‹ Bretonneau et ses correspondantsChapitre 19 sur 78 · LETTRE CLXXXIX · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXXIX

DE COTTERAU

« Paris, 4 mai 1828.

« Mon cher Maître,

« Je n’ai pas eu besoin de m’occuper de l’impression de votre mémoire sur les mylabres ; vous avez dû voir, dans quelques-uns des journaux que vous recevez, que l’Institut avait ordonné son insertion dans le recueil des savants étrangers, et, en effet, c’est l’endroit où je suis le plus flatté de le voir consigné, parce que c’est une preuve de l’intérêt qu’il a inspiré à MM. les académiciens1 Il.

1 Mémoire de Bretonneau sur les propriétés vésicantes de quelques insectes de la famille des cantharides. (Séance du lundi 4 février 1828.)

L’Académie a ordonné l’insertion du mémoire de Bretonneau dans le Recueil des savants étrangers.

MM. Duméril et Latreille présentent un rapport sur un mémoire de M. Bretonneau, de Tours, sur les propriétés vésicantes de quelques insectes de la famille des cantharides.

« Les insectes dans lesquels Bretonneau a reconnu au plus haut degré la propriété vésicante sont une espèce de coléoptères du genre mylabre.

Il établit sur des passages très précis de Pline que cette espèce est bien

« Cependant , bien peu de personnes voient ce recueil ; et je serais bien désireux que le résultat de vos recherches

celle qui avait reçu des Romains le nom de cantharis emprunté du grec. Il relate également un passage de Dioscoride où l’on retrouve les mêmes détails, mais exempts des erreurs et des préjugés que l’on a si souvent occasion de reprocher à Pline.

« Voici le procédé que M. Bretonneau met en usage pour obtenir la substance vésicante des mylabres ; il y a été conduit par la belle analyse des cantharides due à M. Robiquet :

« Un tube de verre, scellé à une de ses extrémités, est rempli jusqu’au tiers de sa hauteur avec les débris de l’insecte grossièrement pulvérisés. On verse de l’éther sulfurique sur la poudre médiocrement tassée, de manière à la faire surnager de quelques lignes. Le tube, bien bouché, est élevé à la température de 40° centigr. Dès qu’elle est retombée à 30 et que la vaporisation de l’éther n’est plus à craindre, une boule de coton cardé est enfoncée dans le tube, à la manière d’une bourre de fusil, et fortement appuyée à l’aide d’une tige de métal. En un instant le liquide qui imbibe la poudre est absorbé, exprimé, clarifié, évaporé et dépose la substance grasse qui y est dissoute. C’est une huile colorée fournie par quelque organe extérieur, qui se combine quelquefois avec la graisse proprement dite et lui communique une teinte étrangère.

« C’est à ces deux substances que la cantharide se trouve unie. Ainsi combinée elle produit son effet épispastique. Mais, comme l’a démontré M. Robiquet, elle peut être étendue dans l’huile fixe, et cette huile jouit alors à un très haut degré de la propriété vésicante. Un morceau de papier de figure et de dimensions déterminées, qui en est imbibé, devient un vésicatoire qui s’adapte aisément aux surfaces les plus irrégulières; et, suivant M. Bretonneau, aucune préparation vésicante n’est plus commode. On obtient par ce procédé une vésication si exactement circonscrite, qu’il a vu l’ampoule qu’elle avait produite retracer jusqu’aux angles les plus aigus des figures géométriques données au morceau de papier. »

Pour comparer l’action des mylabres avec celle des autres cantharides, Bretonneau a mis en usage des procédés absolument semblables pour la préparation, le poids de la matière et les surfaces sur lesquelles le médicament a été appliqué. Dans tous les cas , l’action produite par les vésicatoires de mylabres a paru plus vive.

Toutefois les mylabres ne sont pas les seuls insectes chez lesquels Brçtonneau a constaté la propriété vésicante. Toutes les espèces du genre méloé ou proscarabée en sont douées , et il indique des procédés particuliers pour obtenir isolément la matière active de chacune d’elles.

Si Bretonneau a découvert un grand nombre d’insectes doués de propriétés cantharidiennes, il a rendu un autre service à la science en montrant que plusieurs espèces, qu’on regardait comme pouvant servir au même objet, sont dépourvues de cette faculté. Tels sont le Sitaris humer alis , V ædemera cærulea, etc.

VELPEAU A BRETONNEAU

n’y restât pas enfoui. Pour cela, il faudrait le faire paraître en même temps dans un des principaux journaux de médecine, et si cela peut vous être agréable, je serai enchanté d’avoir à m’en occuper; donnez-moi, je vous prie, quelques mots de réponse à cet égard.

« Vos additions à la diphthérite sont -elles terminées?

« Adieu, mon cher Maître, je vous embrasse.

« Votre élève dévoué et reconnaissant. »

LETTRE CXCe

DE VELPEAU

« 19 mai 1828.

« Oui, mon cher ami et Maître, il faut écrire à Husson et vite. Il n’est rien arrivé contre moi depuis ma dernière ; mais on intrigue, on cabale, on remue ciel et terre, et déjà Richerand paraît s’être retourné : il veut que Ricord soit nommé 1 ; il y a plus , c’est qu’on espère deux places au lieu d’une, et que Bourgery2 aura la seconde. Enfin,

1 Ricord, docteur en 1826, fixé à Crouy - sur-Ourcq , près de Meaux, avait abandonné sa clientèle naissante pour venir affronter à Paris les chances du concours. — T.

2 Bourgery. — C’est l’auteur du fameux ouvrage d’ Anatomie et de Médecine opératoire dont les planches sont dessinées par Jacob. Né en 1797, il avait été attaché pendant dix ans comme officier de santé à une fonderie de cuivre et s’était fait recevoir docteur en 1827. Il se livra avec ardeur à l’étude. On lui doit, entre autres travaux et en dehors de son grand ouvrage d’ Anatomie (1830-1845), un Traité de petite Chirurgie (1829) et une Anatomie élémentaire (1834-1842). Il mourut en 1849. — T.

on fait tout pour m'éloigner : je suis de l'école de Tours, et conséquemment un être dangereux qu’il faut repousser de la capitale ! Je voudrais que vous fissiez sentir à Husson que la voix publique est pour moi, qu’il s’est trompé sur mon compte, et que vous lui auriez une obligation infinie s’il me portait. Je voudrais en outre que votre lettre lui arrivât directement par la poste, et comme si je ne l’avais pas sollicitée.

« Si vous croyez pouvoir m’en faire passer une autre, sans indiscrétion, pour M. Bacot, je tâcherai d’en faire usage à l'effet de ramener M. Richerand à de meilleurs sentiments ; en tous cas , c’est demain que je subis ma dernière épreuve, et le jugement sera sans doute porté dans les derniers jours de la semaine. Mille personnes me cassent la tête en me disant que si je ne suis pas nommé cette fois, il est inutile que je me représente jamais ; j’aurai la ressource de crier à l’infamie, mais je n’en serai pas moins la victime et le dindon de l’affaire ; je n'en aurai pas moins perdu quatre mois de mon temps et contracté des inimitiés que je n’oublierai jamais: oh! que le cœur des hommes renferme de scélératesse!

« Votre élève dévoué.

« P. -S. Ce pauvre Georget 1 n'est plus. »

1 Georget, un des anciens élèves de l’hôpital de Tours, venait d’être enlevé à la science et à ses amis à l’âge de trente-trois ans. Tl était déjà célèbre depuis sa vingt-cinquième année. A cette époque de sa vie, il avait déjà publié son important ouvrage sur la physiologie du système nerveux qui lui avait fait une réputation supérieure à son âge. Il concourait à la rédaction du Dictionnaire de médecine en 21 volumes et dirigeait avec un remarquable talent les Archives de médecine. — T.

VELPEAU A BRETONNEAU

LETTRE C X G Ie

DU MÊME

« Lundi soir, 29 mai 1828.

« Les propositions ont passé ; mes huit compétiteurs les ont attaquées avec acharnement, mais il fallait vaincre ou mourir; je me suis défendu en déterminé; j’en ai collé plusieurs et j’ai eu raison surtout sans faire la plus petite concession... Bérard et Bourgery ont été les premiers à me dire que la place m’appartenait; les juges m’ont paru ne plus résister, et je crois, à présent, que sans recommandations et malgré tout ce qu’on pourra dire et faire, il faudra bien que je sois nommé. En conséquence, si vos lettres ne sont point parties, gardez -les; toutefois, il n’y aurait pas grand mal que celle de Husson arrivât à son adresse, attendu que je veux le forcer à désavouer ses anciennes prétentions h

« Segmenta et longos habitus flamma sumit. »

1 Ce concours de Velpeau, pour une place de chirurgien au Bureau central, fut très brillant, et, après les épreuves, le public et la presse le désignèrent ouvertement comme le futur élu. Il avait pour principaux concurrents Bérard, Maréchal, Bourgery, Guersant fils, Hatin et Ricord dont le nom apparaît pour la première fois dans les concours. Velpeau fut nommé, et Bérard, Hatin et Ricord furent présentés par le jury pour les premières places vacantes. Certains biographes disent que Ricord fut élu le premier à la majorité absolue; c’est là une erreur, Velpeau seul fut nommé. Bien plus, au sujet de la présentation par le jury de Hatin et de Ricord, une scission très vive se forma parmi les membres : Husson et Bafïos refusèrent de signer le procès-verbal, et tous les concurrents, auxquels se joignit Bérard, adressèrent une protestation à l’administration, qui ne confirma que la nomination de Velpeau. — T.

LETTRE CXCIL

DE TROUSSEAU

« Mai ou juin 1828.

« C’est la dame à la cataracte qui vous portera ces deux mots, mon cher Maître; j’avais oublié de vous dire quelle était cette malade. Sa fortune est médiocre, et j’ai averti son frère que vous vous contenteriez de deux cents francs; je ne sais si vous ratifierez ce traité, mais je connais votre façon de voir sur tout ce qu’on appelle argent.

« J’ai le larynx n° 4, et Ramon pourra bien demain matin cueillir le n° b. A Blois, on m’a arrêté pour me mener à deux lieues de là dans la commune de Mont près Courcheverny, où l’angine maligne fait des siennes1. J’ai trouvé le premier jour une petite fdle de neuf ans agonisante (c’est le larynx n° 4), et trois autres enfants, dont une de dix-huit ans et l’autre de quinze; j’y suis resté trois jours et tout va bien. Dans le Berry nous en avons vu hier trois : un d’eux âgé de cinq ans fournira probablement le n° 5, la mère se tirera d’affaire. Ramon reste sur les lieux et sera fort et ferme.

« Le préfet du Cher nous avait demandé une note relative au traitement de l’angine maligne , il en avait besoin pour son médecin des épidémies qui est un grand âne ;

1 Trousseau avait obtenu sa mission en Sologne et venait de commencer ses excursions. — T.

VELPEAU A BRETONNEAU

nous n’avons cru mieux faire que de lui envoyer votre note; il l’a fait imprimer, et quoique je sois bien sûr d’être grondé par vous, je n’en suis pas moins enchanté qu'il l’ait fait.

« La mère de notre petite fille de Moulinent a l’angine maligne , elle va guérir.

« D’après notre invitation, les préfets du Cher, de l'Indre et de Loir-et-Cher écrivent officiellement à tous les docteurs et officiers de santé qui ont eu à traiter l’angine maligne, et les invitent expressément à leur envoyer un mémoire dont nous avons tracé méthodiquement le cadre; ainsi vous en aurez.

(( J’achève mon griffonnage et je monte à cheval.

((Je vous embrasse. Votre élève affectionné. »

LETTRE CXCIIP

DE VELPEAU

« 30 juillet 1828.

« Mon cher Maître , M. Terreux est un de mes amis , de mes anciens élèves et camarades; il veut vous voir, dût -il payer deux sous d’entrée. Ne le faites pas trop attendre à la porte, je vous en prie; c’est un bon garçon qui aime bien à jouir de la vie, même depuis qu’il est docteur.

« Vous êtes bien aise, j’en suis sûr, qu’il existe une épi-

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