DE C. DEPREZ
« Paris, 30 avril 1851.
<( Monsieur,
« Cette lettre que vous adresse , à une distance de soixante lieues , un homme qui vous est complètement inconnu pour solliciter de votre bienveillance un mot, un seul mot de recommandation , doit exciter votre surprise , et je sens qu’elle a besoin d’être accompagnée de quelques brefs commentaires.
« Je suis étudiant en médecine. Votre nom, cher à la science et à l’humanité , retentit si souvent dans nos amphithéâtres; vos travaux pathologiques, aussi riches en faits que féconds en résultats pratiques ; vos savantes recherches et vos heureuses expérimentations j sont si fréquemment citées avec éloge par toutes nos célébrités médicales , que , malgré votre éloignement , vous êtes en réalité un de nos bons professeurs, au point que j’ai pu dire avec un à-propos qui fut applaudi de mes condis-
ciples : Ille se multum profecisse sciât cui Bretonneau valde place hit.
ce Gomme il est naturel de chercher à connaître dans leurs travaux mêmes la pensée des maîtres au nom desquels on est presque disposé à jurer, je fis tout mon possible pour me procurer les livres dus à votre plume, et je parvins à trouver un exemplaire du Traité de ladipht hérite.
« Je ne saurais vous dire avec quelle avidité je lus ces pages écrites avec tant de clarté sur des maladies jusquelà fort obscures pour moi comme pour beaucoup d’autres.
« Je ne cherchais que la science, la science solide et la vérité conquise le scalpel à la main, et je trouvai l’espoir. Je m’explique : à la page 19 de l’addition supplémentaire, ces trois lignes jetées en note au bas de la page fixèrent mon attention : ce M. le docteur Trousseau , mon élève et (c mon ami , qui se trouvait à Tours , assistait à ces « recherches, etc. »
cc Cette phrase incidente : mon élève et mon ami, fît briller à mes yeux un doux rayon d’espérance, et voici pourquoi : aspirant au modeste grade d’officier de santé, je subis avec succès mon examen d’anatomie au mois d’août 1850.
« Avant l’examen, je fis passer à M. Velpeau la plaisanterie suivante qui le fit sourire :
Nomen habes Velpeau, pellem quia vellere gaudes Ignaris ; pelli, te rogo , parce meæ.
((Je me présentai à la session suivante pour passer mon examen de pathologie. Après avoir répondu d’une manière satisfaisante aux questions de M. Gerdy sur les affections chirurgicales , j’eus à résoudre celles que M. Trousseau