‹ Brésil, Colombie et GuyanesChapitre 3 sur 39 · DE GUERRE · texte numérisé non relu

DE GUERRE

Comme tous les indigènes de la cote , les Tupinambas se teignaient la peau en noir bleuâtre et en rouge orangé , au moyen du jus de genipa et de la teinture de rocou ; les dessins qu’on se faisait appliquer sur la peau étaient complètement arbitraires , mais ils étaient tracés avec un soin minutieux , et leur combinaison exi-

eait quelquefois une journée e tière

e travail; presque toujours l’ailiance du rouge et du noir donnait au guerrier un aspect sinistre, qu’augmentait encore le reste de son accoutrement.

Qu’on se figure un homme aux formes athlétiques : sa tête a été rasée au moyen d’un morceau de cristal , et ses cheveux sont taillés en couronne, comme ceux des religieux ; sa lèvre a été percée dès l’enfance : s’il est encore fort jeune , il y porte un os blanc comme de l’ivoire , à peu près de la forme d’une petite quille, et sortant d’un pouce ou deux en dehors; s’il appartient à un âge plus avancé , il a enchâssé dans sa lèvre une pierre de jade vert, qu’il maintient au moyen d’une cheville. Ses joues sont également fendues , et il y porte le même ornement (*). Quoiqu’il s’expose habi-

(*) Les premiers explorateurs renconirèrent , comme je l’ai dit , quelques Tupinanibas qui avaient jusqu’à sept pierres enchâssées en diverses parties du visage. L’ornement de la lèvre, la barbote ou botoque, est essentiellement un des ornements caractéristiques des nations américaines; on la retrouve du reste jusque dans la mer du Sud , comme on peut s’en assurer en consultant le voyage pittoresque de Choris. Dans la partie sud du Brésil , on a porté ce bizarre ornement en résine brillante et en or, du moins si l’on s’en rapporte à ce qu’on nous raconte des Cayabavas et des Guaycourous. Le jade appartenait surtout aux nations antiques ; les plumes brillantes traversant les joues et la lèvre inférieure ont joué également un

L’UNIVERS

tueilement à l’ardeur du jour, sans que rien défende son crâne contre les rayons du soleil, dans toutes les occasions solennelles sa tête est ornée d’un diadème de plumes éclatantes , non pas inclinées comme nous nous les figurons d’après les costumes de théâtre, mais roides et diminuant de hauteur , à mesure qu’elles s’éloignent du front (*). S’agit-il d’une fête , un manteau court, à peu près semblable, pour la forme , a celui qu’on portait sous Louis XIII , couvre ses épaules , et c’est encore un tissu habilement formé des plumages les plus brillants , retenus par des fils de coton. Un demicercle , en os très-blanc , nommé yaci> descend comme un hausse-col sur la poitrine , tandis que Yarasoye , aux

grand rôle comme ornement, et en définitive on s’en est tenu plus généralement au bois du barrigudo (espèce de fromager). C’est avec ce bois , qui a un peu plus de consistance que la moelle de sureau , que sont faites les botoques des Botocoudos. De tous ces ornements , c’est celui des Gamelas qui est le plus hideux ; car il consiste dans une coloquinte creuse où peuvent être déposés les aliments. Je ne doute pas que dans les solitudes inexplorées du Mato-Grosso on ne trouve encore en usage ces joyaux étranges , auxquels la vanité sauvage attache le plus grand prix. Du reste, ce n’est pas seulement au Brésil que les Américains portaient la barbote; le plus véridique des auteurs qui ont écrit sur le Mexique , Bernardino de Sahagun , dit positivement que les grands seigneurs mexicains se perçaient la lèvre et y introduisaient un ornement en or , ou même un morceau de cristal, qui étant traversé par une petite plume bleue avait l’apparence d’un saphir.

(*) Ce premier ornement de tête était désigné sous le nom d’Arasoya; le yempenambi était un ornement plus compliqué, fait avec les plumes des ailes de divers oiseaux , et ressemblant tellement à la coiffure que les dames portaient au seizième siècle, qu’il semblait à un vieux voyageur que les sauvages en eussent donné l’idée. Du reste les bornes deceitenotice ne nous permettent pas de rappeler ici la manière variée dont ces peuples savaient combiner les plumes en les liant l’une àl’autre sur des brins de cann, au moyen de fil de coton ou de palmier.

longues plumes d’autruche , flotte légèrement sur les reins. Ne croyez pas que le Tupinambas s’en tienne à ces ornements : un coquillage arrondi , usé sur la pierre et taillé en des milliers de petits disques , forme pour lui de longs colliers. Quelquefois cet ornement, qu’il désigne sous le nom de boüre , est d’une blancheur éclatante; quelquefois aussi il est d’un noir brillant, et c’est un bois pesant qui le fournit. Ajoutez à tout cela des espèces de bracelets faits avec la graine retentissante de Vaouai , que l’usage veut qu’on porte aux jambes , et vous aurez à peu près une idée complète du Tupinambas aux jours de grandes solennités.

Cependant, quelquefois l’accoutrement était plus simple, et il paraissait plus bizarre aux yeux d’un Européen. « Pour la seconde contempla- « tion du sauvage, dit Lery, lui ayant « osté toutes les susdites fanfares de « dessus , après l’avoir frotté de « gomme glutineuse, couvrez-lui tout « le corps , les bras , les jambes , de « petites plumes hachées menu, comme « de la bourre teinte en rouge, et lors « estant ainsi velu de ce poil follet , « vous pourrez penser s’il sera beau « fils. »

Comme tous les peuples dans l’enfance de la civilisation, les Tupinambas réservaient , pour les temps de guerre , leur magnificence sauvage.

Pour peu qu’on ait été à même de contempler dans les forêts quelque chasseur des tribus qui subsistent encore, on se figure aisément tout ce qu’il y avait d’imposant dans le guerrier tupinambas se préparant au combat. Les teintes noires du genipa, mêlées habilement à des raies sanglantes de vermillon, donnaient à sa tace quelque chose de plus sinistre; son front était ceint du yempenambi de guerre aux piumes rouges d’ara; le manteau était réservé pour les fêtes, mais l’arasoye flottait sur ses reins. Son bras était armé d’une espèce de pavois fait avec un bois lé ger, ou plus souvent avec la peau épaisse du tapir. D’une main, il tenait

BRESIL

un arc immense , fabriqué avec le bois luisant et flexible d’un bignonia; dans l’autre , il portait un faisceau de lonues flèches sans carquois. Une sorte e massue, appelée tacape , et désignée , par la plupart des anciens voyageurs, sous le nom d’épée de bois, complétait cet accoutrement de guerre.

La tacape était une arme terrible entre les mains du Tupinambas. Faite d’un bois extrêmement pesant, elle remplaçait le boutou des tribus de la Guyane', et le tomawaek des Américains du nord. FJle brisait tout ce qu’elle ne tranchait pas. Une chose assez remarquable, c’est que Vesgaravatana , la sarbacane qui lance des flèches empoisonnées, qu’on retrouve maintenant encore sur les bords de l’Amazone, n’existait pas parmi les nations brasiliennes de la race des Tupis ; ce peuple guerrier semble avoir dédaigné une telle arme, même çour s’emparer des animaux; et il est a remarquer qu’il ne faisait usage des flèches barbelées qu’à la chasse : c’est encore une convention tacite, en vigueur parmi les peuplades nomades, d’exclure cette arme terrible durant le combat. On emploie le roseau tranchant, taillé en ovale allongé, et dont la blessure peut être guérie aisément. Le droit des gens a des lois immuables connues même au fond des forêts.

Par une bizarrerie dont l’état sauvage présente plus d’un exemple, ce n’était pas aux femmes qu’étaient réservées ces parures brillantes qu’elles savaient si bien tisser avec les plumes les plus éclatantes du guara et du canindé. Elles allaient complètement nues, et laissaient croître leurs longs cheveux noirs , qu’elles laissaient flotter ou qu’elles tressaient avec un cordon rouge, et qui retombaient sur leurs épaules , à peu près comme les Suissesses le font encore de nos jours. Comme les hommes , elles ne se défiguraient pas en se perçant la lèvre inferieure ; mais elles se fendaient le lofce de l’oreille, et elles y introduisaient un coquillage blanc, de forme arrondie , aussi long ( pour me servir

des expressions un peu vulgaires , mais justes, de Lery) qu’une moyenne chandelle de suif. « Quand elles en sont coiffées , ajoute le vieux voyageur, cela leur battant les espaules, il semble, à les voir de loin, que ce soient oreilles de limiers qui leur pendent de côté et d’autre. >»

Les peintures n’étaient pas interdites aux femmes, mais elles n’en faisaient pas un usage aussi fréquent que les hommes, et certains ornements semblaient leur être réservés.

Laissons parler encore le vieux voyageur , avec son style un peu puritain : « Touschant le visage, voici la façon comme elles se l’accoustrent : la voisine ou compagne, avec le petit pinceau en la main , ayant commencé un petit rond droit au milieu de la joue de celle qui se fait peinturer, tournoyant tout à l’entour en rouleau et forme de limaçon, non seulement continuera jusqués à ce qu’avec des couleurs bleue Jaune, rouge, elle lui ait bigarré et chamarré toute la face; mais aussi (comme on dit que sont en France quelques impudiques), au lieu de paupières et sourcils arrachés , elle n’oubliera pas de bailler le coup de pinceau. »

Les femmes tupinambas avaient en outre certains ornements qui leur étaient réservés ; elles se faisaient de grands bracelets, composés de plusieurs pièces d’os blancs, ajustés les uns sur les autres, comme des écailles de poisson , et semblables , quant à la forme , aux brassards dont on se sert dans quelques pays pour jouer au ballon. L’usage ne voulait pas qu’elles portassent les colliers comme une chaîne suspendue au cou, mais elles les tortillaient autour de leurs bras , et plus tard, quand un commerce d’échange fut établi avec les Européens, elles les remplacèrent par des verroteries de couleur, qui, dès l’origine, devinrent un objet précieux de trafic.

Habitations. Quoique les Tupinambas aient formé autrefois des bourgades de cinq à six mille âmes, il n’est resté aucun vestige des villages

Page 1