‹ Bretonneau et ses correspondants, ouvrage comprenant la correspondance de Trousseau et de Velpeau avec BretonneauChapitre 38 sur 94 · LETTRE CCXIX · texte numérisé non relu

LETTRE CCXIX

DU MÊME

« 17 février 1830.

« Ceci est sérieux, mon cher Maître, il y va trop de mon avenir. Sitôt ma lettre reçue, écrivez à M. Chaptal pour me recommander vivement à lui, et en même temps écrivez-moi, et dans cette lettre mettez -en une seconde pour le même M. Chaptal. Je lui porterai cette lettre moi-même, et du moins je ne serai pas un intrus et je ne me verrai pas dans l’obligation de décliner mon nom. Il s’agit d’une place de médecin au bureau central des hôpitaux de Paris. Louis a été nommé médecin des hôpitaux en revenant de Gibraltar. Je ne demande que la place de médecin du bureau central , vacante par la mort de M. Prat; ce n’est pas trop désirer. En attendant, je vais manœuvrer vivement auprès des autres membres du conseil d’administration des hôpitaux.

« Je ferme vite ma lettre, de peur qu’elle ne parte point aujourd’hui, et j’attends de vous ce grand service.

« Je vous embrasse de tout cœur. »

TROUSSEAU A BRETONNEAU

LETTRE CCXXe

DU MÊME

« 8 mars 1830.

« Je viens de recevoir votre Toulmouche 1 que je porte immédiatement à Adelon 2, qui est un homme d’ordre essentiellement, et qui était tout en colère contre vous. Je me charge pourtant de votre paix, et ce ne sera pas bien difficile. Je suis allé chez M. Duméril, et lui ai laissé un petit mot dans lequel je lui disais qu’inquiet de sa santé, vous me chargiez d’aller lui faire part du chagrin que vous en aviez éprouvé , et des vœux que vous faisiez pour son prompt rétablissement. La domestique, que seule j’ai pu voir, m’a répondu que son maître était tout à fait bien. Ainsi soyez tranquille, autant qu’on peut l’être dans une hémoptysie qui n’a pas de cause antérieure. Le très exact Louis a calculé un pronostic désespérant. Pas une seule fois il n’a vu d’hémoptysie que chez gens tuhercu-

1 Toulmouche , de Rennes. — Observations et réflexions sur les Dothinentéries qui ont régné épidémiquement à Rennes pendant les mois de septembre, octobre, novembre et décembre de l’année 1825. (Arch. gén. de méd., t. XXIII, 1830.)

* Adelon, né à Dijon en 1782, mort à Paris en 1802. Élève et ami de son compatriote Chaussier. Docteur de 1809, était depuis 1826 professeur de Médecine légale à la Faculté. Il rassembla sur cette branche de l’art de nombreux matériaux qui n’ont malheureusement pas été publiés. Il s’était auparavant beaucoup occupé de physiologie. On lui doit une Analyse du cours du docteur Gall ou Anatomie phy iologique du cerveau d’après son système, Paris, 1818; une édition du traité De Sedibus et causis morborum, de Morgagni, Paris, 1820-1822, et une Physiologie de l’homme, Paris, 1823-1824, 4 vol. in-8"; 2e édit., 1829, 4 vol. in-8°.— T.

leux. Exceptons -en les crachements de sang par contusion ou par suppression subite des règles. Espérons pourtant que le terrain est trop mûr pour permettre le développement des tubercules*. Je partage bien toutes vos tribulations, et je vous plains bien amèrement, si vous devez revoir à Tours une épidémie de diphthérite; votre réputation vous sera un lourd fardeau. Quant à moi, je dépense mon temps de la façon la plus dégoûtante : préparer mon cours, aller à la Faculté, voir des malades en petit nombre, il est vrai, mais qui demeurent l’un aux Invalides, l’autre à la Bastille; mettre en ordre quelques travaux arriérés, ne pas négliger pourtant le monde, qui seul me donnera accès dans le monde; en voilà plus qu’il n’en faut pour me désespérer et me faire maudire l'impossibilité où je suis de compléter ce que je commence.

« Adieu, mon cher Maître; je vous embrasse de tout mon cœur. »

LETTRE CCXXI*

DE BRETONNEAU A TROUSSEAU

« Tours, 5 avril 1830.

« Je ne pense pas que vous ayez eu beaucoup de temps à consacrer à l’étude de la chimie, et quand vous

1 Duméril démentit le pronostic de Louis. Il mourut vingt et un ans après, à l’âge de quatre -vingt -sept ans. — T.

BRETONNEAU A TROUSSEAU

auriez recueilli quelques bribes de la chimie scolastique, qui se débite dans un cours, peut-être ne vous trouverais-je pas mieux disposé à m’entendre. Il faut donc reprendre d’un peu plus haut l’histoire chimique du sang.

« Au moment où la chimie, dégagée du maillot des systèmes, commençait à suivre les voies de l’investigation, il lui fut facile de reconnaître que les substances organiques pouvaient offrir quelque chose de plus à son examen que leur principe principiant. L’étude des principes immédiats végétaux et animaux fut suivie avec ardeur : le sang, la pituite, la hile et l’atrabile ne convenaient pas plus à cette époque , qu’à la nôtre le bon plaisir de l’infaillibilité.

« La gélatine, qui se liquéfiait sous l’influence du calorique; l’albumine, qui se concrétait sous la même influence; et la fibrine, qui se coagulait spontanément, furent regardées comme les trois principes immédiats les plus importants, les plus abondamment employés dans la composition des animaux. Ce fut en examinant le sang, en observant que la partie la plus fluide de ce liquide, exposée à l’action du calorique , se coagulait en partie comme du blanc d’œuf, que cette analogie d’effet porta à croire que cette dernière substance, éminemment coagulable, pouvait être prise pour le type d’un principe immédiat. De la dénomination latine albumen naquit le nom d’albumine, et voilà l’albumine en pied. Puis venez me dire que les mots , les noms , n’exercent point une magique influence ! Cependant leur blanc d’œuf, leur principe simple, au moins par comparaison, qu’est- ce autre chose qu’une sécrétion de l’oviducteur de l’oiseau, mélange, combinaison de soufre, de sous-carbonate de soude et de matière animale proprement dite, combinaison qui

se trouve d’ailleurs si remarquablement modifiée par l’absorption de l’air? De sorte que cette coagulation de l’albumen, soumise à l’action du calorique (caractère chimique de l’albumine), est un phénomène tout autrement complexe qu’on ne l’a imaginé.

« Le sous-carbonate de soude, agissant sur le soufre, produit un sulfure alcalin, sulfure qui, décomposant l’eau, produit d’une part de l’acide hydrosulfurique, qui s’unit à une portion de sous-carbonate, etc. etc. Pendant ce temps la fibrine , qui était tenue en solution par le liquide alcalin, reprend sa propriété et se coagule d'autant plus rapidement que l’absorption de l’air est venue jeter quelques éléments de plus dans cet imbroglio d’analyse et de synthèse.

« Même effet à peu près lorsqu’on agit sur le sérum du sang. Leur albumine n’est qu’une portion du principe coagulable de ce fluide, dissous dans un liquide alcalescent, et leur fibrine, la portion de ce même principe coagulable, qui échappe à la dissolution. Nul doute que l’action de l’oxygène atmosphérique ne favorise la coagulation. Vos curieuses expériences viennent révéler d’autres conditions qui n’avaient point encore été assez soigneusement observées. Pour distinguer la fibrine, on a bien dit, il est vrai, qu’elle ne se dissolvait pas dans les mêmes réactifs que le blanc d’œuf coagulé par l’action du calorique; mais la fibrine, soumise à l’action de l’eau bouillante, n’est pas plus soluble que ce blanc d’œuf. Je ne vous répéterai pas ici ce que j’ai dit dans le Traité de la Diphthérite, de l’identité d’action de l’acide acétique, de l’ammoniaque, de la soude, des acides hydrochlorique , sulfurique, etc. etc., sur les productions morbides réputées albumineuses ou fibrineuses. Je veux seulement vous

BRETONNEAU A TROUSSEAU

citer une expérience que j’ai répétée plusieurs fois. Lorsqu’on vient à tirer du sang à un pleurétique, ou mieux encore à un sujet affecté de phlegmasie dés synoviales articulaires, on ne voit point rougir la surface de ce liquide exposé au contact de l’air ; il suffit d’apporter une légère attention à ce phénomène pour en reconnaître la cause. La matière colorante du sang n’est réellement point en contact avec l’air, une couche plus ou moins épaisse l’en sépare. Ce fluide, qui n’est point encore coagulé, peut être décanté pris avec une cuillère; ainsi séparé , il ne tarde pas à se coaguler et à présenter tous les caractères de la couenne pleurétique. Si on élève brusquement sa température à 75° ou 80°, sa coagulation est à l’instant déterminée, et elle offre exactement l’aspect que présente en pareil cas celle d’une portion de blanc d’œuf mêlée d’eau. Ce coagulum est consistant, mais peu cohérent ; c’est du blanc d’œuf durci et non de la fibrine. Il me semble que vous pouvez maintenant comprendre à quel point j’adopte ou rejette les opinions généralement reçues sur la composition chimique du sang. Un seul mot sur ce sujet : étudiez les caractères chimiques qu’ils ont assignés à leur fibrine et à leur albumine, et jugëz de la valeur.

« Votre ami. »

LETTRE CGXXII*

« Paris, 16 avril 1830.

« Léonard m’a apporté votre lettre, mon cher Maître, et j’ai été bien content de faire sa connaissance. Vous l’avez rudement déphysiologisé , et le pauvre garçon ne savait vraiment plus à qui s’en prendre. Il m’a bien promis de me revenir voir, il aime autant que moi causer de vous.

<r Avant de vous répondre relativement au sang, ditesmoi comment je traiterais bien un ptérvgion commençant. Scarpa veut absolument opérer, Samuel Cooper est du même avis ; tous ces tailleurs m’effraient. Ne vous ai-je pas ouï dire qu’en étranglant les vaisseaux entre la cornée et l’angle de l’œil avec du nitrate d’argent, vous faisiez merveille? Le quid n’est rien, c’est le quomodo et le quando qu’il me faut, et vous m’avez appris à ne croire qu’aux médications. Que faites -vous donc? et comment le faites-vous donc? Pour l’amour de Dieu, toutes choses cessantes, un petit lopin pratique, ne fût-ce que demi -page. Il s’agit d’un œil auquel je tiens prodigieusement et qui m’est exclusivement confié. J’ai fait depuis dix jours usage d’un collyre de quatre onces d’eau de roses dans lequel je fais entrer demi-gros d’alun et autant de teinture thébaïque : tout cela a fait très bien; mais vient -on à cesser un jour, le mal revient avec vio-

TROUSSEAU A BRETONNEAU .297

lence nouvelle. Roux m’a bien parlé d’une pommade dans laquelle il incorpore un douzième de nitrate d’argent; mais je n’ose avant votre réponse.

« Puisque nous en sommes sur ce qui guérit, je vous dirai que les gastralgies les plus violentes cèdent vraiment plus vite que la chlorose à des doses énormes de fer. Pilules de sous-carbonate et d’extrait de chicorée, ou hien encore sous -carbonate en poudre avec sirop de chicorée non composé. Six grains matin et soir le premier jour, et aller crescendo jusqu’à un gros, matin et soir, puis redescendre quand on s’est tenu pendant quelque temps au sommet de l'échelle. En vérité, c’est miraculeux! essayez, si déjà ce n’est dans votre sac depuis dix ans.

« Deux mots pour le sang. Ce n’est pas la fibrine que vous recueillez liquide sur le sang grisâtre d’un rhumatisé, c’est de l’albumine , du sérum et fort peu de fibrine , de manière qu’en agissant sur une petite quantité, vous n’aurez qu’un atome de fibrine dans votre fausse membrane. Séchez parfaitement une couenne pesant quatre onces , et vous serez étonné de ne trouver que quelques grains de fibrine semblable à celle qu’on tire du caillot.

LETTRE CCXXIIP

DE BRETONNEAU A DUMÉRIL

« Tours, 14 mai 1830.

« Mon ami,

« Vous connaissez mon attachement pour Velpeau. C’est parce que je l’aime et que je prends à lui un intérêt paternel que je ne voudrais pas lui voir obtenir une place supérieure à ses talents.

« Vous savez d’où Velpeau est parti, et quel chemin il a parcouru. Si un homme d’un aussi grand mérite que M. Desormeaux pouvait jamais être remplacé, je pense que de belles chances sont ouvertes pour celui qui a si souvent atteint le but que nous croyions hors de sa portée \

« Vous vous rappelez comme moi, mon ami, par com-

1 Desormeaux, professeur d’accouchement à la Faculté et médecin de la Maternité, était mort le 29 avril 1830. Velpeau, qui ambitionnait déjà à cette époque une chaire d’obstétrique, et qui appuyait sa candidature' sur d’importants travaux spéciaux, avait fait des démarches pour obtenir sa succession. Ses concurrents étaient Capuron, Moreau, Paul Dubois, Beaudelocque , Hatin et Dugès , professeur à la Faculté de Montpellier.

La Faculté, qui établissait alors comme aujourd’hui, du reste, une liste de candidats au choix du ministère , en présenta seulement trois d’entre eux dans l’ordre suivant : Moreau, Paul Dubois et Velpeau.

La révolution de 1830, qui survint sur ces entrefaites, institua le concours, et ce ne fut que quelques années plus tard, au mois de juin 1834, que Velpeau, qui avait déjà plusieurs fois soutenu la lutte pour d’autres chaires, concourut de nouveau pour cet enseignement des accouchements qui avait été son premier objectif. On a vu dans la biographie de Bretonneau comment il échoua devant Paul Dubois. — T.

BRETONNEAU A DüMÉRIL

bien d’obstacles l’agrégation au professorat était interdite à mon ancien élève et le peu de temps qui lui fut accordé pour les surmonter.

« Son travail sur l’embryogénie n’annonce pas seulement une infatigable persévérance à suivre des recherches pénibles, on y trouve ce goût et ce talent d’investigation qui appartient aux hommes doués de la faculté de voir par eux-mêmes, et destinés à agrandir le champ de l’observation ; ce travail est fort estimé des étrangers. Qu’une heureuse position laisse à Velpeau la faculté de développer ses talents et son caractère, ce sera, je n’en doute point, un homme à tous égards fort honoré.

« Je ne vous demande point, mon ami, de vous départir de la rigidité de vos principes : rigidité, ce mot ne rend ni mon sentiment ni ma pensée , c’est de votre droiture que j’entends parler; eh bien, c’est à cette droiture que je confie l’appui et aussi la défense du premier de mes élèves, de celui de mes plus chers enfants adoptifs; mais de vous-même vous viendrez à son aide, je n’en puis douter, s’il est exposé à quelque déni de justice.

« Mille tendresses respectueuses à Mme Duméril.

« Votre bien sincère ami. »

CORRESPONDANCE. - ANNÉE mQ

LETTRE GGXXIV6

I)E TROUSSEAU

« 23 juin 1830.

« Qu’il y a donc longtemps que je ne vous ai écrit, mon cher Maître! et pourtant je voulais tous les jours causer avec vous ; mais une petite et exigeante clientèle , l’école, les paperasses et puis quelque autre chose encore, tout cela dépensait mon temps, et je remettais au lendemain de causer.

« Et d’abord les choses essentielles. Je fais avec Marjolin un bien gros livre, c’est dire assez qu’il sera bien mauvais. Il s’agit d’un traité de pathologie médico-chirurgicale l.

« Je rédige tout, six ou huit monstrueux volumes. M. Marjolin2 me donne tous les matériaux de son cours pour la partie chirurgicale, et je me charge entièrement de la partie médicale. C’est vous dire que, pendant quatre

1 Ce travail ne doit pas être terminé, car il ne figure pas dans la biographie des œuvres de Trousseau. — T.

2 Marjolin (Jean -Nicolas), né le 6 décembre 1780, mort à Paris le 4 mars 1850. Docteur en 1808, rival de Dupuytren au concours de la chaire laissée vacante par Sabatier (1812), chirurgien de l’hôpital Beaujon, professeur de Pathologie externe à la Faculté depuis 1819, membre de l’Académie de médecine (1821), Marjolin fut un savant aimable, bon et sympathique, un chirurgien habile et expérimenté et un professeur très écouté et très aimé.

On lui doit, entre autres travaux, une excellente Thèse de concours sur l’opération de la hernie inguinale étranglée (1812), un Mémoire d’ Anatomie (1810) et un Cours de Pathologie chirurgicale (1837). — T.

TROUSSEAU A BRETONNEAU

ans, je vais être dans la poussière des livres et des bibliothèques. Deux motifs me déterminent à entreprendre cet ouvrage : 1° la nécessité de me créer des titres au professorat, et celui-là en sera un immense ; 2° la nécessité de me faire une existence indépendante, sans être obligé de sacrifier ma jeunesse à une clientèle qui m’ennuierait. Ces deux considérations sont, vous le voyez, fort puissantes; et pourtant elles ne sont pas une nécessité pour moi, et si je n’y étais porté de goût , je n’entreprendrais pas une tâche qui lasserait la patience d’un archange. J’ai beaucoup compté sur votre aide, lorsque j’en serai à noircir du papier, et ce sera affaire à vous d’empêcher que vous ne soyez déshonoré par un enfant indigne de vous.

« Médecine maintenant! Le mois passé jyai enterré une dothinentérique qui ressemblait tellement p^r l’âge, le coloris, la finesse de la peau à Mlle Sehmitt, que 'j’ai porté le plus funeste pronostic au début de sa maladie. Pas de délire pour la peine, un décubitus latéral jusqu’à la mort. Une hémorrhagie nasale diabolique le dixième jour,, ce qui fit craindre et pronostiquer une hémorrhagie intestinale dans les mauvais jours; ,et%»en effet, le dixhuitième jour, des selles de chocolat à\eau vinrent me donner tristement raison, et elle est morte le vingt et unième jour. Miliaire pellucide le huitième jour; une miliaire reparaît le dix -neuvième jour, mais les vésicules sont larges, remplies de pus , entourées pour la plupart d’une auréole inflammatoire : c’est juste la scarlatineuse de la rue de la Grosse- Tour que je vous aidais à dépecer en 1824, et que vous preniez pour une murbilleuse. Autre chose : elle était indignement constipée, et je lui donnai de la manne qui fut vomie, du sel qui fut vomi. En désespoir de cause, je prescris des pilules

de calomel, et j’ai des selles mercurielles, c’est-à-dire des olives pilées. Notez que c’était du quatorzième au seizième jour, à l’époque des selles dorées; et, singulière modification imprimée au système biliaire! les selles conservent cette couleur jusqu’à la fin, bien que je cesse l’usage du calomel. Les Anglais auraient-ils tant raison quand ils travaillent avec le mercure le foie engorgé de leurs obstrués? Elle est donc morte, n’en parlons plus; mais quand je l'ai vue adynamique et ataxique en même temps, je lui ai donné de l’arnica, du camphre, et j’aurais dû résister à la médecine des indications pour me souvenir de la médecine de l’empirisme.

« Mon fer uni à la rhubarbe ou sans rhubarbe fait toujours des prodiges dans les gastralgies.

<r Une affaire curieuse de Y aimant! Vous direz si vous voulez que je suis une bête, libre à vous. Un jeune homme de trente ans a eu, depuis douze ans jusqu’à vingt-trois, des angines multipliées; à vingt-trois ans, il a des accès de dyspnée qui reviennent la nuit surtout, et qui reparaissent tous les deux à trois mois. Excision des amygdales. Ces accès de dyspnée se rapprochent, quelquefois ils durent quinze nuits de suite; la suffocation est telle que le malade est obligé de rester debout, dans une horrible anxiété, pendant deux ou trois heures; pendant le jour rien; l’exercice, même violent, ne donne jamais d’essoufflement, rien de stéthoscopable au cœur ni au poumon. Pas d’altération dans le timbre de la voix. Les accès arrivent certainement toutes les fois

1 Trousseau avait commencé à préconiser les préparations ferrugineuses qu’il avait appris de Bretonneau à manier, et qui avaient été bannies de la thérapeutique française pendant la domination de l’École du Val-de-Grâce. — T.

TROUSSEAU A BRETONNEAU 303

que le malade fait un excès de table , ou qu’il prend ses ébats avec sa femme. J’imagine d’abord que le pharynx , et par contiguïté le larynx , sont le siège d’une inflammation chronique exaspérée par la moindre cause, et je fais mettre un mois de suite des vésicatoires volants sur le larynx. Il y a un soulagement évident. Cependant les accès reviennent aussi violents, quoique moins fréquents; je propose un séton à la partie antérieure du col, on le refuse ; je continue quinze jours de plus mes vésicatoires, et enfin je n’en obtiens plus rien. Je laisse le malade à la bonne nature : les accès se montrent avec une violence et une fréquence inaccoutumées; en désespoir de cause, je lui fais faire un cerceau aimanté en deux pièces unies par un ruban; il met son cerceau le soir en se couchant, et depuis quinze jours, quoiqu’il ait fait débauche de table et d’épouse, il n’a pas soufflé un petit seulement. Il y a plus, il éprouve souvent le soir les prodromes habituels de son oppression ; il met son collier et aussitôt il est guéri. Notez que depuis ce moment il dort plus profondément que jamais, et le matin, après sept ou huit heures de sommeil, il éprouve encore un extrême appesantissement. Je n’en fais qu’indirectement honneur au collier. Enfin , voilà le fait , vous en rirez si yous voulez ; mais, je vous jure, vous ne vous en gausserez pas plus que moi, car, pour que l’imagination ne fût pour rien là dedans , j’ai dit à mon homme que c’était une chose absurde , un remède de commère, de charlatan, qui n’avait aucun avantage certainement ; il a mis son collier en riant de lui et de moi ; il le met maintenant en riant du médecin qui croyait devoir rire de ce qu’il ne comprenait pas, et je l’ai remercié de la leçon; j’en ferai mon profit.

« On me dit que vos coquins de malades vous font endurer mille maux; je vous plains si vous vous trouvez à plaindre, et je vous aime toujours bien tendrement. »

LETTRE GCXXV®

DE BRETONNEAU A DUMÉRIL

» Tours, 14 août 1830.

« Mon ami, je profite de l'occasion d'un de mes clients qui se rend à Paris, en sortant de chez moi, pour vous entretenir de mes perplexités.

« Orfila en passant ici m’a laissé de grandes inquiétudes ; il reconnaissait les titres de mon enfant, leur valeur , et sur la question de droit j’étais heureux de l’entendre *.

« Malgré tout , me disait-il , vous ne devez pas trop vous « flatter. Dupuytren apprécie votre élève, et je ne doute « point qu'il ne lui fût favorable s’il ne le réservait pour « l’opposer à Paul Dubois. » Donc un autre concours; ce que j’apprends de celui-ci, où tant de talents brillent d’un si grand éclat, ajoute encore à mes inquiétudes. Rassurez -moi, mon ami, si vous le pouvez, si vous pré-

1 C’est pour la chaire de physiologie, dont le concours devait avoir lieu en mai 1831 , que Bretonneau sollicitait cette fois Duméril.

Dans l’annotation de la lettre suivante, nous donnons quelques détails sur ce concours. — T.

TROUSSEAU A BRETONNEAU

voyez qu’ après tant de luttes et d’efforts de si grands travaux seront enfin couronnés.

(c Cette partie perdue , je ne vois plus de but à mes espérances.

« J’ai vu commencer Velpeau , j’ai marqué son point de départ , j’ai pu mesurer son chemin; c’est sous mes yeux qu’il s’est si prodigieusement grandi, et je puis dire avec Stoll : Quem virum et quantum ! Avec cette volonté de fer concentrée sur un seul objet, quelle aptitude à le suivre, à le traiter à sa gloire, j’ose le dire, et à celle de la Faculté !

« Mon ami, un mot, un seul mot qui mette fin à une incertitude qui devient plus pénible d’instant en instant.

« Votre bien sincère ami. »

LETTRE CCXXVP

« Paris, 8 décembre 1830.

« Mon cher Maître,

« Tous les jours je dois vous écrire, et je n’en trouve pas le temps : c’est une rude occupation d’être nouveau marié. Le travail n’y gagne guère, et le bonheur n’y gagne pas beaucoup. Toutefois je ne voudrais pas vous voir conclure que je me repens de ce que j’ai fait ; je pense que je suis, en tant qu’homme marié, un homme fort heureux,

mais je savais bien que je ne trouverais pas tout ce qu’on rencontre d’heureuses misères et de délicieuses vexations chez une maîtresse capricieuse et par conséquent bienaimée. Dieu m’aidera à tenir l’aviron, et nous arriverons à bon port. J’ai vu Frédéric , mais je ne le vois pas assez souvent. Je voudrais bien que sa mère lui recommandât de venir plus fréquemment chez moi; à moins pourtant qu’il ne se plaigne de ma réception , ce qui m'étonnerait beaucoup. Il est, ce me semble, assez susceptible et se plaint amèrement de Velpeau, qui n'a d'autres défauts que de n’être guère velouté dans ses façons; mais qu’est-ce cela ? Frédéric s’en est terriblement effarouché.

« Vous savez qu'on met tout au concours. Il y aura cette année quatre chaires à disputer : 1° Physique médicale; 2° Pathologie externe; 3° Physiologie; 4° Clinique interne. Beaucoup de gens m’engagent à concourir pour les deux dernières; mais je ne puis me dissimuler que, pour la physiologie, je suis d’une ânerie presque idéale *,

1 II ne recula cependant pas devant la physiologie, et tenta l’aventure du concours, qui eut lieu en mai 1831. Ce fut un des plus intéressants de l’époque, tant au point de vue de l’importance de la chaire que de la valeur des concurrents. Parmi ceux-ci^ on distinguait Gerdy, Bérard, Bouillaud, Bouvier, Piorry.

Trousseau et Velpeau, — car celui-ci voulut aussi affronter la lutte, — étaient, nous le pensons, insuffisamment préparés aux questions spéciales que pouvait soulever un concours de ce genre. Velpeau, qui était surtout anatomiste et pathologiste, montra bien qu’il était moins compétent dans les études physiologiques. Le sujet de sa leçon était : Du degré de certitude des systèmes de physiologie actuelle déduit de leur comparaison avec ceux qui les ont précédés. Il fallait pour traiter un pareil sujet, qui embrassait tous les systèmes physiologiques depuis Hippocrate, Asclépiade et Galien jusqu’à Bichat et Bi*oussais, de vastes connaissances en histoire et en philosophie médicale qui lui faisaient entièrement défaut et qu’il lui était impossible d’acquérir en vingt -quatre heures de préparation. Aussi commit-il de nombreuses erreurs historiques et philosophiques qui sont relevées par la presse médicale du temps. Il ne fut classé que le quatrième.

Trousseau se distingua comme d’habitude par l’élégance et la net-

TROUSSEAU A BRETONNEAU

et que les Gérontes, qui certes sont plus bêtes que moi, crieront comme des oies quand ils verront un jouvenceau de vingt- neuf ans se mettre sur les rangs pour obtenir une chaire de clinique qui ne doit s’accorder qu’à une tête chenue. Je suis donc tout à fait indécis selon mon habitude. Quand le moment sera venu, je verrai si je dois passer le Rubicon; une fois passé, je ferai, vous n’en doutez pas, de telle façon que, si je ne vais à Rome, je verrai du moins le sommet de l’Aventin.

<r Adieu, mon cher Maître. Vous avez laissé mourir Douet d’une encéphalite; vous feriez bien, si jamais vous en avez le temps , d’éclairer cette obscure question de l’hydrocéphale; je n’y comprends guère plus que Goindet, Bricheteau , Lallemand et votre ami Guersant , qui ont fait semblant d’y avoir deviné quelque chose. Je vous embrasse bien filialement.

« Mme Bretonneau trouvera ici l’assurance de mon respectueux dévouement. »

teté de sa diction et captiva ses juges et son auditoire dans sa dernière épreuve. Mais, au fond, il ne pouvait être plus heureux que Velpeau et ne fut mêriie pas classé par le jury. Le concours de Gerdy, qui était un physiologiste, ceux de Bérard et de Bouillaud furent, au contraire, extrêmement remarqués. Bérard fut élu ; mais Gerdy, dont les épreuves avaient paru supérieures à celles de ses concurrents, passa pour avoir été- victime d’une erreur d’appréciation de la part du jury. — T.

LETTRE CCXXVII*

DE BRETONNEAU A VELPEAU

« 16 mai 1831.

« Mon ami , vous l’aviez bien prévu, ils vous ont préféré Jules. Hoc juvat, et melli est , non mcntiar *. Autrement, vous étiez aussi à plaindre qu'un jeune dauphin devenu roi de France, qu’un jeune général devenu maréchal avant le temps.

« Jules s’était arrêté , on lui a tenu compte de l’antécédent ; vous ne vous arrêtez pas, et on vous tiendra compte du passé et du présent.

« Qui vous eût prédit que vous seriez le successeur de Boyer nous eût peut-être paru, au moment où vous quittiez Tours, un menteur et un flatteur. Vous n’étiez pas resté six mois à Paris que j’avais tiré pour vous cet horoscope. Je vous en demande pardon; les plumes n’étaient pas encore poussées sur la tête de mon aiglon, je le prenais pour un vautour.

« Un médecin anglais m’a emporté les trois ou quatre numéros de la Lancette qui contiennent la notice sur l’épidémie de Vendôme; demandez -les, obtenez -les de vos lancettiers et envoyez- les par la plus prochaine occasion. Je travaille sérieusement, et je m’applaudis d’avoir pris du temps.

1 Velpeau venait de se présenter au mois de mars au concours pour la chaire de Pathologie chirurgicale, et il avait échoué contre Jules Cloquet. Les principaux concurrents étaient J. Cloquet, Velpeau, Sanson, Bérard et Blandin. — T.

BRETONNEAU A VELPEAU

« Il m’est démontré que le typhus qui a si fréquemment été disséminé par les prisonniers de guerre est la dothinentérie.

« Savez-vous qu’ici, en 1814, il n’est pas mort moins de huit cents militaires à l’hôpital? que le 12 avril il en mourut cinquante et un? Çà et là quelques recherches nécroscopiques ont été faites, et elles prouvent ce que l’exposé des symptômes montre déjà : les épidémies de typhus sont aux épidémies de dothinentérie ce que les grandes épidémies de variole sont aux petites épidémies. La dothinentérie pétéchiale ne diffère pas plus de la dothinentérie non pétéchiale que la variole pétéchiale , etc. etc.

« Cette épidémie du bagne de Toulon n’a certainement pas été observée. Ces gens de mer sont donc de même force que ceux de terre. On n’a rien compris aux fonctions et à la structure de l’appareil de Peyer. Des excavations sous-muqueuses très diversement réparties dans le canal intestinal des divers ordres des mammifères, des diverses espèces d’un même ordre, sans bouches, sans pertuis, se remplissent pendant le temps de la digestion, sans doute par endosmose, d’un liquide coagulable, etc. etc.

« Ces excavations dans le canal intestinal des jeunes ruminants se prolongent en tubes agminés dont les groupes forment sur une même bande d’inégales saillies. Sur de jeunes veaux j’ai mesuré les tubes des groupes les plus proéminents, et je leur ai trouvé plus d’une ligne de longueur.

« Votre bien sincère ami.

<r Les excavations sous-muqueuses , les follicules s’oblitèrent et s’effacent par les progrès de l’âge au point qu’on n’en retrouve pas de vestige. »

LETTRE GCXXVIII*

DU MÊME AU MÊME

« 16 juillet 1831.

« Mon ami,

« Je n’ai pas écrit ; il me semblait que de nouvelles sollicitations ne pouvaient que nuire. Je ne puis pas dire que j’aie souffert autant que vous de ce déni de justice, autant que vous, mon ami, qui aviez tant fait pour ne pas encourir un tel outrage.

« Vox populi, vox Dei. Vous arriverez trop tard, j’en conviens, pour vous, pour la science, pour moi, mon cher Velpeau, qui ai besoin de me hâter de jouir de vos succès.

« Voici un jeune élève qui, lui aussi, s’élance dans la carrière avec ardeur ; il vous dira ses désirs, ses projets. Pour qu’il ne vous soit pas importun, indiquez-lui un moment, sur le chemin, à une heure, un moment qui vous soit convenable, un instant, pour lui donner quelques conseils , s’il est possible quelque espérance.

« Mille tendresses à Mme Velpeau. Je serais bien heureux de la recevoir à Palluau.

« Votre ami. »

BRETONNEAU A VELPEAU

LETTRE CCXXIX*

DU MÊME AU MÊME

« Tours, 2 avril 1832.

« Décidément nous voici en présence du choléra1; je n’aurais jamais cru que Broussais valût mieux que vous tous.

« Ici le choléra s’est montré inopinément : un pauvre

I La correspondance de Bretonneau avec Trousseau et Velpeau relate les grandes épidémies de choléra auxquelles ils ont assisté et qui firent de si grands ravages : celle de 1832 , celle de 1848 et celle de 1853.

Le 15 mars 1852 le choléra était signalé à Calais.

Le 26 il était à Paris, d’où il rayonnait sur toute la France consternée.

Le fléau migrateur, développé dans l’Inde en 1817-1818, avait frappé successivement Ceylan, Coromandel, la Birmanie, Sumatra, l’île de France et Bourbon, en 1819; Java, Bornéo, les Philippines, Manille, Batavia, Macassar, Madura, le littoral du golfe Persique, la Perse, la Syrie, puis la Cochinchine et la Chine en 1820 et 1821. En 1823 il avait franchi la frontière d’Europe à Astara (Caucase) et s’était propagé le long de la mer Caspienne.

II suspend alors sa marche pendant quelques années ; mais, en 1829, il s’étend' de la Perse en Tartarie , en Sibérie , gagne la Russie qu’il désole , moissonne en deux mois 4,385 personnes à Moscou, atteint la Pologne en 1831, envahit la Prusse et l’Autriche, franchit la mer du Nord et gagne l’Angleterre. Le 10 février 1832 il est à Londres , d’où il se propage en France, qui ne pouvait échapper à son invasion.

L’épidémie dura six mois et fît dans Paris 18,406 victimes sur une population de 645,898 âmes, envahit cinquante-deux départements et fit mourir plus de 100,000 personnes.

De la France, l’épidémie gagne la Hollande, le Canada, le Portugal, l’Espagne. La Suisse seule fut épargnée parmi les pays circonvoisins de la France.

L’opinion des corps savants de France était alors défavorable à la contagion. Les commissions que l’Académie de médecine avait envoyées en Pologne et en Russie, et qui se composaient, pour la Pologne, de

passementier, qui soignait sa femme depuis huit jours, qui semble avoir moins que personne des rapports avec des gens venant de Paris , a paru le premier atteint.

« Mais enfin cet événement n’est arrivé qu’ après l’entrée du choléra en France. Les rustres décideront encore une fois contre vous. Aux champs, les traces de la contagion peuvent être suivies, et là on dit ce qu’on pense. Moi je pensais à vous en écrivant à Mmc Velpeau ; j’étais si préoccupé de ce pauvre enfant que je n’ai pas su dire combien je serais heureux de faire connaissance avec ma nouvelle fille.

« Moreau vient de me dire à l’instant votre déclaration. Si le premier mouvement eût été passé, je vous aurais plus tendrement témoigné combien j’avais été touché de votre lettre.

« Votre ami quand même.

« Voilà Morand, votre successeur à l’hôpital. Je ne vous fais pas l’injure de vous le recommander. »

H. Cloquet, président, de Gérardin et de Gaymard, et, pour la Russie, de Dubled , Sandras , Boudart , Alibert et Charles Londes , avaient rapporté des impressions anticontagionnistes. L’Académie elle -même, dans le rapport si complet et si remarquable d’ailleurs qu’elle rédigea, sur la demande du gouvernement, pour être communiquée au public médical, dissimulait à peine ses répugnances à admettre la contagion.

C’est contre cet état d’esprit que s’éleva Bretonneau avec la chaleur ordinaire qu'il apportait dans la défense de ses doctrines. On verra ciaprès , dans la lettre qu’il adressa de nouveau sur le même sujet à Velpeau, avec quelle force d’argumentation, quelle conviction, quelle lucidité il défendit l’existence et la transmission par contagion du germe infectieux. — T.

BRETONNEAU A VELPEAU

LETTRE GGXXX6

DK BRETONNEAU A VELPEAU

« Tours, 14 avril 1832.

« Mon ami, avant de recevoir votre lettre, j’éprouvais tout ce que vous peignez si fortement. La rapidité de la progression ascendante de la peste asiatique ne m’a pas laissé longtemps dans l’illusion de l’apprivoisement du choléra.

« Comment un homme de votre sens se laisse -t-il imposer l’opinion de ces doctes à courtes vues, qui ont pris à tâche de stratifier les cholériques dans tous les hôpitaux de la capitale avec les autres malades, et qui ont si impertinemment recommandé tant de niaises précautions ?

« Vous doutez encore de la contagion de la peste de l’Inde ! Mon ami, ne voyez -vous pas que c’est un fait immense ? L’Asie , l’Afrique , l’Europe l’attestent ; et le nom de choléra asiatique n’est-il pas la preuve que, bon gré mal gré, ils reconnaissent que cette maladie a été transportée, importée? A peine Paris en a-t-il reçu le germe que cette maladie asiatique a été répandue, multipliée, cultivée, et chacun y a mis la .main; la vanité parisienne s’en est mêlée ; vous voyez le résultat. A Londres, l’opinion de la contagion est populaire: the typhus fever , tlie mumps are contagious. Cela ne souffre aucun doute. Je ne doute point non plus qu’une prudente réserve, qui

Page 1