‹ Bretonneau et ses correspondants, ouvrage comprenant la correspondance de Trousseau et de Velpeau avec BretonneauChapitre 56 sur 94 · LETTRE CCLXIV · texte numérisé non relu

LETTRE CCLXIV

DE BÉRANGER

« J’apprends, mon cher ami, que vous êtes déjà bien tourmenté par votre école, qui n’est pourtant encore qu’à l’état d’embryon. Que sera-ce, bon Dieu, quand les dents lui viendront? M. Moreau a eu la bonté de nous venir chercher hier, et malheureusement ni Judith, ni moi, n’ étions au logis. J’aurais eu bien du plaisir à voir cet excellent homme, et sans doute il m’eût éclairé sur la cause des ennuis que vous éprouvez. On nous a dit ici, et je l’ai lu dans un extrait du Journal d’Indre-et-Loire , que M. Tonnelé n’avait pas été présenté pour faire partie de votre professorat1. Cette non-présentation n’a pu être de votre fait, il me semble. Je vous ai entendu souvent le citer au nombre des professeurs futurs de l’école. Y a-t-il eu malentendu entre vous? Je ne suis pas juge de son mérite, mais la réputation dont il jouit à Tours n’aurait pas laissé, même à un ennemi, le droit de l’évincer de l’enseignement. Donc, vous qui n’êtes l’ennemi de personne , pas même de ceux qui vous ont donné le droit de plainte, vous n’avez pu penser à en priver l’école. Je vous avouerai que, dans l’intérêt de votre repos, j’au-

1 Tonnelé, chirurgien en chef de l’hôpital de Tours, fut nommé directeur de l’école de médecine à la place de Bretonneau et professeur de Clinique externe. C’était un oculiste habile et un chirurgien remarquable. — T.

BÉRANGER A BRETONNEAU

rais désiré qu’il en fût le doyen, pour que vous n’eussiez à vous occuper que du cours ou des cours dont vous auriez cru devoir vous charger. Les travaux d’organisation et d’administration ne vous vont point, et vous êtes de ces hommes qui tiennent partout la présidence , quelque soit le titre qu’ils portent.

« De pareils lieutenants n’ont de chef qu’en idée ,

« Leur nom retient pour eux l’autorité cédée , »

comme dit le vieux Corneille.

« Ce que je voudrais apprendre, c’est que les tracasseries sont à leur fin et que tout va pour le mieux dans la nouvelle institution, qui peut devenir un grand bienfait pour votre pays.

« Nous nous portons bien; mais, à mon arrivée à Passy, soit l’effet dü printemps qui m’avait déjà travaillé à Fontenay, soit la vivacité de l’air de notre montagne, j’ai d’abord été pris d’une grande faiblesse de jambe, puis d’une demi-insomnie, puis d’un énorme appétit ; enfin je vais bien désormais et Judith aussi. Je suis au terme des visites que je voulais faire et dont j’ai borné le cercle ; j’en ai déjà reçu beaucoup aussi , mais j’espère recouvrer bientôt un peu de repos dont j’ai toujours grand besoin. Ce que j’ai vu depuis un mois ne m’a pas donné le goût du monde. Faites toutes mes amitiés à M. Frédéric ; j’espère que le jeune professeur va attirer la foule à sa chaire. Faites aussi nos compliments à M. et Mme Florentin.

« Adieu , cher ami ; c’est Bretignères qui vous fera tenir cette lettre. Nous espérons bien revoir M. Moreau, qui ne nous a pas laissé son adresse. Il n’aura à vous

reporter que de nouveaux témoignages de notre inaltérable amitié.

« A vous.

« Voici les Vatry riches, j’en suis satisfait; j’espère qu’ils feront bon usage de leurs écus. J'oublie de vous charger des amitiés de Judith pour Mme Leclerc et pour M. Frédéric ; ce serait une matière de querelle si elle le savait. »

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