est payé.

« La quantité de noirs qu’on emploie

(et, dans les grands engenhos, ils dépassent le nombre de cent cinquante et de deux cents), cette multitude, dis-je , exige des provisions de toute espèce, des médicaments, une infirmerie et son infirmier. Pour nourrir tout ce monde, bien des milliers d’arpents plantés en manioc sont necessaires. Les barques exigent des voiles, des cordages, et mille autres agrès; les fourneaux qui , durant sept ou huit mois, brûlent de jour et de nuit, dévorent du bois sans cesse; pour ce seul approvisionnement, deux barques avec leurs agrès, dont l’une revient tandis que l’autre se dispose à partir, sont indispensables : l’argent que cela coûte n'est pas peu de chose, ou ifien il faut avoir de grandes forêts à sa disposition, avec une multitude de chariots et plusieurs couples de bœufs pour s'en procurer. Les champs de canne exigent aussi leurs barques et leurs chars avec leurs équipages de bœufs. Il faut des houes et des serpes. Les grandes sucreries emploient torce scies et cognées. Au moulin, il faut des bois de qualité supérieure ; bien des quintaux de fer et d’acier sont nécessaires. La charpenterie ne peut s’exécuter sans bois solides et choisis; et il en faut pour les étais , les solives , les traverses et les roues. Dans tout cela encore , il ne faut pas oublier les instruments les plus usuels, tels que les scies de petite dimension, les tarières, les compas, les règles, les doloires, les ciseaux, les haches, les marteaux, les rabots, les planes, les clous. Pour la fabrique du sucre, il tàut des chaudières, des bassines , des écumoires , et une foule de menus ustensiles , le tout en cuivre , dont le prix dépasse encore huit mille cruzades, quand les prix encore ne sont pas trop élevés, comme cela arrive au temps présent. Finalement, et pour tout dire, outre les cabanes des esclaves, et des maisons qu’on est obligé de construire pour le chapelain , le feitor, le maître , l'affineur, le teneur de livres, le caissier, il faut une chapelle décente, avec ses ornements et tout l’appareil de l’autel ; il faut une habitation pour le seigneur d’engenho

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lui-même, avec un appartement séparé pour les hôtes; car, au Brésil, comme il y a manque absolu d’auberges, ils se succèdent continuellement. Il faut que l’édifice de l’engenho soit solide et spacieux; qu’il ait ses officines, sa purgerie , ses ateliers pour les caisses, ses alambics, et mille autres choses qu’on ne mentionne pas ici, parce qu’elles sont moins importantes, et qu’on en parlera d’ailleurs en son lieu.

« Ce que tout bien considéré, on ne conçoit pas comment un homme muni des "capitaux suffisants, et jouissant d’un jugement sain, ne se décide pas à être simple lavrador, affermant un ou deux morceaux de terre, qui peuvent rapporter leurs mille pains de sucre, et ayant trente à quarante esclaves , plutôt que de chercher à devenir seigneur d’engenho pour quelques années , et à entrer dans la lutte perétuelle et les tracas qu’exige une semlable fabrique (*). »

Voici, dans un langage dont nous ne saurions nous flatter d’avoir conservé partout la forme animée et simple , une description d’autant plus exacte d’un engenho brésilien, qu’elle a été faite sur les lieux mêmes, et à une époque où les grandes habitations du Reconcave étaient parvenues à leur plus haut degré de prospérité. Maintenant, si l’on est curieux de connaître le haut et puissant personnage dont la position est si vivement enviée, nous trouvons, dans un de nos meilleurs Voyages, un portrait d’autant plus exact , que le temps ne l’a pas encore modifié. «La possession d’une sucrerie établit, parmi les cultivateurs, dit M. Auguste de Saint-Hilaire , une sorte de noblesse; on ne parle qu’avec considération d’un senhor d’engenho , et le devenir est l’ambition de tous. Un senhor d’engenho a ordinairement un embonpoint qui prouve qu’il se nourrit bien, et qu’il travaille peu. Lorsqu’il est avec ses inférieurs et même avec ses égaux , il se rengorge , tient

(*) Voy. André Joâo Antonil , Cultnra e opulencia do RraziL Lisboa 17x1.

la tête élevée , et parle avec cette voix forte et ce ton présomptueux qui indique l’homme accoutumé à commander à un grand nombre d’esclaves.

Quand il est chez lui , il porte une veste d’indienne, des galoches, et un pantalon ordinairement mal attaché.

Il n’a point de cravate, et toute sa toilette indique qu’il est ennemi de la gêne; mais, s’il monte à cheval, il faut que sa mise annonce sa dignité; et alors le frac , les bottes luisantes , les éperons d’argent, une selle trèspropre, un page noir en espèce de livrée, sont pour lui de rigueur. »

Pays de Jacobina. A partir de San-Salvador , une route ouverte par, terre, et peu fréquentée encore, conduit jusque dans les provinces du Nord.

Mais deux comarcas, dont l’une formait jadis une province, nous restent à examiner avant de pénétrer dans le Pernambuco. Le district de Jacobina comprend toute la partie occidentale de la province de Bahia. La partie intérieure forme le sertao de la province; et malheureusement ces catingas arides ne peuvent guère servir qu’à l’éducation des bestiaux. Quelques montagnes interrompent la monotonie de ces campagnes ; et la Serra de Thiuba renferme, dit-on, de l’or. Parmi les fleuves qui l’arrosent, on remarque le Rio de Contas, dont nous avons parlé. A l’exception du prince de Neuwied , qui a raconté des particularités fort curieuses sur les portions les plus fertiles de ce district, il est peu connu des voyageurs. Le district de Jacobina fournit à peu près tout le bétail que l’on consomme à San-Salvador; et il devrait alimenter toute la province, s’il y avait un hivernage, et si les orages étaient réguliers en été. Le fait est que l’hivernage qui règne sur la côte ne s’étend pas à plus de trente lieues dans l’intérieur , où il pleut de la manière la plus irrégulière. Les orages, dans le pays de Jacobina, ne sont pas malheureusement fréquents , et ils manquent quelquefois complètement en s’avançant vers le nord. Le soleil y calcine, pour ainsi dire, la terre ; et , cependant , telle est la foîce

L’UNIVERS

de la végétation dans ces contrées , qu«, lorsqu’il vient à pleuvoir, on la voit se couvrir d’une herbe abondante en peu de semaines ; le bétail alors engraisse; mais, dès que la sécheresse se fait sentir, le pays présente l’aspect le plus désolé. Toute verdure disparaît , et les animaux sont réduits à brouter les jeunes pousses d’arbres. La sécheresse augmente-t-elle encore , les torrents viennent-ils à disparaître , la misère alors est à son comble, et une mortalité effrayante se fait sentir parmi les troupeaux. Ce qu'il y a d’assez remarquable dans le pays de Jacobina, c’est que les brebis et les chèvres sont regardées, ou peu s’en faut, comme des bêtes inutiles ; elles vont paître à l’aventure , et retournent , le soir , au coral sans berger. Comme le dit fort sagement Ayrez de Cazal , ce préjugé local disparaîtra quelque jour, et les troupeaux de moutons , perfectionnés par l’éducation , deviendront une source réelle de richesses pour le pays.

Étendue prodigieuse des anciennes PROPRIÉTÉS DANS LE SERtao de Bahia. Un paragraphe, fort curieux du reste, que nous allons extraire de l’ancien ouvrage portugais que nous venons de citer, servira à faire connaître quelle était jadis l’ancienne division de ce territoire.

« Tout étendu que peut être le sertao de Bahia, il appartient presque complètement à deux des principales familles de cette ville, les Torre, et celle dont était chef feu le mestre de camp Antonio Guedes de Brito. La maison da Torre possède deux cent soixante lieues le long du Rio San- Francisco, en se dirigeant vers le sud , et en se dirigeant dudit fleuve vers le nord. Sa propriété peut s’évaluer à quatre-vingt lieues. Les héritiers du mestre de camp Antonio Guedes possèdent le territoire qui s’étend depuis le morne dos Chapeos jusqu’à la naissance du Rio das Velhas , ce qui fait un total de cent soixante lieues sur ces terres. Les propriétaires conservent des curraes qui leur appartiennent en propre ; ils afferment le reste. »> On voit , par le même ouvrage, qu’il y avait alors sur

le territoire de Bahia et de Pernambuco certaines fazendas qui possédaient plus de vingt mille têtes de bétail , d’où l’on tirait chaque année pour la ville d’immenses convois de bestiaux dont il est difficile de spécifier le chiffre mais qui appartenaient souvent au même propriétaire. On peut juger, par ce simple document, de l’opulence de certains habitants de San - Salvador.

Aujourd’hui les Boyadas n’ont pas diminué, mais les propriétés ont reçu une division nouvelle et plus équitable; c’est ce que le temps devait amener, et ce qui aura lieu fréquemment.

Province deSeregtpe d’ElRey.

Lorsqu’on a quitté le Rio-Real, qui se trouve encore sur le territoire de Bahia, ou, pour mieux dire, qui forme ses limites, on pénètre dans la province de Seregipe d’EI Rey , qui se prolonge jusqu’au Rio San-Francisco, et qui a environ vingt-six lieues de côtes, sur quarante et une de profondeur. C’est un pays bien moins connu encore que le district de Jacobina, et, malgré son étendue, il nous eût été difficile d’en dire ici quelques mots , si nous n’avions pas sous les yeux ce qu’en rapporte Ayrez de Cazal.

On peut considérer cette province comme formée par deux parties bien distinctes , les Matas et les Agrestes.

La première, qui renferme toute la partie orientale, est couverte de grandes forêts, et c’est ce qui lui a fait donner le nom qu’elle porte; l’autre, renfermant à peine quelques aidées, se compose de landes stériles , où languissent de pauvres bestiaux. Ce pays, assez peu favorisé par la nature , est. bas et inégal ; c’est ce qui fait que la montagne dTtabayânna est remarquée , et qu’on l’aperçoit de fort loin en mer, quoiqu’elle soit à huit ou dix lieues de la côte : un lac occupe son sommet , et des sources abondantes en découlent. De tous les fleuves qui arrosent le pays, et qui sont au nombre de six, le Rio-Seregipe, et mieux encore Sergip, est le plus considérable, et c’est celui qui a imposé son nom à la province.

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