‹ Bretonneau et ses correspondantsChapitre 18 sur 95 · LETTRE IX · texte numérisé non relu

LETTRE IX

DE GUERSANT

« Paris, 2 septembre 1811.

(( C'est moi, mon cher ami, qui suis bien coupable, me portant bien, d'avoir attendu si patiemment de vos nouvelles, vous sachant toujours malade, d'après ce que vous aviez écrit il y a deux mois à M. Cloquet. Je me suis

1 Louis-Benoît Guersant, fils d'un médecin de Dreux, avait commencé ses études médicales à Rennes quand il fut envoyé par son département, en 1794, à l'École de santé. C'est là où il rencontra Bretonneau et Duméril avec lesquels il se lia étroitement. D'abord professeur d'histoire naturelle à l'École centrale de Rouen, puis ensuite docteur en médecine, il ne tarda pas à venir se fixer à Paris. Membre de l'Académie dès sa fondation, médecin de l'hôpital des enfants, médecin consultant du roi, Guersant eut de bonne heure une très grande et très méritée réputation scientifique. Il s'adonna spécialement à la pathologie infantile, qui n'existait pas, à proprement parler, avant lui, et apporta une observation rigoureuse et éclairée dans l'étude de ces affections. Il rassembla autour de lui de nombreux élèves, et c'est de son école que sont sortis les médecins qui se livrèrent après lui à l'étude des maladies de l'enfance.

Guersant ne laissa pas d'ouvrage classique, mais il écrivit cependant beaucoup, fut un des fondateurs des Archives de médecine, et collabora avec une grande activité au Dictionnaire des sciences médicales et au Dictionnaire de médecine, où presque tous les articles de pathologie infantile et de thérapeutique sont sortis de sa plume.

Doué d'un caractère très sympathique et très bienveillant, très intègre et homme de bien, dans toute l'acception du mot, Guersant jouit d'une universelle considération auprès de ses contemporains.

Il mourut à l'âge de soixante et onze ans, le 23 mai 1 8 i 8 . — T.

reproché bien des fois ma négligence ; mais chaque jour je trouvais un nouveau prétexte pour remettre au lendemain, et je vous avouerai même, à ma honte, que si le domestique de M. de Villeneuve n'était pas venu ce soir m' apporter vos quarante - huit francs, en me disant qu'il partait demain pour Chenonceaux , je ne sçais en vérité si ma réponse n'aurait pas été encore remise de quelques semaines ; cependant, mon cher ami, j'ai bien souvent pensé à vous, et nous en avons plusieurs fois parlé avec Duméril, Savigny, Gloquet et ma femme. Je suis bien fâché que vous aiez autant souffert de votre sciatique ; mais, néanmoins, cette nouvelle attaque de névralgie, que vous aviez déjà éprouvée ici, semble me prouver que les douleurs intestinales tiennent à la même cause.

« Gomment vous en débarrasser, voilà le point difficile ; mais au moins c'est une grande satisfaction pour vous, et pour tous vos amis, de ne voir dans cette maladie douloureuse aucune chose inquiétante. Bayle 1 est fâché que vous n'aiez pas fait complètement le traitement de

1 Bayle ( Gaspard - Laurent ) , né au Vésinet en 1774, mort à l'âge de quarante-deux ans, le 16 mai 1816.

Venu en 1795 à Paris, où il se lia avec Bretonneau. Suivit comme lui les cours de Gorvisart, auquel il ne devait être un jour inférieur ni en étendue de connaissances, ni en talent d'observation, ni en science du diagnostic. On connaît l'immense part qu'il prit à la fondation de l'Anatomie pathologique. Cette part représente un grand nombre de remarquables travaux, et le premier de t.ous fut sa thèse dans laquelle il établissait déjà les principes qu'il se proposait d'appliquer et dont l'argumentation contre Pinel et Petit- Radel est restée un modèle du genre. Mais son œuvre capitale, celle qui a rendu son nom impérissable, est son Traité de la Phthisie pulmonaire, dans lequel il ramène à des lésions anatomiques bien déterminées une affection vaguement connue jusqu'alors, confusément décrite et dont on admettait jusqu'à vingt variétés.

Bayle était médecin de la Charité. 11 laissa en mourant prématurément le souvenir d'un puissant observateur et d'un praticien consommé et doué d'une rare élévation morale. — T.

GUERSANT A BRETONNEAU 209

la colique des peintres; peut-être, en effet, valait-il mieux le faire complètement ou ne rien faire du tout. Quant à moi, je vous engage fort à cesser toute espèce de remède et à observer ce que fera l'exercice du cheval aidé seulement du régime.

« Je suis très pressé par le temps, et je me hâte de vous dire que Bayle compte sur votre observation le plus tôt possible et qu'il faut absolument que vous me l'envoyiez pour la lui remettre ou que vous lui écriviez. Duméril ira vous voir vers le commencement du mois prochain, avec son beau-frère ; il sera plus heureux que moi et aura le plaisir de passer deux jours avec vous ; il est nommé pour le jury des officiers de santé; il vous portera l'aiguille à cataracte, car Cloquet ne pourra vous aller voir.

« Je viens de vous acheter trois livres de quinquina jaune royal à dix francs. Je le crois assez bon ; marquezmoi si vous en êtes content. J'ai fait tous les droguistes de la rue des Lombards, et c'est ce que j'ai trouvé de meilleur pour le prix.

« Ma femme est bien sensible à votre souvenir et me charge de vous dire mille choses honnêtes et à Madame; présentez-lui mes respects et recevez pour vous, en particulier, mon cher ami, l'assurance du plus sincère attachement.

« Votre affectionné.

« P. -S. Excusez mon griffonnage, car je suis pressé par le temps ; je vous écrirai plus posément un autre jour. »

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