H AN S STADE PARMI LES TUPINAMBAS
Vers le milieu du XVIe siècle le Brésil, divisé en capitaineries , commençait donc à se peupler d'Européens; mais, comme je viens de le dire, une haine plus active se montrait chez les nations indiennes pour les nouveaux envahisseurs; dans cette lutte de la civilisation contre la barbarie, les Tupinambas semblaient avoir surtout le sentiment du sort déplorable qui attendait leurs tribus. Les Français , qui formaient peu d'établissements durables, ne leur semblaient pas , à beaucoup près, des ennemis aussi dangereux que les Portugais, dont les villes se multipliaient de toute part : ils désignaient habituellement ceux-ci sous la dénomination injurieuse de Pero (*), et ils étaient sans pitié dans la guerre d'extermination qu'ils leur faisaient; tandis que les hardis aventuriers que les ports de Normandie leur envoyaient chaque année, recevaient d'eux le nom de parfaits alliés, et les trouvaient toujours disposés à les seconder dans les guerres qu'ils entreprenaient contre les colons.
L'histoire que nous allons rapporter fera comprendre quelle était la nature de ces rapports et de quelle importance il pouvait être de porter le nom de Français.
(*) Perro veut dire chien en portugais, mais pero , comme l'écrivent plusieurs vieux voyageurs, pourrait bien n'être qu'une abré viation du nom de Pedro. Ayres de Cazal raconle qu'un naufragé nommé Pedro Ramalho sut si bien s'attirer l'admiration des sauvages dans la province du Maranham , qu'ils imposèrent son nom en l'abrégeant à tous ses compatriotes. Quelque plausible que puisse paraître cette opinion , il est assez difficile de l'adopter, en se rappelant que la dénomination de pero devint un terme de haine dans la bouche des Tupinambas.
Un Allemand du pays de Hesse, Hans Stade, s'était embarqué à Lisbonne en qualité de canonnier pour passer au Brésil. Après une navigation de 88 jours (ce que l'on regardait alors comme une des plus courtes traversées gue Ton pût faire, puisqu'on employait fréquemment quatre mois pour parvenir au petit établissement d'Iguarassu, fondé récemment par Coeiho), notre voyageur s'établit durant quelques mois dans cette portion de l'Amérique portugaise: là il eut occasion de se familiariser avec la manière de combattre des indigènes, et avec les ruses qu'ils employaient. Voulait-on remonter un fleuve* pour se procurer du bois de Brésil , des arbres énormes , coupés probablement durant la nuit et maintenus debout au moyen de lianes solides, tombaient tout à coup devant les étrangers, comme si un pan de forêt se fut détaché par enchantement, afin d'arrêter les navigateurs. Essayait-on de pénétrer plus avant, de nouvelles palissades de feuillage interrompaient le cours du fleuve , et une grêle de flèches garnies de brandons allumés menaçait d'un péril plus grand encore ceux qui osaient avancer; souvent la fumée corrosive et enivrante du piment s'élevait en longs tourbillons et finissait par suffoquer ceux que les flèches ne pouvaient atteindre.
Ces périls presque toujours renaissants au milieu des nations indiennes, cette lutte qui s'engageait entre la race courageuse des ïupis et les Portugais, rien ne put détourner Hans Stade de son goût pour les voyages dans le nouveau monde. Il retourna à Lisbonne :
ce fut pour repartir immédiatement, avec l'intention de se rendre aux établissements espagnols du Rio de la Plata. Il parvint bientôt en Amérique; mais au lieu de s'établir dans la ville naissante de Buenos-Ayres, une foule de circonstances le contraignirent à se fixer au milieu des Portugais, dans la capitainerie de San Vicente, où il fut chargé de commander un fort connu sous'îe nom de Santo Amaro.
Il faut se représenter la situation de Hans Stade comme étant tout à fait
VERS
analogue à celle des missionnaires américains qui vont se fixer parmi les tribus terribles de la Nouvelle-Zélande.
Le fort qu'il devait défendre contre les invasions des sauvages n'était guère qu'une maison fortifiée : il s'était engagé à y demeurer quatre mois, jusqu'à l'arrivée d'un nouveau gouverneur; plus tard il fut convenu qu'il ^ conserverait le commandement pendant deux années et qu'ensuite il pourrait retourner en Europe. L'établissement reçut de nouveaux matériaux et quelques pièces d'artillerie.
Iî semble que Hans Stade eût prévu la catastrophe terrible dont il était menacé : c'était avec répugnance qu'il avait accepté ce nouveau commandement, et il ne se voyait pas sans terreur environné de nations dont il savait parfaitement que la haine était implacable.
Un jour, comme il attendait quelques hôtes, il prend la résolution de se rendre à la chasse, et il entre dans les grandes forêts qui environnent le fort "de Santo Amaro. Il n'a pas fait plutôt quelques pas hors des limites accoutumées, que des hurlements terribles se font entendre: il est environné de guerriers tupinambas , qui l'entourent en faisant d'horribles gestes. On le renverse à terre assez rudement pour qu'il se blesse à la cuisse d'une manière douloureuse , on le garrotte , et il est entraîné vers les mangliers qui bordent ie rivage. Là un nouveau spectacle lui apprend quel sera son sort:
une flottille de pirogues, gardée par d'autres guerriers, est amarrée sur le rivage. Les cris redoublent, la tacape de guerre est levée sur sa tête, on lui apprend qu'il est regardé comme un Portugais , qu'on le considère comme un ennemi irréconciliable , et que , selon la loi invariable des Tupinambas, il doit servir à un festin solennel qu'on se promet de célébrer bientôt.
Jeté dans une pirogue , il est entraîné bien loin de Santo Amaro et de Bertioga,d'où il aurait pu obtenir quelque secours; on le contraint même, sous peine de mort, à tirer des coups de mousquet contre les embarcations
qui ont été mises à la mer afin de le sauver, et malgré les volées d'artillerie qu'on envoie contre la flottille, les Tupinambas parviennent à une île où ils n'ont plus rien à redouter des Européens. Le prisonnier est déposé à terre dans un lieu écarté du rivage.
Rien , dans le vieux voyageur, n'est plus simple et plus touchant que la manière dont il raconte ses impressions dans ce moment suprême. Tsous le laisserons parler un instant.
« Je ne savais point où j'étais, ditil; les coups que j'avais reçus m'avaient fait enfler le visage, et mes yeux ne me permettaient plus de rien discerner; je ne pouvais pas non plus me tenir sur mes pieds, tant était douloureuse la blessure que j'avais reçue à la cuisse. C'était à cause.de cela', sans doute, que mes vainqueurs s'étaient contentés de me jeter sur le sable. Ils finirent par se ranger autour de moi et me menacèrent encore de me dévorer.
Exposé à cet affreux malheur, je roulais dans mon esprit une foule de pensées qui jamais ne s'y étaient présentées; je songeais à toutes les peines dont cette vie passagère est remplie, et mes yeux fatigués se baignaient d'un torrent de larmes; j'entonnai avec la plus grande ferveur le commencement du psaume
Duui vita medio converti tur anxia luctu , Imploro superi Natninis eeger opeui, etc.
« Les sauvages m'entendirent, et ils s'écrièrent : Il dit son chant de mort, il déplore le triste sort qui l'attend. »
Alors commence pour le malheureux prisonnier une série d'anxiétés toujours nouvelles, dont le récit donne à sa relation l'intérêt le plus dramatique. On l'entraîne vers la grande aidée de Oattibi : là il est témoin des horribles sacrifices qui se passent journellement chez les Tupinambas, et des cérémonies qui les précèdent. Bientôt, livré lui-même en offrande à un guerrier, il est conduit dans la cabane d'un chef célèbre, nommé Ipperu Ouassou, le grand oiseau blanc, et, après qu'on l'a revêtu des ornements qui n'appartiennent qu'aux victimes, il faut qu'il
prenne part aux danses consacrées.
Eh bien, le croirait-on? au milieu de ces dangers sans cesse renaissants , une seule parole suffît pour sauver l'infortuné prisonnier. Il affirme qu'il est étranger à la nation portugaise , qu'il est allié des Français, et si î'on n'abandonne point l'idée de le faire périr, sa mort est du moins différée. Mais que devient-il , quand un de ces interprètes normands, qui faisaient le commerce des bois de teinture, se présente dans l'aidée, et déclare qu'on peut l'entraîner au lieu du sacrifice; il ne le regarde point, dit-il, comme un compatriote!
Ln seul mot pouvait le sauver; il suffit d'un mot pour le jeter dans un affreux péril. Aussi, dans ce passage, la relation du vieux voyageur allemand prend-elle un caractère d'amertume et d'énergie qui contracte avec sa naïveté habituelle, et qu'on ne lui a pas encore vu. « Je me rappelai, dit-il, les paroles du prophète Jérémie, et je m'écriai : Maudit soit celui qui met sa confiance dans les hommes! Puis, s'adressant à l'interprète, il ajouta : Je vais mourir, et tu es bien digne de me dévorer. »
Après tous ces détails, auxquels la simplicité habituelle du récit donne ordinairement le caractère le plus touchant, viennent les aventures curieuses, les histoires, presque grotesques, qui sont là comme un contraste avec tous les autres actes de cette sanglante tragédie. C'est Ipperu Ouassou qui prétend faire l'opérateur habile, parce que son prisonnier souffre d'une fluxion, et qui veut , malgré sa résistance , lui arracher la dent douloureuse , au moyen d'un énorme instrument de bois, afin qu'il puisse manger à l'avenir, et qu'il soit 1 honneur du festin solennel. C'est Koniam Bebe, le guerrier fameux, auquel le Hessois veut persuader que sa nation se confond avec celle des Français , et qui lui répond , avec son sangfroid de cannibale, qu'on ne peut plus manger un Portugais sans qu'il réclame cette qualité. « J'en ai dévoré cinq, dit le terrible sauvage; ils se disaient tous Français. »
Je passe sur les souffrances de Hans Stade dans le village où réside Koniam
Bebe, l'implacable ennemi des Margaias, ces détails sont trop horribles; et pour se figurer un moment la situation du malheureux captif, il faut seulement se rappeler que chaque guerrier va jusqu'à désigner devant lui celui de ses membres qu'il veut dévorer.
Eh bien, le croirait-on? une circonstance , bien insignifiante en elle-même , le sauve du dernier supplice, ou du moins fait différer sa mort. La couleur rousse de sa barbe fait supposer qu'il pourrait bien ne point appartenir a la nation portugaise; et tel est l'esprit d'inviolable fidélité qui guide les Tupinambas dans l'observation des traités, qu'ils épargnent leur prisonnier par la seule crainte de l'enfreindre.
Grâce à une épidémie dangereuse, dont l'esprit fort peu inventif, du reste , de notre bon Allemand , sait mettre à profit les effets désastreux, en affirmant que le ciel est irrité contre ceux qui le veulent faire mourir, il recouvre en partie sa liberté. Après avoir assisté à de terribles exécutions, après avoir tenté de fuir plus d'une fois, il passe dans le village d'un chef qui le laisse partir pour la France.
Tels étaient les curieux épisodes qui se renouvelaient dans l'histoire primitive du Brésil, et dont les récits nous sont parvenus si rarement. La relation du vieux voyageur allemand est empreinte du caractère le plus naïf et le plus sincère, et nous avons cru devoir lui consacrer quelques lignes dans cette notice, parce que tput nous prouve que c'est à lui et Lery le Bourguignon qu'on doit les détails les plus pittoresques qui nous soient parvenus sur les temps anciens du Brésil. Hans Stade donna des figures à la suite de sa relation , et ce sont de précieux monuments que nous avons mis à profit (*).
(*) L'original allemand du Voyage de Hans Stade est devenu d'une grande rareté, j'avouerai même que je ne i'ai jamais eu à ma disposition. La relation latine a été imprimée dans la collection des grands et des petits voyages de la collection de Jean Debry. L'éditeur, après avoir raconté comment il a été prié par le voyageur de faire subir quel-
Tandis que les Portugais continuaient à fonder quelques établissements le long des côtes, et qu'ils songeaient même à pénétrer dans l'intérieur, les • Français multipliaient leurs relations , commerciales avec les indigènes. C'étaient surtout les navires normands qui venaient charger du bois du Brésil le long de la côte de Guanabara et dans les parages occupés aujourd'hui ' par San Salvador. Presque toujours un matelot de l'équipage ou quelque trafiquant se décidait à rester dans une tribu jusqu'à ce que le navire qui les avait amenés vînt effectuer un second chargement. Au retour, ces individus prenaient le titre d'interprètes, et il était bien rare, quand ils avaient goûté de la vie indépendante des Tupinambas, qu'ils ne préférassent point le séjour de la bourgade indienne qui les avait adoptés, au séjour de leur propre pays. La puissance que donnent toujours les armes à feu parmi les sauvages, l'espèce de prééminence que ces hommes grossiers se sentaient sur les chefs eux-mêmes , le succès qui suivait presque immédiatement leurs spécuia-
ques corrections à son récit , annonce qu'il le connaît beaucoup et il vante son ingénuité. « On s'apercevra facilement, dit-il, que sa relation est marquée au cachet de la bonne, foi , et qu'il n'a pas voulu embellir le récit de ses aventures par un faux brillant et par des détails mensongers , dans l'intention de se faire admirer et de s'acquérir une gloire mondaine; il la publie au contraire pour remercier la Providence de ce que par sa bonté et contre tout espoir, il est rentré dans laHesse, sa chère patrie.» Théodore Turquet , seigneur de Mayerne , traduisit en partie à Jean Lery la relation allemande, qui était déjà fort rare en i586, et celui-ci ne tarit pas dans les éloges qu'il accorde à ce contemporain étranger, tandis qu'il fait sans cesse la critique la plus amère de Thevet. Je suis persuadé que les gravures qu'on trouve dans Lery et dans Thevet viennent primitivement du voyageur allemand , et qu'on leur a fait subir seulement quelques modifications.
tions, tout leur donnait une influence sur les tribus , dont le bruit s'étendit dans la plupart des ports , et qui multiplia les émigrations.
Rien de plus étrange et de plus bizarre , en effet , que la vie de ces interprètes normands, dont il est fréquemment question dans les anciens 1 voyages. Pour se faire une idée de leur existence, il faut se rappeler celle des boucaniers d'Haïti , moins les risques peut-être et les privations journalières. Le Français qui se décidait à vivre parmi les Tupinambas commençait par se conformer à peu près en toute chose au genre de vie de ses nouveaux compagnons. Adopté par un village , il en épousait les intérêts comme il en suivait les coutumes. Tel était son dédain complet pour les usages qu'il abandonnait, qu'on le voyait quelquefois se peindre comme les sauvages et vivre de la vie des forêts. A l'exemple des chefs auxquels il aimait à se comparer, il épousait plusieurs femmes , et il était bien rare qu'il s'inquiétât de sa postérité. Souvent il prenait part aux guerres sanglantes que les tribus se faisaient ordinairement entre elles, et alors , comme je l'ai dit , s'il faut en croire de vieux historiens , il ne reculait pas devant les festins qui succédaient aux Jours de combats.
Ce fut , selon toute probabilité , par les interprètes normands qu'on eut en France les premiers renseignements qui décidèrent quelques hommes puissants à former un établissement durable parmi les nations indiennes de la côte. Si l'on en juge toutefois par la vieille cosmographie de Munster, il fallait que ces hommes eussent de grands avantages à déguiser la vérité , ou que leurs renseignements s'altérassent d'une manière bien étrange en passant de bouche en bouche , puisqu'on représentait au XVIe siècle les indigènes vivant au milieu de villes populeuses, et débitant la chair humaine sur un étal, comme on vend la viande de boucherie dans nos marchés.
Derniers retlets des récits incomplets ou exagérés qu'Oderic-le-Mineur et Mandeville débitaieat trois siècles
auparavant sur les contrées orientales, tous ces faits répandus jusque dans le monde lettré n'effrayèrent point ceux qui sentaieRt la nécessité d'une colonie nouvelle pour la France. Vers 1555, l'amiral de Coligni jeta les yeux sur cette baie magnifique de Rio de Janeiro, qui n'était encore connue que sous le nom du pays de Guanabara ? et [il adopta cette riche contrée, négligée même du Portugal , pour y fonder un établissement ou pourraient trouver plus tard un asile ceux de la religion réformée.
L'homme qui fut choisi par l'amiral pour réaliser ce projet ne manquait ni d'intelligence ni de courage, mais il était dévoré d'ambition , et il est probable que son opinion , mal assise , ne savait s'arrêter ni à un parti ni à une doctrine. Une fois qu'il eut fondé le fort qui porte encore aujourd'hui son nom , Villegagnon sembla abandonner tout à coup le parti qui l'avait envoyé. Des ministres sortis de Genève et conduisant quelques réformés étaient venus s'établir à Guanabara; ils furent persécutés d'une manière odieuse et contraints de se retirer parmi les nations indiennes, qui leur donnèrent l'hospitalité ; ou, s'il faut en croire d'autres relations moins connues, ce ne fut qu'après avoir conspiré contre le chef de la colonie et tenté de s'emparer du fort , que les protestants allèrent chercher un asile parmi les Tupinambas.
Quoi qu'il en soit , ils ne tardèrent pas à revenir en France , et Villegagnon lui-même, lassé d'un séjour de quatre ans dans une île étroite d'où il ne pouvait sortir, se décida à revenir en Europe , où il ne ta*rda pas à mourir, stigmatisé d'un nom odieux (*),
(*) Les protestants l'appelèrent le Caïn d'Amérique. Un manuscrit portugais que j'ai consulté dit positivement qu'il se faisait appeler roi du Brésil. On a peine à croire à un tel degré de démence , quand on a sous les yeux la description de l'établissement qu'il avait fondé. Comme cet ouvrage est spécialement consacré à faire connaître les localités curieuses de tous les pays , en même temps que leurs usages , nous
L'UMVLRS.
Comme je l'ai dit autre part, si ce chef, auquel on reconnaît de la fermeté et de grands talents, n'eut pas montré dès le principe une perfidie cruelle ; si un insupportable orgueil ne lui eut aliéné l'esprit de ceux qui lui étaient attachés par leurs propres intérêts , on aurait vu la capitale d'une colonie française s'élever rapidement dans la baie de Rio de Janeiro, dont on avait désigné le territoire par le nom pompeux de France antarctique.
transcrirons ici un passage qui ne se trouve dans aucun historien, parce la vieil'e relation qui le renferme est elle-même à peine connue. « Une lieue plus outre est l'île où demeuroient les François, ayant seulement une petite demi-lieue de circuit el estant beaucoup plus longue que large.... Or celte île estant rehaussée de montagnes aux deux bouts, Villegagnon fit faire sur chacune d'icelles une maisonnette , comme aussi sur un rocher de 5o ou 60 pieds de haut, qui est au milieu de l'île, il avoit fait bâtir sa maison. De côté et d'autre de ce rocher on avoit applani des petites places esquelles estoient bâties tant la salle où on s'assembloit pour faire les prières publiques et pour manger, qu'autres logis esquels (compris les gens de "Villegagnon), environ 80 personnes qu'estoient nos François, faisoient leur retraite. Mais faut noter que excepté la maison qui est sur la roche , où il y a un peu de charpenterie et quelques boulevers (sic) mal bâtis, sur lesquels l'artillerie estoit placée, tous ces logis ne sont pas des Louvres, mais des loges faites de la main des sauvages , couvertes d'herbes et gazons à leur mode. Voilà l'état du fort que Villegagnon, pour agréer à l'admirai, sans lequel il ne pou voit rien faire, nomma Colligni en la France antarctique.» Voy.Marc Lescarbot, Histoire de la Nouvelle-France , p. 207. La description de Lery est identique à celle-ci. Voyez la cinquième édition. Il est vivement à regretter que "Villegagnon, qui était un homme instruit et auquel on doit une relation remarquable du siège d'Alger en latin, n'ait pas emp'oyé ses loisirs à écrire sur les nations indiennes; c'est du reste de cette époque que datent nos meilleures notions sur l'ancien Brésil : elles sont dues à Jean de Lery , déjà cité, et même au cosmographie Thevet , dont les manuscrits originaux se trouvent à la Bibliothèque royale.