‹ Bretonneau et ses correspondantsChapitre 47 sur 78 · DE MARJOLIN · texte numérisé non relu

DE MARJOLIN

« Paris, 22 février 1844.

« Monsieur et très cher confrère ,

u Si seulement ma lettre avait eu l’honneur de servir d’enveloppe à quelques graines, à quelque pépin, l’époque de la plantation vous eût remis en mémoire que vous avez promis au père , dans la personne du fils , un pied , ou au moins des rameaux du groseillier prolifère qui réussit si bien chez vous , plus quelques pieds de vos belles et bonnes fraises, plus quelques boutures de ragouminier, plus quelques couchages de la glycine, qui fera bientôt de votre jardin une forêt vierge , plus quelques pieds de plantes vivaces, tels que astrantia, certains verbascum, etc.; enfin je vous ferais une liste encore plus longue que le mémoire du pharmacien de Molière et tout cela sans comprendre une ou deux espèces de raisins obtenues par M. Vibert , et que vous m’avez beaucoup vantées. De mon côté, pour n’être pas en retard, je vous envoie d’ici à quelques jours des greffes d’une espèce de cerise que je viens de recevoir et qui sont excellentes ; ceci doit vous chatouiller, connaissant votre faible.

« Il ne me reste plus que deux demandes. Ah ! pour le coup, finissez-en, me direz -vous : c’est une consultation , c’est encore pis ; ah ! non , c’est une consultation horticulturale.

« La recette, le moyen, l’opération, pour faire produire les noisetiers et les figuiers , voilà tout. Deux mots par la poste, autrement je serai forcé d’aller chercher moimême la consultation, et vous savez si le temps est beau pour voyager.

« Dans ce moment mon père fait élever une petite serre à Clichy, avec un système nouveau. Mais je ne puis vous en dire plus long , car il faudrait vous condamner plus longtemps à l’ennui de mon griffonnage ; c’est inutile. Je vous dirai que toute la famille se porte bien, que j’engage toujours le père à aller vous voir ; vous n’avez qu’un moyen : faites -le venir pour un malade à Tours, puisque l’un et l’autre vous ne voulez jamais voyager pour votre plaisir.

« En tout cas, tâchez de vous ménager, afin d’avoir recours le plus rarement possible à ces vilains sacs brûlants. Conservez votre bonne humeur du jour où vous lisiez Colibri > et lorsque vous verrez ces dames, ayez la bonté d’être mon interprète près d’elles.

« En vous demandant pardon de mon épître, recevez mes salutations respectueuses b

« Votre dévoué. »

i Cette lettre est du fils de Marjolin, alors médecin du bureau central, et qui, comme son père dont le jardin était célèbre, s’occupait d’horticulture.— T.

TROUSSEAU A BRETONNEAU

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