‹ Bretonneau et ses correspondantsChapitre 10 sur 78 · OS · texte numérisé non relu

OS

« Gomment vous , spécialiste , avez -vous été prendre le few men1 , etc., pour épigraphe de votre livre, plutôt que le haud quidem ignoro... Multum disputari contra scrupulosam ejusmodi seduloque distinguentem scientiam , secl , etc., que vous trouvez dans le chapitre dont je vous indiquais le titre tout à l’heure? Cette lecture, autant pour me distraire utilement que parce que la dysenterie commence à envahir notre maison, et que, depuis huit jours, cinq personnes en sont atteintes (deux d’une manière assez grave). On les a salés en mémoire de vous, et leur affaire est bientôt in vado.

« Dernièrement, il est venu à la tête et sur tout le corps d’un enfant de deux ans et demi une éruption qui ressemblait singulièrement à ce qu’Alibert a décrit sous le nom de teigne muqueuse ; la mère en même temps avait une affection du cuir chevelu, qui différait trop peu de la teigne muqueuse pour qu’il me fût facile de reconnaître quelle éruption spéciale j’avais sous les yeux: cinq bains sulfureux ont tout terminé, sans détriment pour la santé générale ; la facilité de la guérison me porte à croire que j’avais affaire moins à une véritable teigne muqueuse qu’à une phlegmasie cutanée , voisine des teignes dont je n'ai pas vu la description dans Alibert.

« Donnez-moi, je vous prie, quelques détails sur l’épidémie de la Flèche, dont vous m’affriolez dans votre dernière lettre2; est-ce une diphthérite, est -ce une dothinen-

1 Few men, even those of considérable capacity, distinyuish accurately hetween opinion and fact. (Moore.) — Épigraphe de la Diphthérite.

2 Bretonneau avait été appelé, sur l’invitation du ministre de la guerre, à l’École militaire de la Flèche, où sévissait une épidémie de diphthérie. On trouve plus loin (lettre à Blache et à Guersant) l’histoire de cette épidémie. — T.

BRETONNEAU A TROUSSEAU

térie , ou une scarlatine? Vous ne me le laissez seulement pas entrevoir.

« Adieu, mon cher Maître ; j’attends le plus prochainement possible une lettre de vous.

(( Votre affectionné.

« Donnez -moi des nouvelles du pauvre secrétaire et veuillez présenter mes respects à ces dames. Je recommande à votre mémoire les tubes à vaccine , les concrétions diphthériques et les intestins.

« Je viens de voir Velpeau, et de lire la lettre que vous lui avez écrite. Le pauvre diable a une néphrite qui l’a fait cruellement souffrir ; il va mieux, il commencera ses visites agrégatives demain ou après-demain. Votre lettre m’apprend que je trouverai ce soir une lettre de vous à Charenton. »

LETTRE CEI Ve

DE BRETONNEAU A TROUSSEAU

« 6 octobre 1826.

« Mon cher enfant, travaillez pour votre concours, c’est le point le plus important ; êtes -vous assez inhumain d’avoir été arracher à ce pauvre Velpeau une page de prose si inutile 1 ! me dire du bien de vous, augurer favo-

1 Trousseau avait fait écrire une lettre par Velpeau pour insister auprès de Bretonneau en faveur de sa nomination à l’hôpital de Tours. — T.

rablement de votre avenir, c'est me répéter ce que je désire, ce que j’espère, ce que je sens. Il n’est pas nécessaire de me suggérer des arguments en faveur de votre projet, s’il y avait la moindre possibilité de le faire adopter. Mais si Raverat vous a transmis le résultat de nos conversations, vous devez voir que je ne puis proposer de donner pour chef à M. Douet l’élève qui suivait ses cours il y a deux ans. Je me flatte que tout s’arrange de la manière qui convient le mieux à vos projets. Moreau, pour mettre à exécution le désir qu’il a depuis longtemps de se retirer de la pratique et de se fixer à Tours, désir que je connais depuis longtemps, se décide à accepter en me disant qu’il ne pense pas que le fardeau dont il se charge momentanément puisse convenir plus d un an ou deux à ses épaules. Pour l’instant, le branle est donné , et , placé ou non , il vient demeurer à Tours. J’aurais désiré pour vous, pour lui, pour moi, vous dire ce soir comment tout cela va se terminer ; mais le préfet prend ses vacances. Absent depuis dimanche, il ne reviendra que dimanche ou lundi. Prenez donc patience, et devenez agrégé ; c’est le seul moyen de faire taire les prétentions de Douet, qui finira peut-être par profiter de la rude leçon qu’il vient de recevoir. Non, mon ami, il n’en profitera pas, parce que le caractère est plus fort que toutes les leçons; mais, pour Dieu, soyez agrégé! En attendant, Mme N*** doit vous apprendre que nous faisons prêcher une mission. J’attache beaucoup de prix h la conversion de M. de la F***; il est bon que ces gens-là commencent à croire en vous , et surtout que de longue main les préventions qu’ils ont pu concevoir soient détruites.

« Je suis désolé d’apprendre que Velpeau ait souffert

BRETONNEAU A TROUSSEAU

d’une néphrite , probablement calculeuse ; il sentira que le régime est la première condition pour obtenir l’éloignement des récidives. Mais qu’il est ennuyeux de n’obtenir la santé qu’à ce prix! La mienne s’améliorera, je n’en suis point en peine ; l’état de ce malheureux enfant est pour l’instant ma déplorable , ma cruelle tribulation.

« La légère amélioration des septième, huitième et neuvième jours ne m’a donné aucune satisfaction , c’est la marche accoutumée de cette redoutable maladie ; au dixième, voilà de nouveau les symptômes qui s’aggravent. Je remettrai à Parmentier l’alun et une copie de l’extrait pour le Moniteur. J’adresse le texte à M. de Puységur pour M. de Genoude. Connaissez-vous un M. Carrault, aussi inepte que votre Lanio-Doctor, qui me prête de grosses absurdités et me dit des injures dans le journal complémentaire ?

« De bonne foi, croyez -vous que je ne connaisse pas le merveilleux passage de Stoll? Le pauvre secrétaire l’a déjà copié deux fois: 1° dans une réplique à Boullon, qui s’avise aussi de regimber ; 2° pour la péroraison de la dothinentérie , et vous conviendrez qu’il est là mieux à sa place qu’en tête de la diphthérite.

« Dites à Velpeau combien je serais heureux de le savoir convalescent.

« Valey mi fîli.

Post-scriptum de Jacquart. — « J’accepte de grand cœur le patronage que vous m’offrez ; que M. Blot descende chez ma mère, tout sera disposé pour le recevoir aux conditions qu’il propose. Je n’ai plus la fièvre , et suis enchanté de ne pas vous voir chirurgien de l’hôpital ;

cela parce que je crois que vous n’y seriez pas à votre place, et que de plus hauts destins vous réclament.

« Tout à vous. »

LETTRE C L Ve

DE TROUSSEAU

« Paris, à 4 heures du soir, 7 octobre 1826.

« Je viens de chez Velpeau, mon cher Maître, que j’ai trouvé dans de cruelles souffrances. Sa néphrite a repris sans doute de l’intensité, car le testicule lui -même commençait à s’engorger et les douleurs étaient plus vives. Il m’a aussi appris que M. Moreau avait accepté. C’est donc une affaire décidée. Si pourtant Douet donnait sa démission, ce dont il avait l’intention, dans le cas où il ne serait pas appelé à la place de M. Mignot, je vous prierais de solliciter pour moi la suppléance ; non que je veuille me rendre à Tours, mais simplement pour me donner un titre à l’avenir. N’en parlons donc plus ; il faut savoir oublier ce qui vous contrarie le plus vivement.

« Hier, j’ai parlé à M. Esquirol de votre agrégation. Comme inspecteur de l’université il a du crédit, et m’a promis de parler de vous au. grand maître ; il a dû dîner hier avec M. Cayol, auquel son Excellence s’en rapporte entièrement lorsqu’il s’agit de quelque chose qui est relatif à la Faculté de médecine ; il mettra M. Cayol dans vos intérêts et le déterminera à vous proposer. Il m’a engagé également à en parler à M. Récamier, qui

TROUSSEAU A BRETONNEAU

sera de la commission chargée du travail. J’ai vu aujourd’hui M. Récamier, qui a accueilli cette idée avec beaucoup d’ardeur, et qui m’a promis d’en parler lui-même au grand maître. Du reste, il croit parfaitement inutile et même nuisible de faire circonvenir M. Frayssinous 1 par les grands seigneurs. Gomme la Faculté ne sera pas consultée dans cette affaire, il est à peu près inutile d’en parler à MM. Duméril et Guersant. Voilà quels sont les candidats : Husson, Broussais, Rostan, Petit ( de Ventéro-mésentérique) , Jadelot, Lherminier, Lucas, pour la médecine; Ribes, Baron, pour la chirurgie; Duval, de Rennes , Barbier, d'Amiens , et vous , si l’on consent à choisir des agrégés dans les départements , ce qui s'agite en ce moment et n est pas encore décidé. Le grand maître semble répugner beaucoup à choisir les trois premiers, et surtout Broussais et Rostan } qui probablement seront exclus. Husson a de puissants ennemis aussi, et son libéralisme lui nuira 2.

« Pourquoi ne m'écrivez -vous pas ? Il faut que j’apprenne par d’autres les inquiétudes que vous cause la maladie du petit Edouard ; il faut que d’autres m’apprennent que vous êtes tourmenté du rhume le plus cruel. Adieu, mon cher Maître; je vous embrasse de tout mon cœur. Votre élève affectionné et reconnaissant.

« Veuillez dire à Mme Martigné que je lui ai écrit hier au soir et que , comptant venir mettre aujourd’hui la lettre à la poste à Paris, je l’ai oubliée à Charenton , de sorte que je ne pourrai l’envoyer que demain. »

1 Évêque d’Hermopolis; il était à cette époque ministre des Affaires ecclésiastiques et de l’Instruction publique. — T.

2 On sait que ces projets de nomination n’eurent pas de suite. — T.

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