‹ Bretonneau et ses correspondants, ouvrage comprenant la correspondance de Trousseau et de Velpeau avec BretonneauChapitre 13 sur 94 · II · texte numérisé non relu

II

pendant des années contre les funestes conséquences de sa gourmandise.

« Venons à votre projet d’excursion médicale. S’il pouvait être exécuté sur un plus grand plan, je ne doute point que vous n’y trouvassiez honneur et profit ; ce serait un pas de plus dans la direction que j’aimerais tant à vous voir suivre. Mais les observations recueillies dans une localité aussi circonscrite que l’est celle que vous m’indiquez, ne conduisent à rien d’assez neuf et d’assez intéressant. Il faudrait qu’une excursion dans la Sologne, où les enfants, dit-on, sortent du sein de leur mère avec des rates énormes , offrît un second terme de comparaison; il faudrait surtout que des observations fussent recueillies par les mêmes observateurs dans le voisinage des marais salants; il faudrait que quelques relations avec les médecins des hôpitaux de Rochefort permissent d’apprécier l'influence des diverses émanations des marais sur le type , la durée , l’intensité des fièvres intermittentes , sur la gravité et l’étendue des lésions qui les suivent et les accompagnent; il faudrait que la puissance des médications pût être évaluée et comparée dans les différentes localités, pour qu’on vît naître de ce travail un ouvrage d’une véritable utilité pratique , un ouvrage tout différent de celui de M. Bailly, un ouvrage qui comblerait les lacunes des excellents livres que nous ont laissés quelques praticiens , et qui serait le complément des travaux de Sydenham1, Torti2, Mor-

1 Sydenham. — Metlxodns curandi febres propriis observationibus superstructa. Londres, 1666, 1668, 1683. Amsterdam, 1666.

2 Torti. — Therapeutice specialis ad febres quasdam perniciosas inopinato ac repente lethales. Mutinæ, 1712, 1730. Venetiis, 1732, 1713. Lipsias, 1750.

BRETONNEAU A TROUSSEAU

ton1 2 3, Mercatus et Senac 4. Je ne doute point qu’il ne fût plus facile de faire adopter au ministère un projet conçu sur ce plan. Toutefois je ne me dissimule pas les difficultés de cette entreprise. Certainement j’irai vous voir en Sologne si jamais vous y campez; mais j’ai grand’peur que tout cela ne se réduise à un rêve.

« Je ne vous ai point assez dit combien j’étais reconnaissant des salutaires avis que M. Esquirol a bien voulu m’adresser sur le meilleur mode de construction des loges de nos folles. J’espère lui en offrir mes remerciements de vive voix.

Nunc abbibe puro Pectore verba puer.

« J’espère avoir un mot de vous avant mon départ.

« Je vous remercie de votre histoire particulière; je ne doute pas plus que si je ne l’eusse vu que le sujet dont vous me parlez n’ait eu une dothinentérie bénigne, si, comme il y a lieu de le croire, sa première affection a été une dothinentérie grave. Ces cas exceptionnels vont se ranger parmi ceux des récidives de varioles, de scarlatine, etc., dont on a cité tant d’exemples irrécusables.

« Adieu, mon ami. A samedi.

« Tout à vous. »

1 Morton. — Pyrelolocjia, seu excrcitationes de morbis universalibus acutis. Londres, 1692-1693.

2 Senac. — De recondila febrium cum intermittentium , cum remit -

tentium natura et curatione. Amstelodami, 1759.

LETTRE CLP

« Charenton , 22 juillet 1826.

« Mon très honoré Maître , vous étiez donc tout chaud de la colère de la diphthérite , lorsque vous avez vu ma mère? car elle m’a narré votre conversation en termes peu maternels. Bien entendu qu’elle a fait une amplification de rhétorique; mais peu importe. Je ferai donc ce que vous voulez, je resterai, je concourrai, je resterai encore, je parviendrai même à force de protections à me faire recevoir maréchal. Je resterai plus ferme; et comme ce sera là mon bâton, vous me direz jusqu’où mon ambition doit aspirer.

«Vous êtes de chiffe pour vous-même, vous êtes un roc pour les autres. Vous voyez ce bœuf de Velpeau qui, au travers de mille tribulations, est arrivé au bout de son pénible sillon, et vous voulez que je ne quitte le joug que lorsque j’en aurai fait autant. Est-ce là l’exemple que vous nous avez donné? Toute votre vie hors du chemin de l’ambition, occupé de travaux qui vous charmaient, qui vous honoraient, vous êtes arrivé à la considération et à la réputation en ne méritant l’une et l’autre que par des occupations attrayantes pour vous.

« Croyez -vous que je vous plaigne de venir chaque matin à cinq heures dans un hôpital , de braver le froid et la colique , d’être arraché de votre jardin , de votre lit,

TROUSSEAU A BRETONNEAU

de votre dothinentérie , entraîné par une rosse trop pacifique au milieu des boues de nos chemins vicinaux? Tout en faisant de grands hélas ! vous êtes heureux au fond de l’âme, et vous ne changeriez pas votre condition pour la vie d’un pauvre jeune homme qui dort sa grasse nuit, qui boit et mange à ses heures sonnées , mais qui voit devant lui d’insurmontables barrières parce qu’il n’est pas dévot , et que l’école est dévote ; parce qu’il n’a jamais fait le singe, et qu’il faut faire le singe; parce qu’il faut être jésuite, et qu'il est libéral; parce qu’ enfin il est pauvre, qu’il n’a pas un sou vaillant dans toute la rigueur du mot, qu’il ne peut rester plus de dix-huit mois à Charenton s’il ne veut perdre le peu qu’il sait en médecine , et que , une fois sur le pavé du roi , il ne lui reste aucun moyen de gagner de l’argent. Je le veux bien, je serai nommé agrégé, je sacrifierai tout à ma réputation, à mon avancement, et dans quinze ans je serai l’un des vingt-deux professeurs de notre Faculté. J’aurai quarante ans, ma vie sera aux trois quarts usée, je ne saurai pas de médecine, et je commencerai à me faire une clientèle; me voilà bien satisfait, bien glorieux ! Et le bonheur, mon cher maître? Vous riez? qu’est -ce que cela fait? je n’en entends pas moins le bonheur à ma façon, et vous qui vous moquez ici, vous l’avez entendu, vous l’entendez comme moi, ainsi soit-il; mais parlons d’autre chose.

« Revenons à la diphthérite. De toutes vos querelles, deux seulement sont fondées : d’avoir oublié de parler des témoignages historiques. Sur le brouillon de mon article j’avais analysé vos témoignages historiques en deux grandes pages; j’oubliai net cette feuille lorsque je recopiais à la hâte, et je ne m’aperçus de mon omission que lorsque tout fut imprimé. Il n’y a pas là de remaniements

à faire, il faut que le journal paraisse à jour fixe. Ma phrase du Journal pratique est hétéroclite, j’en conviens. Quant au soin que j’ai pris de donner des dates de vos mémoires, vous deviez m’en remercier. Si le lecteur n’a pas été intéressé , vous avez été excusé , et ce n’était pas sans besoin ; car l’excessive irrégularité de votre livre a excité tout d’abord une clameur générale.

« Pour le reste des reproches que vous me faites , vous les avez dictés ah irato. Le lecteur indulgent et bénévole ne croira pas qu’il soit question d’une déception quand il lira le reste. Belle chicane encore que votre : Il veut prouver! Vous seul, mon cher Maître, êtes au fait de l’histoire de votre livre; moi qui le sais par cœur, et qui ne connais pas mal l'auteur, je ne saurais jamais comment expliquer le défaut d’ensemble des trois premiers mémoires. Passe pour le quatrième, qui dans sa petite taille est certainement celui qui ressemble le mieux à un livre et qui a le moins l’air d’une conversation de clinique. A votre tour d’être sur la sellette.

« Votre Crevot est un archi-sot. Les volumes sont en effet cotés à huit francs, et se vendent sept à Paris aux étudiants, et six francs vingt-cinq centimes aux libraires. C’est beaucoup trop cher. Velpeau et moi sommes allés chez lui, et lui avons chanté une gamme comme il le méritait. Il nous a dit mille bêtes de raisons , et a fini par conclure que vous l’aviez ruiné au remaniement, que les trois planches augmentaient le volume de un franc cinquante centimes, etc., et qu’ enfin il ne pouvait sans y perdre le vendre moins de sept francs. C’est son dernier mot.

« Faut-il vous dire que le liquide putride que j’ai injecté dans les vaisseaux de mes chevaux était aussi

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limpide que de l’eau de roche? Je l’avais décanté avec soin et filtré; il n’est laissé rien sur le papier. Faites macérer des muscles et ayez un cheval, vous verrez si la liqueur, tant bien filtrée soit-elle, ne le tue pas. L’âme des chiens leur tient au ventre à vingt écrous. Des expériences comparatives m’ont convaincu que les ruminants sont plus vite tués que les chevaux , et les chevaux beaucoup plus vite que les chiens, par des doses beaucoup plus faibles de matières putrides. Les herbivores ont une singulière tendance à la gangrène, et sont bien cruellement influencés par les produits de la putréfaction. Je vous ai dit avec quelle facilité une irritation même légère du tissu cellulaire en déterminait la mortification , et vous savez de reste que toutes les épizooties des bœufs et des chevaux s’accompagnent du sphacèle de quelque partie. Le charbon et la pustule maligne moissonnent chaque année une quantité considérable de bœufs. Je n’ai pas essayé à faire ingérer du détritus putride à un cheval. Je le ferai, et je suis d’avance presque convaincu que je l’empoisonnerai comme avec de la strychnine, tandis qu’un gredin de chien n’en serait que plus jovial.

« Bailly vous semble donc un grand niais, à la bonne heure! mais il fait presque loi pour les fièvres intermittentes. Senn a aussi une réputation énorme ; vous êtes dégoûtés là-bas. Vous vous êtes convaincu qu’Andral n’avait pas trop écorné la dothinentérie : dans son livre , oui; mais cet animal, qui est bien le plus impudent, le plus phlegmatique plagiaire que de nos jours j’ai vu, sait parfaitement, dans ses cours, se prévaloir des travaux de tous les autres , et il ne hasarde l’impression que lorsqu’il a fini par se faire citer comme auteur d’une découverte qui ne lui appartient pas.

lOi CORRESPONDANCE. — ANNÉE 1826

« Je voudrais bien savoir au juste quand vous viendrez à Paris. Je dois aller passer huit jours à Fontainebleau, vers le commencement d’août, et si votre voyage avait lieu à cette époque, je différerais le mien.

<c Nous voilà plusieurs dothinentériques ; quelques-uns sont saignés du bras, leur sang à tous est couenneux. C’est une observation que j’ai voulu vous communiquer, parce que sans doute sous certaines constitutions cette humeur peut avoir des caractères particuliers. Ils ont aussi, en général, moins de symptômes putrides, peu de prostration, point d’escharres gangreneux au sacrum, et ce sont bien des dothinentériques, j’en ai la preuve dans mes bocaux. Dans ce cas la saignée leur serait-elle moins préjudiciable? Je voudrais bien que vous me répondissiez à ce sujet. Nous avons eu quelques catarrhes suffocants; on a mis des sangsues, on a saigné, et tous les malades sont morts. Un seul a échappé à la saignée et à la maladie.

« Adieu, mon cher Maître; rancune tenante je vous embrasse de tout mon cœur.

« Veuillez présenter mes respects à ces dames, et me rappeler au souvenir amical de Jacquart. Sans doute que ma campagne de Brenne vous a fait rire de pitié, puisque vous ne m’en avez pas dit un mot. »

BRETONNEAU A TROUSSEAU

LETTRE CLIP

DE BRETONNEAU A TROUSSEAU

« 24 septembre 1826.

« Une nouvelle hémorrhagie est survenue; peut-être a-t-elle été provoquée par une ponction qui, en débarrassant le ventre de quelques pintes d’eau, a laissé au sang la liberté d’affluer dans l’estomac. Le pauvre Mignot en deux heures a succombé; je ne pense pas que le triste événement pût arriver dans de plus contrariantes occurrences. La veille au soir il avait été voir plusieurs malades.

« Je répondrai à vos deux lettres aussitôt que je le pourrai. Je suis opprimé par l’hôpital, le jury médical, une menace de luxation spontanée du fémur, qui arrache les cris les plus douloureux à cette jeune dame d’Étampes, etc.

« Nous vous dirons des nouvelles d’une épidémie de la Flèche qui vous feront ouvrir les oreilles.

« Après une fièvre de trois jours, je reste étranglé par un catarrhe trachéal.

« A bientôt , pour vous qui n’avez à penser qu’à votre concours. Ecrivez, écrivez.

« Tout à vous. »

« Le pauvre secrétaire a encore été frappé par la fièvre. Parmentier vous portera vos concrétions diphthéritiques et dôthinentériques. »

LETTRE CLIIP

« Charcnton, 3 octobre 1826.

« Si M. Moreau consent à quitter Amboise, vous manqueriez, je crois, k votre conscience en ne l’appuyant pas de tout votre pouvoir : personne plus que lui ne me semble digne de remplir la place que M. Mignot laisse vacante ; mais dans le cas où , préférant Amboise et craignant de se déplacer à cet âge, il laisserait se débattre les nombreux compétiteurs dont j’ai vu la liste, je me mettrais sur les rangs avec la conviction de me rendre plus digne qu’aucun d’eux du poste où vous me placeriez. Je ne sais quels titres peut invoquer votre préfet en faveur de Merruau ; son extrême apathie , qui n’a fait jusqu’ici que s’accroître, donne, il me semble, la juste mesure de l’homme et laisse voir clairement ce qu’on peut en attendre par la suite. Il n’en est pas de même de MM. Douet et Gouraud; ils ont de véritables titres, et ces antagonistes devraient être plus puissants que l’autre. Vous pensez qu’en allant à Tours je manquerais une belle carrière ; mais que peut-on espérer, quand Fizeau et Guilbert 1 sont sérieusement proposés pour succéder à Laënnec ? Que parlez-vous de belle carrière , quand Lisfranc lui-même me disait l’autre jour qu’il avait la certi-

1 La Faculté s’opposa à ces nominations. Elle présenta Chomel , Guersant et Rullier. Chomel, auquel devait un jour succéder Trousseau, fut nommé. — T.

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tude de n’arriver jamais à l’école, et qu’il se repentait amèrement d’être resté à Paris 1 ? Quoi qu’il en arrive, je vous viendrai certainement . à Tours avant longtemps, et dans le cas même où je serais agrégé : Paris me pue au nez plus que vous ne sauriez imaginer.

« Toutes ces démarches m’ont jeté dans un ennui que rien ne peut surmonter ; j’attends chaque soir des lettres de Tours, et j’eusse mieux aimé apprendre définitivement qu’il faut renoncer à mes espérances du côté de l’hôpital que d’en entrevoir encore de faibles. Mon pauvre concours en souffre, et depuis huit jours je n’ai pu jeter les yeux sur un livre théorique ; écrivez -moi donc, je vous en prie, aussitôt qu’il y aura quelque chose de décidé. Que le préfet se déclare en ma faveur ou non ; j’ai besoin de savoir quelque chose de positif, et je serai plus tranquille avec une réponse négative que je ne le suis aujourd’hui. Dans mon désespoir, j’ai lu et relu la Dysenterie de Stoll2, qui a fait trêve un instant à toutes mes tribulations ; c’est dommage qu’il tienne trop à sa hile , pourquoi faut-il que les meilleurs esprits se jettent dans les systèmes ! Le chapitre qui termine ce court traité : De quibusdam magni momenti minutiis, me semble un chefd’œuvre dans lequel Corvisart a certainement puisé sa belle préface d ’Auenbrugger3.

1 Combien les temps sont changés, et quel est aujourd’hui le chirurgien delà valeur de Lisfranc qui aspirerait à quitter Paris pour la province? — T.

2 Stoll. — Pars I rationis medendi in nosocomio practico Vindobonensi. Vienne, 1777. Pars II, 1 780, 2e édit. Vienne, 1787. Le chapitre relatif à la dysenterie (de la nature et du caractère de la dysenterie) est justement célèbre. — T.

. 3 Nouvelle Méthode pour reconnaître les maladies internes de la poitrine par la percussion de cette cavité, par Auenbrugger; ouvrage traduit du latin et commenté par J.-H. Corvisart. — Paris, 1808.

« Comment vous , spécialiste , avez-vous été prendre le few men l, etc., pour épigraphe de votre livre, plutôt que le haud quidem iqnoro... Multum disputari contra scrupulosam ejusmodi seduloque distinquentem scientiam, sed , etc., que vous trouvez dans le chapitre dont je vous indiquais le titre tout à l’heure? Cette lecture, autant pour me distraire utilement que parce que la dysenterie commence à envahir notre maison, et que, depuis huit j ours , cinq personnes en sont atteintes (deux d’une manière assez grave). On les a salés en mémoire de vous, et leur affaire est bientôt in vado.

« Dernièrement, il est venu à la tête et sur tout le corps d’un enfant de deux ans et demi une éruption qui ressemblait singulièrement à ce qu’Alihert a décrit sous le nom de teigne muqueuse ; la mère en même temps avait une affection du cuir chevelu, qui différait trop peu de la teigne muqueuse pour qu’il me fût facile de reconnaître quelle éruption spéciale j’avais sous les yeux: cinq bains sulfureux ont tout terminé, sans détriment pour la santé générale ; la facilité de la guérison me porte à croire que j’avais affaire moins à une véritable teigne muqueuse qu’à une phlegmasie cutanée , voisine des teignes dont je n’ai pas vu la description dans Alibert.

« Donnez -moi, je vous prie, quelques détails sur l’épidémie de la Flèche, dont vous m’affriolez dans votre dernière lettre2; est-ce une diphthérite, est -ce une dothinen-

1 Few men, even those of considérable capacity, distinguish accurately between opinion and fact. (Moore.) — Épigraphe de la Diphthérite.

- Bretonneau avait été appelé, sur l’invitation du ministre de la guerre, à l’École militaire de la Flèche, où sévissait une épidémie de diphthérie. On trouve plus loin (lettre à Blache et à Guersant) l’histoire de cette épidémie. — T.

BRETONNEAU A TROUSSEAU

térie, ou une scarlatine? Vous ne me le laissez seulement pas entrevoir.

« Adieu, mon cher Maître ; j’attends le plus prochainement possible une lettre de vous.

<( Votre affectionné.

« Donnez -moi des nouvelles du pauvre secrétaire et veuillez présenter mes respects à ces dames. Je recommande à votre mémoire les tubes à vaccine, les concrétions diphthériques et les intestins.

« Je viens de voir Velpeau, et de. lire la lettre que vous lui avez écrite. Le pauvre diable a une néphrite qui l’a fait cruellement souffrir ; il va mieux, il commencera ses visites agrégatives demain ou après-demain. Votre lettre m’apprend que je trouverai ce soir une lettre de vous à Charenton. »

LETTRE CLIVe

DE BRETONNEAU A TROUSSEAU

« 6 octobre 1826.

« Mon cher enfant, travaillez pour votre concours, c’est le point le plus important ; êtes -vous assez inhumain d’avoir été arracher à ce pauvre Velpeau une page de prose si inutile 1 ! me dire du bien de vous, augurer favo-

i Trousseau avait fait écrire une lettre par Velpeau pour insister auprès de Bretonneau en faveur de sa nomination à l’hôpital de Tours. — T.

rablement de votre avenir, c’est me répéter ce que je désire, ce que j’espère, ce que je sens. Il n’est pas nécessaire de me suggérer des arguments en faveur de votre projet, s’il y avait la moindre possibilité de le faire adopter. Mais si Raverat vous a transmis le résultat de nos conversations, vous devez voir que je ne puis proposer de donner pour chef à M. Douet l’élève qui suivait ses cours il y a deux ans. Je me flatte que tout s’arrange de la manière qui convient le mieux à vos projets. Moreau, pour mettre à exécution le désir qu’il a depuis longtemps de se retirer de la pratique et de s.e fixer à Tours, désir que je connais depuis longtemps, se décide à accepter en me disant qu’il ne pense pas que le fardeau dont il se charge momentanément puisse convenir plus d’un an ou deux à ses épaules. Pour l’instant, le branle est donné, et, placé ou non, il vient demeurer à Tours. J’aurais désiré pour vous, pour lui, pour moi, vous dire ce soir comment tout cela va se terminer ; mais le préfet prend ses vacances. Absent depuis dimanche, il ne reviendra que dimanche ou lundi. Prenez donc patience, et devenez agrégé ; c’est le seul moyen de faire taire les prétentions de Douet, qui finira peut-être par profiter de la rude leçon qu’il vient de recevoir. Non, mon ami, il n’en profitera pas, parce que le caractère est plus fort que toutes les leçons; mais, pour Dieu, soyez agrégé! En attendant, Mme N*** doit vous apprendre que nous faisons prêcher une mission. J’attache beaucoup de prix à la conversion de M. de la F***; il est bon que ces gens-là commencent à croire en vous, et surtout que de longue main les préventions qu’ils ont pu concevoir soient détruites.

« Je suis désolé d’apprendre que Velpeau ait souffert

BRETONNEAU A TROUSSEAU

d’une néphrite, probablement calculeuse ; il sentira que le régime est la première condition pour obtenir l’éloignement des récidives. Mais qu’il est ennuyeux de n’obtenir la santé qu’à ce prix! La mienne s’améliorera, je n’en suis point en peine ; l’état de ce malheureux enfant est pour l’instant ma déplorable , ma cruelle tribulation.

« La légère amélioration des septième, huitième et neuvième jours ne m’a donné aucune satisfaction , c’est la marche accoutumée de cette redoutable maladie ; au dixième, voilà de nouveau les symptômes qui s’aggravent. Je remettrai à Parmentier l’alun et une copie de l’extrait pour le Moniteur. J’adresse le texte à M. de Puységur pour M. de Genoude. Connaissez -vous un M. Carrault, aussi inepte que votre Lanio-Doctor, qui me prête de grosses absurdités et me dit des injures dans le journal complémentaire ?

« De bonne foi, croyez-vous que je ne connaisse pas le merveilleux passage de Stoll? Le pauvre secrétaire l’a déjà copié deux fois: 1° dans une réplique à Boullon, qui s’avise aussi de regimber ; 2° pour la péroraison de la dothinentérie , et vous conviendrez qu’il est là mieux à sa place qu’en tête de la diphthérite.

« Dites à Velpeau combien je serais heureux de le savoir convalescent.

« Vale, mi fili.

Post-scriptum de Jacquart. — « J’accepte de grand cœur le patronage que vous m’offrez ; que M. Blot descende chez ma mère, tout sera disposé pour le recevoir aux conditions qu’il propose. Je n’ai plus la fièvre, et suis enchanté de ne pas vous voir chirurgien de l’hôpital ;

cela parce que je crois que vous n’y seriez pas à votre place , et que de plus hauts destins vous réclament.

« Tout à vous. »

LETTRE C L Ve

« Paris, à 4 heures du soir, 7 octobre 1826.

« Je viens de chez Velpeau, mon cher Maître, que j’ai trouvé dans de cruelles souffrances. Sa néphrite a repris sans doute de l’intensité, car le testicule lui -même commençait à s’engorger et les douleurs étaient plus vives. Il m’a aussi appris que M. Moreau avait accepté. C’est donc une affaire décidée. Si pourtant Douet donnait sa démission , ce dont il avait l’intention , dans le cas où il ne serait pas appelé à la place de M. Mignot, je vous prierais de solliciter pour moi la suppléance ; non que je veuille me rendre à Tours, mais simplement pour me donner un titre à l’avenir. N’en parlons donc plus ; il faut savoir oublier ce qui vous contrarie le plus vivement.

« Hier, j’ai parlé à M. Esquirol de votre agrégation. Comme inspecteur de l’université il a du crédit, et m’a promis de parler de vous au grand maître ; il a dû dîner hier avec M. Cayol, auquel son Excellence s’en rapporte entièrement lorsqu’il s’agit de quelque chose qui est relatif à la Faculté de médecine ; il mettra M. Cayol dans vos intérêts et le déterminera à vous proposer. Il m’a engagé également à en parler à M. Récamier, qui

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sera de la commission chargée du travail. J’ai vu aujourd’hui M. Récamier, qui a accueilli cette idée avec beaucoup d’ardeur, et qui m’a promis d’en parler lui-même au grand maître. Du reste, il croit parfaitement mutile et même nuisible de faire circonvenir M. Frayssinous 1 par les grands seigneurs. Comme la Faculté ne sera pas consultée dans cette affaire, il est à peu près inutile d’en parler à MM. Duméril et Guersant. Voilà quels sont les candidats: Husson, Broussais, Rostan, Petit (de Ventéro-mésentérique) , Jadelot, Lherminier, Lucas, pour la médecine ; Ribes , Baron , pour la chirurgie ; Duval , de Rennes , Barbier, d’Amiens , et vous , si l’on consent à choisir des agrégés dans les départements , ce qui s'agite en ce moment et n'est pas encore décidé. Le grand maître semble répugner beaucoup à choisir les trois premiers, et surtout Broussais et Rostan, qui probablement seront exclus. Husson a de puissants ennemis aussi, et son libérabsme lui nuira 2.

« Pourquoi ne m’écrivez -vous pas ? Il faut que j’apprenne par d’autres les inquiétudes que vous cause la maladie du petit Édouard ; il faut que d’autres m’apprennent que vous êtes tourmenté du rhume le plus cruel. Adieu, mon cher Maître; je vous embrasse de tout mon cœur. Votre élève affectionné et reconnaissant.

« Veuillez dire à Mme Martigné que je lui ai écrit hier au soir et que , comptant venir mettre aujourd’hui la lettre à la poste à Paris, je l’ai oubliée à Charenton , de sorte que je ne pourrai l’envoyer que demain. »

1 Évêque d’Hermopolis ; il était à cette époque ministre des Affaires ecclésiastiques et de l’Instruction publique. — T.

2 On sait que ces projets de nomination n’eurent pas de suite. — T.

LETTRE CLVIe

DE BRETONNEAU A TROUSSEAU

« Tours, 11 novembre 1826.

« J’espérais vous apprendre plus tôt l’étrange parti qu’a pris Moreau : après m’avoir persécuté de ses hésitations, il a donné sa démission ; et dans la crainte que vous ne persévérassiez dans votre entêtement, je voulais que vous en fussiez averti des premiers. Mais depuis quatre jours je suis tout à fait malade; mon rhume commençait à se civiliser, lorsque je me suis bien maladroitement et grièvement blessé en descendant de cabriolet. Le pied nTa glissé et l’angle du marchepied m’a profondément sillonné le pli de l’aine. J’en ai cependant été quitte pour le broiement des ganglions , une grande ecchymose et une profonde induration, maintenant indolente. Cet accident, les soins prodigués inutilement à une petite fille trachéotomisée au onzième jour de l’angine diphthéritique , le septième ou huitième d’un traitement fort énergique, et mille autres excursions dont je n’ai pas su me garantir, m’ont enfin forcé à me mettre au lit. Autrefois le malaise général que j’éprouvais se terminait par un abcès dans le pharynx , mais il y a cinq semaines un catarrhe bronchique très aigu s’était substitué au tonsillitis; pour éviter l’équivalent ou pis, je me suis saigné, j’ai mis des sangsues: j’ai moins de fièvre, ma tête est un peu moins douloureuse pendant le jour, mais je n’en suis pas moins décidé à

BRETONNEAU A TROUSSEAU

garder les arrêts que je me suis imposés jusqu’au milieu de la semaine prochaine.

Or, devinez qui j'ai pour garde-malade? M. Merruau1. J’y gagne au moins de savoir les nouvelles que je serais hors d’état d’aller apprendre. Le préfet ne sait à quel parti s’en tenir. M. Merruau prétend que j’aurais une grande influence sur sa décision , et en vérité , après la frasque de Moreau, je ne comprends pas sa déférence. Il ne voit , dit M. Merruau , de meilleur expédient que de donner la place au concours. Obligé de protester que cet arrangement est celui qui lui conviendra le mieux en face du chef de l’administration, M. M*** me dit confidentiellement que je m’opposerai sans doute à une dérision; je lui réponds que le concours ayant pour juges les confrères de la ville pourrait en effet devenir assez ridicule 2, mais qu’il n’en serait pas de même si MM. Lisfranc, Roux et Marjolin étaient choisis pour arbitres, et puis je me laisse assassiner de son assiduité, rougissant parfois de son manque de pudeur.

1 Médecin de Tours.

2 C’est cependant ainsi aujourd’hui qu’ont lieu les concours dans les villes de province.

A Paris, où les juges occupent des situations scientifiques et méritées, et où aucun soupçon de rivalité entre eux et les candidats n’est admissible, le concours fonctionne avec une équité aussi parfaite que possible et constitue le mode le meilleur du recrutement des médecins des hôpitaux.

Mais peut- il en être de même dans les villes moyennes de province, où les médecins constituant un jury ont à juger leurs propres confrères, leurs rivaux de tous les jours, dont les séparent souvent profondément les intérêts de clientèle, les questions d’amour-propre, les passions locales si vives depuis dix ans, etc. ? Il faut vivre en province pour savoir que les jeunes gens seuls peuvent affronter le concours, mais qu’il est interdit à un médecin d’une certaine situation, quelle que soit sa valeur, quels que soient ses titres scientifiques , de se soumettre au verdict de ses confrères. — T.

« Que voulez-vous! vous savez si vos projets sont selon mon cœur; je ne demande pas que vous regardiez votre avenir avec ma lunette, mais visez à un but qu’il soit possible d’atteindre. Moreau m’a causé un chagrin d’autant plus vif, que j’avais plus compté sur la solidité de son caractère.

« J’ai entendu confidentiellement de M. Gouraud qu’il ne voulait pas de la place de l’bôpital; voilà, mon cher enfant, tout ce que je puis vous apprendre du coin de mon feu que je ne quitte pas. Je me suis fait lire par Jacquart les colorations vasculaires; voilà qui est sans réplique , mais en vérité c’est trop leur accorder que de concéder qu’il n’ y a point de différence appréciable entre la rougeur cadavérique, la teinture par imbibition des parois vasculaires et leur rougeur inflammatoire. Je sais bien que vous ne parlez que de rougeur et non des autres conditions des parois vasculaires qui décèlent leur véritable inflammation; mais la rougeur à elle seule n’est , ni sur le vif ni sur le mort, l’indice d’une phlogose.

(( Sans doute vous ne lisez point le journal de M. de Glaubry, et je vous en fais mon compliment. Dans le numéro de mai ou de juin, on trouve l’histoire d’un phthisique et d’une pauvre dothinentérique chez lesquels on suit la rougeur des canaux artériels jusque dans le sinus pétreux, et ce sont là des observations recueillies et accueillies en 1826 ! Quelle déplorable démonstration de l’influence des émissions sanguines sur cette coloration vasculaire m’a été fournie au moment de la terminaison de l’épidémie dysentérique? Un militaire, jeune pléthorique , arrive à l’hôpital affecté de si vives douleurs, l’abdomen est si sensible à la pression, que je suis porté à croire qu’à ce degré du mal les émissions

BRETONNEAU A TROUSSEAU

sanguines pouvaient en modérer l’intensité. Le malade se loue de l’effet qu’il en éprouve , il ne boit que de l’eau de gomme, les évacuations ne deviennent cependant pas moins fréquentes et ne changent pas de nature. Elles continuent à se répéter cinq à six fois par heure; l’application de cent vingt sangsues est accordée au malade , quarante moitié sur l’abdomen , moitié à l’anus , et de même successivement en moindre nombre chaque fois. Au neuvième jour de ce traitement la condition du malade me semblait si peu améliorée que je crus ma conscience engagée à substituer des lavements d’amidon aux émissions sanguines. Trois jours après ce changement de médication, la fréquence des évacuations, etc., l’inappétence absolue, la soif et tous les symptômes qui m’avaient le plus vivement alarmé commencent à offrir un changement favorable ; je me flattais que ce malheureux échapperait au danger dont il m’avait paru menacé; mais le jour suivant la fièvre devint plus intense , et il crut avoir contracté la petite vérole : la vive rougeur du teint qui venait soudain de se manifester me portait à partager son opinion. Le lendemain il périt inopinément, et sans que la question relative à la complication de la variole eût été éclaircie. En admettant que la fièvre variolique ait véritablement contribué à la terminaison funeste de la maladie , jugez s’il n’y a pas lieu de penser que l’abondance des émissions sanguines avait préparé ce sinistre résultat1.

1 Cent vingt sangsues en une fois dans une dysenterie, et encore de la part de l’adversaire le plus déclaré du physiologisme , peuvent paraître une concession exagérée à la thérapeutique de Broussais.

Mais il faut se rendre compte de l’influence qu’exerçait sur le médecin la nature ambiante, les idées reçues jusqu’alors, les vœux mêmes du malade. Bretonneau, avec son admirable probité professionnelle et son

« Sous les méninges , dans les ventricules du cerveau, dans le péricarde, dans les plèvres, dans la cavité du péritoine, on trouvait une grande quantité de sérosité sanguinolente épanchée, et tous les élèves ont vu et constaté que le liquide contenu dans les vaisseaux et dans les cavités du cœur était à peine plus coloré et plus consistant que celui qui se trouvait épanché dans les cavités splanchniques; sans aucune exagération cette couleur et cette consistance étaient celle du vin de Bordeaux , aussi les filets tendineux des colonnes charnues du cœur, les valvules, la tunique interne des veines et des artères avaientils contracté la teinte vineuse la plus uniforme et la plus éloignée de toute coloration inflammatoire. Les lésions qui caractérisent l’inflammation dysentérique étaient très graves.

« Une visite de M. N. V. vient d’interrompre ma lettre; ouvrez vos oreilles , et entendez : « Le jeune médecin « auquel vous vous intéressez, M. Trousseau, ne pense-t-il « pas encore à obtenir la place? » Oui, Monsieur, mais je i;e crois pas devoir l’engager à quitter la carrière qu’il suit avec distinction; j’entre à cet égard dans quelques détails. Il paraît tout à fait déterminé, en revenant au premier point qu’il avait traité , à accorder la place au concours aussitôt que le rétablissement de ma santé le permettra; il désire que nous en réglions le mode et les conditions par anticipation. J’ai supposé que MM. Roux , Marjolin et Lisfranc pourraient être priés d’adresser des questions qui seraient résolues à huis clos par les concur-

amour pour la vérité, confesse l’erreur dans laquelle il est tombé et se demande si la mort n’a pas été causée par l’abondance des émissions sanguines. — T.

rents , réponse que M. le préfet transmettrait à l’aréopage chirurgical; avisez, mon ami, à ce qui vous convient, et surtout ne perdez pas un moment de vue votre concours pour l’agrégation. Témoignez toute ma reconnaissance à M. Esquirol , dites-lui que j’admire les progrès que le diagnostic et le traitement des aliénations mentales ont faits de nos jours et qui sont dus à ses talents pratiques. Dites-lui que je vénère sa probité médicale et cette active philanthropie qui a tant contribué à améliorer le sort des malheureux aliénés. Enfin dites-lui surtout que je conserve le plus touchant souvenir des bontés toutes particulières qu’il a pour mes élèves.

« Vale, mi fili. »

LETTRE CLVIP

DU MÊME

« Tours, 13 novembre 1826.

« La migraine , jointe à mes autres maux, m’accablait hier quand j’ai terminé ma lettre. J’ai craint, depuis qu’elle a été écrite, d’être venu mal à propos vous donner des distractions. Je ne me pardonnerais pas d’avoir apporté quelque obstacle à vos succès dans le concours pour l’agrégation. Voilà les titres que j’ambitionne de vous voir acquérir qui arriveront à point, voilà des succès qui en assurent d’autres dans l’avenir.

« Plus j’y pense, moins je comprends comment, sans

déroger aux ordonnances et aux us et coutumes, le préfet pourrait remettre au concours la place de chirurgien en chef.

« Serait-il bien facile d’enlever à leurs occupations les chirurgiens de la capitale auxquels M. le préfet voudrait s’adresser pour les faire juges des compétiteurs? Des questions par écrit seraient un mode bien insuffisant d’examen. Ne faudrait -il pas encore opérer sur le cadavre en présence de ces messieurs ?

« L’administration, ferme dans la défense de ses droits, vient d’ajouter à sa liste un nouveau candidat à la place de M. Moreau, et elle doit la reproduire dans ce nouvel ordre. M. Douet se trouve en tête, et il ne tient qu’à moi, dit-il, d’emporter d’emblée sa nomination. Je lui réponds qu’il n’a tenu qu’à lui, et que je ne m’en mêle plus. Ce soir, M. Alfred de N. V. est venu plaider votre cause en disant toutefois que son père et moi ne pouvions qu’à l’aide du concours vous mettre à l’abri des criailleries de tant degen sintéressés, co-intéressés, qui ne manqueraient pas d’objecter et votre âge et l’époque récente de votre entrée dans la carrière.

« L’administration, à laquelle j’impose M. Moreau qu’elle ne connaît point, se trouve surtout en position d’être étrangement mystifiée et pour la seconde fois.

« Pesez toutes ces raisons et profitez des trois ou quatre jours que je compte encore donner aux soins de ma santé pour me communiquer vos espérances et aussi vos indications d’un mode possible d’examen.

« Vale. »

BRETONNEAU A TROUSSEAU

LETTRE CLVIIP

« Tours, 25 novembre 1826.

« Mon ami,

« Votre lettre m’a fait grand bien, elle m’est arrivée comme une compensation d’un nouveau désagrément. Ce brutal n’a pas même voulu en essayer; au lieu de tenir quelques mois comme je l’espérais, il vient aussi de donner sa démission avant d’entrer en exercice. La suppléance de Douet vous conviendrait -elle encore? Il me semble qu’il ne serait pas difficile de faire pencher la balance en sa faveur, et j’imagine qu’ ensuite il vous serait facile d’obtenir une place aussi subalterne; mais concevez-vous rien de plus triste, de plus chétif? Douet consentirait-il, dans l’intérêt de sa santé qui périclite, à donner sa démission? son amour-propre une fois satisfait, comprendrait-il qu'il n’a rien de mieux à faire que de laisser le service de l’hôpital dont il a toujours paru accablé? Mais quelle incertitude et quel moyen , cependant, lorsqu’il sera porté pour la seconde fois en première ligne sur la liste de la commission , de lui faire pour une troisième fois un dernier outrage, le chagrin de le subordonner à un homme qui vient d’être son élève ? Mon ami , pensez à ce que vous laissez échapper et vers quel but vous dirigez vos efforts. Songez que je ne conçois rien, tout en vous faisant

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