‹ Bretonneau et ses correspondantsChapitre 8 sur 78 · II · texte numérisé non relu

II

Nous pouvions enlever la plèvre, et au-dessous nous laissions ce que nous avions pris pour des phlyctènes et que nous pouvions enlever aussi avec facilité, de manière à constituer une autre membrane épaisse , mollasse , parcourue par un assez grand nombre de vaisseaux sanguins. Au-dessous de cette deuxième membrane les vésicules pulmonaires restaient à nu. Il devenait donc bien positif que la plèvre proprement dite n’était ni infiltrée ni épaissie , mais que le tissu cellulaire qui F unit au poumon était rempli d’une sérosité citrine qui, accumulée en plus ou moins grande quantité, donnait à la membrane séreuse ce singulier aspect que j’ai signalé plus haut. Cette présomption se trouva parfaitement justifiée, lorsque je vis cette même infiltration suivre le trajet des vaisseaux qui se distribuent dans le parenchyme pulmonaire et les principales divisions des lobes des poumons. Outre cela, nous voyions à la surface de la plèvre quelques ecchymoses de la largeur d’un centime. En les incisant diamétralement, nous acquérions la certitude qu’elles s’enfonçaient dans le parenchyme à la profondeur d’une, de deux ou trois lignes, et avaient pour centre un tubercule naissant, ou plutôt déjà passé à l’état cru1. Au niveau des points de la plèvre, qui étaient soulevés par une plus abondante sérosité, le tissu pulmonaire nous paraissait plus rouge et un peu engoué. La membrane muqueuse des bronches,

1 II faut se rappeler que la première injection faite à un cheval qui a fourni la sérosité purulente pour l’expérience dont il est question dans cette lettre avait été pratiquée avec du pus provenant d’une tumeur développée chez une vache phthisique.

On voit combien Trousssau a serré la vérité de près, et longtemps avant Villemin a inoculé la tuberculose.

Malheureusement il ne put tirer de ces expériences les célèbres conclusions que formula le professeur du Val-de-Grâce. — T.

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sans être tuméfiée, non plus que celle de la trachéeartère, était plus rouge qu’elle ne l’est ordinairement. On y découvrait quelques ecchymoses qui avaient leur siège dans le tissu cellulaire sous-muqueux. Les bronches étaient remplies d’une écume sanguinolente qui remplissait leùr calibre. Dans le larynx et la trachée, on trouvait également une énorme quantité d’écume aussi blanche que de la mousse de bière.

« Cavités nasales : elles contenaient aussi de cette écume ; leur membrane muqueuse est fort injectée. Dans la cavité gauche , on trouve quelques ulcérations superficielles imparfaitement guéries. Ici une tuméfaction circonscrite, au centre de laquelle se voit un petit kyste purulent ; là , et principalement dans les sinus frontaux , la membrane muqueuse était comme fongueuse , offrait plusieurs ulcérations, et dans son épaisseur une multitude de petits tubercules crus ou ramollis. Les ganglions lymphatiques de la ganache, triplés au moins de volume, n’étaient nullement ramollis , mais laissaient voir, lorsqu'on les incisait, un grand nombre de petites cavités de la grosseur d’un pois vert et remplies de pus ; ailleurs , de petites masses de substance concrète et friable.

« Abdomen : Quelques pintes de sérosité jaunâtre dans la cavité du péritoine. Rien de remarquable dans la portion splénique de l’estomac. La moitié gauche de la portion pylorique, qui se trouvait déclive sur le cadavre, était d’un rouge assez foncé ; la moitié droite était j)âle. Membrane villeuse du duodénum rouge dans toute son étendue. Dans toute la portion duodénale de l’intestin grêle , nous trouvions les villosités noires sans aucune injection des membranes. Ce genre d’altération n’existait plus dans la portion cæcale, où nous rencontrions les

glandes de Pejer formant des bandelettes considérables et offrant peut-être une légère tuméfaction. Voilà, mon cher Maître , avec l’histoire de notre cheval de l’autre jour, deux remarquables exemples de l’effet d’une infection générale sur la production des phlegmasies locales. Chez l’un, je développe une tumeur charbonneuse de l’encolure; chez l’autre, une pleurésie . ou plutôt une je ne sais quoi. Vous avez vu que la jument de Leuret , qui était pleine, avait succombé à une métrite... (Vous n’avez pas encore écrit à Leuret... Proh pudor !)

« Vous verrez dans ma prochaine lettre l’histoire d’un cheval qui n’a présenté que des symptômee nerveux après une injection de quatre gros d’eau putride. En vérité, ces expériences jettent quelque jour sur la complication des phlegmasies, et j’ai la consolation de ne pas tuer ces pauvres bêtes en pure perte. Je commence à devenir coriace ; les premières fois , la pitié me saisissait , et de temps en temps encore le remords me talonne, le soir. Voyez un peu, parce que mes pauvres bêtes ne crient pas, je me figure que je suis d’un degré moins barbare que vous, qui entendez geindre vos roquets sans compassion h

« J’ai fait l’extrait de la diplithérite ; c’est une petite monographie en trente ou trente-cinq pages, où je rappelle toutes vos principales idées et quelques observations, en me servant, autant que possible, de votre texte que j’indique par des guillemets ; cette broutille, où je

1 Ces expériences de Trousseau ont été l’objet du mémoire suivant :

Expériences et observations sur les altérations du sang considérées comme causes ou complications des maladies locales, par MM. Trousseau, D. M. P., et Dupuy, professeur de pathologie à l’école royale d’Alfort.

( Arch . gén. de méd. Juillet 1826.) — T.

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tâche comme je le puis d’excuser votre désordre, sera imprimée dans les Archives le 1er juillet. Velpeau imprime en même temps des faits superbes sur la compression dans les érysipèles simples et phlegmoneux, procédé que vous avez préconisé dans votre thèse inaugurale h

« M. Esquirol est un peu le pendant de notre très honoré maître ; ce n’est qu’au bout de huit jours que j’ai pu obtenir cette lettre, promise chaque jour; enfin la voilà, et je ne puis mieux vous donner une idée du mode qu’il adopte pour la construction des loges de fous qu’en vous renvoyant aux baraques de la foire, sur les terrasses de l’hôtel de ville et de Saint-Julien ; c’est exactement cela , à l’exception qu’il y aurait derrière un corridor fermé sur lequel s’ouvrirait la porte, tandis que sur votre galerie de la foire s’ouvriraient seulement les croisées. D’ailleurs vous trouverez dans la lettre le plan d’une cour de vingt loges. Vos administrateurs peuvent n’en bâtir qu’un côté , mais de telle manière qu’il se coordonne avec ce qu’ils devront bâtir plus tard, et vous pouvez bien leur faire sentir que quelques toises de terrain sur les jardins de derrière l’amphithéâtre compléteraient une bien jolie cour. Il est bien important, mon cher Maître, que vous alliez vous-même à l’administration leur expliquer la lettre de M. Esquirol.

« La diphthérite est chez le libraire ; elle sera brochée

1 Mémoire sur l’emploi du bandage compressif dans le traitement de l’érysipèle phlegmoneux , de la brûlure et de plusieurs autres inflammations aiguës des membres. (A. Velpeau. — Arch. gén. de mèd. Juillet 1826.)

Dans ce travail, Velpeau rappelle que Bretonneau soutint en 1815 sa thèse sur l’utilité de la compression dans l’érysipèle phlegmoneux et cite des observations importantes qui démontrent combien son maître était loin d’avoir exagéré la valeur d’un pareil moyen. — T.

à la fin de la semaine, et lundi nous vous expédierons votre affaire. J’ai fait des errata de chiffres qui n’en finissent plus. Adieu, mon cher Maître; j’immole des chevaux aux lividités, puisqu’à toute force je ne puis avoir de pus.

« Votre reconnaissant élève.

« Bien décidément , mon cher Maître , à la fin de juillet, puisque vous l’avez promis sans qu’on vous le demandât.

« Veuillez présenter mes respects à Mmes Bretonneau et Leclerc. »

LETTRE CXLVe

DU MÊME

« Jeudi, 15 juin 1826.

<( C’est certainement demain soir, mon cher Maître, que Crevot fait un ballot de vos livres, de quelques bonnes thèses que je vous envoie , de quarante petits volumes que vous ferez tenir à ma mère. Je vous envoie trente volumes de la diphthérite, dont trois coloriés, un pour vous, et les deux autres pour des gros bonnets que vous daignerez en honorer ; il vous en reste trois dont l’un sera donné à M. Chaptal. Dans votre liste, vous aviez oublié M. Bacot de Romand, je l’ai ajouté; vous aviez aussi oublié l’Académie de médecine à qui vous en devez un. Je

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l’ai ajouté; envoyez -nous donc sur-le-champ les lettres que vous voulez joindre aux exemplaires de Boullon, Billard et Valentin. Lundi matin, je commence la distribution. L’analyse de votre ouvrage paraîtra en même temps que l’ouvrage, car elle sera dans le numéro des Archives que vous recevrez le plus prochainement; vous jugerez si j’ai donné une idée convenable de votre livre, que je ne loue ni ne blâme , me contentant de citer des extraits et quelques fragments d’observations b

« Bricbeteau1 2 imprime en ce moment la deuxième édition du rapport de M. Royer- Collard, avec additions, notes inédites, etc., etc. Cruveilhier réclame la propriété de la dotbinentérite , ce sot jésuite, parce que dans son anatomie pathologique , qui est une belle ânerie, il a décrit les glandes de Peyer sous le nom de plaques gaufrées, et qu’il a pris l’état sain pour des lésions morbides. Laissez faire; s’il a l’impudence d’imprimer, tout professeur qu’il est, il aura un camouflet. Je vous envoie Bailly3, qui a été s’enterrer à l’hôpital du Saint-Esprit de Rome, et qui a parcouru les marais Pontins pour étudier la fièvre intermittente. Son livre est gros, mais utile sous le point

1 Extrait du Traité de la diphthérite, angine maligne ou croup épidémique, par P. Bretonneau, médecin en chef de l’hôpital de Tours. Arch. de méd., t. II, 1826.

2 Bricheteau. — Précis analytique du croup, de l’angine couenneuse, etc., précédé du rapport de Royer -Collard sur les mémoires envoyés au concours sur le croup (1812). — Paris, 1826.

3 Bailly. — Traité anatomico-pathologique des fièvres intermittentes simples et pernicieuses. — Paris, 1825.

Bailly était, en effet, allé chercher dans la campagne romaine les matériaux de cet ouvrage. — Page 497, Trousseau cite un travail intéressant de Bayle sur les fièvres intermittentes observées à Rome par ce médecin. C’est une erreur de sa plume. Bayle n’est l’auteur d’aucun mémoire sur les fièvres paludéennes; il est probable que Trousseau voulait écrire le nom de Bailly. — T.

de vue pratique. Vous recevrez aussi Gendrin, sur l'anatomie pathologique ; il n'a qu’un défaut , c’est de paraître avoir été trop le confident des procédés de la nature ; il voit trop bien, ce me semble, à travers la peau du ventre pour qu’il ait regardé scrupuleusement lorsqu’elle est retournée. En même temps vous verrez la méningite aiguë de Senn1; c’est un ouvrage fort estimé, qui ne me paraît pas avoir assez indiqué les spécialités.

« Ma mère m’apprend que ma petite cousine est beaucoup mieux; de grâce, donnez-moi quelques détails sur ce miracle, et achevez-le. Je comptais bien ce mois d’août me laver avec vous de la fange physiologique dont je reçois quelques éclaboussures ; mais puisque vous venez à Paris, je n’irai plus à Tours. Au moins n’y manquez pas, et surtout prenez vos mesures pour y passer au moins quinze jours. Ainsi donc nous vous attendons au plus tard dans un mois. Vous ne nous dites pas si vous apportez la dothinentérie ; auriez -vous par hasard la prétention in petto de nous prouver, une fois dans votre vie, que vous savez tenir plus que vous ne promettez ? En attendant, nous avons annoncé à tous nos bons amis votre prochaine arrivée, et nous y comptons tous mieux que nous avons compté jusqu’ici sur vous.

« Que je vous conte mes ennuis à Alfort. J’expérimentais avec M. Dupuy, qui est bien l’animal le plus brouillon et le plus consciencieusement de mauvaise foi que je connaisse. Il n’a jamais pu faire de la vie une contre-épreuve. Il vous fait d’assaut des conclusions qu’il va prendre je

1 Senn. — Recherches anatomico -pathologiques sur la méningite aiguë des enfants et ses principales complications (Hydrocéphale aiguë des auteurs.) — Paris et Montpellier, 1825.

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ne sais où, et pourvu qu’il expérimente il est content. Je voulais du pus, du pus, et encore du pus. J'introduisais sous la peau de mes chevaux de l’émétique, du polygala, de l’ellébore, de l’ipécacuanha, de l’étoupe, etc., etc., et, bien content de moi, je m’en revenais à Charenton consigner sur de beau papier bien rayé mes tel jour, telle heure, etc., etc. Le lendemain, j’apprenais que le père Dupuy était venu injecter à la sourdine douze livres d’eau tiède, de la teinture d’iode, du carbonate d’ammoniaque, de l'acide hydrocyanique ; et quand je trouvais mon cheval moribond ou trépassé , il me disait avec un sang-froid que j’eusse trouvé plaisant dans une autre circonstance : Cela ne vous empêche pas de faire votre expérience ; moi je veux voir de mon côté. J’ai voulu me fâcher, il n’en a tenu aucun compte. Pour achever de peindre, j’avais un cheval morveux vraiment magnifique et dont la santé générale était florissante; je lui introduis sous la peau du poitrail quinze grammes d’émétique enveloppés dans un petit sac de toile, et voilà que, sitôt que je suis parti, il lie les quatre membres de ma pauvre bête , lui trépane les sinus fronteaux maxillaires, vous injecte là dedans une livre de teinture d’iode, et, fort satisfait de son exploit, vient le soir m’en déduire le récit. Je l’aurais envoyé au diable lui, ses chevaux, sa teinture et son pus, et volontiers aussi l’école d’Alfort, si je n’avais trouvé dans le chef des travaux anatomiques un bon garçon qui comprend ce que sont les expériences, et qui veut bien m’aider de ses chevaux, de ses chiens, de ses' élèves et de son savoir-faire, pour que nous tirions au clair les lividités cadavériques. Nous avons immolé six chevaux et trois chiens ; demain nous aurons trois nouvelles victimes encore.

Pourquoi ce changement de direction? me direz -vous.

Le voici, mon cher maître : à chaque professeur de l’école il est alloué douze ou quinze cents francs de budget pour les expériences et les travaux relatifs à son cours. Les professeurs de pathologie peuvent seuls expérimenter sur des animaux vivants, en nourrir sur leur budget, ou en acheter, etc., etc. Au contraire, le chef des travaux anatomiques a tout autant de chevaux et de chiens qu’il en veut, mais il ne peut les conserver ni les nourrir; je ne pouvais donc faire avec lui que des expériences cadavériques , et j’ai trouvé l’occasion bien favorable pour tirer tout à fait au clair cette importante question d’anatomie pathologique. En conséquence, nous allons immoler cinquante ou soixante animaux, tant chiens que chevaux, mais plutôt des chevaux que des chiens. Nous examinerons depuis le moment de la mort jusqu’au moment de la décomposition putride, et les organes sur lesquels nous portons une attention spéciale sont les bronches , les poumons , le cœur et les vaisseaux, les intestins et leurs annexes. L’état sain une fois examiné , nous déterminerons des inflammations , des parenchymes et des membranes, et nous leur prouverons à ces mâtins -là qu’ils n’ont peut-être pas de signes plus incertains de l’inflammation que la rougeur. Cette deuxième partie de notre travail ne sera commencée qu’à la rentrée; la première a de quoi nous occuper encore plus de trois mois. Nous comptons aussi apprécier les influences des agents chimiques, et pour ce faire, confier à M. Lassaigne, chimiste fort habile et professeur à Alfort, le sang, les tissus, les gaz et les aliments, pour qu’il les analyse *, etc. etc.

1 Lassaigne, élève de Vauquelin, était professeur de chimie à l’école d’ Alfort, où il remplaça Dulong.

On lui doit la découverte de la delphine, de l’éther phosphorique, des acides pyrocitrique et pyrogéné, de la catharthine.

Né en 1808, il mourut en 1859. — T.

TROUSSEAU A BRETONNEAU

« Depuis un mois, nous avons eu trois dothinentériques dans notre hôpital de Charenton; tous les trois ont guéri et ont eu environ une trentaine de sangsues chacun. J'ai comprimé un érysipèle phlegmoneux de la jambe qui va parfaitement aujourd’hui. Velpeau vous contera ses merveilles dans le plus prochain numéro des Archives.

« Adieu , mon cher Maître ; comme ma tète ne repose guère, vous saurez que j’ai en tête un grand projet de campagnes médicales dont je vous entretiendrai lorsque j’aurai le plaisir de vous voir. Avant tout, il faut tirer au clair les lividités , concourir pour l’agrégation , et songer ensuite à mon grand projet.

« Adieu, mon cher Maître, je vous embrasse de tout mon cœur; je suis, pour la vie, votre affectionné et reconnaissant élève.

« Veuillez offrir l'hommage de mes respects à ces dames.

<( Mes amitiés bien sincères à Jacquart. »

LETTRE GXLYI*

DE VELPEAU

« Paris, 18 juin 1826.

« J'arrive d’Auteuil , mon cher Maître , et depuis deux jours la pauvre petite n’est plus ! La lettre de Mme de Chastenet m’avait effrayé, tandis que vous, permettez que je gronde un peu, vous ne me faisiez entrevoir aucun danger immédiat, vous ne m’en parliez que comme d'une visite officieuse. Savez-vous que depuis cinq mois cette petite victime du physiologisme ne recevait dans son estomac que les remèdes les plus relâchants de la pharmacopée broussaisienne , et aux environs de sa tumeur scrofuleuse que des sangsues ?

« La malheureuse mère me fait de la peine, parce que c’est une compatriote , et à cause de vous ; mais aussi pourquoi vont-ils confier leur santé à un M. Serrurier, qui fait le médecin et l’accoucheur , et qui, comme ses acolytes, ne connaît en médecine que l’irritation, l’eau de gomme et les sangsues? Vous pensez bien que ces choses je les ai apprises à la maison de santé du docteur Dordouville, et que je n’ai vu ni les parents, ni le médecin accoucheur, que je ne connais point ; seulement le titre qu’il rprend me suffît et me met en fureur, parce que ces gens-là peuvent avoir de l’esprit dans le monde , mais presque tous sont ce qu'il y a de plus ignares en médecine. Ils se mettent accoucheurs parce que tout le monde

VELPEAU A BRETONNEAU

peut l’être dans quarante-neuf cas sur cinquante. Jeudi je fus appelé près d’une dame d’une bonne famille : un accoucheur des plus répandus et fort instruit , car il est très complaisant , était là depuis deux jours; trois fois il avait tenté l’application du forceps, mais sans succès, parce que, disait-il, la tête était renversée. En effet, j’introduis mon doigt et je trouve le siège de l’enfant au lieu de la tête ; je n’eus besoin que d’un très léger effort pour abaisser une hanche trop élevée et l’accouchement se termina tout seul un quart d’heure après! C’est ainsi, mon cher maître, qu’on fait la médecine à Paris h Comment M. de Genoude, avec son mérite et son bon sens naturel, peut -il avoir recours à de pareilles gens ?

« M. Roux n’avait vu la petite Noémi que quelques fois et seulement pour l’ouverture de quelques abcès. Quand j’ai reçu votre lettre, avant-hier, je me reprochais de n’y être pas allé plus tôt; mais après tout, qu’aurais-je fait? il était probablement trop tard pour fonder quelque espoir sur un autre traitement. D’ailleurs, ce n’est pas à M. de Genoude que j’aurais pu dire ce que je pensais des moyens employés jusque-là ; et vous savez qu’il n’est pas facile de faire entendre raison aux médecins physiologistes. Je plains sincèrement cette triste famille. Vous avez reçu

1 Velpeau se montre dans cette lettre ce qu'il était réellement au fond, humain et plein de compassion pour ses malades, mais sévère et dur aux faiseurs et aux exploiteurs de la crédulité publique.

Rien de plus juste, du reste, que sa remarque sur les médecins qui se disent accoucheurs et en prennent le nom sans autres titres que leur souplesse envers les gens du monde et sans autres efforts que ceux que demande l’art mondain de parvenir. Elle reste toujours vraie aujourd’hui, cette remarque, et tant que le public, mal éclairé sur ses intérêts, sensible aux recommandations et aux sollicitations intéressées , n’ira pas droit à ceux que désigne l’éclat de leurs travaux, de leur enseignement ou de leurs charges hospitalières , il en sera longtemps ainsi. — T.

la diphthérite et la thèse de Delange; sans Omar, qui la trouve bien , votre épître dédicatoire aurait été fièrement bâtonnée; en vérité, je ne la trouve pas belle. M. Moreau d’Amboise m’a fait l’amitié de venir me voir hier; il est content de votre livre, et il m’a dit que vous viendrez vraiment au mois de juillet; dites -moi -le franchement : à quelle époque la dothinentérie nous arrivera-t-elle ? Cette question est sérieuse, attendu que si elle n’est terminée que dans six mois, par exemple, nous ferons raccorder la thèse, qu’on vendra sous forme de brochure in-8° pour donner un avant-goût; on l’abandonnerait aux journaux, au contraire , si votre travail était fini.

« Votre élève dévoué. »

LETTRE CXLVIP

« Charenton, 3 juiRet 1826.

& Votre canule intérieure s’ajuste si exactement, qu’il est fort difficile de la retirer et qu’on ne le peut faire qu’en causant de la douleur; en outre, comme elle est d’une demi-ligne ou d’une ligne moins longue que l’autre, vous ne parez pas en la nettoyant à l’oblitération de l’orifice bronchique de la grande canule; il serait donc nécessaire plutôt que la canule intérieure débordât l’autre de près d’une ligne et qu’elle s’introduisît et s’ôtât avec beaucoup de facilité. Maintenant je voudrais une canule à charnières

TROUSSEAU A BRETONNEAU

qui permît de dilater ou de resserrer le calibre du tube ; de cette manière y je pourrais faciliter le passage de concrétions plus considérables.

« Je pourrais introduire une canule égale par une ouverture de la trachée beaucoup moins considérable; je pourrais aussi introduire plus aisément la canule intérieure et la retirer avec plus de facilité. J’en ai causé avec sir Henry, et voici comment il conçoit la canule extérieure (voyez ma petite ligure). C’est exactement votre canule coupée en deux selon un plan qui passerait par a b c cl. Une petite tige plate d’acier irait de a en b; cette tige recevrait la charnière autour de laquelle roulerait a b ; on ouvrirait la canule par un petit ressort extérieur, placé à l’extrémité ace t assujetti par une petite vis. Lorsque la canule serait ouverte, il y aurait un bâillement en c d ’ ce bâillement serait fermé par une feuille intérieure mobile, de manière qu’on ne risquerait jamais de pincer rien entre l’intervalle formé par l’écartement de la canule. Cette première canule ne serait point assujettie par un fil passé par deux yeux, parce qu’on est obligé de serrer assez fortement le lien pour occasionner le gonflement des jugulaires, et augmenter ainsi la congestion cérébrale; aux deux yeux x z j'appendrais deux espèces de petites airignes à chaînette, que j’accrocherais dans le tissu adipeux sous-cutané, qui n’est nullement douloureux, ou bien encore à une bande de taffetas d’Angleterre que je collerais au-dessous ou audessus de la canule. Cette canule mobile resterait toujours à demeure : elle me servirait à conduire les médicaments que je voudrais introduire dans la trachée, afin que la canule intérieure ne fût j amais oblitérée; elle me servirait à laisser passer les concrétions diphthéritiques que le malade voudrait expectorer, et qui n’auraient pu passer par

la canule intérieure; elle me servirait encore à introduire et à retirer plus facilement la deuxième canule. Quant à cette deuxième canule, elle serait d’une ligne plus longue que l’autre, de manière qu’elle débordât intérieurement. Telles sont, mon cher maître, les modifications canulaires que je vous propose; veuillez me dire votre avis, et, si vous les croyez convenables , j’en ordonnerai une à six heures. Je vous reprocherais de ne m’avoir point écrit si M. Douet ne nT avait dit que vous êtes horriblement occupé et que vous avez d’indignes malades qui n’ont aucune pudeur.

« Léridon , qui grille de se gaudir auprès de sa chaste moitié , et qui part aujourd’hui , vous remettra dix nouveaux exemplaires de la diphthérite , dont trois coloriés. Malgré Velpeau, j’ai donné un exemplaire à Rostan et à Ilusson; j’attends qu’il fasse moins chaud pour en porter un à Prus et à Mme de Duras. Je vous parlais, dans ma dernière lettre, d’un plan de campagnes médicales. C’est un projet auquel je songe sérieusement, et pour lequel il faut que vous m’aidiez. Vous connaissez sans doute, du côté de Preuilly et de Châtillon, un pays de huit lieues environ, et que l’on nomme la Brenne. Il y règne des fièvres intermittentes encore plus terribles qu’en Sologne, et c’est un beau champ à exploiter. Je compte demander au ministre de l'intérieur une mission spéciale dans ce pays, pour y observer pendant huit mois les maladies des hommes et celles des bestiaux qui ne sont ni moins endémiques, ni moins meurtrières. Le docteur Calmeil , de Charenton , se joindra à moi1; l’un et

1 Calmeil, né à Poitiers en 1798, fut interne à la Salpêtrière et à Charenton, sous Esquirol, et devint plus tard le médecin en chef de ce

TROUSSEAU A BRETONNEAU

l’autre nous avons pris quelques notions d’art vétérinaire, l’un et l’autre sommes avides de bonne instruction, et je ne doute pas que nous ne puissions faire un travail intéressant pour l’hygiène publique, la médecine et l’agriculture. Il faudrait que nous partissions vers le mois d’avril 1827; il nous faudrait l’autorisation spéciale du ministre, parce qu’il nous faut une bonne livre au moins de sulfate de quinine , de l’émétique et du sel d’Epsom : il nous faut exercer gratuitement pour les malades, pour avoir le droit de les ouvrir et de les mettre sur un bon pied vis-à-vis de nous. Il nous faut un cheval de louage pour nous transporter nuit et jour d’un bout à l’autre du pays; et tout cela ne se fait pas sans argent, et je n’ai pas un sol vaillant. Il faudrait que le ministre nous accordât juste de quoi vivre, car en somme il nous faut vivre. Mon cher Maître, vous nous aiderez dans cette entreprise; vous en parlerez à M. Bacot1, et lui demanderez de nous indiquer les moyens de nous conduire dans les routes qu’il faut suivre. Je sais qu’il n’est pas toujours du même avis que M. de Corbière2; mais il est très bien à la division de l’agriculture. M. Le Tixier pourra nous aider

dernier établissement. On lui doit des travaux estimés : une excellente Thèse sur les rapports des causes et effets qu’ont entre elles l’épilepsie et la folie (1824), un Traité sur la paralysie des aliénés (1826), un ouvrage sur la Folie considérée dans ses rapports pathologiques , philosophiques, historiques et judiciaires (1845). — T.

1 M. Bacot, dont il est fréquemment question dans les lettres de Trousseau, était un influent député d’Indre-et-Loire fort lié avec Bretonneau. — T.

2 Ministre d’Etat et président du conseil royal de l’Instruction publique (1820), ministre de l’intérieur le 14 décembre 1821. Son nom est associé à celui de M. de Villèle, dont il fut l’ami et dont il partageait les vues politiques avec M. de Peyronnet.

Son dernier acte fut, comme membre du cabinet Villèle , la dissolution de la chambre, le 5 novembre 1827.

quand il s’agira de solliciter auprès du ministre lui-même. Je fais ici un métier qui me lasse, je m’instruis peu ou point, mon défaut de fortune m’empêche de rester à Paris même ; il est bien arrêté dans ma caboche qu’ après le concours de l’agrégation ou je pars pour Tours, ou je pars pour la Brenne. Je me flattais de me faire recevoir vétérinaire, mais voilà qu’une nouvelle ordonnance veut que sous aucun prétexte on ne puisse être reçu à moins d’avoir suivi pendant quatre ans les cours d’Alfort. Vous ne voulez pas croire que je me bêtifie à Paris; je ne désespère pas d’être physiologiste avant un an, il y a tant d’animaux qui appliquent et qui réappliquent les sangsues, que je finirai par en appliquer aussi. Tous ces gens-là travaillent de telle sorte , qu’il semble que si les lamproies étaient à meilleur marché , ils en feraient mettre à l’épigastre de leurs grands malades. Nous cédons malgré nous au penchant de l’opinion, et j’ai grand besoin, je vous assure, de vous voir hardiment et heureusement purger vos malades pour croire que tout ce que je vois ici n’est pas de la baliverne. Adieu, mon cher Maître ; je vous embrasse de tout mon cœur , et vous prie de me croire votre affectionné et reconnaissant élève. »

BRETONNEAU A TROUSSEAU

LETTRE CXLVI IIe

DE BRETONNEAU A TROUSSEAU

« 9 juillet 1826.

« Dans les livres que j’ai reçus (parlez-en à M. Grevot) se trouve un second exenxplaire de M. Bailly, c’est presque deux de trop. C’est un tissu d’observations mal faites, dont l’auteur tire des conséquences assommantes et puérilement paradoxales. Je vous observe que je suis loin de l’avoir lu complètement et que probablement je ne le lirai jamais.

« Votre M. Senn mériterait d’être fouetté comme un écolier qui tranche du maître ; je crains pourtant qu’il ne répète trop bien sa leçon, en le Aboyant débiter d’un ton si capable des impertinences physiologiques ; ouvrez son livre, et vous verrez s’il ne motive pas mon opinion. J'ai relu, au contraire, avec le plus vif intérêt la Physiologie de Magendie, et j’ai eu aussi le temps de me convaincre qu’Andral n’avait pas trop écorné la dothinentérite ; je n’ai pu que parcourir la thèse de Delange, et il me semble que je n’aurai à adresser à l’auteur que des compliments et des remerciements.

« Votre ami.

« Toutes les amitiés possibles du secrétaire.

« Mmo Petit, ma voisine, a fait venir six exemplaires de la diphthérite non coloriés , ils lui sont cotés huit francs ; n’y a-t-il pas erreur? Comment M. Crevot aurait-il établi

un volume de cinq cents pages avec trois misérables lithographies à un prix aussi élevé? je crois qu’ alors il entendrait mal ses intérêts. Dites-moi , je vous en prie, s’il n’y a pas erreur. »

LETTRE CXLIXc

DE TROUSSEAU

« Charenton, 9 juillet 1826.

<( Mon cher Maître, je devais ce matin donner cette lettre à M. Douet, mais je n’avais pas eu le temps de l’écrire, et la poste vous la fera tenir aussi sûrement. Il a reçu avant-hier une lettre de Morand; celui-ci lui mande que M. Mignot vient d’avoir deux hématémèses, que l’on soupçonne une lésion organique de l’estomac, qu’il est au plus mal , et qu’il faut revenir au plus vite , parce que le service de l’hôpital est fait par votre aimable collègue. (Et vous n’avez pas honte!) Si M. ^Jignot est aussi malade qu’on le dit, si sa vie est en grand danger, s’il doit succomber prochainement, je vous avoue que je me mettrai sur les rangs pour une des deux places de chirurgien de votre hôpital; je vous avoue en outre que je compterai sur vous pour me servir en cette occasion, et j’ajouterai pourtant que, si vous ne le jugez pas convenable, je me désisterai de toute poursuite à cet égard. Vous savez quelles sont mes intentions relativement à

TROUSSEAU A BRETONNEAU

mon avenir. Je concourrai pour l’agrégation. Reçu ou non, je ne reste pas à Paris; c’est un théâtre où Ion peut briller, mais où il est difficile de devenir véritablement médecin. Je ne voudrais rentrer dans ma province qu après avoir fait quelque chose d’utile à moi -même et aux autres, et voilà pourquoi je voulais aller étudier les fièvres intermittentes dans leur terre classique; c’est encore mon intention plus que jamais; mais, en revenant à Tours, mon désir eût été de solliciter quelque place à l’hôpital, et celle de M. Leclerc, s’il était obligé de quitter le pays, serait l’objet de ma plus vive ambition; mais, à défaut d’une place de médecin, j’en désirerais une de chirurgien. M. Douet, qui probablement sera nommé chirurgien en chef, laissera à son adjoint et du service et des cours à faire, et partant mille moyens d’acquérir de l’instruction. Je sais que les appointements ne sont rien , et c’est pour moi la chose du monde la plus indifférente; le point capital est de s’instruire, et je serai placé là mieux que partout ailleurs. Ainsi donc, mon cher Maître, si M. Mignot était véritablement en danger comme l’annonce Morand, et si vous trouviez mes projets convenables, pourrais-je compter sur vous pour me concilier Bacot , qui peut tout sur M. Lafrillière, M. de Puységur et M. de Chastenay, qui par l’archevêque auraient l'abbé Lesourd et le préfet , qui sans doute est toujours le même pour vous? Dans le cas où la réussite serait probable, je me remettrais à la chirurgie, et je passerais encore six mois ou un an à Paris , exclusivement occupé de ce qui concerne cette partie. J’espère, mon cher Maître, que vous m’écrirez avant votre voyage de Paris. D’abord pour m’en indiquer l’époque précise, et ensuite pour me répondre aux diverses choses que je vous ai demandées.

« Voici maintenant quelque chose de plus intéressant pour vous. Un de nos collègues, élève en chirurgie dans notre maison, a eu en 1815 une maladie caractérisée par du délire et par du dévoiement pendant trente-cinq jours; un amaigrissement prodigieux , une convalescence de six mois, la perte de tous ses cheveux; des suppurations abondantes pendant la convalescence. Du reste il est parfaitement à sa connaissance qu’il n’avait rien du côté du thorax. Le médecin qui le traita appela la maladie fièvre putride. Or, ce mois de juin 1826, il vient de faire une maladie que certainement et très certainement vous eussiez appelée dothinentérie bénigne.

« J’ai suivi la maladie jour par jour, et voici l’histoire : jeudi 22 juin 1826, malaise, lassitudes, anorexie, peu de céphalalgie, sans frisson, sans chaleur, sans diarrhée, sommeil bon. 23 juin, vendredi, malaise plus considérable : le malade va se baigner à la rivière , l’eau était chaude ; au sortir des bains , céphalalgie insupportable , anorexie sans lièvre, sans diarrhée, sans vomissements. Le samedi, premier jour de l’invasion, lièvre légère sans frisson , face naturellement colorée , yeux brillants , anorexie. Il se lève pour faire son service, et se trouve mal deux fois ; le soir et la nuit lièvre assez vive. Deuxième jour, la lièvre est continue; une selle diarrhéique le matin, langue blanche et humide, rouge au pourtour et surtout à la pointe , pouls très fréquent , ventre indolent , céphalalgie violente; eau d’orge. Troisième jour, même état que la veille. Il essaye de se lever le soir, il a une syncope. Le soir, lièvre vive, face vultueuse, pouls fréquent, peau chaude, yeux brillants; lavements émollients, petit lait, limonade. Quatrième jour, la diarrhée a cessé pour ne plus reparaître jusqu’à la lin de la maladie, lièvre

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un peu plus vive , céphalalgie moindre ; la langue commence à rougir au milieu; pouls 90; ventre indolent; trois lavements émollients. Cinquième jour, pouls 80, mol, yeux brillants, face moins colorée, langue idem, abdomen indolent. (Tout était parfaitement sain du côté de la poitrine.) Petit lait nitré, deux pots de limonade, dix sangsues au col, trois lavements émollients. Sixième jour, face moins colorée, pouls 87, nulle céphalalgie, rougeur de la langue plus vive, plus étendue, constipation; trois lavements émollients, ibid. Septième jour, peau moins chaude, rougeur de la langue plus étendue, yeux toujours brillants, peu de soif, appétit; on a permis un potage. Huitième jour, yeux moins brillants, pouls à peine fébrile, le malade veut se lever et peut à peine faire quelques pas; peu d’appétit, potage maigre. Neuvième jour, même état. Dixième jour, pouls 80, mol, onduleux , langue toujours rouge à la pointe , moins cependant qu’elle ne l’était les jours précédents; selles naturelles , amaigrissement ; le malade peut à peine se soutenir; on le conduit au jardin, où il s’assied. Onzième jour, le matin même état que la veille. A trois heures après midi, sueurs abondantes, pouls 110, respiration naturelle, inappétence , langue humide , rouge ; amaigrissement très notable. Douzième jour, même état que la veille. Treizième jour, il but beaucoup de tisane et vomit. Pouls fréquent et mol , langue plus nette , plus rouge , cependant il est un peu mieux que la veille. Quatorzième jour, nul changement ; le pouls a même beaucoup de fréquence, langue très rouge, amaigrissement. Quinzième jour, l'appétit est très prononcé , le malade se lève et marche un peu, la langue est encore très rouge. La convalescence s’établit franchement. Aujourd’hui il se plaint d’une vive

douleur au côté gauche, sous les attaches du diaphragme. Du reste il est bien, la langue est toujours rouge, r appétit est vif. Les forces commencent à se rétablir, la maigreur est considérable.

« Voyez et jugez, mon cher Maître, il est des choses que l’on sent mieux qu’on ne les dépeint; si cette histoire ne vous semble pas celle d’une dothinentérie , au moins puis-je vous certifier que si vous eussiez vu le malade, vous auriez porté le même diagnostic que moi. Notez aussi que maintenant même la maladie règne épidémiquement, et que dans le pays j’ai fait vendredi dernier l’autopsie d’un pauvre dotliinentérique dont le médecin , qui m’avait appelé en consultation, avait tiré tout le sang. Il n’v a pas eu de nouvelle diphthérite dans le pays.

« Adieu, mon cher Maître, je vous embrasse de tout mon cœur.

« Votre élève affectionné et reconnaissant.

« Présentez mes respects à ces dames. Mes amitiés à Jacquart. »

LETTRE CLe

DE BRETONNEAU A TROUSSEAU

« Tours, 20 juillet 1826.

« Mon ami, c’est uniquement pour vous entretenir de vos projets que je vous réponds aujourd’hui. Après trois semaines d’incertitude, autant qu’on peut être sûr de

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quelque chose dans ma position, je le suis de partir jeudi ou vendredi. J’aurai grand empressement de vous voir en arrivant, car j’irai tout de suite chez Velpeau, à qui je vais demander de m’indiquer un logement dans le voisinage de l’école de médecine. Dieu merci, j3our et contre vos projets, le jDère Mignot est mieux: pour, car il serait bien difficile de les faire réussir à présent ; contre, car ils n’ont pas le sens commun.

« Mon ami, quelle rage vous prend de venir vous enfouir dans cet hôpital, quand une si belle et une si noble carrière vous est ouverte? Je me mets tout à fait à votre jxlaee, et je me reporte pour mieux juger de votre position aux années de ma jeunesse, au temps où Duméril fît tous ses efforts pour me retenir et me fixer à Paris.. Tous les charmes du loisir de la campagne ne l’auraient point emporté sur les instances et les sages réflexions de mon ami, si le déplorable état de la santé de mon père ne m’eût fait un devoir de revenir auprès de lui. Mon ami, vous n’avez point de pareils motifs, et, sans compliment, vous prenez votre élan avec plus d’avantages et avec plus de force que je n’aurais pu le faire.

« Vous voyez certainement avec prévention les ressources que vous offrirait une clientèle à Tours , à vous qu’on a vu débuter, et qu’on vient à peine de jDerdre de vue. J’admets cependant que tout vous prospère : qu’il y a loin de là à ce que vous pouvez prétendre î Ce n’est qu’en passant sa vie sur les grands chemins que l’exercice de notre profession devient ici un peu plus lucratif, et, si vous avez la même aversion que moi pour ce genre de vie, vous y regarderez à deux fois; au surplus, le pauvre Mignot, quoique déjà frappé de deux apoplexies abdominales qui le conduisent au méléna, peut encore lutter

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