‹ Bretonneau et ses correspondantsChapitre 70 sur 78 · II · texte numérisé non relu

II

souffrances morales de son pauvre père. Quel homme mon Dieu ! avec tant de vertus être ainsi frappé !

« C’est bien le cas de douter de la Providence et de la médecine.

« Il ne veut pas apporter le moindre changement à vos prescriptions. Rognetta non plus. Selon eux, si on atteint l'épilepsie, l’autre mal cédera de lui- même; est-ce sûr? Mais, dis-je, si le magnétisme a fait le mal, ne peut-il le guérir1, ne fût-ce qu’en agissant sur l’imagination? Oh! combien tout cela explique les superstitions des temps passés ! Cette pauvre malheureuse me semblait une sœur du petit possédé de la Transfiguration. Comme un ignorant, je me suis étonné que vous ayez défendu les bains; pourtant , si par immersions on faisait pénétrer dans toutes les parties de ce corps je ne sais quel calmant, ne pourrait-on pas rendre un peu de repos à cette machine désorganisée par cinquante nuits et cinquante jours d’atroces souffrances ? Un peu d’opium , de morphine , que sais -je, moi? ne pourrait -il pas aller au cerveau, siège de toutes ces douleurs? N’y a-t-il pas aussi des exutoires pour de telles maladies ? Oh ! cher ami , que vous avez dû maudire votre science dans les longs mois passés auprès de... ! Mais pourquoi renouveler vos maux ? Je sais d’ailleurs, vous, le seul médecin qui m’ait inspiré de la confiance, vous, que je place si haut au-dessus de tant d’autres, je sais ce que vous me répondrez : « Nous

1 On voit combien les propositions, en apparence les plus antiscientifiques, peuvent un jour devenir rationnelles. Il n’y aurait aujourd’hui rien de déraisonnable à essayer de l’hypnotisme pour soulager une malade qui serait dans l’état de la fille de Manin. Cependant Bretonneau dut considérer cette proposition comme insensée et arrachée par la douleur au jugement du poète. — T.

TROUSSEAU A BRETONNEAU

ne savons rien ou presque rien. » Que je vous plains ! Pardonnez-moi de vous venir affliger mal à propos, et croyez-moi tout à vous de cœur.

« P.-S. J’ai assez mal fini ma soixante-treizième année et assez mal commencé ma soixante-quatorzième; je vais pourtant mieux. J'ai reçu, par M. Leroy, les pots de pommade. »

LETTRE CCCXLe

DE TROUSSEAU

« 13 janvier 1854.

« Cher Maître,

« Ce n’est pas pour vous parler de mon œil, qui allait bien cinq ou six jours après votre départ; ce n’est pas non plus pour vous parler de mes clous, qui ne viennent plus qu’un à un , ce qui est un grand mieux dont je me contente; mais je veux vous dire tout le chagrin que me fait l’angine maligne.

« La petite fille que j’ai trachéotomisée comme vous étiez à Paris est hors de cause depuis longtemps. Une autre jeune fille que je faisais opérer par un de mes élèves, M. Moynier, et qui avait le pharynx, le nez, les oreilles , le larynx pris , va bien grâce à la trachéotomie aidée du café, du quinquina, du nitrate d’argent, du calomel, du sulfate de cuivre.

« Mais aujourd’hui je laisse mourir une jeune belle

556 CORRESPONDANCE. — ANNÉE 48 o4

femme espagnole de vingt-deux ans, comme Blache1, comme sept ou huit autres depuis un an.

« Elle venait à Paris pour son plaisir avec son mari et deux jeunes enfants. Vendredi dernier elle perd sa fille de quatre ans d’une angine croupale, sans trachéotomie; c’était un homéopathe qui l’assistait.

« Dimanche dernier elle prenait une forte fièvre avec une vive douleur de gorge. Je la voyais à trois heures de l’après-midi; les amygdales étaient rouges, tuméfiées, sans fausses membranes. Un médecin, appelé avant moi, venait de faire appliquer dix sangsues grosses comme des couleuvres. Je lui ai laissé la direction du traitement. Lundi soir il me faisait appeler en consultation : douze nouvelles sangsues avaient été appliquées; les ganglions de l’angle des mâchoires étaient énormément tuméfiés; la luette, les deux amygdales, le plancher postérieur du pharynx recouverts de concrétions blanches , épaisses , sans fétidité. Le pouls misérable et fréquent. Rien qui ressemblât à la scarlatine. Je dis ce jour-là nettement au confrère ce que je lui eusse dit la veille si je l’avais vu : que nous avions affaire à une affection spécifique, que l’état général était déplorable, et que nous ne pouvions songer à de nouvelles émissions sanguines, non plus qu’aux vésicatoires qu’il proposait. Il me laisse faire.

<( Les insufflations d’alun vigoureuses ont été faites six ou huit fois par jour; six fois, avec l’éponge, j’ai porté la solution très caustique de nitrate d’argent sur l’entrée du larynx, sur les amygdales, etc. etc. J’ai donné du sulfate de quinine. Le nez s’est pris hier, j’ai fait inspirer du calomel.

1 Bîache venait de perdre un de ses fils de la diphthérie. — T.

TROUSSEAU A BRETONNEAU

« Vingt-quatre heures après le début de ce traitement, la respiration devenait haute et laborieuse, sans altération de la voix, sans occlusion, sans sifflement laryngé. Cette nuit, elle s’est refroidie; ce matin, elle était bleue et un peu délirante. L’état local était meilleur, la respiration pulmonaire ample et sans râles; elle meurt empoisonnée. Je suis maintenant à la Faculté. Dans une heure je serai chez la pauvre malade; je la trouverai morte après soixante-douze heures de maladie, quarante -huit heures du traitement topique le plus énergique.

«Je suis horriblement malheureux de ces désastres ; je perds confiance en moi, je ne crois plus à la puissance du traitement topique. Cet affreux poison est plus malin que vous ne l’avez dit; depuis deux ans, il m’a tué sept ou huit malades, plus en deux ans que je n’en avais vu mourir en vingt ans. Venez à mon secours. Si je ne croyais plus à ce que je fais, je jetterais aux orties ma robe de professeur, je n’oserais plus parler à des jeunes gens qui viennent pour croire en moi h

(( En Sologne, j’avais tant et si souvent vu guérir l’angine maligne avec votre traitement tojDique, que je regardais la cure comme certaine quand j’arrivais à temps. Aujourd’hui je m’épouvante d’une couenne large comme un centime, surtout chez un adulte. Encore une fois, le mal est devenu plus malin, notre médication plus insuffisante, et je m’en afflige profondément.

« Répondez -moi donc à cela, je vous en prie. Je relis

1 Ce cri de détresse poussé par Trousseau est admirable de probité médicale et peint bien les sentiments de désillusion et de découragement qui n’épargnent pas les praticiens les plus fermes et les plus convaincus à certains moments de leur carrière. Mais il faut lire plus loin la réponse du vieux maître. — T.

Graves. Faites donc des pages dont on puisse faire des petits chapitres. Deux pages de suite suffisent, mais répétez ces deux, ces quatre pages.

« Mille tendresses. »

LETTRE CCCXLP

DE BRETONNEAU A TROUSSEAU

« 21 janvier 1854.

<r Mon ami, en allant hier à Tours subir les exigences des oisifs, des hypochondres, les visitant à leur domicile pour leur échapper plus vite qu’en les recevant, j’ai dû enfin revenir chez moi et me trouver en face d’un horrible cancer, d’une réclamation d’assistance auprès du cardinal, etc. etc.

« Votre lettre était là, je l’ai lue.

« Oui, mon bon, mon excellent fils, j’ai lu votre lettre très attentivement, et je l’ai profondément méditée. Je la relis et je trouve que ces diphthéries incurables vous rendent malade.

« Votre découragement, votre affaissement, votre humble humiliation, votre défaillance morale me font une peine extrême. L’atteinte si fréquemment réitérée des coups sournois de la diphthérie parisienne vous blesse jusqu’à vous troubler l’esprit et vous fausser le jugement.

« L’évocation de vos souvenirs de la diphthérie de Sologne aurait dû dissiper vos vertiges. Là vous aviez re-

connu et dû reconnaître que l’allure du mal égyptiac n’était plus ce qu’elle était à Tours.

« Dans la pauvre Sologne, l’agglomération des pauvres habitants, entassés dans d’étroites demeures, avait eu d’inexorables effets. A Paris, l’état d’irritation catarrhale qui a été infligée par la grippe (l’influenza), par d’énormes vicissitudes atmosphériques, aux cavités nasales, a mis la membrane pituitaire tuméfiée, érodée en telle çondition que le plus minime atome de poussière diphthéritique suffit à l’inoculation du chancre diphthéritique.

« Semé dans un des sinus frontaux , maxillaires , sphénoïdaux, ou sous l’abri que lui offre le recoquillement de l’un des cornets, il y germe, et, né sur un support qui est de très mince épaisseur dans une partie de ces régions où une fine membrane muqueuse est collée sur les os , le chancre , au lieu de forer le pertuis qu’il creuse sur l’une des deux amygdales, s’étend en surface, de sorte que l’abondance de l’exsudation épispastique qu’il fournit amène le prompt envahissement de la totalité de l’une des narines ; et combien n’est-il pas difficile que l’invasion d’une si redoutable affection soit reconnue à temps et distinguée du coryza qui règne épidémiquement !

« Quand le mal débute dans un des tissus maxillaires, la sécrétion séreuse peut s’y accumuler en grande quantité. J’ai vu cela et j’ai constaté que dans cette vaste caverne, qui n’a qu’une ouverture placée sur le centre de sa large paroi nasale, du liquide sécrété et nécessairement retenu il ne peut s’écouler que le trop-plein, excepté pendant le décubitus latéral, sur le côté du sinus affecté. Mais aussi, au moment de cet épanchement intermittent, quel abondant écoulement ! quelle soudaine et funeste atteinte étendue aux portions de la membrane polymorphe

de Schneider, exposée à son action! S’il n’est pas né dans le sinus, quel qu’ait été dans une narine le point de départ du mal, il doit y pénétrer; il lui est bien plus facile d’y entrer que d’en sortir : il n’a qu’à s’y glisser.

« J’ai très nette souvenance d’un épanchement diphthéritique : le sinus ressemblait à celui de la pleurésie ; une fausse membrane recouvrait la tenture mince et transparente de l’antre d’Highmora, et des lambeaux de pseudo-méninge flottaient dans un liquide aussi limpide et incolore que de l’eau. Vous voyez de reste les conséquences, et vous vous souvenez de l’arbre bronchique qui avait été moulé dans les canaux aérifères du pauvre israélite.

ce Avec moi, aussi clairement vous voyez que l’action du liquide virulent sécrété dans une des cavités nasales n’y est atténuée ni par la déglutition , l’alimentation , la boisson, et vous suivez la série des résultats. Vous voyez pourquoi la face du voile palatin , d’abord atteinte , est opposée à celle dont on ne voit que la rougeur, etc. etc1.

« Maintenant :

a Laissez -moi vous reporter à vos admirables pérégrinations médicales, à vos bienfaisants, bienveillants, mira-

1 On voit ici le rôle que faisait jouer Bretonneau aux fosses nasales dans la propagation de la diphthérie. Pour lui , la propagation se faisait dans un ordre en quelque sorte invariable, des parties supérieures aux parties inférieures , des fosses nasales au pharynx, du pharynx au larynx, etc. La contagion diphthéritique était le résultat d’une sorte d’auto -inoculation produite par le liquide virulent sécrété dans une des fosses nasales et contaminant successivement les parties déclives.

La science moderne n’a rien à retrancher de la loi posée par le médecin de Tours, si ce n’est qu’elle est moins absolue qu’il ne le pensait et qu’elle souffre d’assez nombreuses exceptions. Cette légère rectification faite, il est non moins certain qu’il avait également bien observé l’action contaminante de la sécrétion purulente, — on dirait aujourd’hui des liquides chargés d’organismes pathogènes. — T.

BRETONNEAU A TROUSSEAU

culeux succès dans la pauvre Sologne, si horriblement ravagée par une épidémie de diphthérie. Vous y avez vu la diphthérie vulvaire, dont les progrès, à son début, pouvaient être si facilement arrêtés, tuant par intoxication et refroidissement h

« Je sens qu’avant de poursuivre le parallèle des deux épidémies, j’ai besoin de réprimer la colère qui me domine depuis que j’ai pensé à l’établir.

« Que j’admire, que j’approuve votre indulgence, votre douce tolérance, mon bon Armand! quelle leçon vous donnez à votre vieux maître ! Inutile enseignement ! Je donnerais un coup de poing au spécialiste arrogant qui m’éborgnerait comme vous l’avez été, et j’aurais mis sur le mufle de votre estimable coadjuteur le vésicatoire qu’il destinait à la pauvre mère de l’enfant tué par l’homéopathie qui laisse mourir, et ceux que la diphthérie étrangle, empoisonne, et d’autres encore.

« Mon ami, en Sologne vous étiez assisté; à Babylone, c’est exactement l’inverse.

« Les réplétions vasculaires ouvrent les portes aux absorptions délétères et dépriment la puissance vitale qui résiste à l’empoisonnement.

« Je pense qu’au moment où le bout du nez a été envahi, il y avait longtemps que le mal siégeait plus haut.

« Mon ami, je ne fabrique pas de l’étiologie, je me souviens.

1 On sait aujourd’hui, d’après les intéressantes recherches de Roux et de Yersin, qui ont montré la localisation du bacille delà diphthérie dans les fausses membranes, il est vrai, mais aussi à coup sûr dans la sérosité qui s’écoule des narines, combien sont justes les observations de Bretonneau. — T.

« Un enfant, pendant l’épidémie de Tours (je n’ai pas le temps de revenir au Traité de la diphthérie) , meurt aveugle , refroidi , avec une exaltation saisissante des facultés affectives et intellectuelles. « Je vais à Dieu, « disait -il à ses parents, je vais le prier de vous conte soler ! » La poitrine de cet enfant était grasse habituellement, m’avaient dit ses parents quand je l’avais vu, bien tardivement , hélas ! En réalité , il avait un catarrhe chronique permanent. Ma triste prévision ne m’avait pas trompé. L’invasion rapide des canaux aérifères sans occlusion du larynx avait fait d’énormes progrès, et je trouvai la membrane muqueuse des bronches épaissie, comme elle l’est dans ce cas , doublée d’une fausse membrane depuis l’arrière-bouche jusqu’à de menues divisions des bronches.

<( Vous savez quelle quantité de recherches nécroscopiques ont été faites par la Clinique de Tours, et je n’avance rien qui ne soit appuyé sur le résultat constant d’une multitude d’observations h

«Je sens plus que jamais l’obligation de vous adresser une édition lisible de la lettre destinée à Blache.

« Dois-je entendre des dernières lignes de votre lettre que vous me demandez de traduire des chapitres de Graves ? cela ne me déplairait pas , mais voyez si ce n’est pas courir chance de mal étreindre. »

1 Quand il écrit ces pages , Bretonneau a soixante-seize ans. L’âge, les épreuves qu’il a traversées, les désillusions qu’il a lui-même éprouvées n’ont pas amorti l’ardeur de ses premières années et ne lui ont rien enlevé de sa confiance dans l’art. Et c’est un beau et consolant spectacle que celui qu’offre ce vieillard cherchant à justifier la science, auprès de Trousseau, des mécomptes qu’elle lui a donnés et à rendre à son ancien élève la foi de ses premières années qui s’est ébranlée en lui. — T.

TROUSSEAU A BRETONNEAU

LETTRE CCCXLIP

DE TROUSSEAU

« 1er février 1854.

ce Cher maître,

« Au milieu des désastres de la diphthérie , j’ai des consolations, et la jeune fille que mon élève Moynier opérait il y a trois semaines, avec des fausses membranes dans le nez, dans les oreilles et dans le larynx, est aujourd’hui guérie et vaillante après des cautérisations brutales sur la peau et des injections répétées de sulfate de cuivre dans le mufle. Mais le souvenir de ma pauvre jeune dame espagnole me poursuit et m’obsède, celui de Blache ne me laisse pas plus de repos. Vous êtes bien à votre aise avec vos théories , et vous , l’inventeur de la malignité, vous ne voulez pas que la diphthérie nous tue comme la pustule maligne. Vous nous la donnez belle avec votre nez, avec l’ichor qui dégouline dans le pharynx; je le sais parbleu bien et vous me l’avez montré; mais, le dimanche, quand j’ai vu mon Espagnole, elle n’avait pas plus de rhume de cerveau que moi, et elle était morte mercredi à midi. Blache n’avait rien dans le nez; il avait, le jeudi soir, un lichen diphthéritique sur une amygdale, il était mort le dimanche. Il m’entrait, il y a quatre jours, une petite fille de cinq ans à l’Hôtel- Dieu, avec une diphthérie couvrant l’oreille, toute la face; un vésicatoire mis derrière l’oreille était le point

de départ. Elle mourait empoisonnée comme par une vipère ; le nez s’est pris quatre heures avant la mort. Mais aujourd’hui, dans la même salle, voici un jeune enfant de dix-huit mois, qui avait un peu d’intertrigo derrière une oreille : la poussière diphthéritique s’y est semée et a levé vite; il s’est gratté, le gueux, et a mis les doigts dans son nez ; ce matin, je l’ai trouvé pâle, et avec un flux séreux par les narines. Il mourra, malgré le quinquina et les injections cuivreuses1.

« Oh ! l’autre poison , qu’on appelle le virus scarlatin , que de mal il nous fait à Paris en ce moment ! L’angine va sournoisement, l’éruption se passe, le neuvième jour tout éclate dans le nez, dans la gorge, dans les ganglions, et ils meurent. Poison pour poison, j’aime mieux le diphthérique.

« Mille tendresses. »

1 Ces exemples, qui depuis se sont multipliés, prouvaient bien que la loi posée par Bretonneau n’avait rien d’absolu. Il est bien évident, en effet, que dans certains cas les micro-organismes peuvent être soustraits aux lois de la pesanteur, et que du larynx les bacilles peuvent, sous l’influence de la toux, passer dans le pharynx et les fosses nasales. — T.

TROUSSEAU A BRETONNEAU

LETTRE CCCXLIIL

DU MÊME

« Paris, 3 février 1854.

(( Cher Maître ,

« Je ne crois pas aux générations spontanées, pas plus que vous n’y croyez vous-même, bien entendu. Reste à savoir si la diphthérie naît toujours d’un germe h Je ne doute guère de la chose à l’endroit de la variole; il faudrait peut-être, pour être conséquent, n’en pas douter davantage à l’endroit de la diphthérie. Ces réflexions m’assiégeaient ce matin comme je faisais la trachéotomie chez un pauvre enfant de vingt -huit mois. En face de son lit était le portrait d’un petit garçon de cinq ans. Le peintre l’avait représenté sur son lit de mort. Il avait succombé, il y a cinq ans, à l’angine maligne. En même temps que lui, la sœur aînée se trouvait atteinte, qui guérissait avec d’énergiques cautérisations pratiquées par le médecin, qui est de la bonne école.

<r Aujourd’hui, en traversant une chambre à coucher

1 Bien des fois, ici même, Bretonneau a répondu à cette question. Mais nulle part sa réponse n’a revêtu un caractère aussi péremptoire et aussi dogmatique que dans ce passage de sa lettre à Blache qu’on lira tout à l’heure :

« Je le répète donc encore une fois, un germe spécial propre à chaque contagion donne naissance à chaque maladie contagieuse. Les fléaux épidémiques ne sont engendrés, disséminés que par leur germe reproducteur. » — T.

qui menait au lit du petit moribond, je voyais assis un enfant de quatre ans, frère de l’opéré, qui, atteint depuis quinze jours, devait à l’alun et au nitrate d’argent de n’avoir pas eu à subir la trachéotomie. Ainsi, en cinq ans, sur quatre enfants d’une même famille, et il n'y en a que quatre , quatre sont atteints par paire à cinq ans d’intervalle, et chaque fois l’art sauve un des malades, et ne sauvera peut-être pas celui dont le cou a été coupé aujourd’hui. Je ferai enlever les cordons de sonnettes, c’est votre avis probablement; je ferai brûler les lits et les couvertures; je ferai jeter au feu les papiers de tenture, car ils ont un velouté pernicieux, attractif et rétentif ; j'engagerai la mère à se purifier comme une Hindoue, autrement quelle querelle ne me feriez -vous pas? Vous m’avez accusé d’avoir apporté dans mon habit la diphthérie que j’avais prise en Sologne, et d’en avoir gratifié Mme de Bonneville, alors très jeune fille, alors que j’avais été à Isernay faire la cour à une vieille amie.

« Après tout, je ne dis pas non; mais les feux sont tellement croisés que, en bonne conscience, on ne sait de quel canon vient la balle, ou plutôt de quel mortier vient la bombe, car la mèche met du temps à brûler.

c( Avec vous je puis être assez bête pour croire à cette contagion différée; je le dirai dans mon testament, mais de mon vivant ils me crieraient à la chie-en-lit.

« A vous, qui vivez à Palluau comme saint Antoine dans sa grotte, toute liberté de traduire et de manifester les hallucinations de votre foi vous est octroyée, et vos rêves vous vaudront une canonisation plus régulièrement méritée que celle de ce vieux fou encochonné; mais moi qui suis votre disciple et qui ai le malheur de croire en vous jusque-là, que je ne révoque en doute aucune des

LASÈGUE A BRETONNEAU

conceptions de la tentation de Callot, je suis obligé de me souvenir que je suis encore cl a monde et dans le monde , et, enfant du siècle, je n’irai pas jusqu’à faire chanter le coq de la Passion, mais j’attendrai b « Mille tendresses.

« P. -S. Cette Jane, qui vient de me faire encore un garçon ! »

LETTRE CCCXLIV*

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