‹ Bretonneau et ses correspondantsChapitre 5 sur 78 · TROUSSEAU A BRETONNEAU ET A JACQUART · texte numérisé non relu

TROUSSEAU A BRETONNEAU ET A JACQUART

très humbles élèves qui se recommandent à votre souvenir, sans compter les gens dont le nom ne me revient pas.

« Georget me charge de l’analyse de votre ouvrage dans les Archives. Velpeau soutiendra les discussions et calottera les agresseurs. Ce sera moins une analyse que je ferai qu’une courte monographie de deux ou trois feuilles , qui sera comme un extrait de votre livre ; par là je pourrais faire connaître pleinement vos idées, et citer quelques-unes des observations les plus intéressantes. Voici l’ordre que je suis : Caractères anatomiques, Synonymie, Identité, Historique, Spécificité, Traitement. Ce qui me fournira de petites occasions d’escarmoucher les broussailleurs.

« Pendant que je cause avec vous, il s’agite de drôles de questions à l’Université. Ne parlent-ils pas de reporter notre concours au mois de novembre 2)rochain? M. Esquirol me disait aujourd’hui que cela sans doute aurait lieu1. J’en suis très fâché, je vous l’avoue; j’étais prêt à l’assaut, et s’il faut attendre six mois j’estimerai cette demiannée tout à fait perdue.

« S’instruire pour un concours ou s’instruire pour ses malades, ce n’est pas tout à fait la même chose. Si cette fâcheuse nouvelle se confirmait, il se pourrait bien que je fisse une équipée, et que j’allasse en automne passer deux mois avec vous, et suivre votre hôpital, pour m’y retremper avant ce concours.

1 L'ajournement eut lieu, en effet, et le concours fut renvoyé au mois clé novembre, le directeur général de la police ayant demandé un délai de trois mois pour donner les renseignements qui lui étaient demandés sur chaque candidat. — T.

« AcÈeu , mon cher Maître. Songez qu’il nous faut une réponse bien détaillée.

« Votre reconnaissant et affectionné élève.

« Veuillez présenter mes respects à Mme Bretonneau. »

« Ceci pour Jacquart.

« Il faut, mon cher Jacquart, que vous fassiez faire (si la chose est possible) une lettre détaillée à M. Bretonneau, dans laquelle il nous explique clairement tout ce que je lui demande. Il faut surtout qu’il nous ait promptement répondu pour ne point entraver la publication de l’ouvrage. Dites à M. Bretonneau que Moreau a vu M. Esquirol, et que sans doute il entrera chez nous avant peu. Je m’attendais que Moreau m’apporterait de la dysenterie; mais je me suis bien douté en n’en voyant pas que vous aviez été trop occupé ou à courir, ou à écrire avec M. Bretonneau.

« Envoyez-moi le plus tôt possible, par la poste, la cochonnerie de Genclron, qui en vérité mériterait bien que, sans le nommer (ce lui serait trop d’honneur), on le tançât dans l’épidémie de Ghenusson.

« Adieu, je vous serre la main avec affection. Demandez à M. Bretonneau s’il veut que je lui envoie les trois volumes de la Clinique médicale de M. Lherminier , par Andral; le Mémoire de Barry sur la circulation* ; Flourens1 2, sur le Système nerveux ’ le Ramollissement , de Rostan. Quels ouvrages de physique veut -il?

1 Barry (David). — Recherches expérimentales sur les causes du mouvement du sancf dans les veines. Paris, 1825.

2 Flourens. — Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système n?rveux dans les animaux vertébrés. Paris, 1824, in-8°.

TROUSSEAU A BRETONNEAU

LETTRE CXXXIXe

DE TROUSSEAU

« 20 avril 1826.

« J’attends pour vous envoyer les ouvrages que vous me demandez le parachèvement de votre lente diphthérite. Il y a tantôt dix jours que Fournier ne m’a envoyé une épreuve. Espérons pourtant qu’il va mettre un peu de zèle, et qu’enfin cet enfant verra le jour après un si laborieux accouchement. Dans le même ballot je ferai mettre le nombre d’exemplaires que vous désirez et les livres dont vous m’avez parlé. J’y ajouterai, si vous voulez, le Traité de Roclioux sur V apoplexie 1 . Ne vouliezvous pas que l’on vous abonnât au Journal de Magendie? J’en voyais avant-hier le dernier numéro, c’est la pauvreté des pauvretés. Il ne cite pas une expérience physiologique , et se contente de rapporter quelques pages de pathologie qui sont dans les bulletins de la Société médicale d’émulation ou dans les autres journaux. C’est le sort que devait éprouver le journal d’un homme qui est seul pour travailler, et qui écarte volontiers des collaborateurs dont le talent ferait pâlir son étoile.

<( Il vient de paraître aussi un Traité des fièvres } par Bouillaud2. Cet ouvrage, que j’analyse en ce moment,

1 Rochoux. — Recherches sur l’Apoplexie. Paris, 1814, in-8°.

2 Bouillaud. — Traité clinique et expérimental des fièvres prétendues essentielles. Paris, 1826.

Page 1