‹ Bretonneau et ses correspondantsChapitre 54 sur 78 · DE GENDRIN · texte numérisé non relu

DE GENDRIN

« Paris, 24 décembre 1846.

(( Monsieur et très honoré confrère1 II,

(( J’ai vu avec une vive satisfaction que les faits que j’ai annoncés sur l’hystérie vous avaient frappé. Le suffrage

I Gendrin a été un médecin très érudit et un des remarquables praticiens de son temps. Né en 1794, docteur en 1821, il établit dès ce moment sa réputation par de nombreux et importants travaux.

II fut médecin de Cochin (1832) et de la Pitié (1836-1866).

Malgré sa grande valeur, il n’appartint ni à l’Académie ni à la Faculté, exclusions qui ont été attribuées à des motifs de déontologie médicale. — T.

d’un homme comme vous a trop de valeur pour qu’on ne s’estime pas heureux de l’obtenir. J’ai si souvent vérifié ces faits, et ils se multiplient tellement sous mes yeux depuis dix ans, que je me j)ersuade qu’il est difficile que je me fasse illusion. Vous en concevez mieux que personne toute la portée; permettez cependant que je vous donne quelques détails sur quelques-uns.

cc J’ai vu depuis deux ans plusieurs femmes, et notamment quatre, frappées de paralysie hystérique, avec et sans contraction des membres, récupérer le mouvement et la sensibilité en trois ou quatre semaines, sous l’influence de quinze à vingt grains d’opium par jour, et de vingt à trente grammes d’éther sulfurique. Je ne vous parle pas de paralysies récentes, durant depuis quelques jours ou quelques semaines seulement ; c’étaient des paralytiques qu’on avait soumis depuis des mois aux médications les plus énergiques, celles des épispastiques , la noix vomique, les douches stimulantes, etc. Ces heureux effets s’obtiennent quelquefois avec une telle rapidité qu’on est tenté de se demander si l’on ne s’est point d’abord fait illusion sur l’état du malade. J’ai vu récemment une femme amenée dans mon service avec une paraplégie complète , et dont les facultés intellectuelles s’étaient abaissées jusqu’à un état voisin de la démence. Elle n’avait qu’à des intervalles éloignés de faibles attaques hystériques spasmodiques. Il n’a fallu qu’un mois de traitement par l’opium, à la dose de douze grains seulement, pour lui rendre le mouvement des jambes et toute son intelligence. Tous les cas ne sont cependant pas aussi heureux. Cela serait trop beau. Il est des hystériques qui ne supportent pas la plus faible dose d’opium soit par la bouche , soit par toute autre voie , sans éprouver des vomissements ;

VELPEAU A BRETONNEAU

pour celles-là on n’obtient pas de résultats. Je n’ai guère pu agir utilement contre leur maladie que par les bains prolongés.

<( J’espère trouver le loisir de publier bientôt les observations cliniques les plus intéressantes que j’ai rassemblées sur ces maladies. L’intérêt que vous voulez bien prendre à. ces travaux vous les rendra dignes d’attention ; je vous mettrai à même de les lire.

« Veuillez agréer, Monsieur et honoré confrère, l’assurance de toute ma considération. »

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