LETTRE CLXVIII
DE VELPEAU
« Paris, 28 février 1827.
« Vous trouvez que le docteur Deslandes fait l’érudit à bon compte , et qu’il vous traite du haut de sa grandeur 1 ; je suis de votre avis et je vous l’avais déjà dit, il me
1 Deslandes. — Exposé du progrès et do l’état actuel de la science sur cette question: L’angine gangreneuse et le croup sont-ils identiques ? (Journal du Progrès des sciences et des Institutions médicales, t. I, p. 152. Paris, 1827.)
semble; mais vous auriez tort d’en être surpris, attendu que c’est ainsi que font les plus sages à Paris. Ecoutez, il y a dans votre livre un défaut dont vous ne vous justifierez pas et que je vous ai reproché longtemps avant qu’il ne fût imprimé, c’est que tout y est sans ordre et sans méthode ; vous n’avez pas non plus assez insisté sur les preuves dans la spécificité, et l’importance de la médication topique pouvait être présentée sous un jour plus avantageux. Quoi qu’il en soit, je pense que d’ici à deux ou trois mois tous les arguments de quelque valeur de vos antagonistes seront exposés dans les journaux. Alors, si vous le croyez utile, je ferai un article dans lequel je répondrai aux principales objections qui vous ont été adressées, en tâchant de faire comprendre qu’on vous a mal entendu, etc. Dans cette affaire, vos observations de Villandry, de Vouvray et de Véretz me serviraient beaucoup.
« Vous devez avoir reçu votre note sur l’alun. Deux mots pour MM. Habert et Valentin ne seraient pas mal. M. Magendie a été fort content de votre lettre, et je serais fort trompé s’il ne vous appuyait pas de toute sa puissance à l’Institut. On vous inonde de physiologisme , dites-vous? Eh! pourquoi les demandez-vous? J’avais dit à Trousseau, dans le temps, que je ne voyais pas ce que vous vouliez faire de Rayer, Montfalcon et compagnie. Comment voulez-vous qu’ils sachent que M. Fanau de la Cour est un menteur ? Il faudrait qu’ils fussent capables de juger ce qu’il écrit.
« Vous oubliez, mon cher Maître, que peu d’hommes sont capables de distinguer entre l’opinion et le fait , et que les médecins surtout aiment mieux rejeter ce qu’on veut leur apprendre que de s’appliquer à en reconnaître
VELPEAU A BRETONNEAU
l’exactitude et l’utilité , toutes les fois que cela contrarie leur manière de voir.
« Je crois avoir trouvé dans les frictions mercurielles administrées d’une certaine manière un remède presque certain contre les jDéritonites puerpérales et autres1. Je l’ai dit dans la Revue médicale de janvier 1821. Je viens de recueillir avec Cottereau un nouvel exemple des plus concluants, et cependant j’aperçois les folliculaires qui s’apprêtent à soutenir que la chose n’est pas possible, que mes observations ne prouvent rien ! Le seul moyen de faire triompher la vérité en pareil cas , c’est de faire toucher du doigt et de l’œil de pareils résultats aux élèves, dans un hôpital, et c’est pour cette raison que je donnerais la moitié de ma vie pour avoir un service indépendant dans un des établissements de Paris.
« A propos, je sors décidément d’ici le 1er avril; je vais, je crois, demeurer rue Christine; mon intention est de me livrer à la pratique le plus possible , aussi trouvez-moi le moyen d’avoir beaucoup et de bons clients. Il y a plus d’un mois que je n’ai vu Omar. J’ai soldé deux cent trente-neuf francs à votre tailleur. Mon frère saura vous décharger de cette dette. »
1 Velpeau. — Mémoire sur la péritonite des femmes en couches . (Revue médicale, 1827, t. I.)
LETTRE CLXIX*
DE TROUSSEAU
« Charenton , 6 mars 1827.
« Mon cher Maître,
« Gomme je suis clans les fausses membranes jusqu’au cou , et que Lassaigne est souvent le témoin de nos travaux, il a eu la bonté de nous analyser nos fausses membranes et notre sérosité. Or, comme bien vous le saviez, les fausses membranes sont de la fibrine plus ou moins infiltrée de sérosité, et la sérosité inflammatoire ne diffère de la sérosité passive que par une grande prédominance d’albumine. Lorsqu’il m’eut remis le résultat de ses analyses, j’allai lire votre analyse chimique de concrétions croupales, et comme je n’y comprenais rien, attendu que je ne sais seulement pas ce que c’est qu’un sel, j’ai porté mon guide-âne à Lassaigne, et je l’ai prié de me lever quelques doutes que faisait naître dans mon esprit la comparaison de vos résultats et des siens ; il m’a dit là-dessus de belles choses auxquelles je n’ai pas compris davantage. Craignant de vous mal digérer ce que j’avais si mal avalé, je l’ai prié de me rédiger la note que je vous envoie; il vous prie de lui proposer de nouvelles objections, il s’est beaucoup occupé de chimie animale et tient à honneur de vous convertir. J’ai pensé, mon cher Maître, que vous liriez avec intérêt cette note de Lassaigne, qui se trouve placé aujourd’hui au rang des
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premiers chimistes de Paris, et que vous pourriez lui répondre mieux que moi.
« Je continue mes pleurésies. Il se passe exactement sur une membrane séreuse enflammée ce que vous aviez décrit au traitement de l'inflammation diphthéritique : rougeur pointillée , exsudation d’un liquide plastique , présence du sang entre la fausse membrane et la concré tion, bulles de gaz ou de mucus sous et dans la fausse membrane encore nouvelle, etc., etc.; à l'organisation près, il y a une grande ressemblance. Mes pauvres bêtes ont maintenant des pleurésies, des péritonites et des péricardites. Anes, chiens, chevaux, c’est un muséum pathologique fort curieux. Nous gardons les méningites pour le bouquet. J’espère constater une chose, c’est qu’il ne survient de symptômes graves dans une hydrocéphale que lorsque le ramollissement cérébral se forme.
« Il faut vous dire qu’en même temps nous faisons l’anatomie pathologique intercurrente , et nous ne manquons pas de cas fort curieux. L’équarrisseur ne nous amène plus depuis trois semaines que des chevaux blancs ou gris, et surtout ceux qui ont des. grosseurs charbonneuses sous la peau. Vous devinez bien que les grosseurs charbonneuses sont tout uniment des mélanoses. En vérité, Laënnec ne s’en doute pas, et Andral, qui le chapitre si pédantesquement , est assez niais pour appeler mélanoses la teinte grise qui succède aux inflammations chroniques; rien n’est plus curieux que la diathèse mélanique. J’ai trouvé l’autre jour une tumeur sur l’iris. Rigot1
1 Rigot Félix, né à Château -Gontier le 28 avril 1803, mort le 17 janvier 1847.
Entré à Alfort en 1820, où il devint préparateur du professeur Girard, en 1822 répétiteur du cours d’anatomie, diplômé- en 1823. Professeur adjoint en 1833, titulaire en 1835. — T.
en a vu une dans la veine cave, il Fa donnée à analyser à Lassaigne. J'ai vu avant-hier toute la partie supérieure des muscles qui de l'ischion se portent au tibia converti en une masse mélanique , qui conservait intactes les aponévroses, les tendons et la forme des libres musculaires, de sorte qu’on eût dit de beaux morceaux d’ébène sculptés. Il est impossible de comparer ces productions accidentelles aux cancers et aux tubercules, et voici, entre autres, deux grandes différences. Des tumeurs mélaniques s’ulcèrent et la peau se cicatrise avec une extrême facilité. Les ganglions de l'aine et du bassin, quand d’énormes tumeurs occupent le bassin et le scrotum, ne sont pas plus altérés que les ganglions de l’aisselle. Les tissus environnant les mélanoses ne s’enflamment pas comme cela arrive lorsque les cancers et les tubercules commencent à se ramollir. La constitution de l’animal n’est pas sensiblement altérée, à moins que le volume des tumeurs n’apporte un obstacle physique à l’exercice de quelque fonction. Qu’est -ce qu’une mélanose? Une aberration du pigment, dit-on. La chose est probable. Lassaigne a analysé des tumeurs mélaniques, il a trouvé exactement les mêmes principes que dans le sang : fibrine, albumine, sels, etc., sauf une altération du principe colorant. En levant une trentaine de choroïdes de chevaux, je recueillerai une assez bonne quantité de pigment pour qu’on puisse l’analyser; je prierai Lassaigne de me faire ce travail; le résultat, il me semble, répondra suffisamment.
« Vous avez probablement lu l’article de Deslandes1
i Deslancles. (Voir la note de la p. 141.)
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dans le Journal du progrès des sciences médicales ; la seconde partie avec mémoire paraîtra probablement dans le courant de ce mois. Je compte profiter de deux observations de croup, que j’insérerai dans les Archives , pour y répondre ainsi qu’à notre ami Billard. Lorsque vous m’écrirez, chose dont vous aurez bientôt perdu l’habitude, indiquez-moi la forme que je dois suivre dans mon article récriminatoire.
« Je n’ai vu Velpeau qu’une fois depuis près d’un mois. Il m’a dit que vous vous plaignez de mon silence. Est-ce que M. Delavergne ne vous a pas remis une lettre que je lui avais donnée pour vous? Cette lettre était accompagnée du deuxième volume de Rostan et de mon plan de campagne dans la Sologne. Il y a quelque temps que je n’ai vu M. Bacot; il est maintenant jusqu’aux yeux dans la discussion des projets de loi, il ne pourra s’occuper activement de mon affaire que dans une quinzaine de jours. Je n’entends plus parler de la dothinentérie ; comptez-vous enfin la publier? Avant de l’imprimer vous nous l’enverrez, et je vous jure sur l’honneur que si vous me faites un fatras comme de la diphthérite, nous vous la renverrons impitoyablement. Je croyais Duméril et Guersant trop sévères. Si nous n’avions pas été assez bêtes pour vous céder, il n’aurait pas paru sous votre nom un livre qui, à la portée de bien peu de gens, puisqu’il était tout pratique, devenait inintelligible pour ceux mêmes qui étaient les mieux intentionnés, grâce à votre inconcevable désordre. Tantum sériés juncturaque fallit. Votre livre pourtant fait fortune en Angleterre , à ce que m’a dit Crévot.
« A propos, il a paru dernièrement un article fulminant contre Velpeau, moi, et en général l’école de Tours; nous
voilà signalés. Nous tenons conseil pour savoir si décidément il faut lever l’étendard et prendre une attitude hostile.
((Je vous embrasse de tout mon cœur. »
LETTRE CLXXe
DU MÊME
« 28 mars 1827.
« Vous avez bien raison de me tancer sur mon impertinence lorsque je me presse de condamner Laënnec et Bayle. Bien souvent je me prends à me dire comme feu Montaigne : « Bran du fat! » et ce nonobstant je recommence. Voilà sur la mélanose de nouveaux faits qui me semblent être du plus haut intérêt, et que je n’ai jamais lus. Dernièrement, en faisant T autopsie d’un cheval blanc, qui portait au dedans et au dehors plusieurs mélanoses volumineuses , nous fûmes frappés de l’aspect singulier de la plèvre pulmonaire : elle nous semblait marbrée, tigrée de taches violettes tirant sur le noir; ces taches se réunissaient par groupes plus ou moins considérables, et, entre ces groupes, restaient des intervalles où la plèvre conservait sa couleur ordinaire. Ce n’était point cette forme radiée , étoilée des taches noires des poumons des hommes âgés. C’étaient des taches arrondies comme si de
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grosses gouttes de suc de mûres fussent tombées sous les plèvres ; du reste le poumon ne faisait en ce point aucune saillie; mais, lorsque T organe se fut affaissé, on remarqua que l’affaissement ne s’effectuait qu’imparfaitement audessous de ces taches. Le toucher d’ailleurs indiquait une grande consistance du tissu pulmonaire. En enlevant la plèvre (qui se détache chez le cheval avec beaucoup de facilité), cette membrane nous parut transparente avec un reflet légèrement opalin; mais vis-à-vis des taches dont je vous ai parlé plus haut, elle était elle-même teinte en rouge foncé, et cette coloration ne disparaissait pas par le lavage. C’étaient des pétéchies ou plutôt de véritables gouttes de matière colorante qui pénétraient toute l’épaisseur de la membrane et le tissu cellulaire sous-séreux. En étendant cette plèvre sur une lame de verre et en l’exposant entre la lumière solaire et l'œil armé d’une forte loupe , on ne distinguait pas la moindre trace de vaisseaux, mais bien une agglomération de globules sanguins, qui au centre de la tache étaient trop nombreux pour être distincts , et qui à la circonférence étaient bien isolés et très faciles à apercevoir. Les taches les plus foncées en couleur laissaient voir une certaine quantité de globules entièrement noirs ; on en voyait même de réunis en petites masses d’un noir de jais, qui tranchaient vivement sur la couleur pourpre du reste de la tache.
« Le tissu pulmonaire partout était dans l’état normal; mais là où il offrait plus de consistance, là où la plèvre était plus foncée en couleur, il ressemblait au premier abord à un morceau de foie. Il n’avait pourtant pas l’aspect grenu de l’hépatisation ou de l’apoplexie pulmonaire. La teinte était rouge foncé mêlé de veinures noires comme si de la mélanose eût été infiltrée dans ce tissu ; observez
pourtant qu’en malaxant entre les doigts les portions du poumon qui étaient le plus noires , les doigts n’étaient teints qu’en rouge , aussi bien que l’eau dans laquelle on les mettait macérer, ce qui n’a pas lieu pour les mélanoses parfaites.
« Entre les deux feuillets du mésentère (et cette double membrane est chez le cheval d’une extrême ténuité parce qu’elle ne contient pas de graisse), on trouvait une quantité considérable de taches analogues , pour la forme et la disposition , à celles que nous avons signalées sous la plèvre, si ce n’est qu’elles étaient noires comme de l’encre de Chine. En les regardant à la loupe de la même manière que les autres, nous distinguions parfaitement à la circonférence une multitude de petits globules noirs, et pas la moindre trace de vaisseaux. Au-dessous du péritoine qui revêtait le bassin, les lombes, etc., on trouvait dans le tissu cellulaire une immense quantité de petites taches de grandeur variable , et d’une teinte noire extrêmement foncée.
« Voici maintenant quelque chose de fort singulier. Dans l’espace de deux pieds au moins, le tissu cellulaire sous -péritonéal des parois inférieures de l’abdomen était d’une teinte bistre uniforme. Cette teinte ressemblait tout à fait à celle du réseau de Malpighi chez un mulâtre; il n’existait d’ailleurs aucune altération de tissu. Dans quelques points cependant on trouvait des agglomérations de globules noirs qui constituaient de véritables taches mélaniques. Sous la plèvre et le péritoine diaphragmatiques on voyait quelques taches rouges analogues à celles de la plèvre. Voilà, mon cher Maître, une ouverture de corps qui me semble pleine d’intérêt, car je crois avoir pris la nature sur le fait. C’est-à-dire qu’en
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vertu d’une disposition spécifique le cruor s’arrête dans diverses parties, s’y arrête en y affectant une forme, une disposition particulière, et s’y altère ensuite d’une manière spéciale !. Ces animaux défunts , les physiologistes ont beau dire, ils mangeront la spécificité en pâtons mélaniques comme en fraissure dothinentérique. Veuillez, quand vous m’écrirez, me faire part des réflexions que ces mélanoses vous auront fait naître dans l’esprit.
« Croiriez -vous, et je vais vous indigner, croiriez-vous que pas un de ces bipèdes d'Alfort n’a entendu parler de
1 Les premières notions sur la mélanose sont dues aux travaux des anatomo-pathologistes du commencement du siècle. C’est Laënnec qui introduisit ce terme dans la science (1806). Il désignait ainsi un groupe de productions spéciales, sans analogue dans l’organisme, les tumeurs mélaniques , qu’il séparait des tumeurs cancéreuses. Breschet (1821) et surtout Trousseau et Leblanc (1828) jetèrent un jour nouveau sur la question. Trousseau, comme on le voit dans sa correspondance avec Bretonneau et dans son mémoire publié dans les Archives de médecine (1828), considérait la mélanose comme une aberration du pigment, une accumulation pathologique de cette substance en dehors de son siège normal, ou comme un résultat de l’altération du sang, soit dans les inflammations chroniques, soit au contact des gaz .ou des sécrétions altérées.
Aujourd’hui, il est établi que la mélanose peut reconnaître des causes diverses bien déterminées, que Ch. Robin a divisées en quatre classes :
1° Introduction du dehors de l’organisme de particules de couleur noire ;
2° Formation dans l’économie de composés chimiques de teinte noire ;
3° Modifications survenues dans certaines matières colorantes naturelles des liquides ou des solides, comme celles de la bile, des hématies, etc.
4° Enfin, la production hétérotopique ou simplement l’augmentation anormale, en quantité, de granules de mélanine ou mèlaïne, cellules semblables à celles que l’on trouve dans l’iris, la choroïde, la couche muqueuse de Malpighi (chez le nègre, partout; chez le blanc, autour du mamelon), les cellules du tissu connectif de la pie-mère, les fibres musculaires du cœur et les cellules nerveuses.
Par suite de cette classification, on distingue les fausses et les vraies mélanoses. Les trois premiers groupes constituent les fausses, le dernier représente seul la mélanose vraie. — T.
la picote des dindons1! Pour l’honneur de la spécificité, pour l’honneur de la Touraine et pour le plus grand salut de ses renommés dindons , priez Bodin , avant que ses tubercules ne l’aient tué, de vous envoyer une petite note sur cette singulière maladie. Je ferai imprimer cette note sous son nom dans le Journal vétérinaire. Cette note d’ailleurs ne déparerait pas votre dothinentérite. Le plus beau serait s’il vous envoyait un gros dindon , ou du virus, ou des champignons de picote ; nous ferions alors à Alfort une belle épidindonnerie artificielle. Sérieusement, écrivez à Bodin. (Je fais cette recommandation à Jacquart et je le rends responsable.)
« Je ferai des pleurésies comme vous les voulez; je n’ai point encore pu exécuter ce projet, à cause des examens de la mi -année qui ont arrêté nos massacres pendant quelques jours. Je n’ai pu joindre Lassaigne pour lui lire ce qui le concernait dans votre lettre. Il y a tantôt un mois que je n’ai été à la Faculté, ainsi je n’ai point encore votre diplôme.
« M. Bacot est à Tours, de sorte que j’ignore où en est notre Sologne; j’ai grand’peur que ce projet ne soit pas réalisé cette année, et je vous avoue que j’en serais vivement contrarié. Bientôt probablement de nouvelles dispositions réglementaires vont faire quitter Charenton à Calmeil et à moi , qui sommes docteurs ; bientôt nous serons forcés de nous établir comme nous pourrons à Paris , et dans un an il ne serait peut-être guère raison-
1 Picote des dindons, petite vérole, chancre cutané, ulcère de la crête. Maladie fébrile, pustulente, à caractère épizootique et contagieux.
N’ offre pas les mêmes caractères que chez l’homme, bien que vraisemblablement l'espèce soit commune; mais il est à supposer que le virus varioleux a changé de nature en passant d’une espèce à une autre. — T.
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nable d’abandonner une clientèle commençante pour courir le pays et recommencer l’année suivante sur de nouveaux frais. C’est surtout mon défaut absolu de fortune qui me mettrait dans l’impossibilité de quitter Paris après y avoir fait un jDremier établissement fort coûteux , dont il me faudrait recommencer les frais un an après. Au lieu que, partant cette année pour la Sologne, je ne ferais aucune dépense pour m’établir avant d’avoir mis fin entièrement à l’entreprise que j’aurais commencée.
« Dans ce moment- ci, il est question pour moi de la direction d’une maison d’aliénés à Paris; le médecin qui tient cet établissement ne s’entend guère qu’à la cuisine, et il désirerait pour diriger ses malades un homme qui eût l’habitude des fous. J’aurais là soixante -dix aliénés. Quelques avantages pécuniaires que j’y trouve, quelque attrayant qu’il soit pour moi de suivre ce genre d’études et d’avoir des malades sous ma direction spéciale, je recule cependant, en songeant qu’il me faut renoncer à Alfort et à la* Sologne. Sachez donc de M. Bacot où en est le grand projet.
« J’apprends de ma mère que ma cousine de N... a une grave maladie du sein. D’après la description que j’en ai eue, je crains bien qu’il ne s’agisse d’un carcinome ; puis -je compter sur votre complaisance pour savoir ce qu’il en est?
« Adieu, mon cher Maître, je vous embrasse de tout mon cœur. Votre élève reconnaissant.
cc Veuillez présenter mes respects à Mme Bretonneau ; assurez Jacquart de ma sincère amitié.
« Parlez -moi de vos diphthérites , envoyez -nous votre interminable dothinentérite. »